Gagnants du concours de photo 2014 – Partie 3 : Duo d’hémiptères par Jean Soucy

La chronique de cette semaine porte sur la dernière – mais non la moindre – des trois photographies élues comme étant les « coups de cœur » des lecteurs de DocBébitte dans le cadre du concours de photographie 2014.

Il s’agit d’un fort joli cliché de deux hémiptères pris par Jean Soucy. Les deux individus en interaction constituent non seulement deux espèces différentes, mais ils appartiennent également à deux familles complètement distinctes. Je décrirai ces dernières un peu plus loin.

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Quel beau duo croqué sur le vif par Jean Soucy!

Pour commencer, il faut savoir que l’ordre des hémiptères représente un groupe d’invertébrés passablement diversifié avec plus de 80 000 espèces sur la planète, dont quelque 12 000 espèces en Amérique du Nord au nord du Mexique. Plusieurs individus très communs y appartiennent, dont les pentatomes (punaises vertes, par exemple), les cigales, les cercopes ou encore les cicadelles. Cela inclut, bien sûr, les fameuses punaises de lit dont le nom seul est suffisant pour nous faire frémir!

Les hémiptères possèdent des caractéristiques-clés qui permettent même à un œil amateur de les distinguer des autres ordres – en particulier des coléoptères dont certains individus se rapprochent en apparence. En effet, les hémiptères possèdent un rostre en guise de pièce buccale. Il s’agit d’un long appendice dont l’utilité pourrait grossièrement se comparer à celle d’une paille. Ils s’en servent pour aspirer les fluides de différents organismes, qu’il s’agisse de plantes ou d’autres invertébrés. En revanche, les coléoptères sont munis de mandibules. Ces dernières sont au nombre de deux. Elles sont articulées et servent à prendre ou à broyer divers objets ou organismes. Comme on peut le voir dans de précédentes chroniques, les carabes et les cicindèles sont deux groupes de coléoptères qui possèdent des mandibules particulièrement protubérantes.

Revenons maintenant à nos moutons et parlons plus précisément des insectes représentés sur la photographie en vedette. Le plus gros des deux individus (Homaemus aeneifrons – identification fournie par le photographe) ressemble à s’y méprendre à un membre de la famille Pentatomidae (dont fait partie la punaise verte, entre autres). Toutefois, il n’en est pas un. Il s’agit plutôt d’un organisme appartenant à la famille Scutelleridae (porte-bouclier). Les membres de ce groupe font partie de la même super-famille que les Pentatomidae (Pentatomoidea), ce qui peut expliquer les airs de famille! Ils s’en distinguent cependant par le fait que la dernière portion de leur thorax est élargie de sorte à recouvrir la totalité de l’abdomen, comme le ferait un bouclier.

Le plus petit hémiptère, quant à lui, fait partie de la famille Miridae (punaises des plantes). Les membres de cette famille sont généralement de forme ovale ou allongée par opposition à d’autres hémiptères comme les Scutelleridae et les Pentatomidae qui sont de forme plus arrondie. De plus, cette famille est vaste et comprend de nombreuses espèces (environ 1 800 en Amérique du Nord), dont la commune punaise terne (Lygus lineolaris). L’espèce croquée sur le vif (Stenotus binotatus – identification fournie par le photographe) constitue une espèce introduite. Elle provient à l’origine d’Europe. Aussi, elle est connue comme étant une peste de certaines cultures céréalières. Selon Wikipédia, on la retrouverait régulièrement sur des inflorescences de gazon… Exactement comme sur la photographie!

De la même façon, notre premier individu – Homaemus aeneifrons – se nourrit des fluides de différentes plantes. Il n’est donc pas surprenant de retrouver ces deux insectes côte à côte sur la même plante! Quel beau duo, n’est-ce pas!

 

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Colorée, cette cicadelle!

Graphocephala sp.
Joli agencement de couleurs sur cette cicadelle

L’ordre des hémiptères, groupe qui inclut notamment les sympathiques punaises terrestres et les cigales, est composé de plusieurs autres familles au sujet desquelles je n’avais pas encore eu l’occasion d’écrire.

Graphocephala sp. 2
Les cicadelles du genre Graphocephala sont communes dans nos plates-bandes

Une de ces familles est celle des cicadelles (Cicadellidae), de petits insectes sauteurs mesurant généralement moins d’un centimètre. Elle comporte environ 2 500 espèces en Amérique du Nord, dont un individu à la robe colorée que j’ai eu la chance de photographier cet été et qui appartient au genre Graphocephala. Ce genre inclut une espèce nommée « Cicadelle multicolore » (Graphocephala coccinea, non retrouvée au Québec selon le site « Les hémiptères du Québec ») qui porte très bien son nom!

Comme de nombreux hémiptères, les cicadelles se nourrissent des fluides de diverses plantes à l’aide de leur rostre, qui leur sert de « paille ». Ce dernier comporte deux canaux : un premier servant à injecter la salive dans la plante et un second servant à aspirer la nourriture. L’injection de salive peut engendrer des dommages, allant d’une simple décoloration des plantes jusqu’à la mort. D’ailleurs, les habitudes alimentaires des cicadelles peuvent s’avérer être un vecteur de maladies. À l’instar d’une seringue non désinfectée, elles charrient en effet des pathogènes d’une plante à l’autre lorsqu’elles y plongent leur rostre.

Les cicadelles du genre Graphocephala seraient particulièrement attirées – selon l’espèce – par les framboisiers, les rosiers, les rhododendrons, ainsi que d’autres plantes ornementales qui bordent nos maisons. Ce n’est donc pas une surprise d’observer des individus de ce groupe près de nos demeures.

Osbornellus sp.
Les pattes postérieures de cette cicadelle (Osbornellus sp.) sont visibles et munies de rangées d’épines
Cercope aphrophora quadrinotata
Les pattes postérieures de ce cercope (Aphrophora sp.) sont bien cachées sous ses ailes

Les cicadelles et les cercopes (j’ai parlé des nymphes de cercopes dans cette précédente chronique) se ressemblent beaucoup. Une façon de les distinguer est d’examiner leurs pattes. Les pattes des cercopes sont plus discrètes et partiellement cachées sous leurs ailes, alors que celles des cicadelles sont plus apparentes. De plus, les tibias des pattes postérieures des cicadelles sont munis de rangées d’épines bien visibles. En revanche, ceux des cercopes ne possèdent qu’un amas d’épines à leur extrémité.

De même, les cicadelles arborent fréquemment des couleurs vives, par opposition aux cercopes qui portent une robe plus sobre. C’est le cas de notre cicadelle en vedette, dont les bandes vertes et rouges des ailes se marient avec  la couleur jaune de la tête et des pattes. Joli agencement de couleurs, n’est-ce pas?

Fait intéressant, les cicadelles, tout comme les cercopes, n’utilisent que leurs deux premières paires de pattes pour marcher. Elles maintiennent leurs pattes postérieures rangées le long du corps et s’en servent uniquement pour bondir lorsque venu le temps de s’envoler. D’ailleurs, le nom commun anglais des cicadelles est « leafhopper », un nom représentatif de leur propension à bondir à la dernière minute lorsque l’on tente de les approcher… ou de les prendre en photo!

 

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Une punaise pas si verte que ça!

Connaissez-vous la punaise verte (Chinavia hilaris ou, plus anciennement, Acrosternum hilare)? Il est fort à parier que vous avez déjà vu cette belle grosse punaise terrestre, facilement reconnaissable par sa couleur vert flamboyant.

Punaise verte
La punaise verte porte bien son nom lorsque au stade adulte

En revanche, avez-vous déjà observé des nymphes (stade juvénile) de punaise verte? Si oui, ou bien vous ne saviez tout simplement pas de quoi il s’agissait ou bien vous avez fait comme moi et vous avez cherché pendant une bonne demi-heure avant de trouver de quelle espèce il était question! La raison est la suivante : la nymphe de la punaise verte est… tout sauf verte! Elle arbore effectivement de jolies taches de couleur jaune (ou carrément blanche chez les toutes jeunes nymphes, comme sur cette photo) et orange sur fond noir. Les nymphes des stades plus avancés présentent toutefois des teintes de plus en plus vertes sur l’abdomen. C’est le cas de la photographie-mystère de la semaine dernière. Il s’agissait du dos d’une nymphe de punaise verte. Très jolie, mais aussi fort différente de l’adulte.

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Jeune punaise verte (nymphe)
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Nymphe de punaise verte – on voit bien son rostre

La punaise verte est très commune au Québec. On la retrouve couramment dans nos jardins. Elle se délecte de végétaux de toutes sortes : tiges et feuilles de diverses plantes, incluant des arbres fruitiers (pommiers, pêchers), graines en développement (soja, fèves, maïs) et légumes du jardin (tomates, aubergines, etc.). C’est à l’aide de son rostre (long appendice ressemblant à une trompe) qu’elle sirote les fluides de ses aliments préférés. Son comportement alimentaire fait d’elle un insecte pas toujours très apprécié des cultivateurs et des jardiniers.

On me demandait récemment comment je faisais pour savoir si une punaise observée était une nymphe ou un adulte. La réponse est simple : il suffit de regarder son dos! Si celui-ci est muni d’ailes bien développées, il s’agit d’un adulte. En revanche, les nymphes possèdent des ailes peu développées et repliées dans ce que l’on appelle un fourreau allaire. Ce fourreau est noir chez la jeune punaise verte et on peut reconnaître les ailes en devenir en l’examinant de plus près.

Les punaises vertes font partie de la famille Pentatomidae, un groupe riche en individus colorés dont plusieurs espèces sont considérées comme étant bénéfiques (elles ne s’attaquent pas toutes aux plantes). Vous pouvez compter sur moi pour vous en parler à nouveau dans une future chronique! En anglais, le nom commun des punaises appartenant à cette famille est « stink bug ». Celui de la punaise verte en particulier est « green stink bug ». Pourquoi ce nom? À ce qu’il semble, les pentatomidés sont capables d’émettre une odeur désagréable et nauséabonde. Quoi de mieux pour faire fuir les prédateurs qu’un repas qui sent mauvais? Plus précisément, chez la plupart des punaises adultes, ces « mauvaises odeurs » proviendraient de glandes odoriférantes situées sur le thorax. Les nymphes, quant à elles, posséderaient des glandes différentes s’ouvrant sur leur abdomen, mais dont la résultante est la même : puer!

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Nymphe de punaise verte à un stade plus avancé : on devine la coloration de plus en plus verte de l’abdomen

Bien que j’aie manipulé un bon nombre de pentatomidés, il ne m’est jamais arrivée de sentir une odeur déplaisante. Je n’ai pas encore résolu le mystère à savoir si c’est moi qui suis incapable de sentir les composés chimiques qu’ils émettent ou si ils ne me perçoivent simplement pas suffisamment comme une menace pour expulser leurs effluves sous mon nez. Et vous, avez-vous déjà croisé une punaise qui sentait mauvais?

 

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Dans l’œil de mon microscope : drôle de carapace!

Certains invertébrés arborent des couleurs et des motifs qui savent plaire à nos yeux d’amateurs! C’est le cas de l’insecte mis en vedette dans la photographie ci-dessous. Il s’agit plus spécifiquement de la face dorsale de son abdomen. Ne vous fait-elle pas penser, en quelque sorte, à une carapace de tortue?

Qui est cet insecte? Serez-vous surpris de savoir qu’il s’agit d’un individu bien connu?

Comme à l’habitude, vous êtes invités à inscrire vos réponses à cette devinette sur la page Facebook Docbébitte. Pour ceux qui ne possèdent pas de compte Facebook, vous pouvez aussi répondre dans la section commentaire de la présente page Internet!

Devinette 2014-09-08
Qui suis-je? Non, je ne suis pas une tortue!

Dans l’œil de mon microscope : petit bonhomme vert

En nettoyant mes plates-bandes en fin de semaine, je suis tombée sur de nombreux individus de cette espèce, cachés sous la litière de feuilles. Tous vêtus de vert, certains étaient prêts à s’envoler pour amorcer le printemps. D’autres, comme l’individu photographié sous la loupe de mon appareil binoculaire, n’avaient pas survécu à l’hiver et feront partie de ma collection.

La semaine prochaine, je vous entretiendrai sur quelques groupes d’invertébrés que l’on peut retrouver au printemps abrités sous l’épaisse couverture de feuilles.

Entre temps, je vous pose la question suivante : saurez-vous deviner qui est notre insecte mystère de la semaine? Comme à l’habitude, vos suggestions sont les bienvenues (page Facebook DocBébitte ou ici même sur Docbebitte.com)!

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Qui est ce petit bonhomme vert?