Autopsie d’un nid de guêpes

Le nid de guêpes, coincé entre deux portes d’un bâtiment communautaire

L’automne dernier, lors d’une marche dans un parc urbain, j’aperçus une masse brunâtre un peu étrange, coincée entre deux portes d’un bâtiment communautaire, qui était sans doute demeuré fermé par inactivité à cause de la COVID.

Ledit nid avait dû être aspergé de liquide pour tuer les guêpes, puisqu’on pouvait observer des guêpes mortes jonchant le rebord de porte à proximité. Le nid – et la vie qu’il contenait jadis – était immobile, comme si le temps s’était arrêté.

Avec une branche et un peu de patience, je parvins à déloger le nid et le récupérer afin de pouvoir l’examiner davantage. Celui-ci fait maintenant partie de ma collection entomologique !

En examinant le nid de plus près, je pus distinguer que, ce qui me semblait être des débris brunâtres était, en fait, des larves de guêpe desséchées. Une pupe, sans doute sur le point d’émerger, était aussi visible.

Tête desséchée d’une larve visible au beau milieu des cellules

Les deux stades figurent parmi les photographies qui accompagnent la présente chronique. La pupe, qui ressemble à une petite momie, est particulièrement intéressante à regarder. On y voit aussi la tête d’une larve qui sort de l’une des cellules hexagonales du nid.

Je n’ai pu récupérer d’adultes avec le nid, mais les photographies que j’avais prises au parc permettent de détecter la présence d’un adulte mort à côté du nid. Bien que les couleurs de l’adulte aient été ternies par le temps qu’il a dû passer positionné ainsi, sujet aux intempéries, on reconnaît le motif des antennes caractéristique du poliste gaulois (Polistes dominula). J’avais parlé de cette guêpe, qui me semble la plus facile à identifier justement à cause de ses antennes, dans ce précédent billet.

Vue rapprochée de l’adulte mort près du nid

Les individus récemment observés ont eu moins de chance que ceux de ce billet, lesquels avaient été rescapés de la piscine de mes parents !

Cela dit, un nid plein de vie ressemblerait à cette photographie, tirée du site du Canadian Journal of Arthropod Identification (voir la section Pour en savoir plus ci-dessous).

Selon Normandin (2020), le nid des polistes (guêpes du genre Polistes) n’est pas couvert de couches superficielles, comme c’est le cas chez d’autres guêpes du genre Vespula (par exemple, la guêpe commune) ou Dolichovespula (notamment la guêpe à taches blanches). Ainsi, les rayons des nids de guêpes polistes sont exposés et visibles.

Larves desséchées dans le haut et pupe en bas à gauche

La taille du nid ne dépasserait pas, par ailleurs, la taille de la paume d’une main. De plus, les polistes gaulois sont reconnus pour leur propension à établir leur nid sur un support d’origine anthropique comme l’entretoit d’un bâtiment ou encore… le coin d’une porte ! Ces caractéristiques correspondent tout à fait au nid que j’ai recueilli.

Avez-vous déjà fait des observations similaires, de votre côté (larves et pupes d’hyménoptères) ? Peut-être avez-vous été plus chanceux que moi et pu voir les guêpes s’affairer dans un nid tout plein de vie ? Pourvu que vous n’ayez pas été piqués… mais que vous ayez néanmoins eu la piqûre pour ces bêtes !

Galerie photo

Le nid, plutôt petit, tient dans ma main
Pupe de guêpe
Autre vue sur le nid, où l’on peut voir également un adulte mort à proximité

Pour en savoir plus

Un insecte sur la neige ?

Ah ! Comme la neige a neigé !

L’hiver. Ce n’est sans doute pas la saison préférée des entomologistes.

Les invertébrés se font rares et sont généralement observés davantage dans les maisons qu’à l’extérieur.

Certains d’entre eux ont toutefois la capacité de survivre aux rigueurs de l’hiver… et se pointent le bout du nez !

C’est le cas de la mouche des neiges (genre Chionea).

Cette année, ce n’est pas un individu, mais bien deux que j’eus la chance d’observer.

Vidéo 1. Capsule DocBébitte informative au sujet de la mouche des neiges.

La pandémie battant son plein, mon conjoint et moi avons décidé d’utiliser notre temps de congé, pendant la période habituellement festive, pour faire de multiples randonnées dans des secteurs boisés. Lors de ces promenades, je pus donc apercevoir deux étranges insectes aptères (dépourvus d’ailes) se baladant sur la neige.

Peut-être en avez-vous déjà observé et pensé qu’il s’agissait d’araignées. En effet, les mouches des neiges possèdent des pattes plutôt longues et ont une démarche faisant penser à celle de certaines araignées à grandes pattes. Détrompez-vous, il s’agit bien de membres de l’ordre des diptères (le nom mouche est donc tout à fait approprié), en particulier de la famille Limoniidae (autrefois Tipulidae). D’ailleurs, ceux qui connaissent déjà les tipules leur trouveront un certain air de famille !

La première question qui nous vient à l’esprit lorsque l’on rencontre ce type d’insecte est « comment peuvent-ils bien survivre à l’hiver ? ». En fait, les mouches des neiges produisent des molécules de sucre (glycérol et tréhalose) dans leur hémolymphe, ce qui leur évite de geler. Bref, c’est comme si elles possédaient une sorte d’antigel circulant dans leur sang.

Premier spécimen observé lors d’une randonnée en milieu forestier

Et pourquoi l’absence d’ailes ? Les sources consultées évoquent comme hypothèse le fait que, à des températures sous 0 °C, il est plus difficile de générer suffisamment d’énergie pour garder fonctionnels des muscles servant au vol.

Enfin, pourquoi émerger pendant les mois d’hiver ? La réponse résiderait vraisemblablement dans la quasi-absence de prédateurs pendant ces mois plus rigoureux… quoique certains orthoptères et vertébrés comme des souris pourraient s’en nourrir.

La présence d’invertébrés actifs sous le couvert nival est déjà connue. Comme le précisent Paquin et coll. (2019), le couvert de neige constitue un isolant sous lequel se forme un espace de vie où la température avoisine les 0 °C. L’activité microbienne associée à la dégradation de la litière de feuilles contribue à former ce lieu propice à la vie des invertébrés, appelé habitat subnivéen, même pendant l’hiver.

Paquin et coll. ont confirmé que les mouches des neiges y étaient présentes et actives. Néanmoins, celles-ci semblent également s’aventurer hors de cet abri, puisqu’elles sont aperçues assez fréquemment, déambulant sur la neige.

En effectuant mes recherches, j’ai pu lire que certaines espèces du genre Chionea étaient en mesure de survivre jusqu’à des températures de -7,5 °C et -11,2 °C (selon l’espèce et l’étude). De façon générale, il semble toutefois être admis que ces individus puissent être observés régulièrement à des températures de 0 à -6 °C.

Même spécimen, recroquevillé. J’ai remarqué qu’ils prenaient cette pose lorsque dérangés.

Au Québec, une seule espèce – Chionea valga – était connue jusqu’à ce que Paquin et coll. (2019) collectent une seconde espèce – Chionea scita – lors de leurs recherches effectuées à l’hiver 2016-2017. Ces deux espèces se distinguent par la configuration des pièces génitales, leur coloration, ainsi que le nombre de segments antennaires (7 à 8 chez C. valga contre 13 chez C. scita).

Malheureusement, je n’étais pas munie d’un bon appareil photo lorsque je filmai et photographiai les deux individus aperçus et je ne me risquerai donc pas à les identifier fermement. Cependant, si vous avez la chance de croiser des spécimens de ce genre, sachez que de bonnes photographies des antennes vous seront utiles pour l’identification !

Qui a dit qu’il n’y avait pas moyen de faire de la photo d’insectes à l’extérieur pendant l’hiver ? Je vous souhaite de bonnes observations en cette année 2021 qui s’amorce !

Second spécimen, autre milieu forestier en montagne

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Genus Chionea – Snow Flies. https://bugguide.net/node/view/42998 (page consultée le 9 janvier 2021).
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Paquin, P. et coll. 2019. Chionea scita – une deuxième espèce de mouche des neiges au Québec. Dans Nouv’Ailes 29 (1) – printemps 2019 : 6-7.
  • Wikipedia. Chionea. https://en.wikipedia.org/wiki/Chionea (page consultée le 9 janvier 2021).

L’Indienne flamboyante!

On aime les libellules!

Sur leur perchoir, bien visibles, elles se laissent regarder (et photographier) à souhait!

Certaines sont sobres, d’autres, plus flamboyantes.

C’est le cas de notre insecte-vedette de la semaine : la célithème indienne (Celithemis elisa).

Plutôt petite, la célithème indienne!

Bien que plutôt petite – elle fait entre 29 et 34 mm –, cette libellule ne passe pas inaperçue! Ses ailes sont joliment colorées, de même que les segments de son abdomen. En amorçant mes lectures sur le sujet, j’avais entrepris de vous écrire que le mâle se distingue aisément de la femelle. En effet, plusieurs sources indiquent que le visage du mâle est rouge, de même que les marques de son thorax, de son abdomen et de l’extrémité de ses ailes. En revanche, elles mentionnent que toutes ces marques sont généralement jaunes ou brunâtres chez la femelle (cette photo de BugGuide).

Mâle vu de face. Notez le visage rouge.

Cependant, j’ai noté qu’une des sources consultées spécifiait que les mâles immatures présenteraient des traits et couleurs similaires aux femelles. Pis encore, je me suis rendu compte que les femelles peuvent arborer des taches rouges au bout des ailes. C’est le cas de la femelle que j’ai pris en photo, ce qui me fit vérifier par deux fois si je ne faisais pas plutôt face à un mâle immature! Et, si je puis en ajouter, en vérifiant les photographies disponibles sur BugGuide, j’ai réalisé que les mâles d’apparence plus mature (portant beaucoup de rouge) peuvent également avoir le bout des ailes jaunes.

Femelle vue de face. Notez le visage brun-jaune.

Quel méli-mélo!

Pour s’en sortir, il faut jeter un coup d’œil au bout de l’abdomen des individus. Ce dernier diffère entre les mâles et les femelles : les mâles portent des appendices plus développés. Cela peut servir de repère en cas de doute. Vous en serez avertis!

Appendices au bout de l’abdomen du mâle (gauche) et de la femelle (droite)

Outre cette confusion entre les genres, une autre célithème rencontrée au Québec peut être confondue avec la célithème indienne si l’on regarde trop vite. Il s’agit de la célithème géante (Celithemis eponina), retrouvée tout au sud de la province (voir cette photo soumise par une lectrice lors d’un précédent concours de photo).

Toutefois, la célithème géante possède des ailes nettement plus jaunâtres que celles de la célithème indienne, qui sont transparentes (hormis les tâches qu’elles arborent). Les ailes de la célithème géantes sont également flanquées de bandes brunes qui traversent complètement l’aile, ce qu’on ne remarque pas chez la célithème indienne.

Selon Paulson (2011), l’aire de distribution de la célithème indienne se limiterait à l’extrême sud du Québec. Les renseignements consignés dans l’atlas préliminaire des libellules du Québec (Savard 2011) font part, quant à eux, de mentions allant jusqu’à la hauteur de Trois-Rivières. Cela correspond aux latitudes de mes propres observations qui se situaient sur le territoire de la Station de Biologie des Laurentides, à Saint-Hippolyte, ainsi qu’aux environs du lac des Plages à Lac-des-Plages.

Mâle, vue dorsale

Notre jolie libellule affectionne les herbes et la végétation arbustive de faible hauteur retrouvées aux abords des plans d’eau. Les mâles choisissent un perchoir légèrement plus haut de sorte à surveiller le passage des femelles. Ils s’affairent aussi à survoler sporadiquement leur territoire, incluant les milieux aquatiques adjacents, tantôt pour se nourrir, tantôt pour accueillir une potentielle partenaire.

Quand un mâle trouve sa douce moitié, la copulation se produit en tandem, pendant environ cinq minutes. Le couple demeure en formation pendant la déposition des œufs qui s’ensuit; il arrive plus rarement que la femelle termine ce travail seule. Quelque 700 à 800 œufs sont déposés aux abords d’étangs ou de lacs bordés de végétation aquatique. L’espèce se rencontre aussi le long de rivières à courant lent.

Vue dorsale de la femelle

Les naïades évoluent en milieu aquatique. Elles se retrouveraient en particulier accrochées aux plantes aquatiques vasculaires, où elles attendent le passage d’une proie à croquer. Fidèles à l’ordre des Odonates (libellules et demoiselles), elles constituent de voraces prédateurs et se délectent d’invertébrés aquatiques, de têtards et de petits poissons.

Au Québec, l’émergence de la célithème indienne se produirait vers le mois de juin. Cela nous permettrait d’observer cette flamboyante libellule tout l’été, soit de juin à août!

Pour en savoir plus

Les sapins en perdent la tête : tordeuse des bourgeons de l’épinette!

Au début du mois de juillet dernier, j’ai fait une petite escapade au parc de la Gaspésie.

Aussitôt entrés dans le parc, nous remarquâmes la vaste quantité de conifères de couleur rouille, comme s’ils avaient tous été brûlés.

À des lieues à la ronde, on ne voyait que du brun orangé. Ma première réflexion : un mois de juin très chaud et sec qui aurait sans doute affecté la croissance de ces arbres?

Ce n’est que plus tard que je découvris le pot aux roses.

Ma première observation: petite chenille inoffensive au bout de son fil…

Une fois confortablement installés, le soir de notre arrivée, je fis une tournée de notre petit coin de camping. Un des tout premiers insectes que je pris en photo était une drôle de chenille, pas si grosse, qui me pendait au bout du nez. À ce moment, je n’avais pas encore pensé regarder vers le haut. Sinon j’aurais eu toute une surprise. Mais le soir approchait et je rebroussai chemin.

Le lendemain allait être plus propice à la découverte des lieux de toute façon!

C’est en effet le lendemain, en arpentant le sentier bien connu conduisant au lac aux Américains, que je réalisai l’ampleur du désastre. Les mêmes chenilles nous pendaient partout au visage. Les résineux en étaient infestés.

De qui s’agissait-il?

De la fameuse tordeuse des bourgeons de l’épinette (Choristoneura fumiferana), un lépidoptère de la famille Tortricidae.

Et elle était la cause de notre observation initiale : des résineux desséchés… car largement dévorés. Partout. Toutes les montagnes. Des kilomètres à la ronde!

Conifères défoliés et brunâtres: c’est l’œuvre de la tordeuse des bourgeons de l’épinette!

Plus précisément, les pointes des conifères étaient mangées, mais aussi emberlificotées dans des fils de soie – des tonnes – tissés par les chenilles.

En dépit de son nom, la tordeuse des bourgeons de l’épinette a un faible plus prononcé pour le sapin baumier. Selon le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), cela serait attribuable à un développement de la tordeuse mieux synchronisé avec le celui des nouvelles pousses de sapins. Néanmoins, la chenille est susceptible de se nourrir des pousses d’épinettes blanches et, dans une moindre mesure, d’épinettes rouges et noires. En période épidémique, elle peut même s’attaquer à d’autres essences résineuses.

La chenille est brune ou verdâtre tachetée de blanc ou blanc crème. Sa tête est noire ou brune. Les chenilles matures atteignent 25 mm.

La tordeuse des bourgeons de l’épinette

Celles aperçues au début du mois de juillet en étaient vraisemblablement à leur dernier stade larvaire – qui s’observe généralement vers la fin juin. Elles dévorent les nouvelles pousses des conifères, confortablement installées dans l’abri qu’elles tissent et qui se compose également de leurs déjections, de débris et d’aiguilles.

J’ai remarqué qu’elles se déplaçaient légèrement hors de ces abris, mais s’y réfugiaient rapidement dès qu’un peu dérangées – dans ce cas-ci, par mon copain et moi qui tentions de les photographier de près. De plus, j’ai observé qu’elles étaient nombreuses à sortir de leur cachette pour se laisser glisser plus bas, au bout de leur fil, sur le plant qu’elles occupaient, sans doute à la recherche de pousses fraîches à croquer. Selon les sources consultées, elles peuvent aussi, de cette façon, se laisser porter par le vent vers de nouvelles aires d’alimentation. Ce qui devait être une mission quasi impossible étant donné l’infestation démesurée qui se présentait sous nos yeux. Il ne restait pas de pousses intouchées!

Il faut ajouter que, plutôt que de se retrouver sur de nouvelles pousses, elles se retrouvaient souvent en plein dans notre figure… et celle des autres randonneurs. Il fallait garder la bouche bien fermée!

Tordeuse dans l’abri qu’elle a tissé. Il se compose aussi d’aiguilles et de déjections.

Au moment de notre passage, quelques chrysalides étaient déjà visibles. C’est après 10 à 14 jours qu’en émergent les adultes, de petits papillons tachetés d’une vingtaine de millimètres d’envergure. Ceux-ci ne se nourrissent point et vaquent plutôt à chercher un partenaire pour se reproduire. On peut les observer en vol au Québec de la mi-juillet à la fin août. Ils peuvent notamment être attirés aux pièges lumineux.

Les chrysalides étaient également nombreuses

Les femelles fécondées pondent quelque 200 œufs, déposés en petites masses de 10 à 50 unités (varie selon les sources consultées) sur la face intérieure des aiguilles des conifères. Les chenilles qui en émergent s’affairent rapidement à préparer un abri qui leur permettra de survivre aux rigueurs de l’hiver. Ce dernier, construit dans les crevasses des écorces, les lichens ou tout autre substrat convenable, se nomme hibernaculum. Elles y passeront leur second stade larvaire.

Le printemps venu, les jeunes chenilles grimpent jusqu’à l’extrémité des branches pour se nourrir d’abord de pollen, jusqu’à ce que les bourgeons s’ouvrent. Pendant cette période, elles peuvent également se nourrir des aiguilles des années précédentes ou encore des cônes.

L’espèce est indigène au Québec. Commune, elle présente des pics d’abondance cycliques. Les « épidémies » se produisent tous les 29-30 ans, environ. Selon le site du MFFP, les épidémies précédentes auraient été recensées pour les années 1909, 1938, 1967 et 1992. Si l’on additionne environ 30 ans, on peut conclure que 2020 est près de l’intervalle où la probabilité d’une épidémie est élevée. Ressources Naturelles Canada (Gouvernement du Canada 2020) écrivait qu’en 2019, plus de 9,6 millions d’hectares forestiers avaient subi une défoliation jugée de modérée à sévère, suggérant un certain degré d’infestation dans les années récentes.

Comme vous pouvez vous en douter, la tordeuse des bourgeons de l’épinette, aussi nommée « TBE », est susceptible de causer bien des dommages aux peuplements forestiers. Elle est considérée comme une peste, causant la perte d’importantes ressources ligneuses. Pis encore, Leboeuf et Le Tirant (2018) indiquent qu’il s’agirait du pire fléau des forêts dans l’est du pays!

Cela fait d’elle un insecte attentivement étudié : elle est l’objet de suivis à l’échelle de la province. Ainsi, un système de détection s’appuyant sur un réseau de stations permanentes a été élaboré pour suivre son développement et sa distribution. De même, des activités de prévention et des actions visant une lutte directe ont été élaborées et peuvent être utilisées au besoin.

À cela s’ajoute la prédation. Au moment de nos observations, nous avons pris en photo plusieurs oiseaux qui se gavaient tantôt des chenilles, tantôt des chrysalides. Lesdites photos ne constituent pas des chefs-d’œuvre, mais je les ai néanmoins intégrées à la présente chronique (voir la galerie photo ci-dessous). En particulier, on y voit un merle d’Amérique avec une chrysalide au bec (notez qu’il y a une autre chrysalide qui pend au-dessus de la tête de ce dernier), ainsi qu’un junco ardoisé dont le bec est chargé de chenilles. Malheureusement, ces prédateurs ne sont pas suffisants pour réduire significativement les populations épidémiques, mais il n’en demeure pas moins qu’ils profitent de cette manne… ou de ces lépidoptères, si vous préférez!

Ce spécimen était parasité (notez le petit œuf ovale au milieu de l’abdomen)

Autre fait intéressant : la TBE serait victime d’une guêpe parasitoïde de la famille des Ichneumonidae : Glypta fumiferanae. Cela répond à l’une de mes interrogations : sur la toute première photo que j’ai prise, je notais la présence d’un œuf ovale et blanc en plein centre de « ma » chenille. Visiblement, elle était parasitée, mais par qui? Voilà maintenant chose connue! [ERRATUM : Un lecteur averti de DocBébitte m’a signalé que l’œuf photographié sur la chenille en serait un appartenant à la mouche Smidtia fumiferanae, plutôt qu’à la guêpe Glypta fumiferanae. Je le remercie pour sa vigilance!]

Pour terminer, pourquoi parler de tordeuse des bourgeons de l’épinette si cette dernière préfère les sapins? Il semble que cela remonte aux premières activités d’exploitation forestière qui s’intéressaient davantage aux épinettes : on ne remarquait alors pas que la tordeuse faisait aussi – et encore davantage – perdre la tête aux pousses de sapins!

Galerie photo

Autre tordeuse dans son abri
Dommages causés par la tordeuse
Junco ardoisé, le bec remplit de chenilles
Merle d’Amérique se gavant de chrysalides

Pour en savoir plus

Gagnant du concours amical de photographie d’invertébrés 2020 : Punaise Euschistus servus par Marc Bergeron

Sortez tambours et trompettes! C’est l’heure du dévoilement de la photographie élue favorite dans le cadre du concours amical DocBébitte 2020!

Vous aviez à choisir parmi 25 jolis clichés d’invertébrés que l’on peut observer au Québec. Et c’est la charmante punaise de M. Marc Bergeron, posée sur une fleur aux doux et chauds contrastes, qui a séduit le plus grand nombre d’entre vous! Bravo, M. Bergeron, pour votre beau cliché!

La belle punaise euschistoïde de Marc Bergeron: photo gagnante du concours 2020

Chose promise, chose due, ladite photo est mise en vedette dans la présente chronique et je m’affairerai à vous parler de cette fantastique punaise dans quelques instants!

Mention honorable à Alexandre Roy pour la seconde place

Or, avant de commencer, j’aimerais chaleureusement remercier tous les participants qui nous ont fait voir de beaux invertébrés québécois, tantôt sur des fleurs et du feuillage, tantôt de plus près sur les murs de nos demeures… ou même sur une toile de chasse entomologique!

En particulier, j’offre une mention honorable pour la photographie « Couple de charançons » d’Alexandre Roy qui s’est hissée sur la seconde marche du podium. L’esthétisme de la photo et l’apparente complicité entre les deux bêtes auront sans doute charmé les électeurs.

La punaise euschistoïde

Malgré plus de 300 chroniques à mon actif, je n’avais pas encore eu l’occasion de vous parler de la punaise euschistoïde (sous-espèce Euschistus servus euschistoides). C’est donc avec plaisir que je vous brosse un portrait de ce sympathique arthropode que M. Bergeron a si bien su mettre en valeur.

Cette punaise ne m’était pas inconnue, puisqu’elle est très commune. J’avais d’ailleurs recueilli plusieurs individus, retrouvés morts dans des piscines, que j’avais identifiés dans mes débuts en entomologie vers 2013-2014. Il est fort probable que vous ayez vous-même déjà rencontré cet insecte.

Une des caractéristiques de la punaise euschistoïde (à combiner aux autres critères)

Plusieurs critères sont à examiner pour distinguer cette punaise de ces consœurs : la couleur globale de l’insecte, la forme du thorax, les segments et la couleur des antennes, de même que la disposition du rostre en sont des exemples (Canadian Journal of Arthropod Identification 2013a; Entomofaune 2020). De plus, l’extrémité de la tête est à regarder de près, car notre punaise a une tronche caractéristique : les joues dépassent le tylus (cela signifie qu’il y a une partie centrale plus courte logée entre deux segments un peu plus longs; voir ma photo ci-contre). Combinée aux autres caractéristiques, il devient assez aisé de la reconnaître, même à partir d’une photo!

La robe arborée par cet arthropode est d’un gris-beige sobre. Selon Entomofaune (2020), certaines variations dans la couleur peuvent être notées entre le début et la fin de l’été. Ces teintes peu criardes n’empêchent cependant pas l’œil averti de repérer notre jolie punaise sur les plants où elle s’alimente. En effet, cette dernière est munie de pièces buccales de type piqueur-suceur (qu’on appelle « rostre ») dont elle se sert pour siroter la sève de nombreuses plantes : « mauvaises herbes », cultures fruitières, maïs et soya peuvent y passer! Elle est donc considérée par certains comme une peste… et n’est pas toujours aimée des jardiniers!

Ce n’est certainement pas le cas de notre punaise qui a remporté le premier prix au concours amical 2020! Cette dernière semble en avoir charmé plus d’un!

Selon les sources consultées, la longueur des individus varierait de 10 à 15 mm. La croissance est importante, les œufs et les rejetons fraîchement éclos mesurant environ 1 mm! D’ailleurs, concernant le cycle de vie de cette punaise, vous apprécierez les photos et explications disponibles sur cette page d’Entomofaune.

Les adultes matures aperçus à la fin de l’été vont se chercher un abri pour traverser les rigueurs de l’hiver. Ainsi, la litière de feuilles et les débris végétaux laissés au sol leur serviront de protection. Plusieurs individus ne réussiront malheureusement pas à survivre jusqu’au printemps. C’est un fait que j’ai observé moult printemps alors que j’enlevais d’épaisses couches de feuilles de mes plates-bandes : je retrouvais beaucoup de carcasses de ces punaises, ainsi que de la punaise verte (Chinavia hilaris) dont je vous ai entretenus dans cette précédente chronique. Heureusement, il m’arrivait aussi de tomber sur des spécimens vivants qui, dès qu’un peu réchauffés par les rayons du soleil, prenaient leur envol.

De nombreuses sources indiquent que les membres de la famille Pentatomidae, dont fait partie la punaise euschistoïde, sont réputés pour l’odeur nauséabonde qu’ils dégagent. Il semble que ce soit là un mécanisme de défense bien utile contre les prédateurs. Pourtant, de toutes les fois où j’ai manipulé un pentatome, jamais je ne suis parvenue à sentir l’odeur si caractéristique. Se pourrait-il que certaines personnes ne parviennent pas à détecter cette odeur? Ou peut-être n’ai-je pas suffisamment malmené les spécimens que j’ai manipulés, qui sait? Avez-vous déjà senti leur odeur, de votre côté? Je serais curieuse d’en connaître la réponse!

Vous voulez en savoir plus sur cette jolie punaise croquée sur le vif par notre gagnant M. Marc Bergeron? Jetez un coup d’œil aux sources citées dans la section « Pour en savoir plus ».

Bravo encore à Marc Bergeron et merci à tous pour votre participation et votre intérêt!

Pour en savoir plus