Un tandem amoureux pour la Saint-Valentin!

En cette semaine de la Saint-Valentin, pourquoi ne pas parler de copulation… chez les insectes, bien sûr!

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Tandem entre deux odonates du genre Sympetrum

Le tandem amoureux pratiqué chez les odonates (libellules et demoiselles) suscite la curiosité, que vous soyez entomologiste aguerri ou non. Quelle drôle de position prennent-ils! Comme si ce n’était pas assez, cette dernière ressemble parfois à un cœur, comme pour témoigner du fait qu’il y a de l’amour dans l’air!

Mais comment cela se passe-t-il, au juste?

Au moment de la reproduction, le mâle courtise la femelle et cherche d’abord à l’agripper à l’aide de ses pattes, la mordillant parfois.  Ensuite, il la fait prisonnière en saisissant sa tête avec ses appendices terminaux (dits aussi anaux), un peu comme on le ferait avec un étau.

Lorsque le tandem est formé, le mâle zygoptère (demoiselle) prend quelques instants pour transférer son sperme de son 9e segment (où se situe l’orifice génital) vers ses pièces copulatrices situées sur la face ventrale de son 2e segment. Chez les anisoptères (libellules), cette tâche serait effectuée avant de capturer une femelle. En fin de compte, c’est le contact entre les parties génitales de la femelle et les pièces copulatrices du mâle qui permet le transfert du sperme vers la femelle. Cette distance entre l’orifice génital produisant le sperme et les organes copulateurs du mâle serait une particularité propre aux odonates, selon Paulson (2011). Remarquez cependant que, dans le vaste et mystérieux monde des invertébrés, les araignées mâles possèdent aussi une telle caractéristique.

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Voyez-vous la forme en cœur chez ces demoiselles en tandem?

La fécondation de la femelle peut se faire immédiatement au moment de la copulation ou plus tard. En effet, la femelle est en mesure d’entreposer le sperme du mâle et ce… tout le reste de sa vie! Ainsi, au fur et à mesure que les œufs sont produits, ces derniers peuvent être fécondés, qu’il y ait ou non un mâle à proximité.

Il arrive fréquemment que les mâles saisissent une femelle d’une autre espèce en vue d’un tandem. Habituellement, la « connexion » entre les deux individus ne fonctionnera pas… Quoique la copulation entre membres d’espèces différentes ait été observée, de même que certains hybrides issus d’une telle relation!

Les femelles odonates ne semblent pas trop se formaliser du fait qu’elles sont retenues prisonnières par leur douce moitié. Un fait qui serait sans doute moins apprécié chez les humains! Espérons que vous passerez une Saint-Valentin joyeuse… et en toute liberté!

Pour en savoir plus

Je stipule que c’est une tipule!

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Larves de tipules aquatiques

Le jeu de mots était trop tentant! Aviez-vous deviné que l’insecte-mystère de la chronique du 19 janvier était une larve de tipule? Je vous aurais dit que c’était plus particulièrement un Tipulidae, mais il y a eu quelques changements de noms depuis mes études et la famille Tipulidae a été scindée pour notamment former les Limoniidae – famille à laquelle appartient maintenant la larve photographiée. Plus précisément, il s’agit d’un individu du genre Hexatoma. Le sous-ordre demeure Tipulomorpha et on peut donc encore se permettre de les appeler tipules!

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Larve de tipule terrestre

Je vous avais déjà parlé des tipules adultes dans cette chronique de 2013 et vous ai relaté l’observation d’une tipule qui a émergé en plein hiver dans ma maison (ici).

Aujourd’hui, je veux plutôt vous entretenir des larves. Depuis les deux chroniques susmentionnées, j’ai eu l’occasion d’observer plusieurs larves en milieu terrestre et de documenter leur comportement sur photos et vidéos. Ma connaissance initiale de ce groupe était basée uniquement sur des individus aquatiques. Il faut dire que les larves de tipules sont fréquemment rencontrées dans nos cours d’eau québécois. Certaines, très grosses, font environ la taille de mon index!

La vaste majorité des tipules est associée à des milieux où le taux d’humidité est très élevé : abords de cours d’eau, plaines d’inondation, litière humide. Cependant, Merritt et Cummins (1996) précisent que quelques espèces sont retrouvées dans les champs… et même en milieu désertique!

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Autre larve retrouvée dans mes plates-bandes

Qu’elles soient aquatiques ou terrestres, les larves de tipules possèdent d’étranges caractéristiques. Leur arrière-train ressemble souvent (plupart des espèces) à une drôle d’étoile : deux stigmates bien visibles se retrouvent sur une surface plutôt plane bordée de lobes de chair plus ou moins longs et en nombre variable. Leur tête, en retrait, peut être visible quand la larve s’agite. J’avais d’ailleurs pris une vidéo d’une larve retrouvée dans mes plates-bandes où l’on voyait la capsule céphalique en question (en fin de chronique).

Fait intrigant, chaque fois que j’ai manipulé une larve de tipule terrestre (quelque 4 ou 5 fois), cette dernière choisit de vider le contenu de son intestin dans ma main. S’agit-il d’un mécanisme de défense? Je serais curieuse d’en connaître la réponse, puisque je ne l’ai pas trouvée lors de mes recherches!

Presque toutes les fois où j’ai mis la main sur une larve terrestre, c’était en jouant dans mes plates-bandes. Ceci n’est pas surprenant, beaucoup de larves étant des déchiqueteurs-détritivores. Elles se délectent de la litière laissée au sol et constituent ainsi un important maillon de la dynamique des écosystèmes terrestres.

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L’arrière-train peut ressembler à ceci!

Il en est de même pour les espèces aquatiques. Bon nombre se nourrissent des amas de feuilles et de détritus s’accumulant dans certains tronçons de cours d’eau ou de lacs. Certains individus optent néanmoins pour une diète plus protéinée et croquent d’autres invertébrés aquatiques. C’est le cas du genre Hexatoma, notre vedette de la devinette du 19 janvier. Ce genre a la capacité de gonfler les muscles du bout de son abdomen, ce que l’on voyait sur ma devinette. Ce renflement permet à la larve de coincer son corps entre des roches et ainsi être en mesure de manœuvrer pour mieux saisir et maîtriser ses proies. Pratique, quand on ne possède pas de pattes, n’est-ce pas?

Selon Voshell (2002) ainsi que Merritt et Cummins (1996), la famille Tipulidae (avant d’être subdivisée) constituait le groupe de diptères possédant le plus grand nombre d’espèces. Il s’agit en outre d’un grand groupe fort diversifié et retrouvé dans une vaste palette d’habitats. Si vous souhaitez découvrir les larves, il suffit de jouer dans la litière (aquatique ou terrestre) et de garder l’œil ouvert! Si vous êtes chanceux comme moi, vous risquez même de faire entrer un individu par inadvertance dans votre demeure (cette chronique).

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Bon, je me fais encore déféquer dessus!

Si c’est le cas, ne craignez point! Non seulement les larves sont-elles de bons invertébrés recycleurs de la matière organique, les adultes sont inoffensifs et jolis à observer et photographier. Une poignée d’espèces peuvent s’avérer des pestes en milieu agricole, mais, règle générale, nos tipules sont plus des organismes bénéfiques que nuisibles.

Je termine la chronique en vous invitant à visionner une vidéo où l’on voit deux larves de tipules aquatiques. Une, très sombre à gauche de l’écran, semble totalement amorphe et pourrait être confondue avec un débris (je pense à une brindille). Je ne sais pas si elle a été blessée lors de la collecte, car elle semblait intacte. La seconde larve, beaucoup plus active, s’agite et rampe dans le petit plat dans lequel je la détenais. On peut voir certaines caractéristiques internes à travers son corps partiellement translucide.

Je me rappelle encore les hélas que ces deux larves ont suscitées quand elles furent recueillies. J’avais été invitée par le responsable du camp de l’Ere de l’Estuaire – un superbe site pour les amoureux de la nature, en passant! – à animer une sortie avec quelques jeunes du secondaire. Les adolescentes qui étaient avec moi avaient été surprises de réaliser qu’il y avait de la vie sous les roches des ruisseaux et rivières… Et les larves de tipules, par leur apparence singulière et leur bonne taille, avaient suscité un mélange de dégoût et de curiosité! Ce fut une belle découverte à partager!

Vidéo 1. Larves de tipules (et autres insectes) ramassées sur un petit cours d’eau sillonnant le site de l’Ere de l’Estuaire.

Vidéo 2. Tête d’une larve vue sous la loupe de mon microscope. La tête est rétractable; on voit les mandibules se faire agiter, de même qu’une partie de la capsule céphalique vers la fin de la vidéo.

Vidéo 3. Larve de tipule en mouvement.

Pour en savoir plus

Ça grouille dans mes denrées!

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Cucujide des grains oléagineux

Il y a quelques semaines de cela, une collègue de bureau m’annonçait qu’elle avait trouvé bon nombre de minuscules bêtes grouillant dans ses denrées alimentaires. Cette dernière m’indiquait qu’elle avait identifié l’espèce comme étant le cucujide dentelé des grains (Oryzaephilus surinamensis). Elle me fit également don de quelques spécimens préservés dans l’alcool. Après quelques recherches supplémentaires sur l’espèce et les membres de ce genre, dans le but de rédiger la présente chronique, je réalisai qu’on faisait possiblement plutôt face au cucujide des grains oléagineux (Oryzaephilus mercator). Qu’à cela ne tienne, les deux espèces constituent toutes deux des pestes des denrées alimentaires dans la maison! Qu’il s’agisse de l’une ou l’autre, leur présence ne laisse présager rien de bon!

C’est en examinant les descriptions fournies par les deux premières références consultées (Evans 2014 et le site Internet de la Commission canadienne des grains) que je réalisai qu’il y avait deux espèces d’Oryzaephilus qui se ressemblaient. Selon ces sources, c’est en examinant les tempes des spécimens – la portion située immédiatement derrière l’œil – que l’on parvient à départager les deux espèces. La tempe du cucujide dentelé des grains fait au moins la moitié de la longueur de l’œil et n’est pas pointue (voir cette image). En revanche, celle du cucujide des grains oléagineux fait moins d’un tiers de la longueur de l’œil et s’avère étroite et pointue (cette image). C’est ce deuxième cas que j’observai au travers de la loupe de mon appareil binoculaire. Je dois néanmoins préciser que je ne suis pas une taxonomiste professionnelle; si vous jugez que j’ai fait erreur, vous pouvez rectifier le tir et m’indiquer quels critères j’aurais dû examiner de plus près!

Cela dit, ces organismes font partie de la famille Silvanidae. Je dois avouer que je ne connaissais pas du tout cette famille! Selon Evans (2014), la biologie de ce groupe est peu connue, hormis en ce qui concerne les espèces d’intérêt économique. À cet effet, plusieurs genres de cette famille comprennent des espèces qui constituent des pestes… qui se retrouvent dans les grains entreposés, les produits liés aux grains (farines, etc.), les noix et les épices.

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Plusieurs individus que ma collègue m’a légués!

Le cucujide des grains oléagineux ne fait pas exception. Les adultes et les larves sont des pestes communément retrouvées dans nos garde-mangers. La Commission canadienne des grains précise que ce cucujide a une préférence pour les denrées riches en huile comme la farine, les flocons d’avoine, le son et le riz brun. Il ne dédaigne pas, non plus, les céréales transformées, les fruits séchés, les graines, les mélanges à gâteaux, pâtes, biscuits, noix, noix de coco et nourriture pour animaux de compagnie. Bref, si vous êtes aux prises avec cette espèce, c’est dire qu’une vaste partie de vos denrées risque d’être affectée.

Ma collègue de travail me mentionnait qu’elle retrouvait en effet beaucoup d’individus et de larves autour de ce type de denrées et qu’il lui était difficile de savoir avec certitude de quels aliments ils se nourrissaient. La source de contamination s’avérait elle aussi inconnue, quoique ma collègue précisait qu’elle achetait des aliments « en vrac », son principal doute portant sur certains des aliments achetés figurant au palmarès des collations favorites des cucujides.

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Ces organismes sont très petits!

Parmi les méthodes de contrôle utilisées, ma collègue me disait effectuer un nettoyage continu des armoires envahies (eau et savon semblent de mise, l’eau seule ne semblant pas suffisante), en plus de mettre toutes les denrées « à risque » dans des pots hermétiques… ou à la poubelle! Ces méthodes énergivores semblaient néanmoins donner des résultats probants : ma collègue m’indiquait voir de moins en moins d’individus déambuler dans ses armoires (adultes et larves).

Étant donné qu’une femelle peut pondre jusqu’à 200 à 300 œufs sur trois mois, vaut mieux en effet prendre des moyens rapides d’élimination. Autrement, ces organismes ont la capacité de coloniser rapidement nos armoires! Cependant, la détection de l’envahisseur peut prendre un peu de temps, puisque l’insecte concerné est très petit. Ce dernier fait entre 2 et 3 mm de longueur. Il est donc bien possible que vous croquiez dans les larves ou les adultes de ce groupe avant de réaliser qu’ils ont envahi vos denrées!

Fait intéressant, contrairement à son cousin O. surinamensis, notre cucujide des grains oléagineux ne serait pas tolérant au froid. En outre, il ne survivrait pas aux rigueurs des hivers canadiens. Une façon de s’en débarrasser pourrait donc être de mettre les denrées contaminées au congélateur. Wikipedia mentionne qu’une exposition à une température de -18 °C sur une période de 6 jours consécutifs serait létale pour tous les cycles de vie. En cas de doute sur l’identité du spécimen, cependant, il vaut probablement mieux tout jeter et nettoyer, puisque le cucujide dentelé – qui ressemble beaucoup à O. mercator – est tolérant à ces températures!

Après ces recherches, je me suis assurée que les individus gracieusement donnés par ma collègue étaient bel et bien inertes dans leur bouteille d’alcool! Trêve de plaisanteries, nous ne sommes pas à l’abri d’une pléiade d’envahisseurs et le partage d’expériences comme celle-ci peut nous rassurer ou nous donner de bons « trucs »!

Pour en savoir plus

L’heure de la collation pour Monsieur agrion vertical

Ischnura verticalis 1
C’est l’heure de la collation pour cet agrion vertical!

Après avoir passé un mois sans rédiger de nouvelles chroniques DocBébitte – j’étais affairée à transférer mon blogue sur une nouvelle plate-forme et vers un nouvel hébergeur –, quoi de mieux pour reprendre mes activités que de vous parler d’une libellule?

Avez-vous déjà eu le loisir d’observer une libellule capturer et ingérer un insecte en direct? Ces bêtes gloutonnes constituent de voraces et efficaces prédateurs et il n’est donc pas rare de les surprendre proie en bouche!

Cet été, j’ai été en mesure de filmer un de ces arthropodes en train de mâchouiller une proie fraîchement débusquée. Fait intéressant, la seule autre fois où j’ai pu prendre quelques clichés de cette espèce, l’individu venait lui aussi de capturer son dîner.

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On ne parle pas la bouche pleine!

L’espèce en question est l’agrion vertical (Ischnura verticalis). Appartenant à la famille Coenagrionidae, il s’agit d’une espèce commune et bien répartie sur tout le Québec méridional. Les mâles sont facilement reconnaissables et ne peuvent être confondus avec d’autres espèces de nos latitudes. C’est la combinaison du vert vif maculant les côtés du thorax et les deux premiers segments de l’abdomen (le second segment n’étant vert que sur les côtés), de même que la coloration bleu pâle dominante sur les huitième et neuvième segments de l’abdomen qui servent de critères d’identification. Comme chez plusieurs autres libellules, malheureusement, les femelles requièrent un examen plus détaillé, car elles peuvent être confondues avec quelques cousines. Paulson (2011) cite notamment l’agrion posé (I. posita) et l’agrion hasté (I. hastata), deux espèces qui semblent cependant moins largement réparties au Québec que l’agrion vertical (Savard, 2011).

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Agrion vertical mâle, vu de profil

Au Québec, l’adulte de l’agrion vertical se rencontre du mois de mai jusqu’en septembre. Comme les naïades se développent dans les herbiers aquatiques qui jonchent les parties calmes des lacs, rivières et étangs, il n’est pas surprenant d’observer des adultes à proximité de ces habitats. Ainsi, mâles et femelles peuvent être aperçus perchés sur la végétation adjacente à divers milieux aquatiques, ou encore en vol, tentant de se dégoter un partenaire!

J’ai souvent lu que, chez les libellules, ce sont les mâles qui sont particulièrement territoriaux. Toutefois, Paulson (2011) précise que Madame agrion vertical n’aime guère partager ses lieux de ponte. Cette dernière chasserait à la fois femelles et mâles de son territoire privilégié en adoptant une posture bien particulière : abdomen recourbé vers le bas et ailes battant incessamment. Tout intrus sera averti!

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Autre mâle observé plus tôt, en 2014. Il venait lui aussi de capturer une proie.

Il semble également que les femelles I. verticalis soient plus enclines que les mâles à dévorer des membres de leur propre espèce. C’est qu’elles sont peu commodes, ces dames! De façon générale, cependant, à la fois les femelles et les mâles sont gourmands.

En début de chronique, je vous mentionnais que j’avais filmé un membre de cette espèce en train de déguster une proie. C’est alors que je photographiais quelques insectes éparpillés parmi une haie de rosiers que mon attention fut portée sur une délicate libellule voletant entre les branches. Elle se posa afin de commencer à savourer sa proie, qui semblait – de ce que je voyais des « restes » – être une sorte de diptère (mouches et compagnie). La vidéo et les photos que j’ai pu prendre à ce moment accompagnent la présente chronique… et témoignent de la gourmandise de ce délicat, mais vorace arthropode!

Vidéo 1. Mâle agrion vertical qui déguste sa proie. Crounch crounch crounch! Bon appétit!

Pour en savoir plus

Quelle forme, ce papillon!

Le joli polygone à taches vertes
Le joli polygone à taches vertes

Je ne pouvais résister à la tentation de faire référence à la fois à la forme particulière et au nom de l’insecte mis en vedette cette semaine : le polygone à taches vertes (Polygonia faunus)! Cet arthropode détient bien son nom, car il semble avoir été savamment ciselé sur mesure.

Il s’agit aussi de l’invertébré-mystère de la semaine dernière, paré pour l’Halloween avec sa somptueuse robe orange et noire. Certains ont deviné qu’il s’agissait bien d’un papillon!

Sortie en août 2017 qui me permit d’observer plusieurs individus
Sortie en août 2017 qui me permit d’observer plusieurs individus
Un des individus croqués sur le vif
Un des individus croqués sur le vif

Notre joli lépidoptère appartient plus précisément à l’illustre famille des Nymphalidae (voir cette chronique), qui regroupe bon nombre de papillons diurnes communs : croissants, morios, belles dames, vulcains, amirals et monarques, pour n’en nommer que quelques-uns.

Le genre Polygonia se distingue des autres nymphalidés par ses ailes particulièrement dentelées. La face dorsale est vivement colorée d’orange et inclut des teintes de brun et de noir à des degrés variables, selon l’espèce. La face ventrale est flanquée d’un petit motif pâle ressemblant à une virgule. Ce motif, parfois plus apparent chez certaines espèces, a donné son nom au polygone virgule (Polygonia comma), de même qu’au polygone à queue violacée dont le nom scientifique latin réfère à la marque, qui ressemble à un point d’interrogation (Polygonia interrogationis).

Chez le polygone à taches vertes, ce motif est un peu moins arrondi, mais peut tout de même être confondu. Par contre, la zone submarginale (située près de l’extrémité) des ailes est caractérisée par des motifs et taches en forme de zigzag qui sont d’une teinte verdâtre. C’est ce critère qui permet l’identification… et qui a de toute évidence donné son nom au papillon! Cela dit, la face ventrale des ailes est aussi bariolée de brun et de beige, donnant à l’arthropode l’apparence d’une feuille morte. Il s’agit là d’un bon camouflage pour éviter tout prédateur.

Les taches verdâtres près de la bordure des ailes sont caractéristiques
Les taches verdâtres près de la bordure des ailes sont caractéristiques
Ce polygone s’affairait à me lécher les doigts
Ce polygone s’affairait à me lécher les doigts

Le polygone à taches vertes s’observe dans les milieux forestiers semi-ouverts et les clairières, en bordure des routes, de même que le long de sentiers et de cours d’eau. Il n’est donc pas surprenant que j’aie observé bon nombre d’individus lors d’une sortie en canot le long de la rivière Jacques-Cartier à l’été 2017 – il s’agit d’un cours d’eau s’écoulant en milieu forestier mixte. En fait, tous les spécimens pris en photo et en vidéo qui agrémentent la présente chronique ont été rencontrés lors de cette sortie. C’était à la fin du mois d’août et beaucoup de ces papillons voletaient le long des berges de la rivière.

Les individus aperçus appartenaient à la première génération de l’année. Ceux-ci s’activent de la mi-juillet jusqu’à la troisième semaine de septembre. Ils passent ensuite l’hiver sous forme adulte, pour s’envoler à nouveau entre le mois de mai et la mi-juin. La reproduction se déroule au printemps, donnant lieu à la nouvelle génération qui apparaît plus tard en été. Comme ils doivent passer au travers de l’hiver, les adultes ont une durée de vie assez longue qui s’étale sur dix mois.

Les adultes se nourrissent de sève, de miellée et de fruits fermentés. Ils ne viennent pas aux fleurs. Quant à la chenille, elle se retrouve sur plusieurs plantes forestières, dont le bouleau blanc, l’aulne, le saule, le gadellier et le groseillier.

Je n’ai pas eu le loisir de voir des chenilles de cette espèce. Ces dernières possèdent des poils épineux qui dissuadent les doigts curieux de leur toucher! Leur coloration varie du brun jaunâtre au rouge brique et, sur leur tête, on peut noter un W blanc caractéristique. En effectuant mes recherches, j’ai noté qu’il y avait peu de photographies des chenilles de ce papillon sur Bug Guide (ce lien), qui est pourtant habituellement bien garni en clichés. Si certains d’entre vous ont déjà capturé cette espèce de chenille en photo, venez partager vos observations sur la page Facebook DocBébitte. J’aimerais bien voir davantage les caractéristiques de cette belle chenille.

 

Vidéo 1. Ce polygone à taches vertes me lèche les doigts. Peut-être que l’eau de la rivière, mêlée à ma sueur (pas de tout repos, le canot de rivière!), me conférait un « bon goût »!

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Polygonia faunus – Green Comma – Hodges#4423. https://bugguide.net/node/view/12875
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.