Une chenille loin d’être disparate!

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La chenille du bombyx disparate (Lymantria dispar)

Vous avais-je déjà dit que j’aime les chenilles? Ces sympathiques bêtes rampantes se laissent généralement observer et manipuler à souhait; elles s’avèrent de bons modèles pour une photographe amateure d’insectes comme moi!

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Elle ressemble à un cactus!

Leur robe porte également des couleurs souvent variées et est ornée, à l’occasion, de poils et d’épines impressionnantes. C’est le cas de l’insecte mis en vedette cette semaine : la chenille du bombyx disparate (Lymantria dispar). Aussi appelée spongieuse, cette chenille arbore une tête bigarrée et un corps grisâtre surmonté d’excroissances bleues et rouges, lesquelles possèdent des épines d’allure peu invitantes. Les premiers stades ne présentent pas ces caractéristiques, mais on peut reconnaître néanmoins l’espèce à la présence de protubérances ressemblant à des verrues sur chaque côté du premier segment thoracique (immédiatement derrière la tête).

Les poils qui caractérisent notre jolie chenille possèdent des propriétés urticantes. J’en ai parlé dans cette précédente chronique. Pour ma part, j’ai manipulé un grand nombre d’individus et je n’ai pas démontré de réaction. Malgré tout, je vous conseillerais de les manipuler avec soin; certaines personnes s’avèrent plus sensibles que d’autres!

La chenille de la spongieuse peut mesurer quelque six centimètres de long. Il s’agit d’une chenille de taille fort appréciable! Cela dit, notre arthropode ne fait pas la fine bouche et son menu comporterait plus de 500 espèces végétales. Selon Hébert et al. (2017), elle démontrerait tout de même un petit faible pour les feuilles des chênes et des peupliers. Vorace, comme toute chenille digne de ce nom, elle est susceptible de générer d’importants dommages. Elle est d’ailleurs considérée comme une peste notoire.

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Les poils de cette chenille peuvent être urticants

Lorsque la chenille se métamorphose en papillon, la femelle, plus pâle (cette photo tirée de Bug Guide), est trop lourde pour prendre son envol. Elle doit donc attendre l’arrivée de son prince charmant, un mâle plus petit et vêtu d’une robe plus sombre parcourue de lignes ondulées (ce cliché). Une fois la copulation achevée, la femelle dépose ses œufs sur le tronc d’un arbre ou tout autre support à sa disposition (branches jonchant le sol, par exemple). Elle recouvre sa masse d’œufs des poils de son abdomen, ce qui lui donne l’apparence d’une sorte d’éponge… qui est à l’origine du nom commun de cette espèce « la spongieuse »! Les rejetons demeureront bien confortables dans l’œuf pour traverser les rigueurs de l’hiver. Ce n’est qu’une fois le printemps venu que l’éclosion se produit.

Le bombyx disparate aurait été introduit en Amérique du Nord près de Boston entre 1868 et 1869. C’est un naturaliste français qui en serait responsable; ce dernier cherchait à croiser ce bombyx avec le ver à soie et élever les chenilles afin de produire de la soie. Malheureusement, des individus s’échappèrent et surent s’adapter à l’environnement nord-américain. L’aire de distribution de notre lépidoptère s’est ensuite progressivement étendue autour de Boston, vers les états américains voisins de l’est et du nord, de même qu’au Canada. On retrouve maintenant cette espèce dans tout le nord-est de l’Amérique du Nord.

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C’est la deuxième fois que je recueille une chenille parasitée

Différentes tactiques furent tentées pour mieux contrôler cette peste. Entre autres, une mouche parasitoïde de la famille Tachinidae (Compsilura concinnata) fut introduite aux fins de lutte biologique. Malheureusement, ce diptère démontra également une préférence pour d’autres papillons, dont certains sont indigènes à l’Amérique du Nord.

Concernant les parasites, j’avais déjà capturé un spécimen moribond que j’avais oublié dans un pilulier. Lorsque fut venu le temps d’examiner ma capture, il y avait plus qu’une chenille dans le contenant : deux cocons étaient apparus… comme par magie! J’en parle dans cette chronique. Fait intéressant, j’ai récidivé la semaine dernière en ramassant une chenille d’apparence morte… pour la trouver quelques heures plus tard à nouveau accompagnée d’un cocon orangé. S’agissait-il de notre diptère parasitoïde? Je ne le saurai point, puisqu’aucun insecte n’émergea des cocons formés!

Vidéo 1. Oui, ça chatouille! Certaines personnes réagissent aux poils urticants de cette chenille. Ça ne semble pas être mon cas jusqu’à maintenant.

Galerie photo

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La capsule céphalique est bigarrée
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La chenille mature atteint une taille approchant les 6 cm
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Cocon du parasitoïde (non identifié)

Pour en savoir plus

  • Bartlett Wright, A. 1993. Peterson First Guide to Caterpillars of North America. 128 p.
  • Bug Guide. Species Lymantria Dispar – Gypsy Moth – Hodges#8318. https://bugguide.net/node/view/8780
  • Bug Guide. Species Compsilura concinnata.
  • https://bugguide.net/node/view/265766
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Hébert, C., Comptois, B. et L, Morneau. 2017. Insectes des arbres du Québec. 299 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

DocBébitte en bref : petit bonus sur « Sa Majesté le papillon! »

Dans la chronique de la semaine dernière, il y avait tellement de choses à raconter sur le joli papillon monarque que j’étais loin d’avoir épuisé le sujet.

Parmi les apprentissages sympathiques que j’ai effectués, il en restait un que je voulais partager avec vous.

Savez-vous d’où vient l’appellation « monarque »?

Selon les sources consultées, il semble que le nom prend son origine auprès des premiers colons européens qui ont peuplé le Canada et les États-Unis. Ces derniers – constitués de bon nombre de protestants fuyant la persécution en Europe – auraient été émerveillés par le majestueux et flamboyant monarque vêtu d’orange et de noir… Et l’auraient nommé après un prince de Hollande bien connu de l’époque, qui devint plus tard roi d’Angleterre, Guillaume d’Orange.

Il semble donc après tout que le nom « monarque » ait bien une origine royale! Ce qui sied tout à fait à notre plus gros papillon diurne, maître des migrations!

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Le monarque a un nom qui lui sied bien!

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Danaus plexippus – Monarch – Hodges#4614. https://bugguide.net/node/view/540
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Schappert, P. 2004. The Last Monarch Butterfly. 113 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
  • Wikipédia. Monarque (papillon). https://fr.wikipedia.org/wiki/Monarque_(papillon)

Sa majesté le papillon!

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Monarque femelle

Avec le retour du printemps et la fonte imminente des montagnes de neige qui jonchent le paysage se pointeront sous peu le bout du nez les premiers insectes de l’année!

Parmi les arthropodes qui ont fui l’hiver vers des contrées plus hospitalières, on retrouve le très populaire papillon monarque (Danaus plexippus). Ses exploits migratoires mais aussi les fluctuations de ses populations des dernières années ont fait couler beaucoup d’encre. Je vous invite à découvrir leur fascinant univers.

La jeune chenille du monarque amorce son parcours sur un plan d’asclépiade, là où sa mère a intentionnellement déposé son œuf (cette dernière ne déposerait typiquement qu’un œuf par plant afin d’éviter la compétition). Se nourrissant des feuilles de cette plante, la chenille grossit exponentiellement : selon la température, elle peut prendre en 10 à 14 jours plus de 3 000 fois son poids d’origine! Les fluides de l’asclépiade sont toxiques, mais la chenille parvient à les ingérer sans séquelles. Mieux encore, elle synthétise les toxines (des cardénolides) pour elle-même devenir incomestible, caractéristique qui perdure à l’âge adulte.

La très jeune chenille qui sort de l’œuf porte une robe uniforme qui ne tarde pas, dès la première mue, à arborer plus ou moins franchement les lignes jaunes, blanches et noires caractéristiques des plus gros individus que nous sommes habitués à rencontrer. Les filaments noirs situés sur le 2e segment thoracique et le 8e segment abdominal se font également de plus en plus présents d’une mue à l’autre. Aucune autre chenille du Québec ne combine ces couleurs et appendices de la sorte. Selon les sources consultées, ces étranges tentacules serviraient à confondre les prédateurs. La larve peut, d’une part, les agiter lorsque perturbée, ce qui peut surprendre. D’autre part, ils rendent difficile la distinction entre la tête et l’arrière-train.

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La jolie chenille du monarque

La chenille du papillon du céleri (cette photographie) et quelques espèces apparentées ornent des couleurs semblables, mais ne devraient pas être confondues si l’on prend le temps de bien les regarder. Ces dernières agencent le noir, jaune et blanchâtre (ou verdâtre) différemment et plusieurs individus sont nettement plus verdâtres que la chenille du monarque. Plus précisément, le jaune et le noir se relaient sur une même ligne, laquelle est suivie d’une ligne pleine blanchâtre ou verdâtre. En revanche, la chenille du monarque ressemble plutôt à un prisonnier, chaque ligne qui fait le tour de l’abdomen possédant une couleur unique.

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Vue dorsale de la chenille

Au moment de former sa chrysalide, la chenille s’accroche à un support adéquat (souvent une branche) par ses fausses pattes arrière et prend la position d’un « J ». Après quelques temps passés tête vers le bas, elle mue et laisse place à une chrysalide d’un vert vif orné de quelques touches de doré et de noir. Neuf à quinze jours plus tard, la chrysalide a pris une teinte plus sombre, puis l’adulte émerge.

Tout comme les chenilles, les adultes sont faciles à reconnaître. Il s’agit de gros individus (8,6 à 10 cm d’envergure d’ailes) d’un orange vif découpé par des lignes noires; la marge des ailes est aussi ornée de points blancs. Le vice-roi (Limenitis archippus) est l’espèce qui lui ressemble le plus, mais ce dernier possède une ligne courbe transversale qui coupe les nervures des ailes postérieures (voir cette comparaison sur BugGuide). Il est également plus petit que le monarque. Il en est de même pour d’autres espèces québécoises qui portent fièrement l’orange et le noir (ou brun foncé) : ils sont tous nettement plus petits et les motifs qu’ils arborent sont différents. Pensons entre autres au papillon Belle-dame (Vanessa cardui) et au Vulcain (Vanessa atalanta).

On peut facilement discriminer le mâle monarque de la femelle : le mâle porte des taches sur ses ailes inférieures qui dégagent des phéromones; les femelles n’en possèdent pas! Cela dit, malgré la capacité des mâles à envoûter leurs conquêtes par de doux parfums, il semble que ces derniers soient plutôt agressifs et laissent peu de chances aux femelles de faire leur choix. Messieurs monarques se jetteraient sur tout ce qui pourrait s’avérer être une partenaire potentielle. Dans cet empressement, ils ne se rendraient même pas compte que leur « belle » est en fait un autre mâle. Les identités confondues constituent donc un fait fréquemment observé chez cette espèce!

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Comparaison entre la femelle (haut) et le mâle (bas); la flèche indique la tache spécifique au mâle

Bien que le monarque soit le plus gros papillon diurne rencontré au Québec, ce sont principalement ses exploits migrateurs qui font sa renommée. Chaque hiver, tous les monarques de l’Amérique du Nord se rejoignent sur quelques sites d’hibernation concentrés dans le centre du Mexique (les sources consultées parlent aussi d’une population de la côte ouest américaine qui se réfugie en Californie). Ils y passent 4 à 5 mois. Vers la fin février et le début mars, les vastes colonies se disloquent peu à peu; les individus reprennent leurs énergies en se nourrissant de nectar des plantes ambiantes et achèvent leur maturation sexuelle mise en pause pendant les mois d’hiver. C’est à ce moment que la reproduction pour la nouvelle génération de l’année a lieu.

Une fois fécondées (si le mâle ne s’est pas trompé!), les femelles prennent le chemin du nord, dans le but de trouver des talles inutilisées d’asclépiades. Une nouvelle génération prendra vie dans les environs du Texas, pour remonter progressivement jusqu’à nos latitudes. Selon Leboeuf et Le Tirant (2012), c’est vers la troisième semaine de mai que l’on peut apercevoir, au Québec, les premiers monarques venus du sud. Cette génération pourra être observée jusqu’au début du mois de juillet. Les rejetons associés deviendront des adultes entre la troisième semaine de juillet et la mi-octobre. C’est donc dire qu’entre mai et octobre, nous avons le loisir de rencontrer ce charmant arthropode! D’ailleurs, les adultes font moins la fine bouche que les chenilles et se délectent du nectar d’une vaste palette de fleurs… ce qui les amène dans nos plates-bandes à notre grand plaisir!

L’automne venu, les adultes nés sous nos latitudes reprennent le chemin du sud – une destination où ils ne sont jamais allés! Ils effectueront quelque 4 000 à 5 000 kilomètres de vol pour se rendre à leur site d’hibernation.

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Monarque mâle

Tant la migration vers le nord que celle vers le sud sont truffées de menaces qui peuvent faire fluctuer les populations globales de monarques. Si vous suivez l’actualité, vous aurez entendu maintes préoccupations au courant des dernières années à l’égard des populations de monarques qui seraient, selon plusieurs sources, en danger. Or, ce débat ne fait pas consensus au sein de la communauté entomologique. Qu’en est-il?

Loin de moi est l’intention d’amorcer un débat. Je vais donc me concentrer sur les données que j’ai retrouvées dans les différents documents consultés. Tout d’abord, parlons des menaces! Le fait que de vastes populations de papillons se rassemblent dans un nombre restreint de lieux d’hibernation est considéré comme un risque important. C’est comme si tous les œufs étaient déposés dans le même panier! Ces sites ne sont pas à l’abri des aléas climatiques : un gel important pourrait décimer les populations de papillons, par exemple. De même, la destruction ou la détérioration de la qualité de l’habitat sont aussi source d’inquiétude et sont vivement gardées à l’œil. À cet effet, depuis 2008, la réserve de biosphère du papillon monarque du Mexique est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Selon Schappert (2004), il ne faut cependant pas considérer que les menaces qui pèsent sur les sites d’hibernation. Ce dernier cite une vaste palette de menaces qui attendent les monarques tout au long de leur parcours : détérioration et fragmentation des habitats, emploi de pesticides et d’herbicides, aléas climatiques, espèces envahissantes, parasites et prédation (oui, oui : malgré les toxines, certains prédateurs ont développé des stratégies permettant de se nourrir des monarques!).

Certaines de ces menaces ont des effets mitigés. Par exemple, la fragmentation de l’habitat et la déforestation peuvent, dans certaines circonstances, favoriser les plantes d’habitats ouverts… comme l’asclépiade, la plante-hôte chouchou de notre insecte-vedette! En revanche, le remplacement des champs et des terrains vacants par des terres agricoles ou des condos de luxe (par exemple!) vont annihiler les talles d’asclépiades. Ainsi, rien n’est tout noir ou tout blanc!

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Habitat typique de la chenille; on y voit notamment des plants d’asclépiade

Les aléas du climat ont, eux aussi, leur lot d’effets sur les populations. Tantôt ils leur seront favorables, tantôt ils seront dramatiques! C’est ainsi que les populations de l’année 2000 ont présenté un creux important, selon Schappert (2004). En 2000, il y eut une sécheresse au Texas, diminuant la quantité de plantes productrices de nectar. Les adultes peinèrent à se ravitailler pour leur long voyage. Cette sécheresse fut malheureusement combinée à des températures fraîches et pluvieuses dans la partie nord de l’aire de distribution du monarque, limitant le déplacement des femelles pondeuses et favorisant le développement de fongus et de pathogènes s’attaquant aux chenilles. Par contre, en 2001, les conditions favorables permirent à la population de rebondir : quatre fois plus d’individus furent estimés qu’en 2000!

Ce que je lis dans Schappert (2004) et Handfield (2011), c’est que les populations de monarques nord-américaines et québécoises ont démontré de vastes fluctuations au courant des années 2000-2010. Il y a quelques années, on entendait beaucoup parler, dans les médias, de la situation préoccupante du monarque (n’était presque plus aperçu au Québec), alors qu’en 2018, les observations se sont faites par centaines. S’agissait-il d’une année particulièrement favorable? Cette impression est corroborée par La Presse (2019) et Radio-Canada (2019), qui indiquaient en janvier dernier que la population de papillons monarques passant l’hiver dans le centre du Mexique avait augmenté de 144% par rapport à l’an dernier, couvrant une superficie de 6,05 hectares selon Journey North (6 hectares étant le seuil au-dessus duquel la population est considérée comme « durable »). Un des chercheurs interrogés par Radio-Canada (2019) soulignait néanmoins que, malgré ce bond positif, le nombre de monarques observé aujourd’hui est tout de même nettement inférieur à celui d’il y a 20 ans. Dans les sources consultées et sur Internet, je n’ai malheureusement pu mettre la main sur des dénombrements débutant avant 1993 pour mieux connaître les variations et la cyclicité à long terme. Les valeurs antérieures étaient-elles grandement supérieures à celles observées dans les années 1990? Présentaient-elles des fluctuations (voire des creux dramatiques) comme celles des récentes années? Ces données permettraient de jeter un regard encore plus précis sur la dynamique des populations et l’état d’alerte à lui attribuer (et, notamment, l’effet potentiel des changements climatiques).

Quoi qu’il en soit, mes recherches me font conclure qu’il ne faudrait ni crier victoire, ni crier au loup, mais être réaliste et considérer que le monarque présente, comme bien d’autres membres du règne animal, des hauts et des bas qu’il faudra garder à l’œil. Il ne faut pas nier l’impact de nos activités sur le monde du vivant et le monarque, par sa popularité et son charisme, peut faire partie des « ambassadeurs » utilisés pour sensibiliser les jeunes et les moins jeunes à l’importance de bien prendre soin de l’environnement qui nous entoure… et des petites bêtes qu’il recèle!

Pour couronner cette sympathique chronique (un peu plus longue, je l’avoue, que la moyenne), je vous laisse sur une vidéo, suivie d’une galerie photo où figurent les jolis clichés de monarques et de leurs chenilles qui ont été soumis lors des précédents concours amicaux de photographie DocBébitte.

Vidéo 1. La jolie chenille du monarque!

Galerie photo : soumissions aux concours passés de photographie DocBébitte

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Pour en savoir plus

Quelle forme, ce papillon!

Le joli polygone à taches vertes
Le joli polygone à taches vertes

Je ne pouvais résister à la tentation de faire référence à la fois à la forme particulière et au nom de l’insecte mis en vedette cette semaine : le polygone à taches vertes (Polygonia faunus)! Cet arthropode détient bien son nom, car il semble avoir été savamment ciselé sur mesure.

Il s’agit aussi de l’invertébré-mystère de la semaine dernière, paré pour l’Halloween avec sa somptueuse robe orange et noire. Certains ont deviné qu’il s’agissait bien d’un papillon!

Sortie en août 2017 qui me permit d’observer plusieurs individus
Sortie en août 2017 qui me permit d’observer plusieurs individus
Un des individus croqués sur le vif
Un des individus croqués sur le vif

Notre joli lépidoptère appartient plus précisément à l’illustre famille des Nymphalidae (voir cette chronique), qui regroupe bon nombre de papillons diurnes communs : croissants, morios, belles dames, vulcains, amirals et monarques, pour n’en nommer que quelques-uns.

Le genre Polygonia se distingue des autres nymphalidés par ses ailes particulièrement dentelées. La face dorsale est vivement colorée d’orange et inclut des teintes de brun et de noir à des degrés variables, selon l’espèce. La face ventrale est flanquée d’un petit motif pâle ressemblant à une virgule. Ce motif, parfois plus apparent chez certaines espèces, a donné son nom au polygone virgule (Polygonia comma), de même qu’au polygone à queue violacée dont le nom scientifique latin réfère à la marque, qui ressemble à un point d’interrogation (Polygonia interrogationis).

Chez le polygone à taches vertes, ce motif est un peu moins arrondi, mais peut tout de même être confondu. Par contre, la zone submarginale (située près de l’extrémité) des ailes est caractérisée par des motifs et taches en forme de zigzag qui sont d’une teinte verdâtre. C’est ce critère qui permet l’identification… et qui a de toute évidence donné son nom au papillon! Cela dit, la face ventrale des ailes est aussi bariolée de brun et de beige, donnant à l’arthropode l’apparence d’une feuille morte. Il s’agit là d’un bon camouflage pour éviter tout prédateur.

Les taches verdâtres près de la bordure des ailes sont caractéristiques
Les taches verdâtres près de la bordure des ailes sont caractéristiques
Ce polygone s’affairait à me lécher les doigts
Ce polygone s’affairait à me lécher les doigts

Le polygone à taches vertes s’observe dans les milieux forestiers semi-ouverts et les clairières, en bordure des routes, de même que le long de sentiers et de cours d’eau. Il n’est donc pas surprenant que j’aie observé bon nombre d’individus lors d’une sortie en canot le long de la rivière Jacques-Cartier à l’été 2017 – il s’agit d’un cours d’eau s’écoulant en milieu forestier mixte. En fait, tous les spécimens pris en photo et en vidéo qui agrémentent la présente chronique ont été rencontrés lors de cette sortie. C’était à la fin du mois d’août et beaucoup de ces papillons voletaient le long des berges de la rivière.

Les individus aperçus appartenaient à la première génération de l’année. Ceux-ci s’activent de la mi-juillet jusqu’à la troisième semaine de septembre. Ils passent ensuite l’hiver sous forme adulte, pour s’envoler à nouveau entre le mois de mai et la mi-juin. La reproduction se déroule au printemps, donnant lieu à la nouvelle génération qui apparaît plus tard en été. Comme ils doivent passer au travers de l’hiver, les adultes ont une durée de vie assez longue qui s’étale sur dix mois.

Les adultes se nourrissent de sève, de miellée et de fruits fermentés. Ils ne viennent pas aux fleurs. Quant à la chenille, elle se retrouve sur plusieurs plantes forestières, dont le bouleau blanc, l’aulne, le saule, le gadellier et le groseillier.

Je n’ai pas eu le loisir de voir des chenilles de cette espèce. Ces dernières possèdent des poils épineux qui dissuadent les doigts curieux de leur toucher! Leur coloration varie du brun jaunâtre au rouge brique et, sur leur tête, on peut noter un W blanc caractéristique. En effectuant mes recherches, j’ai noté qu’il y avait peu de photographies des chenilles de ce papillon sur Bug Guide (ce lien), qui est pourtant habituellement bien garni en clichés. Si certains d’entre vous ont déjà capturé cette espèce de chenille en photo, venez partager vos observations sur la page Facebook DocBébitte. J’aimerais bien voir davantage les caractéristiques de cette belle chenille.

 

Vidéo 1. Ce polygone à taches vertes me lèche les doigts. Peut-être que l’eau de la rivière, mêlée à ma sueur (pas de tout repos, le canot de rivière!), me conférait un « bon goût »!

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Polygonia faunus – Green Comma – Hodges#4423. https://bugguide.net/node/view/12875
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.

Houppe Houppe Houppe, Hourra!

Chenille à houppes blanches photographiée par ma tante
Chenille à houppes blanches photographiée par ma tante

Vous aurez sans doute deviné que je compte aujourd’hui vous parler de houppes… mais desquelles? Non, je ne ferai pas mention du célèbre toupet d’un certain président américain! Je vais plutôt vous entretenir au sujet de quelques jolies chenilles québécoises qui arborent fièrement des houppes colorées!

L’idée m’est venue quand ma mère m’a transmis quelques photos qu’une de mes tantes avait prises d’une chenille affairée à croquer un de ses plants. Cette dernière se demandait de quoi il s’agissait et si la bête en question allait causer des dommages. On me demandait aussi à quoi ressemblerait la chenille une fois devenue adulte.

Je connaissais déjà les chenilles à houppes, ayant pris quelques clichés dans le passé d’un individu de l’espèce Orgyia definita – soit la chenille à houppes jaunes. En effectuant quelques vérifications, il s’est avéré que le spécimen observé par ma tante était la chenille à houppes blanches (Orgyia leucostigma).

Dans l’ouvrage de Leboeuf et Le Tirant (2018), trois espèces de chenilles à houppes sont illustrées : à houppes grises des conifères (Dasychira plagiata), à houppes rousses (Orgyia antica nova) et à houppes blanches. Il y est mentionné que la chenille à houppes jaunes est rare dans nos régions; je peux donc sans doute me compter chanceuse d’avoir rencontré et immortalisé sur photo un individu de cette espèce!

La chenille à houppes blanches photographiée par ma tante peut être facilement distinguée des autres chenilles à houppes. Bien que ses houppes ne soient pas toujours d’un blanc pur, comme son nom le suggère (peuvent être de couleur crème ou jaunâtre), d’autres caractéristiques permettent de la reconnaître : sa tête est d’un rouge vif et son dos est flanqué d’une longue bande noire bordée de chaque côté de jaune. Si vous comparez avec la chenille à houppes jaunes que j’ai photographiée, vous remarquerez notamment que la tête est entièrement jaune.

Chenille à houppes jaunes – voyez sa tête jaune
Chenille à houppes jaunes – voyez sa tête jaune

Ce que je trouvai de plus fascinant sur ce groupe, en me documentant pour répondre à ma tante, c’est que les membres appartenant au genre Orgyia présentent un dimorphisme sexuel marqué : les femelles sont complètement dépourvues d’ailes! Elles ressemblent à de petites boules de poil munies d’antennes et de pattes (voir cette photo tirée de Bug Guide). En revanche, les mâles ont toute l’apparence d’un papillon de nuit normal : 25 à 35 mm d’envergure et de coloration brun-beige ou grisâtre comportant certains motifs (voir cette photo).

Comme la femelle est aptère, elle pond ses œufs – quelque 300 pour la chenille à houppes blanches – près du cocon duquel elle est sortie. Les jeunes chenilles émergent de leurs œufs au printemps suivant et se développent en 5 à 6 semaines. La chenille à houppe blanche présente deux générations à nos latitudes. On peut donc voir voler les mâles de la première génération entre la troisième semaine de juin et la fin juillet ou encore les mâles de la seconde génération du début août au début octobre. Visiblement, la chenille observée récemment par ma tante fera partie de la deuxième génération!

Pour répondre à la question « cette chenille peut-elle causer des dommages à mes plants chéris », la réponse est… « oui, mais »! Comme toute chenille qui se respecte, notre chenille à houppes blanches doit dévorer une vaste quantité de matière végétale pour accroître son poids de façon exponentielle avant sa métamorphose. Notre amie velue ne fait d’ailleurs pas la fine bouche : elle affectionne tant les feuillus que les résineux. Au menu figurent donc bouleaux, pommiers, cerisiers, ormes, saules, épinettes, pruches, sapins et j’en passe! Espace pour la vie (voir section Pour en savoir plus) précise que cette espèce a plus de 140 plantes-hôtes connues, rien de moins!

Chenille à houppes jaunes – belle coupe punk, n’est-ce pas?
Chenille à houppes jaunes – belle coupe punk, n’est-ce pas?

Cette espèce peut devenir une peste, notamment pour les plantations – les sources consultées parlent de dommages dans les plantations de sapins de Noël. Néanmoins, s’il ne s’agit que de quelques individus isolés aperçus en train de brouter dans vos plates-bandes – et que vous n’êtes pas entrepreneur-jardinier –, je n’en ferais personnellement pas de cas!

Pour terminer, j’avais déjà parlé des poils de ces chenilles dans cette chronique. À ce qu’il semble, les poils des chenilles à houppes se cassent facilement et peuvent se loger dans la peau ou encore être aspirés dans les cavités nasales, causant irritation et inconfort. Les enfants en particulier seraient plus sensibles. Il s’agit d’abord d’une protection naturelle contre les prédateurs, qui n’aimeront guère se retrouver avec un tas de poils piquants dans le palais ou sur la langue! Cela dit, le seul individu que j’ai observé s’est allègrement baladé dans ma main et sur mon bras. Je n’ai présenté aucun signe d’irritation, mais il faut dire que je n’ai pas saisi la chenille entre mes doigts et qu’elle ne s’est pas retrouvée coincée entre ma peau et un vêtement.

En outre, les chenilles à houppes et leur coupe de cheveux fantaisiste sont fort agréables à regarder… et à photographier! Pourvu qu’on use de précaution si l’on souhaite les manipuler!

 

Pour en savoir plus