Des éponges dans les arbres?

En juillet 2019, je publiais une chronique au sujet d’une remarquable chenille – celle du bombyx disparate –, aussi appelée spongieuse (Lymantria dispar). On en apercevait alors passablement.

Femelle du bombyx disparate

Au début de l’été 2020, je remarquai qu’il y avait énormément de feuilles d’arbres et d’arbustes dévorées par ces chenilles. Et ce, peu importe où je me baladais dans la grande région de Québec.

Elles étaient partout! Et encore plus nombreuses que l’année précédente!

En avez-vous observé dans votre région?

Les chenilles de la spongieuse sont particulièrement grosses, avec leurs six centimètres de long. À l’instar de ces dernières, l’adulte est de grosseur appréciable : les mâles font 45 mm, alors que les femelles atteignent 64 mm.

Quand je vous avais écrit sur le sujet, je n’avais aucune photo d’adultes en ma possession. C’est maintenant chose faite! La forte abondance de chenilles ce printemps laissait présager une année riche en adultes. Justement, je pus en observer partout… et prendre plusieurs clichés! Accompagnée de mon copain, qui possède un meilleur appareil photo que moi, nous avons capturé mâles et femelles en action.

Mâle du bombyx disparate

Dans ma précédente chronique, j’indiquais que la femelle est trop lourde pour le vol et qu’elle attend patiemment l’arrivée de son prince charmant. Je n’aurais pas pu aussi bien le dire!

En regardant de plus près une photo que je préparais pour diffuser dans la présente chronique, je notai quelque chose que nous n’avions pas vu à l’œil nu au moment de la capture. Nous pensions prendre des photos uniquement de mâles un peu énervés à voleter et gigoter. Or, dans une petite cavité sous les mâles déchaînés se cachait… une belle femelle! Voilà qui explique le comportement des mâles, tous excités de se rendre au chevet de leur belle aux bois dormants!

Coucou! Dans la cavité (environ au centre de la photo) se cachait une femelle! C’est sa tête que l’on voit.

Malgré le fait que nous avons complètement loupé cette femelle, nous avons été chanceux un peu plus loin, au courant de la même balade. Sur un arbre étaient agrippées deux femelles bien dodues! Je compris pourquoi l’on mentionnait dans les bouquins qu’elles sont trop lourdes pour voler. Leur abdomen était énorme! Il faut croire que les mâles du bombyx disparate apprécient les femelles aux courbes voluptueuses!

Alors que nous prenions ces jolies dames en photo tels des paparazzis devant une vedette, l’une d’entre elles tomba au sol et se mit à battre frénétiquement des ailes tout en se dirigeant à nouveau vers l’arbre, qu’elle comptait escalader. J’en profitai pour la prendre quelques instants dans ma main. Je sentais ses griffes bien aiguisées pénétrer ma peau. Visiblement, elles étaient faites pour bien se tenir à toute paroi verticale!

De petites éponges? Non, des œufs de spongieuse!

Qu’elle ne fut pas ma chance, une semaine plus tard et dans un autre secteur de la ville, d’observer des dizaines de femelles affairées à pondre leurs œufs le long de gros arbres. Les masses d’œufs étaient recouvertes des poils des femelles, mais on pouvait néanmoins deviner plusieurs d’entre eux au travers de ce tapis protecteur. Il y en avait tant qu’on aurait dit que les arbres étaient couverts de petites éponges. C’est d’ailleurs l’allure de ces masses d’œufs qui est à l’origine du nom commun « spongieuse » donné à l’espèce.

Une autre semaine passa, puis je retournai sur les lieux de cette dernière observation pour découvrir que la quasi-totalité des femelles avait accompli la tâche de donner naissance à la prochaine génération. Épuisées, elles s’étaient laissées choir au sol pour y mourir. Comme j’ai une collection d’invertébrés basée sur des organismes que je trouve déjà morts, je me suis payé la traite et j’ai récolté quelques spécimens!

Bref, j’eus droit à une tonne d’observations couvrant la totalité du cycle de vie du bombyx disparate cet été! Une fascinante expérience!

Au Québec, il est possible d’observer les adultes de la mi-juillet jusqu’au début du mois de septembre. Les chenilles, elles, ont normalement complété leur transformation à la fin du mois de juillet. On ne devrait plus en voir. Quant aux chenilles de l’an prochain, elles demeureront bien au chaud dans leurs œufs tout l’hiver durant. Ce n’est donc qu’au printemps 2021 que l’on pourra constater si la vaste quantité d’œufs pondue produit une autre année record.

Pour plus d’information sur cette espèce, je vous invite à jeter un coup d’œil à ma précédente chronique sur le sujet.

Pour terminer, je serais curieuse de vous entendre sur vos observations – adultes ou chenilles – pour cette année, selon le secteur que vous habitez.

Avez-vous également noté cette forte abondance? Ou encore observé des arbres enduits de petites éponges? Vous saurez maintenant qu’il s’agit d’œufs de la spongieuse!

Galerie photo

L’abdomen des femelles est si énorme qu’elles ne peuvent voler!
Autre vue sur une femelle
Une femelle spongieuse qui se balade sur DocBébitte!
On voit les poils laissés sur ces masses d’œufs
Les masses d’œufs peuvent atteindre une taille impressionnante!
Les œufs sont parfois visibles au travers des poils
Cette chrysalide près des femelles pondeuses ne s’était pas encore métamorphosée
Une fois le travail ardu complété, les femelles sont décédées

Pour en savoir plus

  • Bartlett Wright, A. 1993. Peterson First Guide to Caterpillars of North America. 128 p.
  • Bug Guide. Species Lymantria Dispar – Gypsy Moth – Hodges#8318. https://bugguide.net/node/view/8780
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Hébert, C., Comptois, B. et L, Morneau. 2017. Insectes des arbres du Québec. 299 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

La chenille gastronome

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La superbe chenille du papillon du céleri

L’été dernier, vous êtes plusieurs à avoir observé une jolie chenille arborant le vert, le jaune et le noir dans vos potagers. Cet arthropode gastronome s’en prenait notamment à vos plants de persil, carottes, céleri et fenouil. De qui s’agissait-il?

Plus particulièrement, lors de la dernière publication, je vous affichais l’arrière-train de cette chenille, dont le motif me faisait penser à un « Monsieur Baboune ». Il s’agissait en fait de la chenille du papillon du céleri, Papilio polyxenes.

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Stade plus jeune, plus petit et fort différent

Comme certains d’entre vous, j’eus la chance d’observer et de photographier des chenilles de cette espèce plutôt abondante à l’été 2019. Les deux spécimens que je pus suivre de près avaient choisi de s’attaquer à un plant de persil appartenant à ma mère.

En bonne entomologiste amateur, c’est en arpentant les plates-bandes de ma mère à l’affut de toute bête digne d’intérêt que je découvris deux jeunes chenilles sur son persil, lesquelles ne ressemblaient pas à ce que je connaissais du papillon du céleri. En effet, les chenilles de cette espèce changent d’allure au fur et à mesure qu’elles croissent. Les jeunes individus observés étaient munis d’épines et imitaient des fientes d’oiseaux (corps plutôt sombre ponctué en son centre d’une tache blanche). Une robe très différente de la chenille plus mature qui est lisse et bariolée de vert pâle (parfois pratiquement blanc), jaune et noir!

Fait intéressant, je pus observer l’évolution des deux spécimens à ma portée sur près de deux semaines. Les deux petites chenilles du départ étaient nettement plus grosses par la suite. Il faut dire que la chenille mature peut atteindre 5 cm. J’eus aussi la chance d’assister à la mue d’un des individus; la vidéo de cette intrigante métamorphose est présentée en fin de chronique.

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Chenille qui vient de muer; sa vieille peau repose à ses côtés

Si la chenille du papillon du céleri est facilement rencontrée, c’est que cette espèce favorise les habitats ouverts comme les prés, les champs cultivés et les jardins en milieu urbain. Une autre raison est qu’elle se retrouve souvent à grignoter des plantes que nous mangeons nous-mêmes. Comme mentionné en début de chronique, l’espèce se nourrit de plusieurs herbes et légumes du jardin comme le céleri, les carottes et autres membres de la famille Apiaceae (fenouil, aneth, coriandre, panais, etc.) et de la famille Rutaceae (qui comprend les agrumes).

Malgré son comportement alimentaire, la chenille n’est pas nécessairement considérée comme une peste. Selon Wagner (2005), les femelles auraient l’habitude de ne pondre que quelques œufs par plante, évitant ainsi les grosses colonies comme celles formées par les chenilles à tentes (dont la livrée des forêts). Par contre, je lis dans Handfield (2011) que, au contraire, les papillons peuvent être observés en grand nombre là où les plantes-hôtes sont retrouvées en abondance. Dans ces lieux, les chenilles deviendraient davantage des pestes potentielles.

La chenille du papillon du céleri peut être confondue avec celle du papillon queue-courte (Papilio brevicauda). Néanmoins, Leboeuf et Le Tirant (2012) précisent que la chenille du papillon queue-courte est plus verte et arbore une suite de points noirs plutôt que de rayures. Par ailleurs, les aires de répartition des deux espèces se recoupent peu, hormis certains secteurs de chevauchement au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

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Chenille qui commence à déployer son osmeterium

Dans les quelques jours qui suivirent mes propres observations, j’espérais que ma mère aurait l’occasion de voir les chenilles former des chrysalides et, qui sait, se transformer en papillon. Malheureusement, au bout de quelques jours, lesdites chenilles disparurent. Je me suis d’abord demandé si elles s’étaient fait dévorer. Cela est possible, puisque plusieurs prédateurs sont susceptibles de se délecter des chenilles, bien que celles-ci aient un moyen de défense en réserve : lorsque la chenille est perturbée, elle réagit en gonflant un organe orange en forme de fourche sur sa tête. Cet organe, qui se nomme osmeterium, dégage une odeur nauséabonde qui est désagréable – mais pas entièrement dissuasive – pour les prédateurs.

Toutefois, en me documentant aux fins de la présente chronique, j’ai lu que les chenilles peuvent s’immobiliser non seulement sur une tige rigide, mais aussi sur une roche pour passer à la métamorphose en chrysalide. Peut-être que les chenilles se seront déplacées d’elles-mêmes pour trouver un support différent, plutôt que de s’être retrouvées dans la panse d’un prédateur quelconque?

Le stade de chrysalide dure de neuf à quinze jours. Les rejetons issus de la seconde génération d’adultes passeront l’hiver sous forme de chrysalide. Il faut dire que le papillon du céleri présente deux générations à nos latitudes : la première vole de la mi-mai au début juillet, alors que la seconde vole de la mi-juillet au début du mois de septembre.

Les sources consultées suggèrent également que l’abondance du papillon du céleri est cyclique. Comme il semble avoir été observé par plusieurs entomologistes en herbe à l’été 2019, il est fort à parier que cette dernière année a été favorable pour cette espèce. Reste à voir si elle pointera à nouveau le bout du nez pour 2020!

Vidéo 1. Chenille du papillon du céleri (Papilio polyxenes) que j’ai eu la chance de filmer alors qu’elle muait. Elle laisse sa « vieille » peau derrière elle. On remarque même la capsule céphalique (tête) de la mue qui reste coincée quelques instants dans le visage de la « nouvelle » chenille toute fraîche. Fascinant, n’est-ce pas?

Galerie photo – quelques photos supplémentaires pour le plaisir des yeux!

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Autre vue sur la chenille mature

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La chenille à ses premiers stades

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Chenille immobile sur le point de muer

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Autre vue de la chenille après la mue

Pour en savoir plus

Une chenille loin d’être disparate!

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La chenille du bombyx disparate (Lymantria dispar)

Vous avais-je déjà dit que j’aime les chenilles? Ces sympathiques bêtes rampantes se laissent généralement observer et manipuler à souhait; elles s’avèrent de bons modèles pour une photographe amateure d’insectes comme moi!

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Elle ressemble à un cactus!

Leur robe porte également des couleurs souvent variées et est ornée, à l’occasion, de poils et d’épines impressionnantes. C’est le cas de l’insecte mis en vedette cette semaine : la chenille du bombyx disparate (Lymantria dispar). Aussi appelée spongieuse, cette chenille arbore une tête bigarrée et un corps grisâtre surmonté d’excroissances bleues et rouges, lesquelles possèdent des épines d’allure peu invitantes. Les premiers stades ne présentent pas ces caractéristiques, mais on peut reconnaître néanmoins l’espèce à la présence de protubérances ressemblant à des verrues sur chaque côté du premier segment thoracique (immédiatement derrière la tête).

Les poils qui caractérisent notre jolie chenille possèdent des propriétés urticantes. J’en ai parlé dans cette précédente chronique. Pour ma part, j’ai manipulé un grand nombre d’individus et je n’ai pas démontré de réaction. Malgré tout, je vous conseillerais de les manipuler avec soin; certaines personnes s’avèrent plus sensibles que d’autres!

La chenille de la spongieuse peut mesurer quelque six centimètres de long. Il s’agit d’une chenille de taille fort appréciable! Cela dit, notre arthropode ne fait pas la fine bouche et son menu comporterait plus de 500 espèces végétales. Selon Hébert et al. (2017), elle démontrerait tout de même un petit faible pour les feuilles des chênes et des peupliers. Vorace, comme toute chenille digne de ce nom, elle est susceptible de générer d’importants dommages. Elle est d’ailleurs considérée comme une peste notoire.

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Les poils de cette chenille peuvent être urticants

Lorsque la chenille se métamorphose en papillon, la femelle, plus pâle (cette photo tirée de Bug Guide), est trop lourde pour prendre son envol. Elle doit donc attendre l’arrivée de son prince charmant, un mâle plus petit et vêtu d’une robe plus sombre parcourue de lignes ondulées (ce cliché). Une fois la copulation achevée, la femelle dépose ses œufs sur le tronc d’un arbre ou tout autre support à sa disposition (branches jonchant le sol, par exemple). Elle recouvre sa masse d’œufs des poils de son abdomen, ce qui lui donne l’apparence d’une sorte d’éponge… qui est à l’origine du nom commun de cette espèce « la spongieuse »! Les rejetons demeureront bien confortables dans l’œuf pour traverser les rigueurs de l’hiver. Ce n’est qu’une fois le printemps venu que l’éclosion se produit.

Le bombyx disparate aurait été introduit en Amérique du Nord près de Boston entre 1868 et 1869. C’est un naturaliste français qui en serait responsable; ce dernier cherchait à croiser ce bombyx avec le ver à soie et élever les chenilles afin de produire de la soie. Malheureusement, des individus s’échappèrent et surent s’adapter à l’environnement nord-américain. L’aire de distribution de notre lépidoptère s’est ensuite progressivement étendue autour de Boston, vers les états américains voisins de l’est et du nord, de même qu’au Canada. On retrouve maintenant cette espèce dans tout le nord-est de l’Amérique du Nord.

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C’est la deuxième fois que je recueille une chenille parasitée

Différentes tactiques furent tentées pour mieux contrôler cette peste. Entre autres, une mouche parasitoïde de la famille Tachinidae (Compsilura concinnata) fut introduite aux fins de lutte biologique. Malheureusement, ce diptère démontra également une préférence pour d’autres papillons, dont certains sont indigènes à l’Amérique du Nord.

Concernant les parasites, j’avais déjà capturé un spécimen moribond que j’avais oublié dans un pilulier. Lorsque fut venu le temps d’examiner ma capture, il y avait plus qu’une chenille dans le contenant : deux cocons étaient apparus… comme par magie! J’en parle dans cette chronique. Fait intéressant, j’ai récidivé la semaine dernière en ramassant une chenille d’apparence morte… pour la trouver quelques heures plus tard à nouveau accompagnée d’un cocon orangé. S’agissait-il de notre diptère parasitoïde? Je ne le saurai point, puisqu’aucun insecte n’émergea des cocons formés!

Vidéo 1. Oui, ça chatouille! Certaines personnes réagissent aux poils urticants de cette chenille. Ça ne semble pas être mon cas jusqu’à maintenant.

Galerie photo

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La capsule céphalique est bigarrée

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La chenille mature atteint une taille approchant les 6 cm

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Cocon du parasitoïde (non identifié)

Pour en savoir plus

  • Bartlett Wright, A. 1993. Peterson First Guide to Caterpillars of North America. 128 p.
  • Bug Guide. Species Lymantria Dispar – Gypsy Moth – Hodges#8318. https://bugguide.net/node/view/8780
  • Bug Guide. Species Compsilura concinnata.
  • https://bugguide.net/node/view/265766
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Hébert, C., Comptois, B. et L, Morneau. 2017. Insectes des arbres du Québec. 299 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

DocBébitte en bref : petit bonus sur « Sa Majesté le papillon! »

Dans la chronique de la semaine dernière, il y avait tellement de choses à raconter sur le joli papillon monarque que j’étais loin d’avoir épuisé le sujet.

Parmi les apprentissages sympathiques que j’ai effectués, il en restait un que je voulais partager avec vous.

Savez-vous d’où vient l’appellation « monarque »?

Selon les sources consultées, il semble que le nom prend son origine auprès des premiers colons européens qui ont peuplé le Canada et les États-Unis. Ces derniers – constitués de bon nombre de protestants fuyant la persécution en Europe – auraient été émerveillés par le majestueux et flamboyant monarque vêtu d’orange et de noir… Et l’auraient nommé après un prince de Hollande bien connu de l’époque, qui devint plus tard roi d’Angleterre, Guillaume d’Orange.

Il semble donc après tout que le nom « monarque » ait bien une origine royale! Ce qui sied tout à fait à notre plus gros papillon diurne, maître des migrations!

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Le monarque a un nom qui lui sied bien!

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Danaus plexippus – Monarch – Hodges#4614. https://bugguide.net/node/view/540
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Schappert, P. 2004. The Last Monarch Butterfly. 113 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
  • Wikipédia. Monarque (papillon). https://fr.wikipedia.org/wiki/Monarque_(papillon)

Sa majesté le papillon!

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Monarque femelle

Avec le retour du printemps et la fonte imminente des montagnes de neige qui jonchent le paysage se pointeront sous peu le bout du nez les premiers insectes de l’année!

Parmi les arthropodes qui ont fui l’hiver vers des contrées plus hospitalières, on retrouve le très populaire papillon monarque (Danaus plexippus). Ses exploits migratoires mais aussi les fluctuations de ses populations des dernières années ont fait couler beaucoup d’encre. Je vous invite à découvrir leur fascinant univers.

La jeune chenille du monarque amorce son parcours sur un plan d’asclépiade, là où sa mère a intentionnellement déposé son œuf (cette dernière ne déposerait typiquement qu’un œuf par plant afin d’éviter la compétition). Se nourrissant des feuilles de cette plante, la chenille grossit exponentiellement : selon la température, elle peut prendre en 10 à 14 jours plus de 3 000 fois son poids d’origine! Les fluides de l’asclépiade sont toxiques, mais la chenille parvient à les ingérer sans séquelles. Mieux encore, elle synthétise les toxines (des cardénolides) pour elle-même devenir incomestible, caractéristique qui perdure à l’âge adulte.

La très jeune chenille qui sort de l’œuf porte une robe uniforme qui ne tarde pas, dès la première mue, à arborer plus ou moins franchement les lignes jaunes, blanches et noires caractéristiques des plus gros individus que nous sommes habitués à rencontrer. Les filaments noirs situés sur le 2e segment thoracique et le 8e segment abdominal se font également de plus en plus présents d’une mue à l’autre. Aucune autre chenille du Québec ne combine ces couleurs et appendices de la sorte. Selon les sources consultées, ces étranges tentacules serviraient à confondre les prédateurs. La larve peut, d’une part, les agiter lorsque perturbée, ce qui peut surprendre. D’autre part, ils rendent difficile la distinction entre la tête et l’arrière-train.

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La jolie chenille du monarque

La chenille du papillon du céleri (cette photographie) et quelques espèces apparentées ornent des couleurs semblables, mais ne devraient pas être confondues si l’on prend le temps de bien les regarder. Ces dernières agencent le noir, jaune et blanchâtre (ou verdâtre) différemment et plusieurs individus sont nettement plus verdâtres que la chenille du monarque. Plus précisément, le jaune et le noir se relaient sur une même ligne, laquelle est suivie d’une ligne pleine blanchâtre ou verdâtre. En revanche, la chenille du monarque ressemble plutôt à un prisonnier, chaque ligne qui fait le tour de l’abdomen possédant une couleur unique.

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Vue dorsale de la chenille

Au moment de former sa chrysalide, la chenille s’accroche à un support adéquat (souvent une branche) par ses fausses pattes arrière et prend la position d’un « J ». Après quelques temps passés tête vers le bas, elle mue et laisse place à une chrysalide d’un vert vif orné de quelques touches de doré et de noir. Neuf à quinze jours plus tard, la chrysalide a pris une teinte plus sombre, puis l’adulte émerge.

Tout comme les chenilles, les adultes sont faciles à reconnaître. Il s’agit de gros individus (8,6 à 10 cm d’envergure d’ailes) d’un orange vif découpé par des lignes noires; la marge des ailes est aussi ornée de points blancs. Le vice-roi (Limenitis archippus) est l’espèce qui lui ressemble le plus, mais ce dernier possède une ligne courbe transversale qui coupe les nervures des ailes postérieures (voir cette comparaison sur BugGuide). Il est également plus petit que le monarque. Il en est de même pour d’autres espèces québécoises qui portent fièrement l’orange et le noir (ou brun foncé) : ils sont tous nettement plus petits et les motifs qu’ils arborent sont différents. Pensons entre autres au papillon Belle-dame (Vanessa cardui) et au Vulcain (Vanessa atalanta).

On peut facilement discriminer le mâle monarque de la femelle : le mâle porte des taches sur ses ailes inférieures qui dégagent des phéromones; les femelles n’en possèdent pas! Cela dit, malgré la capacité des mâles à envoûter leurs conquêtes par de doux parfums, il semble que ces derniers soient plutôt agressifs et laissent peu de chances aux femelles de faire leur choix. Messieurs monarques se jetteraient sur tout ce qui pourrait s’avérer être une partenaire potentielle. Dans cet empressement, ils ne se rendraient même pas compte que leur « belle » est en fait un autre mâle. Les identités confondues constituent donc un fait fréquemment observé chez cette espèce!

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Comparaison entre la femelle (haut) et le mâle (bas); la flèche indique la tache spécifique au mâle

Bien que le monarque soit le plus gros papillon diurne rencontré au Québec, ce sont principalement ses exploits migrateurs qui font sa renommée. Chaque hiver, tous les monarques de l’Amérique du Nord se rejoignent sur quelques sites d’hibernation concentrés dans le centre du Mexique (les sources consultées parlent aussi d’une population de la côte ouest américaine qui se réfugie en Californie). Ils y passent 4 à 5 mois. Vers la fin février et le début mars, les vastes colonies se disloquent peu à peu; les individus reprennent leurs énergies en se nourrissant de nectar des plantes ambiantes et achèvent leur maturation sexuelle mise en pause pendant les mois d’hiver. C’est à ce moment que la reproduction pour la nouvelle génération de l’année a lieu.

Une fois fécondées (si le mâle ne s’est pas trompé!), les femelles prennent le chemin du nord, dans le but de trouver des talles inutilisées d’asclépiades. Une nouvelle génération prendra vie dans les environs du Texas, pour remonter progressivement jusqu’à nos latitudes. Selon Leboeuf et Le Tirant (2012), c’est vers la troisième semaine de mai que l’on peut apercevoir, au Québec, les premiers monarques venus du sud. Cette génération pourra être observée jusqu’au début du mois de juillet. Les rejetons associés deviendront des adultes entre la troisième semaine de juillet et la mi-octobre. C’est donc dire qu’entre mai et octobre, nous avons le loisir de rencontrer ce charmant arthropode! D’ailleurs, les adultes font moins la fine bouche que les chenilles et se délectent du nectar d’une vaste palette de fleurs… ce qui les amène dans nos plates-bandes à notre grand plaisir!

L’automne venu, les adultes nés sous nos latitudes reprennent le chemin du sud – une destination où ils ne sont jamais allés! Ils effectueront quelque 4 000 à 5 000 kilomètres de vol pour se rendre à leur site d’hibernation.

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Monarque mâle

Tant la migration vers le nord que celle vers le sud sont truffées de menaces qui peuvent faire fluctuer les populations globales de monarques. Si vous suivez l’actualité, vous aurez entendu maintes préoccupations au courant des dernières années à l’égard des populations de monarques qui seraient, selon plusieurs sources, en danger. Or, ce débat ne fait pas consensus au sein de la communauté entomologique. Qu’en est-il?

Loin de moi est l’intention d’amorcer un débat. Je vais donc me concentrer sur les données que j’ai retrouvées dans les différents documents consultés. Tout d’abord, parlons des menaces! Le fait que de vastes populations de papillons se rassemblent dans un nombre restreint de lieux d’hibernation est considéré comme un risque important. C’est comme si tous les œufs étaient déposés dans le même panier! Ces sites ne sont pas à l’abri des aléas climatiques : un gel important pourrait décimer les populations de papillons, par exemple. De même, la destruction ou la détérioration de la qualité de l’habitat sont aussi source d’inquiétude et sont vivement gardées à l’œil. À cet effet, depuis 2008, la réserve de biosphère du papillon monarque du Mexique est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Selon Schappert (2004), il ne faut cependant pas considérer que les menaces qui pèsent sur les sites d’hibernation. Ce dernier cite une vaste palette de menaces qui attendent les monarques tout au long de leur parcours : détérioration et fragmentation des habitats, emploi de pesticides et d’herbicides, aléas climatiques, espèces envahissantes, parasites et prédation (oui, oui : malgré les toxines, certains prédateurs ont développé des stratégies permettant de se nourrir des monarques!).

Certaines de ces menaces ont des effets mitigés. Par exemple, la fragmentation de l’habitat et la déforestation peuvent, dans certaines circonstances, favoriser les plantes d’habitats ouverts… comme l’asclépiade, la plante-hôte chouchou de notre insecte-vedette! En revanche, le remplacement des champs et des terrains vacants par des terres agricoles ou des condos de luxe (par exemple!) vont annihiler les talles d’asclépiades. Ainsi, rien n’est tout noir ou tout blanc!

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Habitat typique de la chenille; on y voit notamment des plants d’asclépiade

Les aléas du climat ont, eux aussi, leur lot d’effets sur les populations. Tantôt ils leur seront favorables, tantôt ils seront dramatiques! C’est ainsi que les populations de l’année 2000 ont présenté un creux important, selon Schappert (2004). En 2000, il y eut une sécheresse au Texas, diminuant la quantité de plantes productrices de nectar. Les adultes peinèrent à se ravitailler pour leur long voyage. Cette sécheresse fut malheureusement combinée à des températures fraîches et pluvieuses dans la partie nord de l’aire de distribution du monarque, limitant le déplacement des femelles pondeuses et favorisant le développement de fongus et de pathogènes s’attaquant aux chenilles. Par contre, en 2001, les conditions favorables permirent à la population de rebondir : quatre fois plus d’individus furent estimés qu’en 2000!

Ce que je lis dans Schappert (2004) et Handfield (2011), c’est que les populations de monarques nord-américaines et québécoises ont démontré de vastes fluctuations au courant des années 2000-2010. Il y a quelques années, on entendait beaucoup parler, dans les médias, de la situation préoccupante du monarque (n’était presque plus aperçu au Québec), alors qu’en 2018, les observations se sont faites par centaines. S’agissait-il d’une année particulièrement favorable? Cette impression est corroborée par La Presse (2019) et Radio-Canada (2019), qui indiquaient en janvier dernier que la population de papillons monarques passant l’hiver dans le centre du Mexique avait augmenté de 144% par rapport à l’an dernier, couvrant une superficie de 6,05 hectares selon Journey North (6 hectares étant le seuil au-dessus duquel la population est considérée comme « durable »). Un des chercheurs interrogés par Radio-Canada (2019) soulignait néanmoins que, malgré ce bond positif, le nombre de monarques observé aujourd’hui est tout de même nettement inférieur à celui d’il y a 20 ans. Dans les sources consultées et sur Internet, je n’ai malheureusement pu mettre la main sur des dénombrements débutant avant 1993 pour mieux connaître les variations et la cyclicité à long terme. Les valeurs antérieures étaient-elles grandement supérieures à celles observées dans les années 1990? Présentaient-elles des fluctuations (voire des creux dramatiques) comme celles des récentes années? Ces données permettraient de jeter un regard encore plus précis sur la dynamique des populations et l’état d’alerte à lui attribuer (et, notamment, l’effet potentiel des changements climatiques).

Quoi qu’il en soit, mes recherches me font conclure qu’il ne faudrait ni crier victoire, ni crier au loup, mais être réaliste et considérer que le monarque présente, comme bien d’autres membres du règne animal, des hauts et des bas qu’il faudra garder à l’œil. Il ne faut pas nier l’impact de nos activités sur le monde du vivant et le monarque, par sa popularité et son charisme, peut faire partie des « ambassadeurs » utilisés pour sensibiliser les jeunes et les moins jeunes à l’importance de bien prendre soin de l’environnement qui nous entoure… et des petites bêtes qu’il recèle!

Pour couronner cette sympathique chronique (un peu plus longue, je l’avoue, que la moyenne), je vous laisse sur une vidéo, suivie d’une galerie photo où figurent les jolis clichés de monarques et de leurs chenilles qui ont été soumis lors des précédents concours amicaux de photographie DocBébitte.

Vidéo 1. La jolie chenille du monarque!

Galerie photo : soumissions aux concours passés de photographie DocBébitte

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