Une collection d’insectes… sans en tuer directement?

Faire une collection d’insectes (et autres invertébrés) sans tuer de nouveaux organismes, est-ce possible?

Oui, pourquoi pas!

C’est ce que je vous présente dans le cadre de cette vidéo prise lors d’un Facebook Live le 11 décembre 2021.

Je vous donne quelques conseils pour savoir où regarder… et je vous montre des spécimens à l’appui! Le tout appuyé de quelques sympathiques anecdotes!

Bon visionnement!

Joyeuse Halloween 2021 !

Vous avez vu passer la publication sur la page Facebook DocBébitte au sujet de cartes de « faits amusants » que j’ai préparées pour l’Halloween et voulez en savoir plus ?

Vous êtes passés chez DocBébitte cette Halloween, avez entre les mains une telle carte et voudriez voir celles que vous avez ratées ?

Peut-être cherchez vous de l’inspiration pour préparer une surprise similaire pour une autre occasion ?

Qu’à cela ne tienne ! Je vous partage, dans une galerie photo ci-dessous, l’ensemble des petits faits amusants que j’ai concoctés cette année pour les « Halloweeneux » qui seront passés par chez moi !

Et j’en profite pour vous souhaiter une joyeuse Halloween… pleine de bêtes étranges ! Mouhahahaha !

DocBébitte en bref – Prédateur contre prédateur: un combat avorté !

À force d’observer les insectes et autres invertébrés, on devient souvent le témoin de scènes surprenantes.

C’est ainsi que, lors d’une marche récente, je pus observer plusieurs interactions entre une araignée sauteuse et une punaise assassine. L’araignée déambulait paisiblement sur une main courante en bois, d’un côté, alors que, de l’autre, la punaise semblait être en mode embuscade.

Les deux individus, des prédateurs voraces, se sont fait face pour quelques instants. Je retins même mon souffle à quelques reprises, me demandant lequel des deux gagnerait si le combat était engagé.

Je ne vous en dis pas plus et je vous laisse être transportés dans l’arène où le combat araignée contre punaise s’amorce dans ma plus récente capsule vidéo « DocBébitte en bref »!

Ding! Ding! Première ronde lancée!

Gagnant du concours amical de photographie d’invertébrés 2020 : Punaise Euschistus servus par Marc Bergeron

Sortez tambours et trompettes! C’est l’heure du dévoilement de la photographie élue favorite dans le cadre du concours amical DocBébitte 2020!

Vous aviez à choisir parmi 25 jolis clichés d’invertébrés que l’on peut observer au Québec. Et c’est la charmante punaise de M. Marc Bergeron, posée sur une fleur aux doux et chauds contrastes, qui a séduit le plus grand nombre d’entre vous! Bravo, M. Bergeron, pour votre beau cliché!

La belle punaise euschistoïde de Marc Bergeron: photo gagnante du concours 2020

Chose promise, chose due, ladite photo est mise en vedette dans la présente chronique et je m’affairerai à vous parler de cette fantastique punaise dans quelques instants!

Mention honorable à Alexandre Roy pour la seconde place

Or, avant de commencer, j’aimerais chaleureusement remercier tous les participants qui nous ont fait voir de beaux invertébrés québécois, tantôt sur des fleurs et du feuillage, tantôt de plus près sur les murs de nos demeures… ou même sur une toile de chasse entomologique!

En particulier, j’offre une mention honorable pour la photographie « Couple de charançons » d’Alexandre Roy qui s’est hissée sur la seconde marche du podium. L’esthétisme de la photo et l’apparente complicité entre les deux bêtes auront sans doute charmé les électeurs.

La punaise euschistoïde

Malgré plus de 300 chroniques à mon actif, je n’avais pas encore eu l’occasion de vous parler de la punaise euschistoïde (sous-espèce Euschistus servus euschistoides). C’est donc avec plaisir que je vous brosse un portrait de ce sympathique arthropode que M. Bergeron a si bien su mettre en valeur.

Cette punaise ne m’était pas inconnue, puisqu’elle est très commune. J’avais d’ailleurs recueilli plusieurs individus, retrouvés morts dans des piscines, que j’avais identifiés dans mes débuts en entomologie vers 2013-2014. Il est fort probable que vous ayez vous-même déjà rencontré cet insecte.

Une des caractéristiques de la punaise euschistoïde (à combiner aux autres critères)

Plusieurs critères sont à examiner pour distinguer cette punaise de ces consœurs : la couleur globale de l’insecte, la forme du thorax, les segments et la couleur des antennes, de même que la disposition du rostre en sont des exemples (Canadian Journal of Arthropod Identification 2013a; Entomofaune 2020). De plus, l’extrémité de la tête est à regarder de près, car notre punaise a une tronche caractéristique : les joues dépassent le tylus (cela signifie qu’il y a une partie centrale plus courte logée entre deux segments un peu plus longs; voir ma photo ci-contre). Combinée aux autres caractéristiques, il devient assez aisé de la reconnaître, même à partir d’une photo!

La robe arborée par cet arthropode est d’un gris-beige sobre. Selon Entomofaune (2020), certaines variations dans la couleur peuvent être notées entre le début et la fin de l’été. Ces teintes peu criardes n’empêchent cependant pas l’œil averti de repérer notre jolie punaise sur les plants où elle s’alimente. En effet, cette dernière est munie de pièces buccales de type piqueur-suceur (qu’on appelle « rostre ») dont elle se sert pour siroter la sève de nombreuses plantes : « mauvaises herbes », cultures fruitières, maïs et soya peuvent y passer! Elle est donc considérée par certains comme une peste… et n’est pas toujours aimée des jardiniers!

Ce n’est certainement pas le cas de notre punaise qui a remporté le premier prix au concours amical 2020! Cette dernière semble en avoir charmé plus d’un!

Selon les sources consultées, la longueur des individus varierait de 10 à 15 mm. La croissance est importante, les œufs et les rejetons fraîchement éclos mesurant environ 1 mm! D’ailleurs, concernant le cycle de vie de cette punaise, vous apprécierez les photos et explications disponibles sur cette page d’Entomofaune.

Les adultes matures aperçus à la fin de l’été vont se chercher un abri pour traverser les rigueurs de l’hiver. Ainsi, la litière de feuilles et les débris végétaux laissés au sol leur serviront de protection. Plusieurs individus ne réussiront malheureusement pas à survivre jusqu’au printemps. C’est un fait que j’ai observé moult printemps alors que j’enlevais d’épaisses couches de feuilles de mes plates-bandes : je retrouvais beaucoup de carcasses de ces punaises, ainsi que de la punaise verte (Chinavia hilaris) dont je vous ai entretenus dans cette précédente chronique. Heureusement, il m’arrivait aussi de tomber sur des spécimens vivants qui, dès qu’un peu réchauffés par les rayons du soleil, prenaient leur envol.

De nombreuses sources indiquent que les membres de la famille Pentatomidae, dont fait partie la punaise euschistoïde, sont réputés pour l’odeur nauséabonde qu’ils dégagent. Il semble que ce soit là un mécanisme de défense bien utile contre les prédateurs. Pourtant, de toutes les fois où j’ai manipulé un pentatome, jamais je ne suis parvenue à sentir l’odeur si caractéristique. Se pourrait-il que certaines personnes ne parviennent pas à détecter cette odeur? Ou peut-être n’ai-je pas suffisamment malmené les spécimens que j’ai manipulés, qui sait? Avez-vous déjà senti leur odeur, de votre côté? Je serais curieuse d’en connaître la réponse!

Vous voulez en savoir plus sur cette jolie punaise croquée sur le vif par notre gagnant M. Marc Bergeron? Jetez un coup d’œil aux sources citées dans la section « Pour en savoir plus ».

Bravo encore à Marc Bergeron et merci à tous pour votre participation et votre intérêt!

Pour en savoir plus

L’insecte batelier

Partons, la mer est bel – le!

Nous sommes nombreux à apprécier une douce balade en bateau. Armés d’avirons, qui nous permettent de glisser paisiblement sur l’eau, nous ignorons souvent que les insectes ont inventé des outils similaires depuis belle lurette!

Les corises, nommées très justement en anglais water boatmen (bateliers), sont en effet munies de pattes articulées de sorte à « ramer » sous l’eau. Il s’agit d’hémiptères de la famille Corixidae.

D’autres insectes aquatiques usent de cet efficace mode de propulsion, notamment des coléoptères comme les dytiques et les haliples ou d’autres hémiptères comme les punaises d’eau géantes et les notonectes.

Comparaison_Corixidae-Belostomatidae
Comparaison du rostre d’une corise (Corixidae), en haut, et d’une punaise d’eau géante (Belostomatidae), en bas. Vue latérale à gauche et vue ventrale à droite.

Les corises se distinguent des premiers par la présence d’un rostre (sorte de bec pointu) plutôt que de mandibules. Elles se différencient ensuite de tous les autres hémiptères aquatiques par le fait que le rostre est court et triangulaire, en forme de cône, plutôt qu’allongé. De surcroît, leur taille est petite (3 à 11 mm pour un individu mature) comparativement aux grosses punaises d’eau (famille Belostomatidae; 14 à 65 mm). Elles peuvent cependant être confondues avec les notonectes (Notonectidae; 4 à 17 mm) si on ne leur jette qu’un regard rapide (sans voir le rostre). Toutefois, lorsque plongées sous l’eau, les notonectes se tiennent la tête à l’envers, l’abdomen faisant face à la surface. Les corises quant à elles nagent tête vers le haut (dos pointant vers la surface). De plus, les corises sont sombres sur le dessus et pâles en dessous. C’est l’inverse chez les notonectes. Enfin, les corises sont dorso-ventralement aplaties, alors que les notonectes ont un dos plus arrondi.

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Corise, vue dorsale

La famille Corixidae constitue la plus vaste famille d’hétéroptères (sous-ordre chez les hémiptères) aquatiques. On retrouve les corises tant dans les milieux aquatiques permanents que dans ceux qui sont temporaires – notamment nos piscines! Lorsqu’elles ne peuplent pas nos lieux de baignade artificiels, on peut les observer dans la végétation ou le substrat mou des zones littorales de lacs ou en bordure de cours d’eau à courant plus ou moins rapide. J’ai fait plusieurs observations pour ma part dans des flaques d’eau délaissées à marée basse en bordure du fleuve Saint-Laurent.

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Corise, vue ventrale

Contrairement aux autres hétéroptères aquatiques qui sont prédateurs, les corises sont plutôt omnivores. Au menu figurent détritus, algues et minuscules animaux aquatiques comme les protozoaires. Néanmoins, il semblerait qu’elles soient aussi capables de s’attaquer à de plus gros insectes (relativement à leur taille) comme des larves de moustiques (Culicidae) et de chironomes (Chironomidae). Elles s’alimentent en brassant le substrat à l’aide de leurs pattes antérieures qui ont une allure particulière : ces dernières sont en effet très courtes et ressemblent à de petites cuillères. Parfait pour brasser les sédiments fins! Quelques individus seraient également en mesure de faire des ponctions dans les plantes aquatiques et s’en nourrir.

Afin de plonger, entre autres, à la recherche de leur nourriture, les corises forment une bulle d’air sous leurs élytres, tel un plongeur charriant sa bonbonne d’oxygène. Selon Voshell (2002), elles peuvent passer davantage de temps sous l’eau que les autres hémiptères. Cela est possible parce que la bulle d’air permet un certain échange de l’oxygène avec le milieu aquatique; elle parvient donc à régénérer une partie de l’oxygène utilisé. Aussi, les mouvements de pattes effectués par les corises lorsqu’elles nagent contribueraient à augmenter l’efficacité de ce transfert d’oxygène.

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Pattes antérieures d’une corise; elles ressemblent à des cuillères

Fait intéressant, les corises – les mâles, mais également les femelles de certaines espèces selon ce que j’en ai lu – peuvent produire des stridulations afin d’attirer un potentiel partenaire. En effectuant des recherches pour la présente chronique, j’ai notamment pu lire que les stridulations d’une espèce en particulier avaient été étudiées et que le nombre de décibels produits par les individus atteignait un surprenant 99,2 décibels. Pour un si petit arthropode, cet exploit est notable! Selon le site Wired (voir section Pour en savoir plus ci-dessous), le niveau sonore est comparable au fait d’assister à un concert d’un orchestre symphonique assis à la première rangée.

Les adultes volent fort bien et peuvent se retrouver à nos portes et fenêtres, car ils sont attirés par lumières. J’en avais justement observé sur les toiles de collègues entomologistes lors de chasses de nuit.

Habitat_Corixidae
Habitat où j’ai observé mes plus récentes corises : plus précisément dans le substrat submergé sur la berge à droite

Merritt et Cummins (1996) indiquent que la majorité des hétéroptères sont peu sujets à la prédation et que cela serait dû à la présence de glandes odorantes. Ils ajoutent que les corises font exception et qu’elles constituent des proies de choix pour plusieurs organismes. On sait qu’elles sont dévorées par des poissons, comme on le voit dans cette émission de pêche dont je parle dans la chronique « Les bébittes du pêcheur ». L’animateur inspecte en effet le contenu stomacal des truites qu’il capture pour constater qu’il est composé de corises.

Non seulement les poissons sauvages en raffolent, mais il semblerait que les corises servent de nourriture pour les animaux de compagnie comme les tortues – et, bien sûr, les poissons d’aquariums! Mieux encore, notre arthropode serait associé à un mets ancestral de choix chez les Mexicains nommé Ahuautle. Plus précisément, il semblerait que les œufs de corises et de notonectes soient à la base de ce repas dont la traduction serait un dérivé du terme aztèque Nahualt signifiant « graines de la joie » (traduit de l’anglais seeds of joy, de la source BBC Travel citée ci-dessous). Ces œufs auraient été considérés par les Aztèques comme la nourriture des Dieux, rien de moins. De nos jours, ils constitueraient plutôt ce que les Mexicains appellent « le caviar de Mexico ».

Des œufs de corises avec votre cerveza, en ces chaudes journées?

Vidéo 1. Corise juvénile capturée dans des flaques délaissées à marée basse, le long du fleuve Saint-Laurent.

Vidéo 2. Corise qui effectue des mouvements de pattes au-dessus de son abdomen. Serait-ce une façon de recharger ses réserves d’oxygène en augmentant la circulation de l’eau autour de la bulle d’air qu’elle charrie?

Pour en savoir plus