Un ver à plat!

Aviez-vous deviné quel invertébré se cachait sur la photo diffusée lors de la chronique devinette du 26 juillet dernier? Si vous avez donné votre langue au chat, c’est tout à fait normal. Il s’agit en fait d’un membre appartenant à un groupe d’invertébrés peu connu par la population en général : un ver plat, aussi nommé ver planaire ou turbellarié (Embranchement Plathelminthes; Classe Turbellaria).

Turbellaria
L’étrange ver plat (environ 10 mm)

Les vers plats retrouvés en eaux douces se déplacent librement, contrairement à la plupart des autres membres de cet embranchement qui constituent des parasites internes de faible intérêt pour les limnologistes. Cela dit, sur les quelque 200 espèces de planaires d’eau douce d’Amérique du Nord, plus de la moitié mesurent moins de 1 mm et ne se voient pas à l’œil nu. Certains individus (appartenant typiquement à l’ordre Tricladida) peuvent mesurer autant que 30 mm, mais les espèces les plus communes feraient entre 5 à 20 mm. D’ailleurs, au fil de mes lectures, je réalise que les renseignements que je collige sur les vers plats tendent à faire davantage référence aux membres d’un ordre en particulier, soit celui le plus souvent observé : Tricladida (les triclades). Ce n’était pas nécessairement clairement indiqué dans toutes mes sources et c’est sur le tard que j’ai fait cette découverte. Vous en serez donc avertis pour ce qui suit ci-dessous!

Les spécimens d’eau douce se reconnaissent facilement, une fois que vous les avez aperçus (si vous ne les prenez pas pour des débris, bien sûr)! Ils possèdent un corps allongé ressemblant à celui d’un ver, mais qui s’avère non segmenté et lisse, contrairement aux sangsues et aux vers aquatiques (oligochètes). Leur corps plat permet aussi de les distinguer des autres invertébrés non segmentés comme les nématodes et nématomorphes ou encore les némertes (voir notamment Moisan 2010).

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Sur cette photo, on pourrait le prendre pour un débris

Autre critère à surveiller : le corps se resserre vers la tête, faisant en sorte que cette dernière ressemble un peu à une pointe de flèche. On y voit fréquemment deux petits yeux situés sur le dessus. Par contre, selon la position prise par l’individu, on ne peut pas toujours bien voir ces éléments (comme en témoigne la vidéo 2 ci-dessous où la tête se distingue moins bien). La face dorsale est couramment mouchetée ou lignée dans les tons de gris, brun ou noir, question de se fondre au milieu, alors que la face ventrale est généralement claire et unie.

Fait particulier, les vers plats possèdent souvent un orifice ventral d’où sort le pharynx. C’est comme si un tube sortait du centre de l’abdomen de ces organismes, tel un cordon ombilical. Cet organe sert tant pour l’ingestion de nourriture que pour l’évacuation de cette dernière; il joue le rôle de bouche et d’anus simultanément (oui, oui, vous avez bien lu!).

Dans ce contexte, que mangent-ils et comment le font-ils? Habituellement, les planaires s’avèrent être des prédateurs d’autres invertébrés; chez les triclades, les références consultées citent les isopodes, les oligochètes, le zooplancton, de même que plusieurs larves d’insectes (diptères, trichoptères et éphémères). Comme ils ne possèdent pas de dents ou d’enzymes digestives, ils vont souvent se positionner au-dessus d’une proie, puis utiliser leur tube digestif pour aspirer l’organisme… entier ou en morceaux (qu’il s’agisse de solides ou de fluides)! Certains peuvent sécréter des neurotoxines afin d’immobiliser leur proie et de faciliter la tâche d’ingestion. De plus, tous les vers planaires sont connus comme étant des charognards à leurs heures. Aussi, plusieurs produisent un fil ou une masse de mucus collant auquel se collent divers organismes aquatiques (bactéries, algues, protozoaires). Ils roulent ensuite le mucus en une boule qu’ils ingèrent. Enfin, quelques-uns « broutent » les algues qui poussent en périphérie des roches où ils s’abritent.

Par ailleurs, ces vers possèdent également la surprenante habileté de régénérer leurs tissus lorsqu’ils sont coupés en deux. Qui plus est, selon Wikipédia, les yeux et le cerveau peuvent être rapidement régénérés lorsque la tête de l’animal est coupée! Il semble que nos vers soient pratiquement indestructibles à cet effet!

C’est sans doute cette caractéristique qui permet aux planaires de se reproduire entre autres par scissiparité – un mécanisme qui génère des clones par la division d’un individu. Les planaires sont hermaphrodites et possèdent donc à la fois des organes mâles et femelles. Voshell (2002) précise que les vers plats ont opté pour différentes stratégies selon l’espèce, mais aussi selon les conditions environnementales. Ainsi, on peut voir certaines espèces se reproduire sexuellement ou asexuellement, notamment en fonction de la saison. Toutes les stratégies sont bonnes!

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Individu plus petit (environ 3 mm)

Beaucoup de membres de ce groupe sont rencontrés dans les zones peu profondes de milieux calmes et à courant faible comme les lacs, les étangs et certains cours d’eau. Bien que la plupart des individus préfèrent les eaux peu profondes, certains peuplent le fond des lacs profonds (environ 100 mètres de profondeur). La majorité des planaires se retrouvent préférentiellement sur des substrats solides comme des cailloux et des roches. De même, certaines espèces peuvent s’apercevoir sur des plantes et des détritus variés ou à la surface de sédiments plus fins. Bon nombre d’entre eux sont photosensibles. Cela signifie qu’ils tendent à fuir la lumière et à se retrouver sous des objets (roches, par exemple) en plein jour.

Les vers plats se déplacent lentement en sécrétant une fine couche de mucus sur le substrat, puis en utilisant de très petits poils couvrant leur corps pour s’y glisser. Certains taxons peuvent aussi générer des contractions allant de l’avant à l’arrière de leur corps, telles des vagues, afin de se mouvoir.

Ma chronique ne serait pas complète si je ne parlais pas de l’utilité de ces organismes dans l’étude de la santé des milieux aquatiques. Ce qu’il faut savoir, c’est que les taxons de planaires les plus communs sont généralement tolérants à la pollution, quoique cela puisse varier selon l’espèce. À cet effet, Voshell (2002) suggère qu’une abondance disproportionnée de ces invertébrés dans un milieu donné est un témoin de pollution par la matière organique ou les nutriments.

Si vous farfouillez sur Internet, vous verrez que la classe Turbellaria comprend également des vers plats d’eaux marines. Ces derniers tendent à être plus gros et sont nettement plus colorés que ceux observés en eaux douces. Par ailleurs, comme je l’ai mentionné plus tôt dans cette chronique, les descriptions retrouvées dans la littérature portaient majoritairement sur l’ordre de vers plats le plus souvent rencontré (Tricladida). Thorp et Covich (2001) couvrent cependant beaucoup plus d’individus de ce grand groupe de vers… certains n’étant pas plats du tout!

Bref, si le sujet vous intrigue davantage, vous pourrez jeter un coup d’œil aux sources citées plus bas. Bonne lecture!

Vidéo 1. Étrange vers planaire observé en 2018, accompagné de quelques mites d’eau en déplacement.

Vidéo 2. Même ver planaire vu de plus près.

Vidéo 3. Ver planaire beaucoup plus petit (environ 3 mm de long) observé à l’été 2019.

Pour en savoir plus

 

300e chronique de DocBébitte : Ça sent le vinaigre!

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Uropyge observé lors du Festival des insectes de Québec

Vous avez été plusieurs à voter depuis mes pages Facebook (DocBébitte et personnelle) pour l’invertébré qui fera la manchette de cette 300e chronique. Êtes-vous surpris de savoir que l’arthropode qui a reçu le plus grand nombre de votes est le singulier uropyge?

Les uropyges appartiennent à la classe Arachnida. Comme tout arachnide qui se respecte, ils sont munis de quatre paires de pattes. Néanmoins, seulement trois d’entre elles sont utilisées pour la locomotion. Les deux pattes antérieures, plus longues et fines, jouent le rôle d’organe sensoriel (à l’instar des antennes chez les insectes).

Ces étranges créatures font plus spécifiquement partie de l’ordre Uropygi. Toutefois, l’ordre Thelyphonida semble également employé par endroits. Il semblerait qu’il y ait eu plusieurs remaniements dans les noms de ce groupe au travers des années et les deux noms sont présentement d’usage dans les différentes sources consultées (j’en comprends d’ailleurs que le sujet ne fait pas consensus). À cet effet (le remaniement des noms), les uropyges auraient déjà été joints aux amblypyges sous l’ordre Pedipalpi. J’avais pondu cette chronique au sujet des amblypyges, si cela vous intéresse! Une autre bête particulière semblant tout droit tirée d’un film de fiction!

Les uropyges vivent majoritairement dans les climats chauds et humides; on ne les retrouve pas au Québec. Vous en avez tout de même peut-être déjà vu, puisqu’ils figurent souvent parmi les « bêtes étranges » présentées lors d’expositions. Leur taille peut être impressionnante (18 à 85 mm) et ils ne tardent pas à être remarqués! S’ils ont l’allure d’une bête préhistorique, c’est qu’ils sont en effet apparus pendant la période du Carbonifère, il y a environ 359 à 299 millions d’années. Leur apparence n’aurait pas changé depuis!

Le titre de la chronique fait référence à l’odeur singulière des uropyges. Lorsque perturbés, ils sont en mesure d’éjecter un liquide contenant un composé fait d’acide (acétique, octanoïque, formique ou chloré)… qui sent le vinaigre! Le jet est expulsé à partir de glandes anales situées près de l’extrémité de l’abdomen, à la base du flagelle – l’appendice qui ressemble à une longue queue et qui a inspiré un des noms communs anglais de cet arthropode « whipscorpion » (traduction maison : scorpion-fouet). Le liquide projeté est irritant pour les muqueuses et les yeux, peut brûler légèrement la peau et engendrer la nausée; il s’avère un répulsif de choix contre tout intrus trop insistant!

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Étrange allure, n’est-ce pas?

Les uropyges sont des prédateurs qui chassent au sol pendant la nuit. Ils se nourrissent d’une vaste palette d’invertébrés, incluant de nombreux insectes, millipèdes, scorpions, cloportes, vers et gastropodes. Leur territoire de chasse est restreint aux environs (2 à 3 mètres) de leur terrier, lequel a été creusé dans la terre ou encore établi sous de gros débris ou roches.

Lorsque l’uropyge parvient à maîtriser sa proie, il la ramène vers ses chélicères à l’aide de ses pédipalpes (voir cette chronique si vous voulez en savoir plus sur ces pièces anatomiques). Les chélicères réduisent la proie en bouillie, laquelle finit par être aspirée dans la bouche. Les restes plus coriaces sont rejetés… bon appétit!

Les uropyges ne sont pas des animaux grégaires. Les seuls contacts tolérés se font en période de reproduction ou encore lorsque la femelle donne naissance à ses petits et les transporte sur son dos. Autrement, ils sont portés à se battre et à se mutiler. Pas commodes, ces invertébrés!

Fait intéressant pour clore cette 300e chronique : bien que d’aspect primitif, les uropyges s’adonnent à une parade nuptiale complexe lorsque venu le temps des amours. Le mâle saisit la femelle par ses pattes antérieures et l’entraîne dans une sorte de valse durant plusieurs heures (une des sources consultées parle d’une moyenne de 13 heures!). Après ces longs préliminaires amoureux, le mâle dépose un spermatophore (en quelque sorte un « paquet » de sperme) et attire la femelle au-dessus de celui-ci afin de la féconder. Qui a dit que Messieurs uropyges ne savaient pas charmer Mesdames?

Comme c’est souvent le cas, il y en aurait eu beaucoup plus à dire sur ce superbe arachnide. N’hésitez pas à jeter un coup d’œil aux sources suggérées ci-dessous pour plus de détails croustillants!

Vidéo 1. Uropyge filmé lors d’une activité de l’Association des entomologistes amateurs du Québec. On voit que les pattes antérieures sont utilisées telles des antennes.

Pour en savoir plus

Toqués des tiques?

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Plusieurs spécimens de la tique d’hiver, que j’ai pu examiner de plus près (gracieuseté de Martin Breton)

Aviez-vous deviné l’identité de l’invertébré-mystère présenté dans la capsule de jeudi dernier? Il s’agissait du mâle de la tique d’hiver (Dermacentor albipictus).

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L’invertébré-mystère de la dernière devinette dévoilé : la tique d’hiver!

On m’avait récemment proposé, sur la page Facebook DocBébitte, de parler des tiques. Il s’agit d’un sujet qui fait couler beaucoup d’encre depuis quelques années déjà. En effet, toute personne amoureuse de la nature qui a l’habitude de gambader dans les champs et les bois a maintenant cette hantise de se retrouver avec une tique, tête bien enfoncée dans la peau, en plein délit de gourmandise.

Croyez-moi, pour une personne qui se retrouve souvent accroupie au sol et dans la végétation, en train de photographier un quelconque invertébré, le terme « tique » fait frémir. Pourtant, ce n’est pas tant la minuscule tique qui fait craindre que les maladies auxquelles elle est susceptible de nous exposer.

Les tiques ne sont pas des insectes en tant que tels et appartiennent à la classe Arachnida, le même groupe qui comprend notamment les araignées, opilions, mites d’eau (hydracarina) et pseudoscorpions. Comme tout membre digne de cette classe, elles sont munies de huit pattes, hormis les individus au stade larvaire qui en possèdent six. Contrairement à bien des arthropodes où l’on distingue clairement la tête, le thorax et l’abdomen, on ne perçoit que deux parties chez la tique : la tête et l’abdomen.

En plus de ces caractéristiques, un autre indice proposé par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) pour confirmer que l’arthropode fixé à votre peau est une tique est que, au Québec, on ne retrouve presque pas d’autres invertébrés qui demeurent accrochés fermement à la peau des humains pendant plus de 24 heures.

La taille des tiques varie en fonction de l’espèce, mais aussi de son niveau d’engorgement de sang. Ainsi, les larves et nymphes retrouvées au Québec excèdent rarement 1 mm, alors que les adultes (non gorgés) peuvent atteindre de 3 à 5 mm. C’est la femelle adulte gorgée de sang qui bat les records, atteignant de 8 à 13 mm selon l’espèce. Plus impressionnant encore est son poids : une tique peut prendre 100 fois son poids après sa gloutonnerie!

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Selon le sexe et le niveau d’engorgement, ces tiques d’hiver présentent une taille variable

Douze espèces de tiques sont retrouvées au Québec, contre près de 900 espèces autour du globe. Les tiques sont des parasites externes d’une vaste palette de vertébrés (mammifères, oiseaux et reptiles). À titre d’exemple, la tique d’hiver (Dermacentor albipictus) est reconnue pour parasiter les orignaux. Certaines sources suggèrent qu’elle serait même l’ennemie numéro un des originaux, avant les prédateurs comme les loups, ours ou cougars. J’ai eu la chance de mettre la main sur plusieurs spécimens de cette espèce, gracieusement offerte par un collègue entomologiste; ils font partie des photographies accompagnant la présente chronique.

Certaines espèces de tiques constituent des vecteurs d’une variété d’agents pathogènes incluant les virus, bactéries et parasites internes. Selon l’INSPQ, il s’agirait du second vecteur de maladies humaines à l’échelle planétaire après le moustique. Au Québec, on parle beaucoup de la maladie de Lyme, qui est en progression constante chaque année. Des 32 cas recensés en 2011, on est passé à 329 cas en 2017 (ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS)).

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Tique (espèce non identifiée) retrouvée par ma tante sur son chien!

D’ailleurs, on peut retrouver une carte du risque d’acquisition de la maladie de Lyme au Québec sur ce site de l’INSPQ. Le risque était particulièrement plus élevé dans le sud-ouest du Québec, au moment de la publication de la présente chronique (printemps 2019). Parents et amis de la Montérégie, usez de prudence!

La bactérie mise en cause dans la maladie de Lyme se nomme Borrelia burgdorferi. Elle est transmise par une espèce de tique en particulier : la tique à pattes noires (Ixodes scapularis). Fait important à connaître : ce ne sont pas toutes les tiques qui sont infectées! Si vous vous faites piquer par une tique, mieux vaut prendre des précautions, mais cela ne signifie pas pour autant que vous ayez été infectés.

Cela dit, même si la tique est infectée, le risque de contracter la maladie de Lyme est très faible si la tique est accrochée à la peau pendant moins de 24 heures. Il faut donc la retirer le plus rapidement possible. Les étapes de retrait d’une tique sont présentées sur ce site du MSSS. Aussi, différents instruments qui servent à retirer les tiques sont vendus sur le marché; un second collègue entomologiste m’a transmis des suggestions à cet effet (voir photographies plus bas).

Pour éviter dès le départ de se retrouver sur le menu d’une tique, plusieurs précautions sont de mise :

  • En randonnée, marcher dans les sentiers et éviter les hautes herbes;
  • Porter un chapeau, des souliers fermés et des vêtements longs;
  • Mettre le chandail dans le pantalon;
  • Mettre le bas du pantalon dans les chaussettes ou les bottes;
  • Porter des vêtements pâles pour mieux discerner la présence de tiques;
  • Utiliser un chasse-moustique sur les parties exposées du corps.

Certes, cet accoutrement n’est pas digne d’un défilé de grands couturiers, mais il saura vous garder à l’abri des vilaines tiques!

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Suggestions d’instruments « enlève-tique » transmis par un collègue entomologiste

De plus, après une activité pouvant nous exposer aux tiques, il faut également examiner sa peau de sorte à détecter leur présence et, le cas échéant, les retirer. Il importe de regarder dans tous les recoins possibles, puisque les piqûres sont fréquemment observées aux cuisses, aines, aisselles, de même qu’au tronc et à la nuque. En outre, il est suggéré de prendre un bain ou une douche, ce qui permettrait de déloger les tiques qui ne sont pas encore solidement accrochées à la peau. Même les vêtements, les équipements et les animaux de compagnie se doivent d’être examinés et lavés afin d’éviter d’introduire des tiques dans notre domicile! À cet effet, de nombreux conseils sont prodigués pour mieux repérer les tiques ou encore réduire leur présence dans notre environnement. Ceux-ci sortent de mon champ de compétences et je vous propose donc de consulter les sources de la section « Pour en savoir plus » si vous souhaitez obtenir plus de renseignements!

Malgré tous ces conseils, vous n’avez pas réussi à éviter la piqûre d’une tique et souhaitez connaître les risques encourus? Sachez que plusieurs symptômes de la maladie de Lyme sont décrits dans les sources que j’ai consultées (présentées à la fin de la présente chronique; voir aussi cette page du Pharmachien où l’on propose beaucoup de références utiles).

Grosso modo, il semble que les symptômes puissent apparaître entre 3 et 30 jours après la piqûre. Comme ils incluent des symptômes pouvant être attribuables à d’autres problèmes de santé (rougeur sur la peau, fièvre, fatigue, maux de tête, raideur à la nuque, douleurs musculaires et articulaires), il est recommandé de consulter sans tarder un spécialiste de la santé en cas de doute. Si possible, il est fortement suggéré de noter l’information sur la date et le lieu de l’incident, la partie du corps touchée, et, si cela est possible, de garder la tique qui vous a piqué au réfrigérateur dans un contenant hermétique approprié comme, par exemple, un pilulier.

Il est important d’agir rapidement si vous croyez être infecté, puisque la maladie de Lyme, si elle n’est pas traitée, peut conduire à des problèmes graves articulaires, cardiaques ou neurologiques.

Bien que toute cette information soit inquiétante, il faut garder en tête que ce ne sont pas toutes les espèces de tiques qui constituent un vecteur de la maladie de Lyme. Qui plus est, la tique à pattes noires n’est pas toujours infectée. Il est certain que plusieurs précautions s’imposent… Mais, pour résumer, il ne faut pas que la question vous rende fous… que vous soyez ou non toqués des tiques!

 

Pour en savoir plus

Incursion au Festival des insectes de Québec 2019

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Uropyge qui se laissait observer à souhait

Pour non moins d’une cinquième année consécutive, je me suis pointé le bout du nez au Festival des insectes de Québec qui avait lieu, comme par le passé, sur le site de l’Aquarium du Québec.

La formule de l’an dernier semblait avoir été reprise de façon assez intégrale : il y avait un premier pavillon destiné aux manipulations, un second pour apprécier et acheter des insectes naturalisés (et où avait lieu une chasse au trésor pour les plus petits), puis un troisième où l’on pouvait se procurer le matériel nécessaire pour se fabriquer soi-même cadres et bijoux entomologiques!

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Phénomène de luminescence – et manipulation de scorpions en sus!
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Chambre noire où l’on pouvait apprécier le fascinant phénomène de luminescence chez les scorpions

Pour les collectionneurs et ceux qui sont agiles dans l’étalage, les deux derniers sites étaient sans aucun doute d’intérêt. Au second site étaient aussi offerts différents aliments à base d’insectes pour dégustation. Comme vous me connaissez, je me suis risquée à croquer dans un biscuit à la farine de grillon et à l’avoine. Très bon!

N’étant pas très habile dans le montage d’insectes (je manque de patience!), j’ai passé plus de temps au premier pavillon, là où l’on pouvait manipuler plusieurs invertébrés. J’ai eu la chance de prendre deux espèces de mygales, un très gros diplopode (dit mille-pattes, bien qu’on m’ait indiqué que ce dernier en possédait 496!), ainsi que deux scorpions. Les personnes présentes aux kiosques prenaient le temps d’expliquer divers faits intéressants sur les spécimens manipulés… notamment qu’une des mygales était âgée de 27 ans! Une aînée, quoi!

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On pouvait observer et même manipuler des mygales

Il semble que les courtes présentations orales effectuées lors des trois premières moutures du Festival aient été complètement retirées (c’était aussi le cas l’an dernier). C’est dommage, puisqu’elles me retenaient plus longuement sur le site. Sans doute qu’un tel événement demande bien des préparatifs et qu’il aura été décidé de réduire la complexité des éléments offerts. J’ai néanmoins bien profité de ma visite qui m’a tout à fait requinquée!

Si vous voulez jeter un coup d’œil à deux courtes vidéos réalisées dans la chambre noire et concernant les scorpions, rendez-vous au bas de la présente chronique. À l’année prochaine!

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De très nombreuses collections à admirer
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Certaines collections étaient bâties telles des œuvres d’art!

Vidéo 1. Scorpion que j’ai pu manipuler. Il avait cependant la bougeotte!

Vidéo 2. Cette vidéo illustre bien le phénomène de luminescence chez les scorpions.

Incursion chez les invertébrés de nos lacs

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Naïade de demoiselle Coenagrionidae

C’est déjà bien établi : j’ai un faible pour les invertébrés aquatiques. Je vous ai souvent parlé d’invertébrés collectés dans des rivières et ruisseaux ou encore ceux retrouvés dans l’étang à poissons que je possédais. Un milieu que j’avais moins exploré en matière de faune invertébrée est celui des lacs. Cependant, au courant des dernières années, j’ai eu la chance de séjourner à quelques reprises sur le bord de jolis lacs québécois. Comme vous pouvez vous en douter, j’en profitai pour recenser la faune locale!

Sur la page Facebook DocBébitte, je vous avais diffusé il y a un peu plus d’une semaine une vidéo d’organismes collectés en donnant quelques coups de filet en zone littorale d’un lac (voir la vidéo 1 ci-dessous). Je vous suggérais de garder l’œil ouvert pour identifier tout ce que vous pouviez y voir, que ce soit furtivement ou en premier plan. Dans cette vidéo, on retrouvait plusieurs bons représentants de la vie sur le littoral d’un lac. Qui sont-ils?

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Asellidae, un isopode aquatique

Commençons par les deux taxons les plus visibles : un isopode aquatique (famille Asellidae) et une naïade de demoiselle (sous-ordre Zygoptera).

Les aselles sont des cousins de nos cloportes terrestres qui sont tous des isopodes (ordre Isopoda). Saviez-vous qu’il s’agit de crustacés? Faciles à reconnaitre, ils sont de forme aplatie et munis de sept paires de pattes. Ils arborent des teintes de brun, gris ou noirâtre. Leur taille varie de 5 à 20 mm; ils sont assez gros pour les remarquer à l’œil nu. On les retrouve dans une vaste palette d’habitats aquatiques, incluant les zones peu profondes des lacs. Si le substrat est composé de petites cachettes où se planquer, ils y seront! C’est d’ailleurs le cas de la zone du lac que j’ai échantillonnée : elle était constituée de touffes abondantes de plantes submergées offrant un habitat à plus d’une espèce d’invertébrés!

C’est aussi dans cet habitat que je retrouvai la plupart des autres individus, y compris des naïades de libellules zygoptères appartenant à la famille Coenagrionidae. Une très vaste partie des demoiselles bleues adultes que l’on peut apercevoir près des points d’eau ou dans nos jardins font partie de cette grande famille d’odonates. Voshell (2002) indique qu’il s’agit d’un groupe très souvent recueilli lors de collectes d’invertébrés en bordure de lacs, marais et étangs, en particulier là où les plantes et débris sont abondants.

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Végétation aquatique dans laquelle j’ai échantillonné

Outre ces deux groupes, avez-vous été capables d’observer les autres organismes, plus furtifs, dans la vidéo 1? On y aperçoit des mites d’eau (Hydracarina; voir cette chronique) qui dévalent rapidement telles de grosses boules brun-rougeâtre, de même qu’un tout petit zooplancton que je ne parviens pas à identifier tellement il passe vite en arrière-plan (copépode ou cladocère, là est la question!). Un gammare (ordre Amphipoda), sorte de crustacé latéralement aplati, passe, tel un éclair, et disparaît dans les débris. Plus en avant plan, en regardant en ligne droite sous la naïade de zygoptère, on peut voir à plusieurs reprises une larve de chironome qui se fraie un chemin à travers les débris (gardez l’œil ouvert sur ce qui ressemble à une toute petite chenille de couleur pâle).

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Trio de coléoptères aquatiques : haliple, dytique et gyrin (de gauche à droite)

Les autres coups de filet que je donnai me permirent d’observer d’autres individus représentatifs du littoral d’un lac. À titre d’exemple, je mis la main sur plusieurs petits coléoptères aquatiques : dytiques (Dytiscidae), gyrins (Gyrinidae) et haliples (Haliplidae).

Les haliples sont connus sous le nom de « aquatic crawling beetles »; contrairement aux dytiques et gyrins, leur mode de locomotion par prédilection implique de grimper et de ramper sur la végétation aquatique, plutôt que de nager dans ou sur l’eau. Voshell (2002) ajoute que les adultes ne sont pas de très bons nageurs. Ce n’est donc pas surprenant que j’aie mis la main sur un individu en arpentant les touffes de végétation parsemées en bordure de lac.

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Petite écrevisse

En revanche, les dytiques et les gyrins se déplacent beaucoup plus aisément dans l’eau. Je vous ai déjà parlé des prouesses des dytiques dans cette précédente chronique. Ces derniers constituent presque la moitié des espèces de coléoptères que l’on recense en milieu aquatique. Il s’agit d’un groupe très diversifié et omniprésent. Pas étonnant que j’en ai observé!

Les gyrins sont, eux aussi, très présents dans nos milieux d’eau douce. Comme ils se tiennent principalement en grands groupes à la surface d’eaux calmes, ils sont faciles à observer. En anglais, on les appelle « Whirling beetles », ce qui fait référence à leur mode de locomotion : ils tourbillonnent à droite, puis à gauche… De quoi à donner le mal des transports, quoi!

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Escargot aquatique

Je pus également mettre la main sur un insecte fouisseur en donnant des coups de filet dans le sable. Une naïade d’éphémère m’y attendait! Contrairement à la majorité des autres organismes que j’ai capturé dans les plantes et débris, cet éphémère se creuse des tunnels dans le substrat mou et vit à l’abri des regards. D’ailleurs, la morphologie de ces éphémères diffère de leurs confrères : leur corps est cylindrique, alors que leur tête et leurs pattes sont modifiées de sorte à faciliter le creusage du sol. De plus, ils sont munis de défenses! Les individus se construisent un tunnel en forme de U qui peut s’enfoncer jusqu’à 13 cm de profondeur. Ces naïades sont connues de certains pêcheurs qui fabriquent des leurres à poisson à leur effigie.

En plus de tous ces fabuleux spécimens, quelques organismes – souvent mieux connus de la population en général – étaient présents : écrevisses, sangsues, escargots et moules d’eau douce!

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L’étrange vers planaire

Enfin, un groupe d’invertébrés nettement plus obscur était aussi compris dans mes échantillons : il s’agit des vers plats ou vers planaires (Classe Turbellaria). Beaucoup de membres de ce groupe peuvent être observés en zones peu profondes de milieux calmes, préférentiellement sur des substrats solides comme des cailloux et roches. Certaines espèces peuvent également se retrouver sur des plantes et détritus variés. Il s’agit d’un taxon particulier et peu connu qui, comme plusieurs des organismes présentés dans le présent billet, m’inspireront sans aucun doute d’autres chroniques!

Histoire à suivre!

Vidéo 1. La naïade de demoiselle et l’aselle sont bien évidents en avant-plan, mais saurez-vous trouver les autres invertébrés qui se cachent dans cette vidéo?

Vidéo 2. Naïade d’éphémère fouisseur de la famille Ephemeridae.

Vidéo 3. Étrange vers planaire, accompagné de quelques mites d’eau en déplacement.

Vidéo 4. Autre naïade de demoiselle Coenagrionidae se déplaçant au fond du lac, après que je l’y ai remise.

Pour en savoir plus

  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.