On a des araignées de cette taille au Québec?!

Dans une chronique qui date de 2014 (celle-ci), j’avouais bien humblement être atteinte d’une certaine phobie des araignées. Depuis ce temps, je m’exerce à les approcher, les étudier et même à les manipuler. Néanmoins, il reste un groupe d’arachnides qui me hante encore… D’autant plus qu’il s’agit d’énormes bêtes retrouvées près des plans d’eau où je passe beaucoup de temps. Il s’agit des dolomèdes!

Le genre Dolomedes (Famille : Pisauridae) constitue le groupe d’arachnides québécois regroupant les plus gros spécimens. Les femelles de certaines espèces frôlent un étonnant 3 cm d’envergure (taille du corps sans les pattes). Paquin et Dupérré (2003) recensaient 4 espèces de Dolomedes au Québec, lesquelles ont toutes un faible pour les abords de rivières, lacs, marais et tourbières.

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Je vous présente la dolomède!

Mes premières rencontres – trois dans un même été, en 2006 – datent d’ailleurs d’un moment où j’étais chargée d’étudier des milieux aquatiques situés dans le bassin de la rivière Jacques-Cartier. La première de toutes fut mémorable. Alors que nous allions nous amarrer à un quai sur le lac Saint-Joseph, la technicienne qui conduisait notre bateau fit un inattendu changement de cap. Elle me pointa rapidement la raison : une énorme araignée avait élu domicile sur le quai, en plein où nous nous dirigions. Une fois sur la terre ferme, je ne pus m’empêcher d’aller voir l’individu de plus près. Je n’avais jamais rien vu d’aussi gros! Une rame à la main, j’entrepris de vérifier l’intention de la bête. Je fus surprise de voir l’araignée faire face à la rame que je tendais, puis prendre une posture menaçante : pattes avant relevées et crocs sortis. Ouf! Gigantesque ET agressive? Pas question à ce moment d’enquêter davantage!

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La taille est impressionnante contre ces planches de bois de grange

Ce même été, je fis deux autres rencontres : un individu docile sur une roche, se laissant observer… et un individu marchant sur l’eau tout droit vers le canot dans lequel je siégeais. Je ramai un peu plus vite et, une fois passée la trajectoire de l’araignée, je regardai en arrière… pour m’apercevoir que l’araignée n’était plus nulle part… S’était-elle accrochée à mon embarcation? Je dois vous avouer avoir été nerveuse tout le reste du parcours, m’attendant à voir surgir une araignée-monstre dans mon embarcation!

Mes rencontres subséquentes furent moins spectaculaires. Je dus attendre 7 ans plus tard avant de faire de nouvelles observations, lesquelles sont toutes documentées sur photo ou vidéo. Une de ces observations relate une rencontre avec une dolomède qui avait élu domicile sur un hangar à bateau. Sur une des vidéos ci-dessous, on me voit porter mon aviron vers la bête, afin de vérifier sa réaction et donner une idée de sa taille. Finalement, ma propre réaction fut la plus comique des deux! Je vous laisse en juger!

Si les dolomèdes vivent si près de l’eau, c’est qu’elles y retrouvent notamment une source de nourriture abondante. Nommées « fishing spider » dans la langue de Shakespire, elles sont connues pour pêcher de petits poissons. Tête vers le bas, pattes frôlant la surface de l’eau, elles attendent patiemment le passage de petits poissons et de têtards. Il arrive même qu’elles créent de légères ondulations, question de donner l’impression aux poissons qu’un insecte se noie. Malheureux sont ceux qui tombent dans le panneau! Nos araignées se nourrissent également des larves et naïades d’insectes aquatiques, de même que d’insectes terrestres si l’occasion se prête. La dolomède qui me fit presque crier comme une gamine ne fit d’ailleurs pas la fine bouche quand une mouche domestique se posa à quelques centimètres d’elle. En un bond, la mouche était devenue un délicieux hors-d’œuvre! Dommage que je n’étais pas en train de filmer à ce moment-là!

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Dolomède et son nid dans l’asclépiade

Les dolomèdes ont l’étonnante capacité de marcher sur l’eau. On le voit dans une des vidéos ci-dessous. Selon Paquin et Dupérré (2003), elles sont si habiles qu’elles peuvent même poursuivre une proie en usant de ce mode de locomotion. De plus, elles sont capables de demeurer submergées pendant quelque 30 minutes afin d’échapper à un prédateur ou encore pour capturer une proie!

Les femelles tissent leur nid à proximité de l’eau. En 2017, ma mère me transmit des photographies d’une dolomède ayant fait son nid dans un plant d’asclépiades. La toile fourmillait de dizaines de petites dolomèdes juniors! Intriguée par cette observation, je me rendis quelques semaines plus tard au même endroit et pus observer deux femelles dans leur nid. Il n’y avait plus de rejetons, mais j’étais néanmoins heureuse de faire la rencontre de ces grosses araignées!

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Superbe observation d’une dolomède et ses rejetons!

Les dolomèdes sont de bonnes mères. Avant de tisser leur nid, elles trimbalent leur sac d’œufs partout où elles vont. Contrairement aux araignées-loup (Lycosidae) qui traînent leur sac d’œufs à l’aide de leurs filières (bout de l’abdomen), les dolomèdes transportent ces derniers dans leurs chélicères. Il s’agit d’une des façons de distinguer ces deux familles souvent confondues. L’autre méthode consistant à regarder la disposition des yeux.

Cela dit, j’ai regardé les critères dans mes livres et sur Internet afin de bien identifier les espèces que j’avais photographiées, mais il persiste un doute de ma part pour la distinction entre Dolomedes tenebrosus et Dolomedes scriptus, deux espèces que l’on retrouve au Québec et dont la robe respective présente suffisamment de variations pour me confondre. En outre, il est mention de comparer attentivement les motifs en « w » de l’abdomen (D. scriptus présentant notamment des « w » plus pâles et constants), ou encore certains motifs sur le céphalothorax. Toutefois, quand je compare mes observations avec des photographies classées sur Bug Guide, je dois avouer me poser bien des questions! De plus, Evans (2008) ajoute que les motifs de D. tenebrosus sont plus contrastants pour les populations nordiques (et, je présume, ressembleraient donc davantage à D. scriptus). Si vous avez des astuces supplémentaires pour distinguer ces araignées particulières et fascinantes, je suis tout ouïe!

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Cet individu retrouvé moribond est probablement D. tenebrosus, mais ce ne sont pas tous les spécimens qui sont faciles à identifier!

Si vous n’avez pas encore rencontré ces impressionnantes araignées, vous serez peut-être moins surpris quand vous ferez leur connaissance! Et je serai heureuse de vous entendre parler de votre rencontre avec la plus grosse de nos araignées… celle qui hante encore votre dévouée DocBébitte!

Vidéo 1. Dolomède qui marche sur l’eau.

Vidéo 2. Je voulais montrer la taille de la dolomède en comparaison avec mon aviron. Finalement, c’est moi qui sursaute quand la dolomède s’enfuit en un clin d’œil! C’est qu’elle est brave, cette DocBébitte!!!

Vidéo 3. En 2017, je tente de surmonter mes peurs en approchant cette dolomède très docile.

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Family Pisauridae – Nursery Web Spiders. https://bugguide.net/node/view/1963
  • Bug Guide. Genus Dolomedes – Fishing Spiders. https://bugguide.net/node/view/1985
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.

 

DocBébitte en bref : l’araignée qui aime les caméras!

L’araignée qui ne voulait pas lâcher mon objectif!
L’araignée qui ne voulait pas lâcher mon objectif!

Il est bien connu que les vedettes hollywoodiennes cherchent à être sous les projecteurs. Qui aurait cru que les araignées recherchaient, elles aussi, une telle attention?

Elle s’y promène nonchalamment
Elle s’y promène nonchalamment
La revoilà, tout juste avant de s’élancer vers l’objectif de mon second appareil photo!
La revoilà, tout juste avant de s’élancer vers l’objectif de mon second appareil photo!

J’avais déjà constaté que les araignées sauteuses (famille Salticidae) ont la vilaine manie de sauter sur l’objectif de ma caméra quand je tente de les prendre en photo (voir ce billet). Habituellement, cependant, je parviens par la suite à croquer le sujet sur le vif sans trop de difficultés.

Toutefois, un petit mâle de l’espèce Eris militaris (une espèce très commune dont j’ai aussi parlé ici) me donna beaucoup de fil à retordre alors que je tentais de l’immortaliser sur photographie, la semaine dernière. Nous nous adonnâmes en effet à un petit manège où il sautait sur l’objectif de mon appareil photo, je le reprenais sur mon doigt (pour tenter à nouveau de le photographier), pour le voir  immédiatement resauter sur mon objectif… et ainsi de suite à 5 ou 6 reprises!

Voyant que je n’y arrivais pas, je jugeai bon de récupérer ma seconde caméra… où un manège semblable s’instaura : la petite bête ne cessait de sauter d’un objectif à l’autre! Je parvins néanmoins, de peine et de misère, à lui soutirer quelques clichés!

Je pris également cette sympathique vidéo, présentée ci-dessous, où l’on voit l’araignée sauter sur mon appareil photo… pour s’y admirer, peut-être? En effet, mon hypothèse est que l’araignée s’y voit et que, curieuse, elle tente d’enquêter sur l’identité de cet étranger en s’y approchant davantage. Qu’en pensez-vous?

 

Vidéo 1. Araignée sauteuse qui veut être « dans ma caméra »!

Araignée contre guêpe : à qui la victoire?

En fouillant dans mes archives de l’été dernier, je suis tombée sur un combat singulier entre une grosse araignée et une guêpe que je vous présente en vidéo et en photo ci-dessous.

Avant d’amorcer le « match », je dois avouer que, dans les deux cas, j’ai dû feuilleter mes guides d’identification et fureter sur Internet afin de m’assurer de l’identité des combattants mis en jeu.

Pour l’araignée, le motif moucheté de l’abdomen me semblait plus prononcé que ce que j’avais déjà observé chez des épeires diadèmes (espèce Araneus diadematus). En examinant du côté d’une espèce cousine, Araneus trifolium, cependant, j’éprouvais toujours des doutes. C’est dans le guide de Bradley (2013) que je trouvai quelques critères supplémentaires aidant à l’identification : les épeires diadèmes présentent sur la face dorsale de l’abdomen une zone centrale plus sombre dont les bordures sont ondulées (cet exemple tiré de Bug Guide). Cette zone peut être plus prononcée vers le bas de l’abdomen, selon les individus; c’est ce que j’observai sur mes photographies. Par ailleurs, le céphalothorax (tête et thorax qui sont joints chez les arachnides) est généralement uniforme.

En revanche, les membres de l’espèce Araneus trifolium présentent trois lignes foncées traversant le céphalothorax (au milieu et de chaque côté; voir ce cliché aussi tiré de Bug Guide), alors qu’il n’y a pas de zone plus sombre visible sur la face dorsale de l’abdomen. En comparant avec quelques photos issues de Bug Guide, toutefois, je m’interroge toujours à savoir si j’ai bien identifié mon spécimen. Me fiant aux critères de Bradley (2013), puis aux différents angles des photographies que j’ai prises (elles ne figurent naturellement pas toutes dans la présente chronique!), j’en conclus qu’il s’agirait d’une épeire diadème, mais je suis ouverte à vos commentaires à cet effet – et aux critères qui devraient faire l’objet d’examen plus précis, si nécessaire.

En ce qui concerne la guêpe, si je me fie aux nombreuses photographies que j’ai prises du combat (je vous en fais grâce encore une fois!), elle appartiendrait à l’espèce Eumenes verticalis. Mon doute réside dans le fait que les auteurs du site d’identification des Vespidae que j’ai utilisé (voir la section Pour en savoir plus) indiquent que cette espèce peut être confondue avec Eumenes crucifera. Comme je n’ai qu’une poignée de photographies en main et pas de spécimens, j’ai effectué l’identification de mon mieux, mais sous toutes réserves. Je suis encore une fois ouverte à vos commentaires.

Qu’à cela ne tienne, le combat entre ces deux arthropodes est intéressant à observer. L’issue n’était pas celle à laquelle je m’attendais. L’araignée était énorme comparativement à la guêpe. Or, cette dernière fut très combattive, tentant de piquer l’araignée à moult reprises à l’aide de son dard affilé. Lors du combat, la guêpe s’empara même d’une, puis de deux pattes de l’araignée… qui tentait étonnamment de se défiler!

Sur la vidéo que je vous offre dans la présente chronique, on voit l’araignée tenter tant bien que mal de mordre l’hyménoptère déchaîné. Sur les clichés qui suivent, on peut apprécier la suite du combat, où la guêpe s’empare d’une patte de l’épeire, qui affiche soudainement un air piteux. À la fin, la guêpe réussit à se déloger de la prison de soie que l’arachnide avait commencé à tisser autour d’elle. Elle prendra la poudre d’escampette, laissant notre épeire penaude et vaincue.

Visiblement, ce n’est pas la taille qui compte! Quand on est dans de beaux draps, la combativité peut toujours s’avérer récompensée! Guêpe : 1, Épeire : 0!

Vidéo 1. Début de la joute. L’araignée semble avoir le dessus et cherche à injecter son venin dans la pauvre guêpe enchevêtrée dans sa toile.

Photographies de la suite du combat!

 

La guêpe tient férocement une patte de l’araignée
La guêpe tient férocement une patte de l’araignée
Ne trouvez-vous pas que l’épeire semble piteuse? Elle a complètement cessé d’attaquer la guêpe et cherche simplement à ne pas se faire piquer!
Ne trouvez-vous pas que l’épeire semble piteuse? Elle a complètement cessé d’attaquer la guêpe et cherche simplement à ne pas se faire piquer!
Photo prise tout juste avant l’envol de la guêpe; elle n’est plus enrubannée dans la soie de l’épeire et sera libre dans quelques instants!
Photo prise tout juste avant l’envol de la guêpe; elle n’est plus enrubannée dans la soie de l’épeire et sera libre dans quelques instants!

Pour en savoir plus

Les « bébittes » de nos demeures

Cela fait un peu plus de sept mois que je suis déménagée et il m’apparaît surprenant de ne pas avoir encore croisé le chemin d’un invertébré dans mon humble demeure! Hormis les bestioles naturalisées que j’ai amenées dans des cadres et des piluliers ou encore celles qui reposent toujours au fond de mon congélateur en attente d’identification (avis aux futurs visiteurs : n’ayez crainte, elles ne sont pas mêlées au reste de la nourriture et je ne compte pas les offrir en repas!), je n’ai vu aucune petite bête à 6 pattes ou plus déambuler où que ce soit! L’immeuble où je loge étant flambant neuf, j’imagine que les « envahisseurs » n’ont pas encore eu le temps de s’infiltrer, mais ne sauront tarder!

Cette réflexion m’a donné envie de recenser quelques-uns des invertébrés les plus souvent observés dans nos demeures – qu’ils soient bénéfiques ou non!

Les deux groupes que j’ai personnellement le plus fréquemment rencontrés dans les logements et maisons que j’ai habités sont sans contredit les araignées et les lépismes.

Même individu, autre angle!
Mon « araignée-zombie »! Quelle surprise j’eus!
Grimper aux murs : Check!
Ces « araignées jaunes » sont fréquemment rencontrées dans nos résidences

Plus jeune, chez mes parents, il me semblait que je passais mon temps à tomber sur des araignées. Aucun autre endroit où j’ai habité ne recelait d’autant de ces bêtes à huit pattes. Même encore aujourd’hui, quand je visite mes parents, je croise toujours au moins un sympathique pholque phalangide (suivre ce lien pour en savoir plus) installé dans sa toile tissée dans un recoin humide de la cave et attendant patiemment une proie. D’autres araignées spécialisées dans la chasse au sol, comme ces fameuses « araignées jaunes » (souvent des Clubionidae ou des Eutichuridae du genre Cheiracanthium), se baladent régulièrement sur toutes les surfaces horizontales et verticales possibles.

Dans la maison que j’ai occupée plus récemment à Québec, j’ai également retrouvé bon nombre d’individus appartenant à toutes sortes de familles. Épeires diadèmes, araignées sauteuses (Salticidae), Corinnidae, Agelenidae et j’en passe! Il s’agissait d’espèces que l’on retrouvait beaucoup à l’extérieur autour de la maison et qui s’introduisaient sans doute par inadvertance à l’intérieur. Une de ces dernières – une épeire diadème femelle de taille moyenne – avait tissé sa toile près de la porte d’entrée assez tard à l’automne. Ayant pitié d’elle alors que la température se faisait de plus en plus froide, je la descendis dans la cave, près d’une fenêtre où s’accumulaient des chironomes adultes (petits moucherons). Ceux-ci avaient aussi été introduits par inadvertance dans notre demeure, année après année, lorsque mon ex-conjoint et moi rentrions les poissons de l’étang (voir cette chronique) vers la maison afin qu’ils y passent un hiver douillet (les poissons, pas les chironomes!). Bref, j’espérais que la jolie épeire survive ainsi, nous débarrassant par le même fait des chironomes très abondants, mais je la retrouvai malheureusement morte et desséchée environ deux ou trois mois plus tard.

J’ai quelques anecdotes supplémentaires au sujet d’araignées retrouvées dans des situations particulières : par exemple, cette araignée que j’ai retrouvée vivante au fond d’une boîte pleine de piluliers… d’araignées mortes préservées dans l’alcool (lire l’anecdote complète ici). J’ai sursauté, me demandant pendant quelques fractions de seconde si l’une de mes araignées mortes était en fait revenue à la vie. S’agissait-il d’une araignée-zombie? Ou encore, l’anecdote concernant l’araignée qui avait tissé sa toile dans mon chocolat de Pâques quand j’étais plus jeune (ce billet). En outre, les araignées de nos demeures peuvent bel et bien se retrouver partout… que cela nous plaise ou non! La bonne nouvelle, c’est que ces sympathiques arachnides jouent un rôle très important dans une maison : ils s’alimentent d’autres invertébrés qui peuvent parfois s’avérer envahissants et néfastes (j’en parle dans quelques paragraphes)! Ce sont des colocataires à préserver (sauf dans les contrées où elles posent un danger, bien sûr… mais nos espèces québécoises ne sont point venimeuses)!

Poisson d’argent (Lepisma saccharina)
Poisson d’argent (Lepisma saccharina)
La fameuse coccinelle asiatique
La fameuse coccinelle asiatique

Les lépismes ne font pas proprement partie des invertébrés néfastes (sauf si vous tenez une bibliothèque – vous comprendrez pourquoi dans quelques instants). Ils s’affairent surtout à décomposer les résidus de toutes sortes laissés au sol ou s’accumulant dans des recoins autrement inatteignables: nourriture, cheveux, poussière, moisissures, etc. Ils sont de même susceptibles de se nourrir de la colle utilisée dans la reliure des livres et il arrive parfois que cette attirance alimentaire les conduise à endommager des ouvrages chéris! L’espèce que j’ai la plus souvent rencontrée est celle que l’on surnomme « le poisson d’argent » (Lepisma saccharina), une espèce ayant une affinité pour les recoins sombres et frais. Ce n’est qu’à l’appartement que j’ai occupé à Trois-Rivières où j’ai plutôt côtoyé des thermobies (Thermobia domestica; voir cette page), une espèce de lépisme bariolée qui affectionne les endroits chauds, près des appareils de chauffage ou des chaudières. Dans cette résidence, pas de poissons d’argent en vue; il semble que la niche écologique était plus propice à une occupation par la thermobie. Il faut dire que cet appartement était particulièrement chaud par rapport aux autres demeures où j’ai habité… Est-ce que cela expliquait la présence d’une espèce plutôt qu’une autre? Je serais curieuse de connaître la réponse, si certains d’entre vous la connaissent!

Pour ce qui est des espèces moins appréciées – car généralement plus envahissantes ou dérangeantes –, citons d’abord les coccinelles asiatiques. J’ai récemment parlé de cette espèce d’insecte, question de pouvoir mieux répondre aux interrogations d’un collègue de travail dont le chalet s’est retrouvé envahi par des centaines d’individus de ce groupe. Ces coccinelles introduites en Amérique du Nord sont en effet susceptibles d’envahir les demeures en très grand nombre. Bien qu’elles ne détruisent pas nos denrées ou nos biens, leur simple abondance – parfois en quantité hallucinante – s’avère dérangeante.

Mites des vêtements (chenilles)
Mites des vêtements (chenilles)
Mite des vêtements (adulte)
Mite des vêtements (adulte)

Malheureusement s’ajoutent à cette liste des espèces d’insectes nettement plus néfastes. Les mites des vêtements sont sans doute connues de plusieurs… Plus jeune, j’entendais parler des fameuses « boules à mites » sans trop savoir de quoi il s’agissait. C’est quand j’observai, dans ma précédente demeure, de petits papillons brunâtres, suivis de petites chenilles enroulées dans des fourreaux de tissus, que je fis la connaissance de cette espèce – Tinea pellionella (cette chronique). Par chance, après deux années de nettoyage régulier et, parfois, de collecte manuelle (aie-je besoin de mentionner que je possède plusieurs chenilles de cette espèce dans ma collection d’invertébrés!), les observations se firent de moins en moins fréquentes, jusqu’à devenir nulles. Du moins, c’était le cas quand j’ai déménagé en septembre dernier!

Les dermestes constituent un autre groupe que l’on retrouve régulièrement dans les maisons. Ce sont des coléoptères dont les larves – les plus souvent observées – ressemblent à de petites chenilles brunes et poilues. Il existe différentes espèces de dermestes, certaines passant plus inaperçues que d’autres. J’avais déjà parlé des dermestes du lard (ici), rencontrés dans un chalet où j’avais eu le loisir de séjourner. Ces bêtes peuvent s’attaquer aux denrées alimentaires et s’avèrent un cauchemar pour tout entomologiste, car elles s’attaquent également aux insectes de collections.

Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol
Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol
Dermeste du lard adulte (recueilli mort)
Dermeste du lard adulte (recueilli mort)
Anthrène des tapis adulte
Anthrène des tapis adulte – il est tout petit au creux de ma main

On retrouve aussi fréquemment d’autres espèces de dermestes dans les maisons, lesquelles semblent moins dérangeantes que les dermestes du lard si je me fie aux sources consultées (Internet abonde de sites d’extermination pour les dermestes du lard lorsque l’on fait une recherche sous le simple terme « dermeste »). Pourtant, l’espèce la plus souvent observée dans nos maisons serait l’anthrène des tapis – ce qui semble être l’espèce que j’ai photographiée à quelques reprises dans ma précédente demeure : un petit coléoptère plutôt bigarré. J’avais auparavant entraperçu moult larves, mais je ne savais pas à quelle espèce elles appartenaient avant de réaliser que les petits coléoptères que j’observais occasionnellement étaient des dermestes adultes. L’anthrène des tapis se nourrit d’une grande variété d’aliments tels que les peaux, la laine, les fourrures, ainsi que toutes sortes de denrées alimentaires (gâteaux, graines, céréales, etc.). Il peut s’avérer aussi un problème pour ceux qui possèdent des collections d’insectes naturalisés – un vrai délice à leurs yeux! Enfin, les dermestes constituent visiblement un des pires cauchemars de tout entomologiste collectionneur!

Une pléiade d’autres organismes peut être observée dans nos demeures. Certains sont occasionnels, comme ce charançon figurant dans l’une de mes toutes premières chroniques DocBébitte. D’autres font hérisser les poils de nos nuques, comme les punaises de lit, que j’ai eu la chance de ne pas côtoyer!

Éventuellement, qui sait, j’aménagerai peut-être dans un nouvel endroit me permettant d’effectuer davantage de découvertes entomologiques que je pourrai partager avec vous – en espérant toutefois qu’elles ne soient pas désagréables! D’un autre côté, peut-être que mon présent appartement ainsi que le voisinage que j’ai peu eu le temps d’explorer à ce jour (l’hiver tire à sa fin, enfin!) me permettront également de vous faire part de savoureuses anecdotes entomologiques!

Entre temps, n’hésitez pas à faire part de vos propres observations : quelles sont les bêtes invertébrées que vous observez le plus dans vos résidences? Sont-elles envahissantes? Bénéfiques ou nuisibles? Sympathiques ou détestables? Au plaisir de vous entendre sur le sujet!

 

Pour en savoir plus

Les superpouvoirs des araignées (ou Spider-Man peut aller se rhabiller)!

Je demandais récemment aux lecteurs de DocBébitte.com s’ils avaient des sujets à proposer pour une prochaine chronique. Une des suggestions portait sur les araignées – en particulier leur morphologie en ce qui concerne la reproduction. J’avais déjà abordé le sujet dans ce précédent billet, mais il me semblait qu’il y avait encore matière à rédaction! Et j’avais un filon à exploiter!

Il m’était arrivé à plusieurs reprises d’avoir la réflexion suivante : « Spider-Man : plutôt cool, mais biologiquement incorrect! ». Et encore, si Spider-Man était biologiquement correct, à quoi ressemblerait-il? Il est vrai que cette interrogation est purement rhétorique… on demeure d’une façon ou d’une autre dans le domaine de la science-fiction! Mais il me semblait néanmoins amusant de lancer le débat!

Les araignées sont des championnes pour produire de la soie!
Les araignées sont des championnes pour produire de la soie!

J’ouvre donc le débat en précisant que je ne prétends pas être une grande connaisseuse du monde de Spider-Man. J’ai ainsi dû fureter quelque peu sur Internet pour mieux connaître la vaste palette des pouvoirs dont peut faire preuve cet illustre personnage (certains étant plus obscurs et peu présentés au grand écran). En revanche, il m’était plus facile de vanter les prouesses de nos amis arachnides, ayant déjà en main plusieurs ouvrages les concernant. Qu’à cela ne tienne, je me lance, par pur amusement (et parce que ça fait bien quelques années que je me dis que je devrais le faire), dans cette chronique comparative! Que les fanatiques de Spider-Man ou encore que les arachnologues – profanes ou experts – me corrigent s’ils le souhaitent!

Que l’on amorce le débat!

Joute 1 : Production de soie.

Bon, Spider-Man peut produire de la soie comme une araignée, mais il le fait à partir des poignets. Les araignées produisent-elles la soie à partie de leurs pattes? La réponse est non, bien sûr! Pour la quasi-totalité des espèces, la soie est produite par les filières ou le cribellum, deux groupes d’organes situés tout au bout de l’abdomen. Il y a bien un groupe qui produit de la soie à l’aide de glandes modifiées situées au niveau des pièces buccales (Scytodidae, voir les vidéos sur ce site Internet), mais ça se termine ici. Spider-Man n’est pas biologiquement correct, mais je comprends le choix de l’auteur : ça n’aurait sans doute pas été très élégant de créer un superhéros qui éjecte de la soie par son arrière-train!

Autre point concernant la soie : Spider-Man éjecte sa soie à de vastes distances. Selon Paquin et Dupérré (2003), nos araignées québécoises doivent tirer hors de leur corps la soie qu’elles produisent à l’aide de leurs pattes ou encore en accrochant cette dernière à un substrat et en s’y éloignant. Il n’est donc pas question de voir de vastes quantités de soie « gicler » hors de nos arthropodes… sauf encore une fois si l’on pense à notre araignée distincte susmentionnée qui projette la soie par les pièces buccales.

Bref, pour cette joute… Araignée : 1, Spider-Man : 0!

Grimper aux murs : Check!
Grimper aux murs : Check!
Adhérer à une lentille d’appareil photo… Check!
Adhérer à une lentille d’appareil photo… Check!

Joute 2 : Marcher au plafond et à la verticale sur les murs.

Dans Spider-Man (ce petit extrait tiré de YouTube), on suggère que le bout des doigts du héros serait tapissé de multiples petites aiguilles barbelées rétractables. Initialement, je croyais que les caractéristiques qui permettaient aux araignées de déambuler au-dessus de nos têtes étaient les 2 à 3 griffes qui ornent chacune de leurs pattes. J’étais donc prête à accorder à Spider-Man une égalité. Or, en me documentant aux fins de la présente chronique, je fus surprise d’apprendre que ce seraient plutôt les multiples petits poils situés au bout des pattes des araignées qui contribueraient à l’adhésion de ces dernières à toute surface. Plus spécifiquement, des chercheurs ont découvert que ces poils étaient eux-mêmes recouverts de poils encore plus petits séparés en une multitude de pointes. Les points de contact devenant donc infiniment multiples – et dans l’infiniment petit – on se retrouve en présence de forces d’attraction positives et négatives qui font en sorte que l’araignée peut « coller » aux surfaces qu’elle arpente (voir la section « Pour en savoir plus » où les sources citées parlent de la force de van der Waals et offrent plus de détails experts que je ne saurais le faire ici).

Sachant cela, je me demande malgré moi si Spider-Man aurait vraiment pu s’agripper à un mur avec seulement les doigts (et les orteils, je présume?) munis de griffes et de poils. Me pose-je vraiment cette question? Après m’être demandé si je me perdais dans les dédales d’une réalité de toute façon impossible, j’eus l’heureuse surprise de découvrir que plusieurs personnes s’étaient déjà posé la question : voir cette vidéo. Youpi! Je ne suis pas la seule nerd dans la pièce! Et voici la réponse : il faudrait dévouer 40% de notre surface corporelle pour « coller » aux murs comme le font les araignées… quoi qu’un matériau artificiellement créé (voir encore une fois la vidéo ci-dessus qui l’expliquera fort mieux que moi) permettrait d’effectuer cette prouesse en n’utilisant qu’une maigre surface de notre corps – soit 7,5 cm2.

Or, pour l’instant, mon verdict serait quand même : Araignée : 1, Spider-Man : 0!

Joute 3 : « Spider-sense ».

ScreenRant (2017) mentionne un “spider-sense », soit une sorte de sixième sens arachnéen. Il semble que cette caractéristique permette à notre héros de « sentir » le danger venir, avant même de l’avoir perçu par ses cinq sens. Ici, je peux vous dire qu’il y a des ressemblances avec nos arachnides. Les pattes des araignées sont munies de petits poils nommés trichobothries, qui servent à détecter de subtils mouvements dans l’air ambiant. Elles peuvent donc détecter la présence d’individus (lire de proies) à proximité sans avoir à les voir. Cette capacité varie sans doute entre les groupes d’arachnides, certaines étant dotées de grands yeux (comme les Salticidae) alors que d’autres, moins visuelles, s’appuient fort probablement davantage sur ce sixième sens.

J’accorde l’égalité!

Les organes copulateurs chez les mâles sont situés… de chaque côté de leur tête!
Les organes copulateurs chez les mâles sont situés… de chaque côté de leur tête!

Joute 4 : Pièces génitales… Euh, parce qu’il faut bien en parler!

Sérieusement, il s’agit d’une importante erreur biologique qui n’aurait cependant pas eu un bon rendu au cinéma ou dans les revues. Chez les femelles araignées, les pièces consacrées à la reproduction sont situées sur l’abdomen, là où l’on pourrait s’y attendre, mammifères que nous sommes. Or, les mâles araignées portent leurs organes copulateurs… de chaque côté de la tête! Le dernier segment de leurs pédipalpes – des palpes qui ressemblent à une petite paire de pattes de chaque côté de leur tête – est en effet modifié et doté d’un renflement qui comprend les différents organes servant à la copulation. Si vous souhaitez voir un accouplement d’araignées, vous pouvez jeter un coup d’œil à cette précédente chronique et aux vidéos associées.

Pour la joute 4, côté adéquation biologique, je dirais indéniablement: Araignée : 1, Spider-Man : 0.

Prochaines joutes?

Voilà! Je sais qu’il y a d’autres superpouvoirs – tant du côté de Spider-Man que de celui de nos araignées chéries – à comparer, mais je souhaitais lancer le débat et vous laisser, chers lecteurs, alimenter la discussion. Pencherez-vous pour Spider-Man ou pour la classe Arachnida? Que le meilleur gagne!

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Vidéo 1. Afin d’extraire la soie de son corps, l’araignée utilise ses pattes ou, comme ici, adhère la soie à un objet en mouvement.


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