La coccinelle reine des échecs

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La coccinelle à quatorze points peut être observée dans nos jardins urbains

Dans la dernière publication, je vous demandais de deviner quel arthropode arbore une robe en damier, tel un jeu d’échecs. Aviez-vous reconnu la coccinelle à quatorze points (Propylea quatuordecimpuctata), aussi très justement nommée coccinelle à damier?

Il s’agit d’une petite coccinelle mesurant entre 3,5 et 5,2 mm dont la robe est variable d’un spécimen à l’autre. Sa couleur peut passer du jaune crème à l’orange pâle, sans toutefois être rougeâtre comme d’autres coccinelles. Les élytres sont également flanqués de quatorze points noirs de forme plutôt rectangulaire. Ces derniers sont souvent fusionnés de sorte à ne plus nécessairement représenter quatorze formes distinctes. Chez certains individus, le noir domine à un point tel que la coloration plus pâle, autrement assez dominante, est réduite à une douzaine de points.

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Coccinelle à quatorze points en délit de gourmandise
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Les pucerons constituent sa source d’alimentation favorite

Les mâles et les femelles peuvent être facilement distingués en examinant le devant de leur tête. Le mâle possède un « visage » de couleur pâle relativement uniforme (ce cliché de BugGuide), alors que celui de la femelle est caractérisé par une tache noire insérée entre deux zones plus pâles (cette photo).

J’ai trouvé le spécimen photographié depuis mon stéréomicroscope mort près d’une fenêtre de mon domicile à la fin de l’été. J’en avais vu quelques-uns parcourant les fines herbes de mon balcon; peut-être que l’un d’entre eux est entré par inadvertance à l’intérieur en même temps que moi et s’est retrouvé prisonnier?

Les individus aperçus sur mon balcon s’affairaient plus précisément à patrouiller dans un plant de coriandre qui était la proie de nombreux pucerons. Comme tout Coccinellidae digne de ce nom, notre coccinelle à quatorze points raffole des pucerons. Une des séances photo à laquelle je m’étais adonnée dans le passé présentait d’ailleurs cet insecte en plein délit de gourmandise (voir les photos à l’appui!).

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Vue dorsale

Les femelles pondent quelque 400 œufs vert pâle, d’où émergent des larves qui ressemblent à des alligators miniatures. Aussitôt sorties de l’œuf, les jeunes coccinelles en devenir se nourrissent de pucerons, comme les adultes. Elles le feront pendant 8 à 10 jours, après quoi elles formeront une pupe d’où elles émergeront un autre 4 à 5 jours plus tard.

La coccinelle à quatorze points est originaire d’Europe et d’Asie. En Amérique du Nord, plusieurs tentatives infructueuses d’introduction ont été effectuées avant 1960. C’est cependant une introduction accidentelle par des bateaux de marchandise transitant par le fleuve Saint-Laurent qui permit à cette espèce de s’établir parmi nous. Plus précisément, la première observation aurait été réalisée près de la ville de Québec en 1968.

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Vue de face; il s’agit d’un mâle

La jolie coccinelle est retrouvée dans une vaste palette d’habitats : plaines, prairies, forêts, montagnes, ainsi que jardins et parcs situés en milieu urbain. En outre, partout où l’on retrouve des pucerons, la coccinelle à quatorze points n’est jamais bien loin! On peut dire que notre arthropode habillé en damier a de quoi mettre tout puceron trop envahissant échec et mat!

Pour en savoir plus

L’aeschne des pénombres… qui illumina ma journée!

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Mâle aeschne des pénombres (Aeshna umbrosa) que j’ai rencontré

Parfois nous avons l’occasion de faire une observation que nous n’avions pas prévue. J’ai très peu de photographies de libellules adultes de la famille Aeshnidae. Il s’agit globalement de grosses libellules (plus ou moins 50 à 80 cm de long) qui ont la bougeotte! Elles ne demeurent pas en place très longtemps, comparativement à d’autres de leurs consœurs, rendant la tâche de les capturer en photo ou en vidéo plutôt ardue!

En me baladant près de l’étang sis à l’entrée du parc du Bois-de-Coulonge, à Québec, je fis néanmoins la rencontre d’un mâle aeschne des pénombres (Aeshna umbrosa) qui se laissa manipuler et photographier à souhait. Malheureusement, la raison pour laquelle je pus admirer ce spécimen d’aussi près est qu’il était handicapé.

J’en ai déjà parlé précédemment (voir notamment ce billet) : la métamorphose de la naïade vers l’adulte s’avère être une étape risquée dans le cycle de vie d’une libellule. Un coup de vent, une vague, une erreur quelconque… et l’individu s’en retrouve déformé et inapte au vol. Sa raison d’être – se reproduire – devient par le même fait inatteignable.

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La métamorphose ne s’est pas passée comme prévu : les ailes ne se sont pas bien formées

Je découvris le mâle aeschne par hasard. Je furetais autour de l’étang, à la recherche de libellules variées, quand un bruissement d’ailes attisa ma curiosité. L’aeschne peinait à garder l’équilibre sur une feuille de sagittaire à demi émergée; le bas de son corps et ses ailes trempaient dans l’eau de l’étang. Je pris l’individu dans mes mains, pour noter rapidement que les ailes avaient mal séché suite à son émergence. Était-il tombé dans l’eau à un mauvais moment? Je ne le saurai point.

Ce malheur fut néanmoins ma chance : comme mentionné en début de chronique, je n’avais pas encore eu l’opportunité d’examiner d’Aeshnidae adulte vivant sous toute ses coutures. Les nombreuses photographies, ainsi que la vidéo qui accompagnent le présent billet témoignent de mon examen détaillé!

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Les appendices au bout de l’abdomen sont importants pour l’identification

Je possède quelques bons guides me permettant d’identifier les libellules à l’espèce en examinant les motifs, la taille et la coloration. Toutefois, j’avais tout de même pris soin de photographier les appendices situés au bout de l’abdomen de « mon » spécimen. Il s’agit d’un critère important à viser si vous aimez prendre des clichés de libellules en vue de les identifier. Dans le présent cas, la vue des appendices (qui prenaient la forme d’une rame dotée d’un pic orienté vers le bas, à son extrémité) me permit de confirmer sans aucun doute que je faisais face à un mâle aeschne des pénombres.

L’habitat privilégié par cette espèce inclut les lacs, les cours d’eau à courant lent, les petits et gros étangs… y compris ceux situés en zone urbanisée, comme le parc où j’ai effectué mes observations. Les naïades colonisent ces milieux, où elles s’affairent, comme toute libellule digne de ce nom, à dévorer d’autres invertébrés aquatiques, de même que des petits poissons et des têtards.

Les mâles de l’aeschne des pénombres ont pour habitude de sillonner leur territoire en s’arrêtant régulièrement pour faire du « sur place ». Paulson (2011) précise qu’ils peuvent s’arrêter ainsi, face vers le rivage, pendant une trentaine de secondes à la fois. Surveillent-ils leurs rivaux? Ou de potentielles femelles? Sans doute les deux!

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Vue de face

Paulson mentionne également que cette espèce est plus active en après-midi. Les recensements matinaux relèveraient beaucoup moins leur présence. Ainsi, si vous souhaitez les observez, pas besoin d’être un lève-tôt! Qui plus est, le nom de cette libellule (des pénombres) lui sied parfaitement bien : elle s’avère généralement active même dans l’ombre (on pourchasse typiquement les libellules au soleil, car c’est là où elles sont plus actives!) ou encore jusqu’au crépuscule.

Les femelles qui ont été fécondées pondent leurs œufs sur des substrats situés au ras de l’eau, tels que des branches ou des troncs partiellement submergés. Elles sont aussi susceptibles de pondre sur le rivage, de même que sur des substrats hors de l’eau et plutôt secs. Il semblerait, selon Paulson (2011), qu’elles aient une préférence pour les matériaux ligneux plutôt que les plantes aquatiques contrairement à beaucoup de leurs consœurs. D’autres sources consultées citent néanmoins les plantes aquatiques comme un des lieux de ponte observés. Les deux substrats seraient vraisemblablement utilisés… avec peut-être quelques préférences lorsque cela est possible!

Les adultes de l’année qui émergent peuvent être observés au Québec du mois de juin jusqu’en octobre. Avec le sympétrum tardif (Sympetrum vicinum), l’aeschne des pénombres constituerait l’une des espèces observées le plus tardivement à nos latitudes.

Je termine la présente chronique par une vidéo du mâle que j’ai eu le loisir de manipuler. Elle est suivie d’une galerie photo, où vous pourrez apprécier quelques clichés supplémentaires de cette espèce, incluant une photographie soumise dans le cadre d’un des concours passés de photographie amicale DocBébitte. Bon visionnement!

Vidéo 1. Mâle de l’aeschne des pénombres, malheureusement endommagé à la suite de sa métamorphose.

Galerie photo

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Autre mâle A. umbrosa – photo soumise dans le cadre du concours amical 2016
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Autre vue de près du mâle rencontré
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On voit l’individu, qui est mal en point
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La libellule est de bonne taille

Pour en savoir plus

300e chronique de DocBébitte : Ça sent le vinaigre!

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Uropyge observé lors du Festival des insectes de Québec

Vous avez été plusieurs à voter depuis mes pages Facebook (DocBébitte et personnelle) pour l’invertébré qui fera la manchette de cette 300e chronique. Êtes-vous surpris de savoir que l’arthropode qui a reçu le plus grand nombre de votes est le singulier uropyge?

Les uropyges appartiennent à la classe Arachnida. Comme tout arachnide qui se respecte, ils sont munis de quatre paires de pattes. Néanmoins, seulement trois d’entre elles sont utilisées pour la locomotion. Les deux pattes antérieures, plus longues et fines, jouent le rôle d’organe sensoriel (à l’instar des antennes chez les insectes).

Ces étranges créatures font plus spécifiquement partie de l’ordre Uropygi. Toutefois, l’ordre Thelyphonida semble également employé par endroits. Il semblerait qu’il y ait eu plusieurs remaniements dans les noms de ce groupe au travers des années et les deux noms sont présentement d’usage dans les différentes sources consultées (j’en comprends d’ailleurs que le sujet ne fait pas consensus). À cet effet (le remaniement des noms), les uropyges auraient déjà été joints aux amblypyges sous l’ordre Pedipalpi. J’avais pondu cette chronique au sujet des amblypyges, si cela vous intéresse! Une autre bête particulière semblant tout droit tirée d’un film de fiction!

Les uropyges vivent majoritairement dans les climats chauds et humides; on ne les retrouve pas au Québec. Vous en avez tout de même peut-être déjà vu, puisqu’ils figurent souvent parmi les « bêtes étranges » présentées lors d’expositions. Leur taille peut être impressionnante (18 à 85 mm) et ils ne tardent pas à être remarqués! S’ils ont l’allure d’une bête préhistorique, c’est qu’ils sont en effet apparus pendant la période du Carbonifère, il y a environ 359 à 299 millions d’années. Leur apparence n’aurait pas changé depuis!

Le titre de la chronique fait référence à l’odeur singulière des uropyges. Lorsque perturbés, ils sont en mesure d’éjecter un liquide contenant un composé fait d’acide (acétique, octanoïque, formique ou chloré)… qui sent le vinaigre! Le jet est expulsé à partir de glandes anales situées près de l’extrémité de l’abdomen, à la base du flagelle – l’appendice qui ressemble à une longue queue et qui a inspiré un des noms communs anglais de cet arthropode « whipscorpion » (traduction maison : scorpion-fouet). Le liquide projeté est irritant pour les muqueuses et les yeux, peut brûler légèrement la peau et engendrer la nausée; il s’avère un répulsif de choix contre tout intrus trop insistant!

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Étrange allure, n’est-ce pas?

Les uropyges sont des prédateurs qui chassent au sol pendant la nuit. Ils se nourrissent d’une vaste palette d’invertébrés, incluant de nombreux insectes, millipèdes, scorpions, cloportes, vers et gastropodes. Leur territoire de chasse est restreint aux environs (2 à 3 mètres) de leur terrier, lequel a été creusé dans la terre ou encore établi sous de gros débris ou roches.

Lorsque l’uropyge parvient à maîtriser sa proie, il la ramène vers ses chélicères à l’aide de ses pédipalpes (voir cette chronique si vous voulez en savoir plus sur ces pièces anatomiques). Les chélicères réduisent la proie en bouillie, laquelle finit par être aspirée dans la bouche. Les restes plus coriaces sont rejetés… bon appétit!

Les uropyges ne sont pas des animaux grégaires. Les seuls contacts tolérés se font en période de reproduction ou encore lorsque la femelle donne naissance à ses petits et les transporte sur son dos. Autrement, ils sont portés à se battre et à se mutiler. Pas commodes, ces invertébrés!

Fait intéressant pour clore cette 300e chronique : bien que d’aspect primitif, les uropyges s’adonnent à une parade nuptiale complexe lorsque venu le temps des amours. Le mâle saisit la femelle par ses pattes antérieures et l’entraîne dans une sorte de valse durant plusieurs heures (une des sources consultées parle d’une moyenne de 13 heures!). Après ces longs préliminaires amoureux, le mâle dépose un spermatophore (en quelque sorte un « paquet » de sperme) et attire la femelle au-dessus de celui-ci afin de la féconder. Qui a dit que Messieurs uropyges ne savaient pas charmer Mesdames?

Comme c’est souvent le cas, il y en aurait eu beaucoup plus à dire sur ce superbe arachnide. N’hésitez pas à jeter un coup d’œil aux sources suggérées ci-dessous pour plus de détails croustillants!

Vidéo 1. Uropyge filmé lors d’une activité de l’Association des entomologistes amateurs du Québec. On voit que les pattes antérieures sont utilisées telles des antennes.

Pour en savoir plus

On a des araignées de cette taille au Québec?!

Dans une chronique qui date de 2014 (celle-ci), j’avouais bien humblement être atteinte d’une certaine phobie des araignées. Depuis ce temps, je m’exerce à les approcher, les étudier et même à les manipuler. Néanmoins, il reste un groupe d’arachnides qui me hante encore… D’autant plus qu’il s’agit d’énormes bêtes retrouvées près des plans d’eau où je passe beaucoup de temps. Il s’agit des dolomèdes!

Le genre Dolomedes (Famille : Pisauridae) constitue le groupe d’arachnides québécois regroupant les plus gros spécimens. Les femelles de certaines espèces frôlent un étonnant 3 cm d’envergure (taille du corps sans les pattes). Paquin et Dupérré (2003) recensaient 4 espèces de Dolomedes au Québec, lesquelles ont toutes un faible pour les abords de rivières, lacs, marais et tourbières.

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Je vous présente la dolomède!

Mes premières rencontres – trois dans un même été, en 2006 – datent d’ailleurs d’un moment où j’étais chargée d’étudier des milieux aquatiques situés dans le bassin de la rivière Jacques-Cartier. La première de toutes fut mémorable. Alors que nous allions nous amarrer à un quai sur le lac Saint-Joseph, la technicienne qui conduisait notre bateau fit un inattendu changement de cap. Elle me pointa rapidement la raison : une énorme araignée avait élu domicile sur le quai, en plein où nous nous dirigions. Une fois sur la terre ferme, je ne pus m’empêcher d’aller voir l’individu de plus près. Je n’avais jamais rien vu d’aussi gros! Une rame à la main, j’entrepris de vérifier l’intention de la bête. Je fus surprise de voir l’araignée faire face à la rame que je tendais, puis prendre une posture menaçante : pattes avant relevées et crocs sortis. Ouf! Gigantesque ET agressive? Pas question à ce moment d’enquêter davantage!

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La taille est impressionnante contre ces planches de bois de grange

Ce même été, je fis deux autres rencontres : un individu docile sur une roche, se laissant observer… et un individu marchant sur l’eau tout droit vers le canot dans lequel je siégeais. Je ramai un peu plus vite et, une fois passée la trajectoire de l’araignée, je regardai en arrière… pour m’apercevoir que l’araignée n’était plus nulle part… S’était-elle accrochée à mon embarcation? Je dois vous avouer avoir été nerveuse tout le reste du parcours, m’attendant à voir surgir une araignée-monstre dans mon embarcation!

Mes rencontres subséquentes furent moins spectaculaires. Je dus attendre 7 ans plus tard avant de faire de nouvelles observations, lesquelles sont toutes documentées sur photo ou vidéo. Une de ces observations relate une rencontre avec une dolomède qui avait élu domicile sur un hangar à bateau. Sur une des vidéos ci-dessous, on me voit porter mon aviron vers la bête, afin de vérifier sa réaction et donner une idée de sa taille. Finalement, ma propre réaction fut la plus comique des deux! Je vous laisse en juger!

Si les dolomèdes vivent si près de l’eau, c’est qu’elles y retrouvent notamment une source de nourriture abondante. Nommées « fishing spider » dans la langue de Shakespire, elles sont connues pour pêcher de petits poissons. Tête vers le bas, pattes frôlant la surface de l’eau, elles attendent patiemment le passage de petits poissons et de têtards. Il arrive même qu’elles créent de légères ondulations, question de donner l’impression aux poissons qu’un insecte se noie. Malheureux sont ceux qui tombent dans le panneau! Nos araignées se nourrissent également des larves et naïades d’insectes aquatiques, de même que d’insectes terrestres si l’occasion se prête. La dolomède qui me fit presque crier comme une gamine ne fit d’ailleurs pas la fine bouche quand une mouche domestique se posa à quelques centimètres d’elle. En un bond, la mouche était devenue un délicieux hors-d’œuvre! Dommage que je n’étais pas en train de filmer à ce moment-là!

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Dolomède et son nid dans l’asclépiade

Les dolomèdes ont l’étonnante capacité de marcher sur l’eau. On le voit dans une des vidéos ci-dessous. Selon Paquin et Dupérré (2003), elles sont si habiles qu’elles peuvent même poursuivre une proie en usant de ce mode de locomotion. De plus, elles sont capables de demeurer submergées pendant quelque 30 minutes afin d’échapper à un prédateur ou encore pour capturer une proie!

Les femelles tissent leur nid à proximité de l’eau. En 2017, ma mère me transmit des photographies d’une dolomède ayant fait son nid dans un plant d’asclépiades. La toile fourmillait de dizaines de petites dolomèdes juniors! Intriguée par cette observation, je me rendis quelques semaines plus tard au même endroit et pus observer deux femelles dans leur nid. Il n’y avait plus de rejetons, mais j’étais néanmoins heureuse de faire la rencontre de ces grosses araignées!

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Superbe observation d’une dolomède et ses rejetons!

Les dolomèdes sont de bonnes mères. Avant de tisser leur nid, elles trimbalent leur sac d’œufs partout où elles vont. Contrairement aux araignées-loup (Lycosidae) qui traînent leur sac d’œufs à l’aide de leurs filières (bout de l’abdomen), les dolomèdes transportent ces derniers dans leurs chélicères. Il s’agit d’une des façons de distinguer ces deux familles souvent confondues. L’autre méthode consistant à regarder la disposition des yeux.

Cela dit, j’ai regardé les critères dans mes livres et sur Internet afin de bien identifier les espèces que j’avais photographiées, mais il persiste un doute de ma part pour la distinction entre Dolomedes tenebrosus et Dolomedes scriptus, deux espèces que l’on retrouve au Québec et dont la robe respective présente suffisamment de variations pour me confondre. En outre, il est mention de comparer attentivement les motifs en « w » de l’abdomen (D. scriptus présentant notamment des « w » plus pâles et constants), ou encore certains motifs sur le céphalothorax. Toutefois, quand je compare mes observations avec des photographies classées sur Bug Guide, je dois avouer me poser bien des questions! De plus, Evans (2008) ajoute que les motifs de D. tenebrosus sont plus contrastants pour les populations nordiques (et, je présume, ressembleraient donc davantage à D. scriptus). Si vous avez des astuces supplémentaires pour distinguer ces araignées particulières et fascinantes, je suis tout ouïe!

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Cet individu retrouvé moribond est probablement D. tenebrosus, mais ce ne sont pas tous les spécimens qui sont faciles à identifier!

Si vous n’avez pas encore rencontré ces impressionnantes araignées, vous serez peut-être moins surpris quand vous ferez leur connaissance! Et je serai heureuse de vous entendre parler de votre rencontre avec la plus grosse de nos araignées… celle qui hante encore votre dévouée DocBébitte!

Vidéo 1. Dolomède qui marche sur l’eau.

Vidéo 2. Je voulais montrer la taille de la dolomède en comparaison avec mon aviron. Finalement, c’est moi qui sursaute quand la dolomède s’enfuit en un clin d’œil! C’est qu’elle est brave, cette DocBébitte!!!

Vidéo 3. En 2017, je tente de surmonter mes peurs en approchant cette dolomède très docile.

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Family Pisauridae – Nursery Web Spiders. https://bugguide.net/node/view/1963
  • Bug Guide. Genus Dolomedes – Fishing Spiders. https://bugguide.net/node/view/1985
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.

 

L’heure de la collation pour Monsieur agrion vertical

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C’est l’heure de la collation pour cet agrion vertical!

Après avoir passé un mois sans rédiger de nouvelles chroniques DocBébitte – j’étais affairée à transférer mon blogue sur une nouvelle plate-forme et vers un nouvel hébergeur –, quoi de mieux pour reprendre mes activités que de vous parler d’une libellule?

Avez-vous déjà eu le loisir d’observer une libellule capturer et ingérer un insecte en direct? Ces bêtes gloutonnes constituent de voraces et efficaces prédateurs et il n’est donc pas rare de les surprendre proie en bouche!

Cet été, j’ai été en mesure de filmer un de ces arthropodes en train de mâchouiller une proie fraîchement débusquée. Fait intéressant, la seule autre fois où j’ai pu prendre quelques clichés de cette espèce, l’individu venait lui aussi de capturer son dîner.

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On ne parle pas la bouche pleine!

L’espèce en question est l’agrion vertical (Ischnura verticalis). Appartenant à la famille Coenagrionidae, il s’agit d’une espèce commune et bien répartie sur tout le Québec méridional. Les mâles sont facilement reconnaissables et ne peuvent être confondus avec d’autres espèces de nos latitudes. C’est la combinaison du vert vif maculant les côtés du thorax et les deux premiers segments de l’abdomen (le second segment n’étant vert que sur les côtés), de même que la coloration bleu pâle dominante sur les huitième et neuvième segments de l’abdomen qui servent de critères d’identification. Comme chez plusieurs autres libellules, malheureusement, les femelles requièrent un examen plus détaillé, car elles peuvent être confondues avec quelques cousines. Paulson (2011) cite notamment l’agrion posé (I. posita) et l’agrion hasté (I. hastata), deux espèces qui semblent cependant moins largement réparties au Québec que l’agrion vertical (Savard, 2011).

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Agrion vertical mâle, vu de profil

Au Québec, l’adulte de l’agrion vertical se rencontre du mois de mai jusqu’en septembre. Comme les naïades se développent dans les herbiers aquatiques qui jonchent les parties calmes des lacs, rivières et étangs, il n’est pas surprenant d’observer des adultes à proximité de ces habitats. Ainsi, mâles et femelles peuvent être aperçus perchés sur la végétation adjacente à divers milieux aquatiques, ou encore en vol, tentant de se dégoter un partenaire!

J’ai souvent lu que, chez les libellules, ce sont les mâles qui sont particulièrement territoriaux. Toutefois, Paulson (2011) précise que Madame agrion vertical n’aime guère partager ses lieux de ponte. Cette dernière chasserait à la fois femelles et mâles de son territoire privilégié en adoptant une posture bien particulière : abdomen recourbé vers le bas et ailes battant incessamment. Tout intrus sera averti!

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Autre mâle observé plus tôt, en 2014. Il venait lui aussi de capturer une proie.

Il semble également que les femelles I. verticalis soient plus enclines que les mâles à dévorer des membres de leur propre espèce. C’est qu’elles sont peu commodes, ces dames! De façon générale, cependant, à la fois les femelles et les mâles sont gourmands.

En début de chronique, je vous mentionnais que j’avais filmé un membre de cette espèce en train de déguster une proie. C’est alors que je photographiais quelques insectes éparpillés parmi une haie de rosiers que mon attention fut portée sur une délicate libellule voletant entre les branches. Elle se posa afin de commencer à savourer sa proie, qui semblait – de ce que je voyais des « restes » – être une sorte de diptère (mouches et compagnie). La vidéo et les photos que j’ai pu prendre à ce moment accompagnent la présente chronique… et témoignent de la gourmandise de ce délicat, mais vorace arthropode!

Vidéo 1. Mâle agrion vertical qui déguste sa proie. Crounch crounch crounch! Bon appétit!

Pour en savoir plus