Gagnante ex aequo 2021, partie 1 : La périthème délicate par Sylvie Benoit

La semaine dernière, je vous annonçais les deux gagnantes ex aequo du concours amical de photographie DocBébitte. Cette semaine, je vous entretiens au sujet de l’insecte représenté sur le premier des deux clichés gagnants : la périthème délicate.

Photo gagnante: la périthème délicate par Sylvie Benoit

Cette photo de Sylvie Benoit est une belle découverte pour moi. Lors de la soumission de sa photo, Sylvie me suggérait qu’il pourrait s’agir d’une espèce de sympétrum. En fouillant dans mes livres et sur le site des libellules du Québec, je demeurais cependant sceptique : les ailes ambrées et les pattes orangées ne cadraient pas avec les espèces de sympétrum retrouvées au Québec.

En cherchant davantage dans le guide de Paulson (2011), je trouvai qui était cette belle inconnue : la périthème délicate (Perithemis tenera). Reconnaissable justement par ses ailes ambrées et ses pattes orangées, il faut ajouter que cette libellule a peu fréquemment été observée au Québec, outre quelques occurrences tout au sud de la province (Entomofaune du Québec Inc. 2008-2021; Savard 2011). Cela concorde bien avec l’observation de Sylvie faite au Parc National de Plaisance, situé au sud du Québec et près des frontières ontariennes.

Les motifs de couleur sur l’abdomen constituent un autre indice qui aide à l’identification. Dans le cadre du concours de photographie, j’utilise les photos telles qu’elles m’ont été envoyées. Par contre, en effectuant un traitement « post-concours » sur le cliché (que je joins dans le présent billet, côte à côte avec la photo originale), on voit apparaître des motifs plus pâles le long de l’abdomen (voir aussi ce cliché de Bug Guide). Ces motifs, combinés à la couleur des ailes et des pattes, permettent d’identifier sans contredit que nous avons devant nous un mâle périthème délicate.

La femelle, de son côté, est assez distincte du mâle. Ses ailes, qui ne sont pas aussi ambrées, sont également flanquées de taches sombres (voir cette photo de Bug Guide).

Quelques ajustements dans la couleur de la photo font ressortir la teinte du visage et de légers motifs sur l’abdomen

Je n’avais pas réalisé la petite taille qu’avait cet insecte avant d’examiner des photos sur le site Bug Guide. La périthème délicate doit peut-être son nom au fait qu’elle semble en effet toute menue et frêle, du haut de ses 20 à 25 mm (ce qui est petit pour une libellule). Il s’agit d’ailleurs d’un autre critère utile à son identification.

La toute petite périthème n’est toutefois pas si douce : les mâles protègent farouchement leur territoire, d’un diamètre allant de 3 à 6 mètres. Il arrive même que Messieurs décident de « capturer » d’autres mâles en tandem afin de les empêcher de flirter avec les femelles du coin (le tandem est la position que prend le mâle et la femelle qui s’accouplent – j’en parle ici).

Les mâles qui parviennent à se trouver une compagne copulent brièvement : une moyenne de 17 secondes selon Paulson (2011). Eh oui, il faut croire que quelqu’un s’est amusé à chronométrer des libellules en pleine copulation !

Les œufs fécondés sont pondus sur des objets humides situés à l’interface entre l’air et l’eau, comme des herbiers flottants de plantes aquatiques ou des troncs partiellement submergés. Il s’agit d’habitats davantage lentiques, c’est-à-dire où le courant est faible : lacs, étangs et bras de rivières calmes. C’est dans ce milieu que vont évoluer les naïades qui, comme toute naïade de libellule qui se respecte, s’avèrent être de voraces prédateurs. À l’instar des adultes, les naïades sont petites et font 15 mm à maturité.

Fait intéressant, les sources que j’ai consultées indiquent que la périthème délicate est une bonne imitatrice. Les deux sexes, mais particulièrement les femelles, auraient développé une certaine expertise pour imiter les guêpes ! Avec leur corps un peu plus foncé et parsemé de lignes jaunes, elles hocheraient leur abdomen ou leurs ailes de sorte à ressembler aux guêpes : des insectes nettement moins désirables aux yeux des prédateurs ! Leur petite taille, approchant celle des guêpes, ajoute au subterfuge et elles sont même en mesure de confondre quelques entomologistes en herbe ! Gardez donc l’œil ouvert !

Voilà qui complète cette première chronique de deux visant à mettre en vedette les taxons qui figurent sur les photos de nos deux gagnantes de cette année.

Félicitations à nouveau à Sylvie Benoit pour cette victoire ex aequo et merci encore à tous ceux qui ont voté !

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Perithemis tenera – Eastern Amberwing. https://bugguide.net/node/view/8058 (page consultée le 11 octobre 2021).
  • Entomofaune du Québec, Inc. 1988-2021. Les libellules du Québec – Liste des espèces. http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/odonates/Liste_especes.html (page consultée le 6 octobre 2021).
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Hutchinson, R. et B. Ménard. 2016. Naïades et exuvies des libellules du Québec: clé de détermination des genres. 71 pages.
  • Paulson, D. 2011. Dragonflies and damselflies of the East. 538 p.
  • Savard, M. 2011. Atlas préliminaire des libellules du Québec (Odonata). 53 p.

Deux gagnantes ex aequo pour le concours de photo 2021 !

Cette année, la période de vote pour le concours de photographies m’aura tenu en haleine jusqu’à la toute dernière journée.

En effet, ce sont six photos, de six photographes différents, qui se sont fait la course côte à côte jusqu’à la toute fin ! Je croyais bien devoir vous annoncer six gagnants… mais les votes du dimanche 3 octobre, dernière journée où je recevais vos votes, furent déterminants.

Aussi, je suis bien heureuse de laisser le public voter et de m’abstenir de tout vote, puisque ce sont deux membres de ma famille qui ont gagné. Il faut dire que la pomme n’est pas tombée très loin de l’arbre et beaucoup de gens de mon entourage sont des amoureux de la nature et de la photographie; ils ont amplement participé au présent concours en transmettant plusieurs photos !

Vous avez également été bon nombre de lecteurs DocBébitte à soumettre de superbes clichés : tant qu’à moi, vous êtes tous gagnants et des dizaines d’amateurs auront vu passer vos magnifiques clichés ! On m’a même déjà parlé de certaines de vos photos sur lesquelles figurent tantôt des insectes moins connus, tantôt des invertébrés qui étaient fort abondants cet été ! Bravo et merci pour votre participation !

Comme promis, je m’affairerai à vous concocter non pas une, mais deux chroniques pour vous parler davantage des organismes qui figurent sur les deux photos gagnantes de cette année, soit :

  • La périthème délicate par Sylvie Benoit;
  • L’araignée-loup par Céline Benoit Anderson.

Avez-vous hâte d’en savoir plus sur ces bêtes pour lesquelles vous avez voté ?

La suite viendra sous peu !

Merci encore pour votre grande participation, tant par la soumission de photos que par vos votes ! Pour les clichés qui n’ont pas remporté la victoire, ce n’est que partie remise ! On se revoit l’an prochain ?

La périthème délicate de Sylvie Benoit a séduit plusieurs voteurs!
Est-ce l’apparence en peluche de cette araignée-loup qui a fait fondre les coeurs?

Nouvelle capsule vidéo: libellules en devenir!

Les libellules, on les aime!

Mais avant de devenir des insectes gracieux et colorés, saviez-vous que ces fabuleux organismes amorcent leur vie sous l’eau, en tant que « bébittes brunes »?

C’est ce que je démystifie pour vous dans cette capsule vidéo que j’ai pris grand soin de vous concocter.

Vous y apprendrez en outre:

  • Que les jeunes libellules en devenir s’appellent des naïades;
  • Qu’elles sont de voraces prédateurs;
  • Qu’il y a deux sous-ordres qui existent, lesquels ont des caractéristiques fort différentes;
  • Qu’elles respirent sous l’eau à l’aide de mécanismes surprenants.

Prêts à plonger à leur découverte? Écoutez la capsule!

L’Indienne flamboyante!

On aime les libellules!

Sur leur perchoir, bien visibles, elles se laissent regarder (et photographier) à souhait!

Certaines sont sobres, d’autres, plus flamboyantes.

C’est le cas de notre insecte-vedette de la semaine : la célithème indienne (Celithemis elisa).

Plutôt petite, la célithème indienne!

Bien que plutôt petite – elle fait entre 29 et 34 mm –, cette libellule ne passe pas inaperçue! Ses ailes sont joliment colorées, de même que les segments de son abdomen. En amorçant mes lectures sur le sujet, j’avais entrepris de vous écrire que le mâle se distingue aisément de la femelle. En effet, plusieurs sources indiquent que le visage du mâle est rouge, de même que les marques de son thorax, de son abdomen et de l’extrémité de ses ailes. En revanche, elles mentionnent que toutes ces marques sont généralement jaunes ou brunâtres chez la femelle (cette photo de BugGuide).

Mâle vu de face. Notez le visage rouge.

Cependant, j’ai noté qu’une des sources consultées spécifiait que les mâles immatures présenteraient des traits et couleurs similaires aux femelles. Pis encore, je me suis rendu compte que les femelles peuvent arborer des taches rouges au bout des ailes. C’est le cas de la femelle que j’ai pris en photo, ce qui me fit vérifier par deux fois si je ne faisais pas plutôt face à un mâle immature! Et, si je puis en ajouter, en vérifiant les photographies disponibles sur BugGuide, j’ai réalisé que les mâles d’apparence plus mature (portant beaucoup de rouge) peuvent également avoir le bout des ailes jaunes.

Femelle vue de face. Notez le visage brun-jaune.

Quel méli-mélo!

Pour s’en sortir, il faut jeter un coup d’œil au bout de l’abdomen des individus. Ce dernier diffère entre les mâles et les femelles : les mâles portent des appendices plus développés. Cela peut servir de repère en cas de doute. Vous en serez avertis!

Appendices au bout de l’abdomen du mâle (gauche) et de la femelle (droite)

Outre cette confusion entre les genres, une autre célithème rencontrée au Québec peut être confondue avec la célithème indienne si l’on regarde trop vite. Il s’agit de la célithème géante (Celithemis eponina), retrouvée tout au sud de la province (voir cette photo soumise par une lectrice lors d’un précédent concours de photo).

Toutefois, la célithème géante possède des ailes nettement plus jaunâtres que celles de la célithème indienne, qui sont transparentes (hormis les tâches qu’elles arborent). Les ailes de la célithème géantes sont également flanquées de bandes brunes qui traversent complètement l’aile, ce qu’on ne remarque pas chez la célithème indienne.

Selon Paulson (2011), l’aire de distribution de la célithème indienne se limiterait à l’extrême sud du Québec. Les renseignements consignés dans l’atlas préliminaire des libellules du Québec (Savard 2011) font part, quant à eux, de mentions allant jusqu’à la hauteur de Trois-Rivières. Cela correspond aux latitudes de mes propres observations qui se situaient sur le territoire de la Station de Biologie des Laurentides, à Saint-Hippolyte, ainsi qu’aux environs du lac des Plages à Lac-des-Plages.

Mâle, vue dorsale

Notre jolie libellule affectionne les herbes et la végétation arbustive de faible hauteur retrouvées aux abords des plans d’eau. Les mâles choisissent un perchoir légèrement plus haut de sorte à surveiller le passage des femelles. Ils s’affairent aussi à survoler sporadiquement leur territoire, incluant les milieux aquatiques adjacents, tantôt pour se nourrir, tantôt pour accueillir une potentielle partenaire.

Quand un mâle trouve sa douce moitié, la copulation se produit en tandem, pendant environ cinq minutes. Le couple demeure en formation pendant la déposition des œufs qui s’ensuit; il arrive plus rarement que la femelle termine ce travail seule. Quelque 700 à 800 œufs sont déposés aux abords d’étangs ou de lacs bordés de végétation aquatique. L’espèce se rencontre aussi le long de rivières à courant lent.

Vue dorsale de la femelle

Les naïades évoluent en milieu aquatique. Elles se retrouveraient en particulier accrochées aux plantes aquatiques vasculaires, où elles attendent le passage d’une proie à croquer. Fidèles à l’ordre des Odonates (libellules et demoiselles), elles constituent de voraces prédateurs et se délectent d’invertébrés aquatiques, de têtards et de petits poissons.

Au Québec, l’émergence de la célithème indienne se produirait vers le mois de juin. Cela nous permettrait d’observer cette flamboyante libellule tout l’été, soit de juin à août!

Pour en savoir plus

Une licorne sous l’eau

Depuis quelques semaines déjà, on voit beaucoup d’arcs-en-ciel dans les fenêtres des voisins, sur des pages Internet et même dans la signature électronique de nos collègues et amis. De surcroît, je viens très récemment de vous entretenir au sujet des invertébrés du pêcheur. Le temps semblait parfaitement bien choisi pour vous introduire à un insecte aquatique muni d’une corne, telle une licorne!

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Qui peut bien posséder une telle corne entre les deux yeux?

Trêve de plaisanteries! De qui s’agit-il, au juste?

Des macromies.

Plus spécifiquement des naïades (stade nymphal aquatique) de ces jolies libellules de la famille Macromiidae.

Les naïades de macromies sont facilement reconnaissables : leur abdomen est relativement large et plat (pas autant cependant que des spécimens du genre Hageniuscette photo), leurs pattes sont longues et elles possèdent une petite corne visible entre les deux yeux – d’où mon introduction sur les arcs-en-ciel et les licornes! Par comparaison, vous verrez quelques autres naïades dans cette chronique antérieure.

Au Québec, nous pouvons rencontrer seulement deux espèces de cette famille : la macromie brune (Didymops transversa) et la macromie noire (Macromia illinoiensis). J’ai fouillé dans mes photos avec l’espoir de pouvoir vous partager des clichés de macromies adultes, mais il semble que je n’aie observé à ce jour que les naïades. Une photographie soumise lors d’un précédent concours DocBébitte (celle-ci) portait néanmoins sur un adulte de ce groupe  – la macromie brune pour être plus précise.

Donc, pas d’adultes pour moi! Qu’à cela ne tienne! J’eus tout de même la chance l’été dernier de capturer (et de relâcher, bien sûr!) trois naïades de taille différente appartenant à cette petite famille!

Les naïades des deux espèces québécoises se distinguent en observant surtout le bout de l’abdomen. Chez la macromie brune (D. transversa), les épines latérales du 9e segment abdominal atteignent ou dépassent l’extrémité de l’épiprocte (la partie pointue centrale située tout au bout de l’abdomen). Chez la macromie noire (M. illinoiensis), les épines latérales du 9e segment n’atteignent pas l’extrémité de l’épiprocte. De plus, la tête de la macromie brune est à peu près aussi longue que large; elle est cependant plus large que longue chez la macromie noire selon Hutchinson et Ménard (2016). Une précision supplémentaire venant de Merritt et Cummins (1996) est d’utiliser la distance entre les deux yeux pour estimer la largeur de la tête.

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Distinction entre la macromie noire (M. illinoiensis) à gauche et la macromie brune (D. transversa) à droite

Bref, ces critères me permirent de vérifier quelles espèces j’avais prises en photo l’été dernier au lac des Plages (à Lac-des-Plages, Québec). À ces cas s’ajoutaient des photos prises alors que je faisais des échantillonnages pour mon doctorat sur la rivière Sainte-Anne, près des cascades à Sainte-Christine-d’Auvergne, ainsi que deux exuvies (peaux de mue) que j’avais collectées sur le territoire de la station de biologie des Laurentides (Saint-Hippolyte) en 2018, aux abords du lac Triton, un petit lac dont le littoral est vaseux.

Partant du fait que j’avais déjà obtenu une identification ferme d’une collègue entomologiste du spécimen collecté en rivière, je m’affairai à identifier les autres individus pris en clichés ou dont j’avais récolté les exuvies. La première naïade confirmée était une macromie noire, laquelle présente des épines latérales qui ne dépassent pas l’extrémité de l’épiprocte (voir photos à l’appui). En y comparant les autres organismes, je déduisis que les individus observés l’an dernier (du moins celui qui était mature) étaient des macromies brunes : les épines latérales se situaient environ à la même hauteur que l’extrémité de l’épiprocte.

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Les deux exuvies (peaux de mue) collectées

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Exuvie vue de plus près; malgré mes doutes, j’opterais pour la macromie brune (voir texte)

Il en serait probablement de même pour mes exuvies. Pourquoi « probablement »? C’est que, alors que l’identification me semblait assez aisée pour les spécimens vivants, je dus jeter plusieurs coups d’œil aux exuvies pour m’assurer de leur identité. L’une d’entre elles arborait des épines qui ne dépassaient pas clairement l’épiprocte, mais la largeur de la tête demeurait relativement petite. Il faut dire que mes exuvies étaient entortillées dans des fils d’araignée et que leur état n’était pas parfait!

En épluchant la littérature, je notai plusieurs disparités entre les sources consultées pour ce qui est de l’habitat de prédilection de chaque espèce. La plus ancienne source (Ministère du tourisme, 1963) parle de rivages rocheux ou caillouteux pour les deux espèces. En revanche, Merritt et Cummins (1996) de même que Thorp et Covich (2001) suggèrent qu’on retrouverait nos deux macromies dans les zones de déposition en rivières ou encore dans le substrat plutôt fin en bordure de lacs, là où l’effet des vagues peut se faire sentir. Paulson (2011), de son côté, fait une distinction entre les deux espèces : la macromie brune serait retrouvée davantage dans les ruisseaux et rivières sablonneuses et nettement moins dans les grands lacs, alors que la macromie noire affectionnerait les grands cours d’eau à courant variable, de même que les lacs parsemant la limite nord de son aire de répartition (équivaudrait approximativement aux Laurentides ici au Québec).

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Substrat dans lequel j’ai capturé les naïades de macromies brunes à l’été 2019

Pour ma part, les trois individus capturés en lac l’été dernier (dont le spécimen le plus mature était une macromie brune) étaient tous situés dans une zone sablonneuse et légèrement vaseuse, également caractérisée par la présence de débris végétaux (photo à l’appui!). Toutes les captures ont été faites à une profondeur de 1 à 1,5 mètre. Les exuvies, quant à elles, étaient en bordure d’un petit lac vaseux. Pour ce qui est de l’individu collecté en rivière lors de mes études (identifié comme étant une macromie noire), il fut capturé dans une zone de galets le long d’un tronçon de rivière à courant plutôt fort. Cela cadre plus ou moins avec les sources consultées. Intrigant, n’est-ce pas?

Pour ce qui est de l’aire plus générale de répartition, l’atlas préliminaire des libellules du Québec (Savard 2011) précise que les deux espèces sont très abondantes dans le sud-ouest du Québec, jusqu’à la hauteur approximative du lac Saint-Pierre. Elles ont également été observées dans la région de Québec et du Saguenay-Lac-Saint-Jean. La macromie brune, quant à elle, a aussi été retrouvée plus à l’est, dans les régions de Rimouski et de Baie-Comeau.

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Les trois spécimens récoltés en 2019: en ordre décroissant de taille et de maturité de gauche à droite; l’identification n’est possible que sur l’individu le plus mature – une macromie brune (D. transversa)

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Macromie noire (M. illinoiensis)

J’ai dernièrement écrit au sujet d’invertébrés de lacs qui servaient d’inspiration aux pêcheurs. Dans les ouvrages que j’ai entre les mains, je n’ai rien trouvé de spécifique quant à la prédation de poissons sur les naïades de macromiidae. Comme celles-ci ont un cycle de vie sous l’eau qui peut s’étaler de 2 à 4 ans selon Thorp et Covich (2001), il est bien possible qu’elles se retrouvent sur le menu de divers poissons benthivores (qui se nourrissent d’invertébrés aquatiques fouissant sous le substrat fin ou plus grossier des lacs et des rivières).

Je serais curieuse d’en savoir plus sur le sujet si certains d’entre vous ont fait de telles observations! Nos licornes aquatiques pourraient-elles avoir un leurre à leur effigie? Qui sait, elles pourraient peut-être même permettre d’hameçonner une truite arc-en-ciel!

Vidéo 1. Naïade de macromie observée au lac des plages (Lac-des-Plages, Québec), à l’été 2019.

Pour en savoir plus

  • BugGuide. Family Macromiidae – Cruisers. https://bugguide.net/node/view/301 (page consultée le 25 avril 2020).
  • Entomofaune. Les libellules du Québec. http://entomofaune.qc.ca/entomofaune/odonates/Liste_especes.html (page consultée le 25 avril 2020).
  • Hutchinson, R. et B. Ménard. 2016. Naïades et exuvies des libellules du Québec: clé de détermination des genres. 71 pages.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Ministère du tourisme, de la chasse et de la pêche. 1963. Les libellules du Québec. 223 p.
  • Paulson, D. 2011. Dragonflies and damselflies of the East. 538 p.
  • Savard, M. 2011. Atlas préliminaire des libellules du Québec (Odonata). 53 p.
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.