Les sapins en perdent la tête : tordeuse des bourgeons de l’épinette!

Au début du mois de juillet dernier, j’ai fait une petite escapade au parc de la Gaspésie.

Aussitôt entrés dans le parc, nous remarquâmes la vaste quantité de conifères de couleur rouille, comme s’ils avaient tous été brûlés.

À des lieues à la ronde, on ne voyait que du brun orangé. Ma première réflexion : un mois de juin très chaud et sec qui aurait sans doute affecté la croissance de ces arbres?

Ce n’est que plus tard que je découvris le pot aux roses.

Ma première observation: petite chenille inoffensive au bout de son fil…

Une fois confortablement installés, le soir de notre arrivée, je fis une tournée de notre petit coin de camping. Un des tout premiers insectes que je pris en photo était une drôle de chenille, pas si grosse, qui me pendait au bout du nez. À ce moment, je n’avais pas encore pensé regarder vers le haut. Sinon j’aurais eu toute une surprise. Mais le soir approchait et je rebroussai chemin.

Le lendemain allait être plus propice à la découverte des lieux de toute façon!

C’est en effet le lendemain, en arpentant le sentier bien connu conduisant au lac aux Américains, que je réalisai l’ampleur du désastre. Les mêmes chenilles nous pendaient partout au visage. Les résineux en étaient infestés.

De qui s’agissait-il?

De la fameuse tordeuse des bourgeons de l’épinette (Choristoneura fumiferana), un lépidoptère de la famille Tortricidae.

Et elle était la cause de notre observation initiale : des résineux desséchés… car largement dévorés. Partout. Toutes les montagnes. Des kilomètres à la ronde!

Conifères défoliés et brunâtres: c’est l’œuvre de la tordeuse des bourgeons de l’épinette!

Plus précisément, les pointes des conifères étaient mangées, mais aussi emberlificotées dans des fils de soie – des tonnes – tissés par les chenilles.

En dépit de son nom, la tordeuse des bourgeons de l’épinette a un faible plus prononcé pour le sapin baumier. Selon le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), cela serait attribuable à un développement de la tordeuse mieux synchronisé avec le celui des nouvelles pousses de sapins. Néanmoins, la chenille est susceptible de se nourrir des pousses d’épinettes blanches et, dans une moindre mesure, d’épinettes rouges et noires. En période épidémique, elle peut même s’attaquer à d’autres essences résineuses.

La chenille est brune ou verdâtre tachetée de blanc ou blanc crème. Sa tête est noire ou brune. Les chenilles matures atteignent 25 mm.

La tordeuse des bourgeons de l’épinette

Celles aperçues au début du mois de juillet en étaient vraisemblablement à leur dernier stade larvaire – qui s’observe généralement vers la fin juin. Elles dévorent les nouvelles pousses des conifères, confortablement installées dans l’abri qu’elles tissent et qui se compose également de leurs déjections, de débris et d’aiguilles.

J’ai remarqué qu’elles se déplaçaient légèrement hors de ces abris, mais s’y réfugiaient rapidement dès qu’un peu dérangées – dans ce cas-ci, par mon copain et moi qui tentions de les photographier de près. De plus, j’ai observé qu’elles étaient nombreuses à sortir de leur cachette pour se laisser glisser plus bas, au bout de leur fil, sur le plant qu’elles occupaient, sans doute à la recherche de pousses fraîches à croquer. Selon les sources consultées, elles peuvent aussi, de cette façon, se laisser porter par le vent vers de nouvelles aires d’alimentation. Ce qui devait être une mission quasi impossible étant donné l’infestation démesurée qui se présentait sous nos yeux. Il ne restait pas de pousses intouchées!

Il faut ajouter que, plutôt que de se retrouver sur de nouvelles pousses, elles se retrouvaient souvent en plein dans notre figure… et celle des autres randonneurs. Il fallait garder la bouche bien fermée!

Tordeuse dans l’abri qu’elle a tissé. Il se compose aussi d’aiguilles et de déjections.

Au moment de notre passage, quelques chrysalides étaient déjà visibles. C’est après 10 à 14 jours qu’en émergent les adultes, de petits papillons tachetés d’une vingtaine de millimètres d’envergure. Ceux-ci ne se nourrissent point et vaquent plutôt à chercher un partenaire pour se reproduire. On peut les observer en vol au Québec de la mi-juillet à la fin août. Ils peuvent notamment être attirés aux pièges lumineux.

Les chrysalides étaient également nombreuses

Les femelles fécondées pondent quelque 200 œufs, déposés en petites masses de 10 à 50 unités (varie selon les sources consultées) sur la face intérieure des aiguilles des conifères. Les chenilles qui en émergent s’affairent rapidement à préparer un abri qui leur permettra de survivre aux rigueurs de l’hiver. Ce dernier, construit dans les crevasses des écorces, les lichens ou tout autre substrat convenable, se nomme hibernaculum. Elles y passeront leur second stade larvaire.

Le printemps venu, les jeunes chenilles grimpent jusqu’à l’extrémité des branches pour se nourrir d’abord de pollen, jusqu’à ce que les bourgeons s’ouvrent. Pendant cette période, elles peuvent également se nourrir des aiguilles des années précédentes ou encore des cônes.

L’espèce est indigène au Québec. Commune, elle présente des pics d’abondance cycliques. Les « épidémies » se produisent tous les 29-30 ans, environ. Selon le site du MFFP, les épidémies précédentes auraient été recensées pour les années 1909, 1938, 1967 et 1992. Si l’on additionne environ 30 ans, on peut conclure que 2020 est près de l’intervalle où la probabilité d’une épidémie est élevée. Ressources Naturelles Canada (Gouvernement du Canada 2020) écrivait qu’en 2019, plus de 9,6 millions d’hectares forestiers avaient subi une défoliation jugée de modérée à sévère, suggérant un certain degré d’infestation dans les années récentes.

Comme vous pouvez vous en douter, la tordeuse des bourgeons de l’épinette, aussi nommée « TBE », est susceptible de causer bien des dommages aux peuplements forestiers. Elle est considérée comme une peste, causant la perte d’importantes ressources ligneuses. Pis encore, Leboeuf et Le Tirant (2018) indiquent qu’il s’agirait du pire fléau des forêts dans l’est du pays!

Cela fait d’elle un insecte attentivement étudié : elle est l’objet de suivis à l’échelle de la province. Ainsi, un système de détection s’appuyant sur un réseau de stations permanentes a été élaboré pour suivre son développement et sa distribution. De même, des activités de prévention et des actions visant une lutte directe ont été élaborées et peuvent être utilisées au besoin.

À cela s’ajoute la prédation. Au moment de nos observations, nous avons pris en photo plusieurs oiseaux qui se gavaient tantôt des chenilles, tantôt des chrysalides. Lesdites photos ne constituent pas des chefs-d’œuvre, mais je les ai néanmoins intégrées à la présente chronique (voir la galerie photo ci-dessous). En particulier, on y voit un merle d’Amérique avec une chrysalide au bec (notez qu’il y a une autre chrysalide qui pend au-dessus de la tête de ce dernier), ainsi qu’un junco ardoisé dont le bec est chargé de chenilles. Malheureusement, ces prédateurs ne sont pas suffisants pour réduire significativement les populations épidémiques, mais il n’en demeure pas moins qu’ils profitent de cette manne… ou de ces lépidoptères, si vous préférez!

Ce spécimen était parasité (notez le petit œuf ovale au milieu de l’abdomen)

Autre fait intéressant : la TBE serait victime d’une guêpe parasitoïde de la famille des Ichneumonidae : Glypta fumiferanae. Cela répond à l’une de mes interrogations : sur la toute première photo que j’ai prise, je notais la présence d’un œuf ovale et blanc en plein centre de « ma » chenille. Visiblement, elle était parasitée, mais par qui? Voilà maintenant chose connue!

Pour terminer, pourquoi parler de tordeuse des bourgeons de l’épinette si cette dernière préfère les sapins? Il semble que cela remonte aux premières activités d’exploitation forestière qui s’intéressaient davantage aux épinettes : on ne remarquait alors pas que la tordeuse faisait aussi – et encore davantage – perdre la tête aux pousses de sapins!

Galerie photo

Autre tordeuse dans son abri
Dommages causés par la tordeuse
Junco ardoisé, le bec remplit de chenilles
Merle d’Amérique se gavant de chrysalides

Pour en savoir plus

Des éponges dans les arbres?

En juillet 2019, je publiais une chronique au sujet d’une remarquable chenille – celle du bombyx disparate –, aussi appelée spongieuse (Lymantria dispar). On en apercevait alors passablement.

Femelle du bombyx disparate

Au début de l’été 2020, je remarquai qu’il y avait énormément de feuilles d’arbres et d’arbustes dévorées par ces chenilles. Et ce, peu importe où je me baladais dans la grande région de Québec.

Elles étaient partout! Et encore plus nombreuses que l’année précédente!

En avez-vous observé dans votre région?

Les chenilles de la spongieuse sont particulièrement grosses, avec leurs six centimètres de long. À l’instar de ces dernières, l’adulte est de grosseur appréciable : les mâles font 45 mm, alors que les femelles atteignent 64 mm.

Quand je vous avais écrit sur le sujet, je n’avais aucune photo d’adultes en ma possession. C’est maintenant chose faite! La forte abondance de chenilles ce printemps laissait présager une année riche en adultes. Justement, je pus en observer partout… et prendre plusieurs clichés! Accompagnée de mon copain, qui possède un meilleur appareil photo que moi, nous avons capturé mâles et femelles en action.

Mâle du bombyx disparate

Dans ma précédente chronique, j’indiquais que la femelle est trop lourde pour le vol et qu’elle attend patiemment l’arrivée de son prince charmant. Je n’aurais pas pu aussi bien le dire!

En regardant de plus près une photo que je préparais pour diffuser dans la présente chronique, je notai quelque chose que nous n’avions pas vu à l’œil nu au moment de la capture. Nous pensions prendre des photos uniquement de mâles un peu énervés à voleter et gigoter. Or, dans une petite cavité sous les mâles déchaînés se cachait… une belle femelle! Voilà qui explique le comportement des mâles, tous excités de se rendre au chevet de leur belle aux bois dormants!

Coucou! Dans la cavité (environ au centre de la photo) se cachait une femelle! C’est sa tête que l’on voit.

Malgré le fait que nous avons complètement loupé cette femelle, nous avons été chanceux un peu plus loin, au courant de la même balade. Sur un arbre étaient agrippées deux femelles bien dodues! Je compris pourquoi l’on mentionnait dans les bouquins qu’elles sont trop lourdes pour voler. Leur abdomen était énorme! Il faut croire que les mâles du bombyx disparate apprécient les femelles aux courbes voluptueuses!

Alors que nous prenions ces jolies dames en photo tels des paparazzis devant une vedette, l’une d’entre elles tomba au sol et se mit à battre frénétiquement des ailes tout en se dirigeant à nouveau vers l’arbre, qu’elle comptait escalader. J’en profitai pour la prendre quelques instants dans ma main. Je sentais ses griffes bien aiguisées pénétrer ma peau. Visiblement, elles étaient faites pour bien se tenir à toute paroi verticale!

De petites éponges? Non, des œufs de spongieuse!

Qu’elle ne fut pas ma chance, une semaine plus tard et dans un autre secteur de la ville, d’observer des dizaines de femelles affairées à pondre leurs œufs le long de gros arbres. Les masses d’œufs étaient recouvertes des poils des femelles, mais on pouvait néanmoins deviner plusieurs d’entre eux au travers de ce tapis protecteur. Il y en avait tant qu’on aurait dit que les arbres étaient couverts de petites éponges. C’est d’ailleurs l’allure de ces masses d’œufs qui est à l’origine du nom commun « spongieuse » donné à l’espèce.

Une autre semaine passa, puis je retournai sur les lieux de cette dernière observation pour découvrir que la quasi-totalité des femelles avait accompli la tâche de donner naissance à la prochaine génération. Épuisées, elles s’étaient laissées choir au sol pour y mourir. Comme j’ai une collection d’invertébrés basée sur des organismes que je trouve déjà morts, je me suis payé la traite et j’ai récolté quelques spécimens!

Bref, j’eus droit à une tonne d’observations couvrant la totalité du cycle de vie du bombyx disparate cet été! Une fascinante expérience!

Au Québec, il est possible d’observer les adultes de la mi-juillet jusqu’au début du mois de septembre. Les chenilles, elles, ont normalement complété leur transformation à la fin du mois de juillet. On ne devrait plus en voir. Quant aux chenilles de l’an prochain, elles demeureront bien au chaud dans leurs œufs tout l’hiver durant. Ce n’est donc qu’au printemps 2021 que l’on pourra constater si la vaste quantité d’œufs pondue produit une autre année record.

Pour plus d’information sur cette espèce, je vous invite à jeter un coup d’œil à ma précédente chronique sur le sujet.

Pour terminer, je serais curieuse de vous entendre sur vos observations – adultes ou chenilles – pour cette année, selon le secteur que vous habitez.

Avez-vous également noté cette forte abondance? Ou encore observé des arbres enduits de petites éponges? Vous saurez maintenant qu’il s’agit d’œufs de la spongieuse!

Galerie photo

L’abdomen des femelles est si énorme qu’elles ne peuvent voler!
Autre vue sur une femelle
Une femelle spongieuse qui se balade sur DocBébitte!
On voit les poils laissés sur ces masses d’œufs
Les masses d’œufs peuvent atteindre une taille impressionnante!
Les œufs sont parfois visibles au travers des poils
Cette chrysalide près des femelles pondeuses ne s’était pas encore métamorphosée
Une fois le travail ardu complété, les femelles sont décédées

Pour en savoir plus

  • Bartlett Wright, A. 1993. Peterson First Guide to Caterpillars of North America. 128 p.
  • Bug Guide. Species Lymantria Dispar – Gypsy Moth – Hodges#8318. https://bugguide.net/node/view/8780
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Hébert, C., Comptois, B. et L, Morneau. 2017. Insectes des arbres du Québec. 299 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

La chenille gastronome

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La superbe chenille du papillon du céleri

L’été dernier, vous êtes plusieurs à avoir observé une jolie chenille arborant le vert, le jaune et le noir dans vos potagers. Cet arthropode gastronome s’en prenait notamment à vos plants de persil, carottes, céleri et fenouil. De qui s’agissait-il?

Plus particulièrement, lors de la dernière publication, je vous affichais l’arrière-train de cette chenille, dont le motif me faisait penser à un « Monsieur Baboune ». Il s’agissait en fait de la chenille du papillon du céleri, Papilio polyxenes.

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Stade plus jeune, plus petit et fort différent

Comme certains d’entre vous, j’eus la chance d’observer et de photographier des chenilles de cette espèce plutôt abondante à l’été 2019. Les deux spécimens que je pus suivre de près avaient choisi de s’attaquer à un plant de persil appartenant à ma mère.

En bonne entomologiste amateur, c’est en arpentant les plates-bandes de ma mère à l’affut de toute bête digne d’intérêt que je découvris deux jeunes chenilles sur son persil, lesquelles ne ressemblaient pas à ce que je connaissais du papillon du céleri. En effet, les chenilles de cette espèce changent d’allure au fur et à mesure qu’elles croissent. Les jeunes individus observés étaient munis d’épines et imitaient des fientes d’oiseaux (corps plutôt sombre ponctué en son centre d’une tache blanche). Une robe très différente de la chenille plus mature qui est lisse et bariolée de vert pâle (parfois pratiquement blanc), jaune et noir!

Fait intéressant, je pus observer l’évolution des deux spécimens à ma portée sur près de deux semaines. Les deux petites chenilles du départ étaient nettement plus grosses par la suite. Il faut dire que la chenille mature peut atteindre 5 cm. J’eus aussi la chance d’assister à la mue d’un des individus; la vidéo de cette intrigante métamorphose est présentée en fin de chronique.

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Chenille qui vient de muer; sa vieille peau repose à ses côtés

Si la chenille du papillon du céleri est facilement rencontrée, c’est que cette espèce favorise les habitats ouverts comme les prés, les champs cultivés et les jardins en milieu urbain. Une autre raison est qu’elle se retrouve souvent à grignoter des plantes que nous mangeons nous-mêmes. Comme mentionné en début de chronique, l’espèce se nourrit de plusieurs herbes et légumes du jardin comme le céleri, les carottes et autres membres de la famille Apiaceae (fenouil, aneth, coriandre, panais, etc.) et de la famille Rutaceae (qui comprend les agrumes).

Malgré son comportement alimentaire, la chenille n’est pas nécessairement considérée comme une peste. Selon Wagner (2005), les femelles auraient l’habitude de ne pondre que quelques œufs par plante, évitant ainsi les grosses colonies comme celles formées par les chenilles à tentes (dont la livrée des forêts). Par contre, je lis dans Handfield (2011) que, au contraire, les papillons peuvent être observés en grand nombre là où les plantes-hôtes sont retrouvées en abondance. Dans ces lieux, les chenilles deviendraient davantage des pestes potentielles.

La chenille du papillon du céleri peut être confondue avec celle du papillon queue-courte (Papilio brevicauda). Néanmoins, Leboeuf et Le Tirant (2012) précisent que la chenille du papillon queue-courte est plus verte et arbore une suite de points noirs plutôt que de rayures. Par ailleurs, les aires de répartition des deux espèces se recoupent peu, hormis certains secteurs de chevauchement au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

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Chenille qui commence à déployer son osmeterium

Dans les quelques jours qui suivirent mes propres observations, j’espérais que ma mère aurait l’occasion de voir les chenilles former des chrysalides et, qui sait, se transformer en papillon. Malheureusement, au bout de quelques jours, lesdites chenilles disparurent. Je me suis d’abord demandé si elles s’étaient fait dévorer. Cela est possible, puisque plusieurs prédateurs sont susceptibles de se délecter des chenilles, bien que celles-ci aient un moyen de défense en réserve : lorsque la chenille est perturbée, elle réagit en gonflant un organe orange en forme de fourche sur sa tête. Cet organe, qui se nomme osmeterium, dégage une odeur nauséabonde qui est désagréable – mais pas entièrement dissuasive – pour les prédateurs.

Toutefois, en me documentant aux fins de la présente chronique, j’ai lu que les chenilles peuvent s’immobiliser non seulement sur une tige rigide, mais aussi sur une roche pour passer à la métamorphose en chrysalide. Peut-être que les chenilles se seront déplacées d’elles-mêmes pour trouver un support différent, plutôt que de s’être retrouvées dans la panse d’un prédateur quelconque?

Le stade de chrysalide dure de neuf à quinze jours. Les rejetons issus de la seconde génération d’adultes passeront l’hiver sous forme de chrysalide. Il faut dire que le papillon du céleri présente deux générations à nos latitudes : la première vole de la mi-mai au début juillet, alors que la seconde vole de la mi-juillet au début du mois de septembre.

Les sources consultées suggèrent également que l’abondance du papillon du céleri est cyclique. Comme il semble avoir été observé par plusieurs entomologistes en herbe à l’été 2019, il est fort à parier que cette dernière année a été favorable pour cette espèce. Reste à voir si elle pointera à nouveau le bout du nez pour 2020!

Vidéo 1. Chenille du papillon du céleri (Papilio polyxenes) que j’ai eu la chance de filmer alors qu’elle muait. Elle laisse sa « vieille » peau derrière elle. On remarque même la capsule céphalique (tête) de la mue qui reste coincée quelques instants dans le visage de la « nouvelle » chenille toute fraîche. Fascinant, n’est-ce pas?

Galerie photo – quelques photos supplémentaires pour le plaisir des yeux!

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Autre vue sur la chenille mature

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La chenille à ses premiers stades

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Chenille immobile sur le point de muer

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Autre vue de la chenille après la mue

Pour en savoir plus

Une chenille loin d’être disparate!

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La chenille du bombyx disparate (Lymantria dispar)

Vous avais-je déjà dit que j’aime les chenilles? Ces sympathiques bêtes rampantes se laissent généralement observer et manipuler à souhait; elles s’avèrent de bons modèles pour une photographe amateure d’insectes comme moi!

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Elle ressemble à un cactus!

Leur robe porte également des couleurs souvent variées et est ornée, à l’occasion, de poils et d’épines impressionnantes. C’est le cas de l’insecte mis en vedette cette semaine : la chenille du bombyx disparate (Lymantria dispar). Aussi appelée spongieuse, cette chenille arbore une tête bigarrée et un corps grisâtre surmonté d’excroissances bleues et rouges, lesquelles possèdent des épines d’allure peu invitantes. Les premiers stades ne présentent pas ces caractéristiques, mais on peut reconnaître néanmoins l’espèce à la présence de protubérances ressemblant à des verrues sur chaque côté du premier segment thoracique (immédiatement derrière la tête).

Les poils qui caractérisent notre jolie chenille possèdent des propriétés urticantes. J’en ai parlé dans cette précédente chronique. Pour ma part, j’ai manipulé un grand nombre d’individus et je n’ai pas démontré de réaction. Malgré tout, je vous conseillerais de les manipuler avec soin; certaines personnes s’avèrent plus sensibles que d’autres!

La chenille de la spongieuse peut mesurer quelque six centimètres de long. Il s’agit d’une chenille de taille fort appréciable! Cela dit, notre arthropode ne fait pas la fine bouche et son menu comporterait plus de 500 espèces végétales. Selon Hébert et al. (2017), elle démontrerait tout de même un petit faible pour les feuilles des chênes et des peupliers. Vorace, comme toute chenille digne de ce nom, elle est susceptible de générer d’importants dommages. Elle est d’ailleurs considérée comme une peste notoire.

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Les poils de cette chenille peuvent être urticants

Lorsque la chenille se métamorphose en papillon, la femelle, plus pâle (cette photo tirée de Bug Guide), est trop lourde pour prendre son envol. Elle doit donc attendre l’arrivée de son prince charmant, un mâle plus petit et vêtu d’une robe plus sombre parcourue de lignes ondulées (ce cliché). Une fois la copulation achevée, la femelle dépose ses œufs sur le tronc d’un arbre ou tout autre support à sa disposition (branches jonchant le sol, par exemple). Elle recouvre sa masse d’œufs des poils de son abdomen, ce qui lui donne l’apparence d’une sorte d’éponge… qui est à l’origine du nom commun de cette espèce « la spongieuse »! Les rejetons demeureront bien confortables dans l’œuf pour traverser les rigueurs de l’hiver. Ce n’est qu’une fois le printemps venu que l’éclosion se produit.

Le bombyx disparate aurait été introduit en Amérique du Nord près de Boston entre 1868 et 1869. C’est un naturaliste français qui en serait responsable; ce dernier cherchait à croiser ce bombyx avec le ver à soie et élever les chenilles afin de produire de la soie. Malheureusement, des individus s’échappèrent et surent s’adapter à l’environnement nord-américain. L’aire de distribution de notre lépidoptère s’est ensuite progressivement étendue autour de Boston, vers les états américains voisins de l’est et du nord, de même qu’au Canada. On retrouve maintenant cette espèce dans tout le nord-est de l’Amérique du Nord.

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C’est la deuxième fois que je recueille une chenille parasitée

Différentes tactiques furent tentées pour mieux contrôler cette peste. Entre autres, une mouche parasitoïde de la famille Tachinidae (Compsilura concinnata) fut introduite aux fins de lutte biologique. Malheureusement, ce diptère démontra également une préférence pour d’autres papillons, dont certains sont indigènes à l’Amérique du Nord.

Concernant les parasites, j’avais déjà capturé un spécimen moribond que j’avais oublié dans un pilulier. Lorsque fut venu le temps d’examiner ma capture, il y avait plus qu’une chenille dans le contenant : deux cocons étaient apparus… comme par magie! J’en parle dans cette chronique. Fait intéressant, j’ai récidivé la semaine dernière en ramassant une chenille d’apparence morte… pour la trouver quelques heures plus tard à nouveau accompagnée d’un cocon orangé. S’agissait-il de notre diptère parasitoïde? Je ne le saurai point, puisqu’aucun insecte n’émergea des cocons formés!

Vidéo 1. Oui, ça chatouille! Certaines personnes réagissent aux poils urticants de cette chenille. Ça ne semble pas être mon cas jusqu’à maintenant.

Galerie photo

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La capsule céphalique est bigarrée

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La chenille mature atteint une taille approchant les 6 cm

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Cocon du parasitoïde (non identifié)

Pour en savoir plus

  • Bartlett Wright, A. 1993. Peterson First Guide to Caterpillars of North America. 128 p.
  • Bug Guide. Species Lymantria Dispar – Gypsy Moth – Hodges#8318. https://bugguide.net/node/view/8780
  • Bug Guide. Species Compsilura concinnata.
  • https://bugguide.net/node/view/265766
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Hébert, C., Comptois, B. et L, Morneau. 2017. Insectes des arbres du Québec. 299 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

DocBébitte en bref : petit bonus sur « Sa Majesté le papillon! »

Dans la chronique de la semaine dernière, il y avait tellement de choses à raconter sur le joli papillon monarque que j’étais loin d’avoir épuisé le sujet.

Parmi les apprentissages sympathiques que j’ai effectués, il en restait un que je voulais partager avec vous.

Savez-vous d’où vient l’appellation « monarque »?

Selon les sources consultées, il semble que le nom prend son origine auprès des premiers colons européens qui ont peuplé le Canada et les États-Unis. Ces derniers – constitués de bon nombre de protestants fuyant la persécution en Europe – auraient été émerveillés par le majestueux et flamboyant monarque vêtu d’orange et de noir… Et l’auraient nommé après un prince de Hollande bien connu de l’époque, qui devint plus tard roi d’Angleterre, Guillaume d’Orange.

Il semble donc après tout que le nom « monarque » ait bien une origine royale! Ce qui sied tout à fait à notre plus gros papillon diurne, maître des migrations!

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Le monarque a un nom qui lui sied bien!

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Danaus plexippus – Monarch – Hodges#4614. https://bugguide.net/node/view/540
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.
  • Schappert, P. 2004. The Last Monarch Butterfly. 113 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
  • Wikipédia. Monarque (papillon). https://fr.wikipedia.org/wiki/Monarque_(papillon)