Sa majesté le papillon!

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Monarque femelle

Avec le retour du printemps et la fonte imminente des montagnes de neige qui jonchent le paysage se pointeront sous peu le bout du nez les premiers insectes de l’année!

Parmi les arthropodes qui ont fui l’hiver vers des contrées plus hospitalières, on retrouve le très populaire papillon monarque (Danaus plexippus). Ses exploits migratoires mais aussi les fluctuations de ses populations des dernières années ont fait couler beaucoup d’encre. Je vous invite à découvrir leur fascinant univers.

La jeune chenille du monarque amorce son parcours sur un plan d’asclépiade, là où sa mère a intentionnellement déposé son œuf (cette dernière ne déposerait typiquement qu’un œuf par plant afin d’éviter la compétition). Se nourrissant des feuilles de cette plante, la chenille grossit exponentiellement : selon la température, elle peut prendre en 10 à 14 jours plus de 3 000 fois son poids d’origine! Les fluides de l’asclépiade sont toxiques, mais la chenille parvient à les ingérer sans séquelles. Mieux encore, elle synthétise les toxines (des cardénolides) pour elle-même devenir incomestible, caractéristique qui perdure à l’âge adulte.

La très jeune chenille qui sort de l’œuf porte une robe uniforme qui ne tarde pas, dès la première mue, à arborer plus ou moins franchement les lignes jaunes, blanches et noires caractéristiques des plus gros individus que nous sommes habitués à rencontrer. Les filaments noirs situés sur le 2e segment thoracique et le 8e segment abdominal se font également de plus en plus présents d’une mue à l’autre. Aucune autre chenille du Québec ne combine ces couleurs et appendices de la sorte. Selon les sources consultées, ces étranges tentacules serviraient à confondre les prédateurs. La larve peut, d’une part, les agiter lorsque perturbée, ce qui peut surprendre. D’autre part, ils rendent difficile la distinction entre la tête et l’arrière-train.

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La jolie chenille du monarque

La chenille du papillon du céleri (cette photographie) et quelques espèces apparentées ornent des couleurs semblables, mais ne devraient pas être confondues si l’on prend le temps de bien les regarder. Ces dernières agencent le noir, jaune et blanchâtre (ou verdâtre) différemment et plusieurs individus sont nettement plus verdâtres que la chenille du monarque. Plus précisément, le jaune et le noir se relaient sur une même ligne, laquelle est suivie d’une ligne pleine blanchâtre ou verdâtre. En revanche, la chenille du monarque ressemble plutôt à un prisonnier, chaque ligne qui fait le tour de l’abdomen possédant une couleur unique.

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Vue dorsale de la chenille

Au moment de former sa chrysalide, la chenille s’accroche à un support adéquat (souvent une branche) par ses fausses pattes arrière et prend la position d’un « J ». Après quelques temps passés tête vers le bas, elle mue et laisse place à une chrysalide d’un vert vif orné de quelques touches de doré et de noir. Neuf à quinze jours plus tard, la chrysalide a pris une teinte plus sombre, puis l’adulte émerge.

Tout comme les chenilles, les adultes sont faciles à reconnaître. Il s’agit de gros individus (8,6 à 10 cm d’envergure d’ailes) d’un orange vif découpé par des lignes noires; la marge des ailes est aussi ornée de points blancs. Le vice-roi (Limenitis archippus) est l’espèce qui lui ressemble le plus, mais ce dernier possède une ligne courbe transversale qui coupe les nervures des ailes postérieures (voir cette comparaison sur BugGuide). Il est également plus petit que le monarque. Il en est de même pour d’autres espèces québécoises qui portent fièrement l’orange et le noir (ou brun foncé) : ils sont tous nettement plus petits et les motifs qu’ils arborent sont différents. Pensons entre autres au papillon Belle-dame (Vanessa cardui) et au Vulcain (Vanessa atalanta).

On peut facilement discriminer le mâle monarque de la femelle : le mâle porte des taches sur ses ailes inférieures qui dégagent des phéromones; les femelles n’en possèdent pas! Cela dit, malgré la capacité des mâles à envoûter leurs conquêtes par de doux parfums, il semble que ces derniers soient plutôt agressifs et laissent peu de chances aux femelles de faire leur choix. Messieurs monarques se jetteraient sur tout ce qui pourrait s’avérer être une partenaire potentielle. Dans cet empressement, ils ne se rendraient même pas compte que leur « belle » est en fait un autre mâle. Les identités confondues constituent donc un fait fréquemment observé chez cette espèce!

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Comparaison entre la femelle (haut) et le mâle (bas); la flèche indique la tache spécifique au mâle

Bien que le monarque soit le plus gros papillon diurne rencontré au Québec, ce sont principalement ses exploits migrateurs qui font sa renommée. Chaque hiver, tous les monarques de l’Amérique du Nord se rejoignent sur quelques sites d’hibernation concentrés dans le centre du Mexique (les sources consultées parlent aussi d’une population de la côte ouest américaine qui se réfugie en Californie). Ils y passent 4 à 5 mois. Vers la fin février et le début mars, les vastes colonies se disloquent peu à peu; les individus reprennent leurs énergies en se nourrissant de nectar des plantes ambiantes et achèvent leur maturation sexuelle mise en pause pendant les mois d’hiver. C’est à ce moment que la reproduction pour la nouvelle génération de l’année a lieu.

Une fois fécondées (si le mâle ne s’est pas trompé!), les femelles prennent le chemin du nord, dans le but de trouver des talles inutilisées d’asclépiades. Une nouvelle génération prendra vie dans les environs du Texas, pour remonter progressivement jusqu’à nos latitudes. Selon Leboeuf et Le Tirant (2012), c’est vers la troisième semaine de mai que l’on peut apercevoir, au Québec, les premiers monarques venus du sud. Cette génération pourra être observée jusqu’au début du mois de juillet. Les rejetons associés deviendront des adultes entre la troisième semaine de juillet et la mi-octobre. C’est donc dire qu’entre mai et octobre, nous avons le loisir de rencontrer ce charmant arthropode! D’ailleurs, les adultes font moins la fine bouche que les chenilles et se délectent du nectar d’une vaste palette de fleurs… ce qui les amène dans nos plates-bandes à notre grand plaisir!

L’automne venu, les adultes nés sous nos latitudes reprennent le chemin du sud – une destination où ils ne sont jamais allés! Ils effectueront quelque 4 000 à 5 000 kilomètres de vol pour se rendre à leur site d’hibernation.

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Monarque mâle

Tant la migration vers le nord que celle vers le sud sont truffées de menaces qui peuvent faire fluctuer les populations globales de monarques. Si vous suivez l’actualité, vous aurez entendu maintes préoccupations au courant des dernières années à l’égard des populations de monarques qui seraient, selon plusieurs sources, en danger. Or, ce débat ne fait pas consensus au sein de la communauté entomologique. Qu’en est-il?

Loin de moi est l’intention d’amorcer un débat. Je vais donc me concentrer sur les données que j’ai retrouvées dans les différents documents consultés. Tout d’abord, parlons des menaces! Le fait que de vastes populations de papillons se rassemblent dans un nombre restreint de lieux d’hibernation est considéré comme un risque important. C’est comme si tous les œufs étaient déposés dans le même panier! Ces sites ne sont pas à l’abri des aléas climatiques : un gel important pourrait décimer les populations de papillons, par exemple. De même, la destruction ou la détérioration de la qualité de l’habitat sont aussi source d’inquiétude et sont vivement gardées à l’œil. À cet effet, depuis 2008, la réserve de biosphère du papillon monarque du Mexique est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Selon Schappert (2004), il ne faut cependant pas considérer que les menaces qui pèsent sur les sites d’hibernation. Ce dernier cite une vaste palette de menaces qui attendent les monarques tout au long de leur parcours : détérioration et fragmentation des habitats, emploi de pesticides et d’herbicides, aléas climatiques, espèces envahissantes, parasites et prédation (oui, oui : malgré les toxines, certains prédateurs ont développé des stratégies permettant de se nourrir des monarques!).

Certaines de ces menaces ont des effets mitigés. Par exemple, la fragmentation de l’habitat et la déforestation peuvent, dans certaines circonstances, favoriser les plantes d’habitats ouverts… comme l’asclépiade, la plante-hôte chouchou de notre insecte-vedette! En revanche, le remplacement des champs et des terrains vacants par des terres agricoles ou des condos de luxe (par exemple!) vont annihiler les talles d’asclépiades. Ainsi, rien n’est tout noir ou tout blanc!

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Habitat typique de la chenille; on y voit notamment des plants d’asclépiade

Les aléas du climat ont, eux aussi, leur lot d’effets sur les populations. Tantôt ils leur seront favorables, tantôt ils seront dramatiques! C’est ainsi que les populations de l’année 2000 ont présenté un creux important, selon Schappert (2004). En 2000, il y eut une sécheresse au Texas, diminuant la quantité de plantes productrices de nectar. Les adultes peinèrent à se ravitailler pour leur long voyage. Cette sécheresse fut malheureusement combinée à des températures fraîches et pluvieuses dans la partie nord de l’aire de distribution du monarque, limitant le déplacement des femelles pondeuses et favorisant le développement de fongus et de pathogènes s’attaquant aux chenilles. Par contre, en 2001, les conditions favorables permirent à la population de rebondir : quatre fois plus d’individus furent estimés qu’en 2000!

Ce que je lis dans Schappert (2004) et Handfield (2011), c’est que les populations de monarques nord-américaines et québécoises ont démontré de vastes fluctuations au courant des années 2000-2010. Il y a quelques années, on entendait beaucoup parler, dans les médias, de la situation préoccupante du monarque (n’était presque plus aperçu au Québec), alors qu’en 2018, les observations se sont faites par centaines. S’agissait-il d’une année particulièrement favorable? Cette impression est corroborée par La Presse (2019) et Radio-Canada (2019), qui indiquaient en janvier dernier que la population de papillons monarques passant l’hiver dans le centre du Mexique avait augmenté de 144% par rapport à l’an dernier, couvrant une superficie de 6,05 hectares selon Journey North (6 hectares étant le seuil au-dessus duquel la population est considérée comme « durable »). Un des chercheurs interrogés par Radio-Canada (2019) soulignait néanmoins que, malgré ce bond positif, le nombre de monarques observé aujourd’hui est tout de même nettement inférieur à celui d’il y a 20 ans. Dans les sources consultées et sur Internet, je n’ai malheureusement pu mettre la main sur des dénombrements débutant avant 1993 pour mieux connaître les variations et la cyclicité à long terme. Les valeurs antérieures étaient-elles grandement supérieures à celles observées dans les années 1990? Présentaient-elles des fluctuations (voire des creux dramatiques) comme celles des récentes années? Ces données permettraient de jeter un regard encore plus précis sur la dynamique des populations et l’état d’alerte à lui attribuer (et, notamment, l’effet potentiel des changements climatiques).

Quoi qu’il en soit, mes recherches me font conclure qu’il ne faudrait ni crier victoire, ni crier au loup, mais être réaliste et considérer que le monarque présente, comme bien d’autres membres du règne animal, des hauts et des bas qu’il faudra garder à l’œil. Il ne faut pas nier l’impact de nos activités sur le monde du vivant et le monarque, par sa popularité et son charisme, peut faire partie des « ambassadeurs » utilisés pour sensibiliser les jeunes et les moins jeunes à l’importance de bien prendre soin de l’environnement qui nous entoure… et des petites bêtes qu’il recèle!

Pour couronner cette sympathique chronique (un peu plus longue, je l’avoue, que la moyenne), je vous laisse sur une vidéo, suivie d’une galerie photo où figurent les jolis clichés de monarques et de leurs chenilles qui ont été soumis lors des précédents concours amicaux de photographie DocBébitte.

Vidéo 1. La jolie chenille du monarque!

Galerie photo : soumissions aux concours passés de photographie DocBébitte

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