Ça grouille dans mes denrées!

Cucujide2
Cucujide des grains oléagineux

Il y a quelques semaines de cela, une collègue de bureau m’annonçait qu’elle avait trouvé bon nombre de minuscules bêtes grouillant dans ses denrées alimentaires. Cette dernière m’indiquait qu’elle avait identifié l’espèce comme étant le cucujide dentelé des grains (Oryzaephilus surinamensis). Elle me fit également don de quelques spécimens préservés dans l’alcool. Après quelques recherches supplémentaires sur l’espèce et les membres de ce genre, dans le but de rédiger la présente chronique, je réalisai qu’on faisait possiblement plutôt face au cucujide des grains oléagineux (Oryzaephilus mercator). Qu’à cela ne tienne, les deux espèces constituent toutes deux des pestes des denrées alimentaires dans la maison! Qu’il s’agisse de l’une ou l’autre, leur présence ne laisse présager rien de bon!

C’est en examinant les descriptions fournies par les deux premières références consultées (Evans 2014 et le site Internet de la Commission canadienne des grains) que je réalisai qu’il y avait deux espèces d’Oryzaephilus qui se ressemblaient. Selon ces sources, c’est en examinant les tempes des spécimens – la portion située immédiatement derrière l’œil – que l’on parvient à départager les deux espèces. La tempe du cucujide dentelé des grains fait au moins la moitié de la longueur de l’œil et n’est pas pointue (voir cette image). En revanche, celle du cucujide des grains oléagineux fait moins d’un tiers de la longueur de l’œil et s’avère étroite et pointue (cette image). C’est ce deuxième cas que j’observai au travers de la loupe de mon appareil binoculaire. Je dois néanmoins préciser que je ne suis pas une taxonomiste professionnelle; si vous jugez que j’ai fait erreur, vous pouvez rectifier le tir et m’indiquer quels critères j’aurais dû examiner de plus près!

Cela dit, ces organismes font partie de la famille Silvanidae. Je dois avouer que je ne connaissais pas du tout cette famille! Selon Evans (2014), la biologie de ce groupe est peu connue, hormis en ce qui concerne les espèces d’intérêt économique. À cet effet, plusieurs genres de cette famille comprennent des espèces qui constituent des pestes… qui se retrouvent dans les grains entreposés, les produits liés aux grains (farines, etc.), les noix et les épices.

Cucujide3
Plusieurs individus que ma collègue m’a légués!

Le cucujide des grains oléagineux ne fait pas exception. Les adultes et les larves sont des pestes communément retrouvées dans nos garde-mangers. La Commission canadienne des grains précise que ce cucujide a une préférence pour les denrées riches en huile comme la farine, les flocons d’avoine, le son et le riz brun. Il ne dédaigne pas, non plus, les céréales transformées, les fruits séchés, les graines, les mélanges à gâteaux, pâtes, biscuits, noix, noix de coco et nourriture pour animaux de compagnie. Bref, si vous êtes aux prises avec cette espèce, c’est dire qu’une vaste partie de vos denrées risque d’être affectée.

Ma collègue de travail me mentionnait qu’elle retrouvait en effet beaucoup d’individus et de larves autour de ce type de denrées et qu’il lui était difficile de savoir avec certitude de quels aliments ils se nourrissaient. La source de contamination s’avérait elle aussi inconnue, quoique ma collègue précisait qu’elle achetait des aliments « en vrac », son principal doute portant sur certains des aliments achetés figurant au palmarès des collations favorites des cucujides.

Cucujide1
Ces organismes sont très petits!

Parmi les méthodes de contrôle utilisées, ma collègue me disait effectuer un nettoyage continu des armoires envahies (eau et savon semblent de mise, l’eau seule ne semblant pas suffisante), en plus de mettre toutes les denrées « à risque » dans des pots hermétiques… ou à la poubelle! Ces méthodes énergivores semblaient néanmoins donner des résultats probants : ma collègue m’indiquait voir de moins en moins d’individus déambuler dans ses armoires (adultes et larves).

Étant donné qu’une femelle peut pondre jusqu’à 200 à 300 œufs sur trois mois, vaut mieux en effet prendre des moyens rapides d’élimination. Autrement, ces organismes ont la capacité de coloniser rapidement nos armoires! Cependant, la détection de l’envahisseur peut prendre un peu de temps, puisque l’insecte concerné est très petit. Ce dernier fait entre 2 et 3 mm de longueur. Il est donc bien possible que vous croquiez dans les larves ou les adultes de ce groupe avant de réaliser qu’ils ont envahi vos denrées!

Fait intéressant, contrairement à son cousin O. surinamensis, notre cucujide des grains oléagineux ne serait pas tolérant au froid. En outre, il ne survivrait pas aux rigueurs des hivers canadiens. Une façon de s’en débarrasser pourrait donc être de mettre les denrées contaminées au congélateur. Wikipedia mentionne qu’une exposition à une température de -18 °C sur une période de 6 jours consécutifs serait létale pour tous les cycles de vie. En cas de doute sur l’identité du spécimen, cependant, il vaut probablement mieux tout jeter et nettoyer, puisque le cucujide dentelé – qui ressemble beaucoup à O. mercator – est tolérant à ces températures!

Après ces recherches, je me suis assurée que les individus gracieusement donnés par ma collègue étaient bel et bien inertes dans leur bouteille d’alcool! Trêve de plaisanteries, nous ne sommes pas à l’abri d’une pléiade d’envahisseurs et le partage d’expériences comme celle-ci peut nous rassurer ou nous donner de bons « trucs »!

Pour en savoir plus

Tirage d’un calendrier DocBébitte 2019

Calendrier 2019
Recto et verso du calendrier DocBébitte 2019

Le temps des fêtes approche et ce sera très vite le temps de célébrer la fin d’une année riche en apprentissages! Quoi de mieux pour démarrer 2019 qu’avoir en main l’unique calendrier DocBébitte?

Comme vous le savez sans doute déjà, DocBébitte est un blogue que j’alimente dans mes loisirs et je n’en retire aucun bénéfice autre que vos sympathiques commentaires qui me font avancer dans mes réflexions!

Loin de moi est donc l’idée de commercialiser mes calendriers et c’est pourquoi, comme l’année dernière, je tenais à offrir un calendrier inédit DocBébitte (je n’en produis annuellement que quelques-uns pour proches parents) à un lecteur chanceux qui sera choisi par le hasard!

Voici comment participer :

  • Vous devez posséder une adresse postale au Québec, où je pourrai vous envoyer ledit calendrier*;
  • Pour vous inscrire, écrivez-moi à DocBebitte@Outlook.fr en indiquant que vous souhaitez participer au tirage du calendrier 2019;
  • Vous inscrire avant le vendredi 21 décembre à 23h59.

Le tirage (un seul calendrier est à tirer) aura lieu dans les jours qui suivront! D’ici là, bonne chance et je vous souhaite de terminer l’année 2018 en beauté!

Caroline, alias DocBébitte

 

*SVP noter que je me dégage de toute responsabilité liée à un bris lors du transport par Postes Canada. Merci pour votre compréhension.

L’heure de la collation pour Monsieur agrion vertical

Ischnura verticalis 1
C’est l’heure de la collation pour cet agrion vertical!

Après avoir passé un mois sans rédiger de nouvelles chroniques DocBébitte – j’étais affairée à transférer mon blogue sur une nouvelle plate-forme et vers un nouvel hébergeur –, quoi de mieux pour reprendre mes activités que de vous parler d’une libellule?

Avez-vous déjà eu le loisir d’observer une libellule capturer et ingérer un insecte en direct? Ces bêtes gloutonnes constituent de voraces et efficaces prédateurs et il n’est donc pas rare de les surprendre proie en bouche!

Cet été, j’ai été en mesure de filmer un de ces arthropodes en train de mâchouiller une proie fraîchement débusquée. Fait intéressant, la seule autre fois où j’ai pu prendre quelques clichés de cette espèce, l’individu venait lui aussi de capturer son dîner.

Ischnura verticalis 2
On ne parle pas la bouche pleine!

L’espèce en question est l’agrion vertical (Ischnura verticalis). Appartenant à la famille Coenagrionidae, il s’agit d’une espèce commune et bien répartie sur tout le Québec méridional. Les mâles sont facilement reconnaissables et ne peuvent être confondus avec d’autres espèces de nos latitudes. C’est la combinaison du vert vif maculant les côtés du thorax et les deux premiers segments de l’abdomen (le second segment n’étant vert que sur les côtés), de même que la coloration bleu pâle dominante sur les huitième et neuvième segments de l’abdomen qui servent de critères d’identification. Comme chez plusieurs autres libellules, malheureusement, les femelles requièrent un examen plus détaillé, car elles peuvent être confondues avec quelques cousines. Paulson (2011) cite notamment l’agrion posé (I. posita) et l’agrion hasté (I. hastata), deux espèces qui semblent cependant moins largement réparties au Québec que l’agrion vertical (Savard, 2011).

Ischnura verticalis 3
Agrion vertical mâle, vu de profil

Au Québec, l’adulte de l’agrion vertical se rencontre du mois de mai jusqu’en septembre. Comme les naïades se développent dans les herbiers aquatiques qui jonchent les parties calmes des lacs, rivières et étangs, il n’est pas surprenant d’observer des adultes à proximité de ces habitats. Ainsi, mâles et femelles peuvent être aperçus perchés sur la végétation adjacente à divers milieux aquatiques, ou encore en vol, tentant de se dégoter un partenaire!

J’ai souvent lu que, chez les libellules, ce sont les mâles qui sont particulièrement territoriaux. Toutefois, Paulson (2011) précise que Madame agrion vertical n’aime guère partager ses lieux de ponte. Cette dernière chasserait à la fois femelles et mâles de son territoire privilégié en adoptant une posture bien particulière : abdomen recourbé vers le bas et ailes battant incessamment. Tout intrus sera averti!

Ischnura verticalis 4
Autre mâle observé plus tôt, en 2014. Il venait lui aussi de capturer une proie.

Il semble également que les femelles I. verticalis soient plus enclines que les mâles à dévorer des membres de leur propre espèce. C’est qu’elles sont peu commodes, ces dames! De façon générale, cependant, à la fois les femelles et les mâles sont gourmands.

En début de chronique, je vous mentionnais que j’avais filmé un membre de cette espèce en train de déguster une proie. C’est alors que je photographiais quelques insectes éparpillés parmi une haie de rosiers que mon attention fut portée sur une délicate libellule voletant entre les branches. Elle se posa afin de commencer à savourer sa proie, qui semblait – de ce que je voyais des « restes » – être une sorte de diptère (mouches et compagnie). La vidéo et les photos que j’ai pu prendre à ce moment accompagnent la présente chronique… et témoignent de la gourmandise de ce délicat, mais vorace arthropode!

Vidéo 1. Mâle agrion vertical qui déguste sa proie. Crounch crounch crounch! Bon appétit!

Pour en savoir plus

 

Quelle forme, ce papillon!

Le joli polygone à taches vertes
Le joli polygone à taches vertes

Je ne pouvais résister à la tentation de faire référence à la fois à la forme particulière et au nom de l’insecte mis en vedette cette semaine : le polygone à taches vertes (Polygonia faunus)! Cet arthropode détient bien son nom, car il semble avoir été savamment ciselé sur mesure.

Il s’agit aussi de l’invertébré-mystère de la semaine dernière, paré pour l’Halloween avec sa somptueuse robe orange et noire. Certains ont deviné qu’il s’agissait bien d’un papillon!

Sortie en août 2017 qui me permit d’observer plusieurs individus
Sortie en août 2017 qui me permit d’observer plusieurs individus
Un des individus croqués sur le vif
Un des individus croqués sur le vif

Notre joli lépidoptère appartient plus précisément à l’illustre famille des Nymphalidae (voir cette chronique), qui regroupe bon nombre de papillons diurnes communs : croissants, morios, belles dames, vulcains, amirals et monarques, pour n’en nommer que quelques-uns.

Le genre Polygonia se distingue des autres nymphalidés par ses ailes particulièrement dentelées. La face dorsale est vivement colorée d’orange et inclut des teintes de brun et de noir à des degrés variables, selon l’espèce. La face ventrale est flanquée d’un petit motif pâle ressemblant à une virgule. Ce motif, parfois plus apparent chez certaines espèces, a donné son nom au polygone virgule (Polygonia comma), de même qu’au polygone à queue violacée dont le nom scientifique latin réfère à la marque, qui ressemble à un point d’interrogation (Polygonia interrogationis).

Chez le polygone à taches vertes, ce motif est un peu moins arrondi, mais peut tout de même être confondu. Par contre, la zone submarginale (située près de l’extrémité) des ailes est caractérisée par des motifs et taches en forme de zigzag qui sont d’une teinte verdâtre. C’est ce critère qui permet l’identification… et qui a de toute évidence donné son nom au papillon! Cela dit, la face ventrale des ailes est aussi bariolée de brun et de beige, donnant à l’arthropode l’apparence d’une feuille morte. Il s’agit là d’un bon camouflage pour éviter tout prédateur.

Les taches verdâtres près de la bordure des ailes sont caractéristiques
Les taches verdâtres près de la bordure des ailes sont caractéristiques
Ce polygone s’affairait à me lécher les doigts
Ce polygone s’affairait à me lécher les doigts

Le polygone à taches vertes s’observe dans les milieux forestiers semi-ouverts et les clairières, en bordure des routes, de même que le long de sentiers et de cours d’eau. Il n’est donc pas surprenant que j’aie observé bon nombre d’individus lors d’une sortie en canot le long de la rivière Jacques-Cartier à l’été 2017 – il s’agit d’un cours d’eau s’écoulant en milieu forestier mixte. En fait, tous les spécimens pris en photo et en vidéo qui agrémentent la présente chronique ont été rencontrés lors de cette sortie. C’était à la fin du mois d’août et beaucoup de ces papillons voletaient le long des berges de la rivière.

Les individus aperçus appartenaient à la première génération de l’année. Ceux-ci s’activent de la mi-juillet jusqu’à la troisième semaine de septembre. Ils passent ensuite l’hiver sous forme adulte, pour s’envoler à nouveau entre le mois de mai et la mi-juin. La reproduction se déroule au printemps, donnant lieu à la nouvelle génération qui apparaît plus tard en été. Comme ils doivent passer au travers de l’hiver, les adultes ont une durée de vie assez longue qui s’étale sur dix mois.

Les adultes se nourrissent de sève, de miellée et de fruits fermentés. Ils ne viennent pas aux fleurs. Quant à la chenille, elle se retrouve sur plusieurs plantes forestières, dont le bouleau blanc, l’aulne, le saule, le gadellier et le groseillier.

Je n’ai pas eu le loisir de voir des chenilles de cette espèce. Ces dernières possèdent des poils épineux qui dissuadent les doigts curieux de leur toucher! Leur coloration varie du brun jaunâtre au rouge brique et, sur leur tête, on peut noter un W blanc caractéristique. En effectuant mes recherches, j’ai noté qu’il y avait peu de photographies des chenilles de ce papillon sur Bug Guide (ce lien), qui est pourtant habituellement bien garni en clichés. Si certains d’entre vous ont déjà capturé cette espèce de chenille en photo, venez partager vos observations sur la page Facebook DocBébitte. J’aimerais bien voir davantage les caractéristiques de cette belle chenille.

 

Vidéo 1. Ce polygone à taches vertes me lèche les doigts. Peut-être que l’eau de la rivière, mêlée à ma sueur (pas de tout repos, le canot de rivière!), me conférait un « bon goût »!

 

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Polygonia faunus – Green Comma – Hodges#4423. https://bugguide.net/node/view/12875
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes. 391 p.

Devinette : on se prépare pour l’Halloween!

Le mois d’octobre est déjà bien entamé et petits et grands se préparent à fêter le premier événement marquant cette saison de plus en plus fraîche : l’Halloween!

Dans le monde des insectes, nombreux sont les individus qui arborent un mélange d’orange et de noir (ou brun foncé). Ils semblent tous bien parés pour l’Halloween! Cette semaine, je vous suggère une devinette mettant en vedette un de ces individus. Savez-vous de quel grand groupe d’insectes il s’agit?

Vous pouvez répondre à cette devinette en vous joignant à la Page Facebook DocBébitte ou encore en inscrivant votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. L’invertébré-mystère vous sera dévoilé lors de la prochaine publication DocBébitte!

Paré pour l’Halloween… Mais qui est-ce?
Paré pour l’Halloween… Mais qui est-ce?