Un bijou dans la nuit : le polyphème d’Amérique

Découverte d’une grosse chenille verte à l’île aux Lièvres

Vous êtes plusieurs à avoir deviné que l’insecte-mystère de la dernière publication était l’un de nos plus gros papillons de nuit québécois : le polyphème d’Amérique!

En effet, avec ses 10 à 15 cm d’envergure, il s’agit d’un insecte fort impressionnant, en deuxième position du palmarès des plus gros papillons nocturnes québécois derrière la saturnie cécropia.

La chenille, pouvant atteindre une longueur de 7,5 cm, est tout aussi imposante.

La chenille est de grande taille

C’est en farfouillant dans mes photos de l’été dernier que j’eus l’idée de vous parler du polyphème. J’avais eu la chance d’observer et de photographier une grosse chenille verte lors d’un périple à l’île aux Lièvres. Il s’agissait de la larve du polyphème d’Amérique (Antheraea polyphemus), un lépidoptère de la famille Saturniidae.

Autre vue sur la chenille

Verte, ornée de tubercules oranges, elle se distingue aisément de la plupart des autres espèces. Elle peut être confondue avec la chenille du papillon lune (Actias Luna), laquelle porte cependant une bande longitudinale jaune que l’on ne retrouve pas chez le polyphème. De plus, la chenille du polyphème a une tête brune, alors que celle du papillon lune est verte. Dernier truc : les bandes jaunes obliques qui parsèment l’abdomen se situent au niveau des stigmates chez le polyphème, alors qu’elles sont logées entre chaque segment abdominal chez le papillon lune.

L’adulte est unique en son genre. Il ne peut être confondu avec d’autres papillons québécois. Sa robe est beige rosé ou cannelle. Ses ailes sont flanquées de motifs qui rappellent des yeux. Ces derniers servent, comme on pourrait s’y attendre, à intimider les prédateurs, qui croient sans doute avoir devant eu une bête quelconque de plus large taille. Peut-être un dragon, comme je le laissais entendre dans la dernière devinette, qui sait?

Le mâle est un peu plus petit, mais ses antennes sont bien plus plumeuses que celles des femelles. Il s’en sert pour détecter les phéromones émises par ces dernières. Et on peut dire que ce sont des antennes à haute réception, puisque le mâle peut déceler les phéromones jusqu’à un kilomètre de distance!

Le grandiose polyphème d’Amérique

La principale période d’activité du mâle et de la femelle a lieu pendant la nuit. Nocturnes, ces papillons sont toutefois attirés par les lumières, ce qui permet de les observer aux pièges lumineux ou, si l’on est chanceux, près de nos demeures.

Les ailes comprennent des tons de rosé et de cannelle

Les sources que j’ai consultées indiquent que la chenille est capable d’émettre un clappement audible avec ses mandibules. Il semblerait que la fonction associée à cette action n’ait pas encore été élucidée; néanmoins, chez des chenilles élevées en groupe, ce comportement s’avérerait contagieux! Si une chenille émet un clappement, cela en incitera d’autres à en faire de même!

Les plantes-hôtes préférées des chenilles sont multiples et elles ne font point la fine bouche ! Ainsi, elles se délectent des feuilles de nombreux feuillus, incluant les bouleaux blancs, les ormes, les chênes, les érables et les peupliers… pour n’en nommer que quelques-uns !

Il n’est donc pas surprenant de voir voler les adultes dans les forêts de feuillus, les boisés urbains, les friches arborescentes et la lisière des bois. À cet effet, ceux-ci peuvent être observés en vol de la mi-mai au début du mois d’août. Ils sont abondants dans le sud du Québec et le long du fleuve Saint-Laurent, jusque dans les maritimes, quoiqu’absents de l’île d’Anticosti et de Terre-Neuve selon Handfield (2011) et Leboeuf et Le Tirant (2018).

Le mâle possède des antennes plumeuses

Le terme « polyphème » prend ses sources dans la mythologie grecque. Polyphème était un cyclope géant, fils de Poséidon et de la nymphe Thoossa, qui captura Ulysse et ses compagnons afin de les dévorer. Ulysse évita toutefois la catastrophe en crevant l’unique œil de Polyphème et en s’échappant, caché sous les brebis du cyclope maintenant rendu aveugle.

« L’œil » unique sur l’aile postérieure

Histoire fascinante, n’est-ce pas?

C’est donc l’œil unique marquant chaque aile inférieure du polyphème qui contribua à le baptiser en l’honneur d’un cyclope!

Que l’on aime la mythologie ou non, on ne peut rester de marbre devant le somptueux polyphème d’Amérique. D’ailleurs, Handfield (2011) indique que ce fascinant papillon a déjà été surnommé le « bijou de la nuit ». Un nom qui sied bien à l’un de nos plus gros et beaux lépidoptères nocturnes!

Pour en savoir plus

  • Bartlett Wright, A. 1993. Peterson First Guide to Caterpillars of North America. 128 p.
  • Beadle, D. et S. Leckie. 2012. Peterson field guide to moths of Northeastern North America. 611 p.
  • Bug Guide. 2005. Species Antheraea polyphemus – Polyphemus Moth – Hodges#7757. https://bugguide.net/node/view/427 (page consultée le 31 mars 2021).
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
  • Wikipédia. Polyphème. https://fr.wikipedia.org/wiki/Polyph%C3%A8me (page consultée le 31 mars 2021).

Dans l’œil de mon microscope : l’œil du dragon!

Une devinette?

Eh oui! Je ne vous avais pas fait part de photographies vues à travers l’œil de mon appareil binoculaire depuis belle lurette!

Cette semaine, je vous présente une image où l’on croit voir l’œil d’un dragon, qui nous fixe attentivement.

Quel invertébré se cachette derrière cette image ?

Pour répondre à cette question, joignez-vous à la Page Facebook DocBébitte (pour plus d’interactions avec les autres lecteurs!) ou encore inscrivez votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. La réponse vous sera dévoilée lors de la prochaine publication DocBébitte!

Quel invertébré arbore une parure qui ressemble à un œil?

Nouvelle capsule vidéo: libellules en devenir!

Les libellules, on les aime!

Mais avant de devenir des insectes gracieux et colorés, saviez-vous que ces fabuleux organismes amorcent leur vie sous l’eau, en tant que « bébittes brunes »?

C’est ce que je démystifie pour vous dans cette capsule vidéo que j’ai pris grand soin de vous concocter.

Vous y apprendrez en outre:

  • Que les jeunes libellules en devenir s’appellent des naïades;
  • Qu’elles sont de voraces prédateurs;
  • Qu’il y a deux sous-ordres qui existent, lesquels ont des caractéristiques fort différentes;
  • Qu’elles respirent sous l’eau à l’aide de mécanismes surprenants.

Prêts à plonger à leur découverte? Écoutez la capsule!

Pour l’amour des « bébittes » !

DocBébitte et une naïade de libellule

En cette semaine précédant la Saint-Valentin, pourquoi ne pas parler d’amour ?

Et, plus spécifiquement, l’amour des insectes et autres invertébrés !

Lors d’années précédentes, je m’étais amusée à vous parler de duos amoureux chez les invertébrés : par exemple, le tandem des libellules, ou encore les méthodes de reproduction de plusieurs organismes.

Cette année, je souhaitais aborder la question sous une note plus légère : notre amour ou passion pour les petites bêtes de ce monde !

Pour ce faire, pourquoi ne pas recueillir vos témoignages sur ce qui vous fait « vibrer » chez les insectes et autres invertébrés ?

Avez-vous des groupes ou espèces favoris ? Pourquoi les aimez-vous tant ? Que vous inspirent-ils ?

Si je puis me permettre de démarrer cet échange, je vous dirais que j’ai un faible tout particulier pour les naïades (stade aquatique de la nymphe) de plusieurs insectes aquatiques. J’aimerais vous parler en particulier des naïades de libellules.

Vous le savez peut-être déjà, le logo de DocBébitte (ce billet) représente une naïade de libellule. Qu’est-ce que ça signifie pour moi ? Et bien, il s’agit de mon milieu de prédilection : j’ai étudié et je travaille dans le domaine de l’écologie des eaux douces. De surcroît, j’adore l’eau : j’y passerais des heures et des heures, submergée à la recherche de nouvelles découvertes. Comme je le témoignais dans cette chronique, je me prenais même pour une sirène, plus jeune.

Quand j’ai découvert les insectes aquatiques lors de mes études, j’ai été très étonnée de savoir que tous ces organismes grouillaient sous les roches et dans le substrat des lacs et des rivières. Ce fut un formidable constat ! Un coup de foudre, quoi !

Et vous, en cette semaine de l’amour, saurez-vous nous dire quels invertébrés vous font tout particulièrement craquer ?

Écrivez vos récits soit dans les commentaires liés au présent blogue ou joignez-vous à la page Facebook DocBébitte pour plus d’interactions !

Au plaisir d’entendre vos récits !

Huit années de DocBébitte !

DocBébitte a huit ans !

C’est en effet le 27 janvier 2013 que je me suis lancée sur un tout nouveau blogue, dont la toute première chronique originale (publiée le lendemain) portait sur un fabuleux insecte aquatique, rien de moins !

Je n’aurais pu deviner que je serais encore au poste 8 ans plus tard.

Qui plus est, DocBébitte m’a permis d’entrer en contact avec une vaste palette d’amoureux de la nature dont vous faites partie !

Je profite de cet événement pour vous remercier de tout cœur pour votre intérêt et vos encouragements !

N’oubliez pas que vous pouvez aussi vous joindre aux aventures de DocBébitte sur cette page Facebook ou voir des vidéos DocBébitte sur cette chaîne YouTube.

Au plaisir de faire encore plusieurs années de route avec vous !

Caroline, alias DocBébitte  

DocBébitte a 8 ans!