Dans l’œil de mon microscope : pas une tête enflée!

Cela faisait quelque temps déjà que je ne vous avais pas soumis de devinette! Notre mystérieux spécimen n’a peut-être pas la tête enflée, mais un segment de son corps situé à l’opposé, lui, l’est bien!

De qui s’agit-il? Et à quoi peut bien servir cet étrange renflement?

Pour répondre à l’une ou l’autre de ces questions, joignez-vous à la Page Facebook DocBébitte pour plus d’interactions avec d’autres lecteurs, ou encore inscrivez votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. L’invertébré-mystère vous sera dévoilé lors d’une prochaine publication DocBébitte!

devinette 2019-01-19
Détrompez-vous ceci n’est pas une tête enflée… De quoi s’agit-il?

On a des araignées de cette taille au Québec?!

Dans une chronique qui date de 2014 (celle-ci), j’avouais bien humblement être atteinte d’une certaine phobie des araignées. Depuis ce temps, je m’exerce à les approcher, les étudier et même à les manipuler. Néanmoins, il reste un groupe d’arachnides qui me hante encore… D’autant plus qu’il s’agit d’énormes bêtes retrouvées près des plans d’eau où je passe beaucoup de temps. Il s’agit des dolomèdes!

Le genre Dolomedes (Famille : Pisauridae) constitue le groupe d’arachnides québécois regroupant les plus gros spécimens. Les femelles de certaines espèces frôlent un étonnant 3 cm d’envergure (taille du corps sans les pattes). Paquin et Dupérré (2003) recensaient 4 espèces de Dolomedes au Québec, lesquelles ont toutes un faible pour les abords de rivières, lacs, marais et tourbières.

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Je vous présente la dolomède!

Mes premières rencontres – trois dans un même été, en 2006 – datent d’ailleurs d’un moment où j’étais chargée d’étudier des milieux aquatiques situés dans le bassin de la rivière Jacques-Cartier. La première de toutes fut mémorable. Alors que nous allions nous amarrer à un quai sur le lac Saint-Joseph, la technicienne qui conduisait notre bateau fit un inattendu changement de cap. Elle me pointa rapidement la raison : une énorme araignée avait élu domicile sur le quai, en plein où nous nous dirigions. Une fois sur la terre ferme, je ne pus m’empêcher d’aller voir l’individu de plus près. Je n’avais jamais rien vu d’aussi gros! Une rame à la main, j’entrepris de vérifier l’intention de la bête. Je fus surprise de voir l’araignée faire face à la rame que je tendais, puis prendre une posture menaçante : pattes avant relevées et crocs sortis. Ouf! Gigantesque ET agressive? Pas question à ce moment d’enquêter davantage!

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La taille est impressionnante contre ces planches de bois de grange

Ce même été, je fis deux autres rencontres : un individu docile sur une roche, se laissant observer… et un individu marchant sur l’eau tout droit vers le canot dans lequel je siégeais. Je ramai un peu plus vite et, une fois passée la trajectoire de l’araignée, je regardai en arrière… pour m’apercevoir que l’araignée n’était plus nulle part… S’était-elle accrochée à mon embarcation? Je dois vous avouer avoir été nerveuse tout le reste du parcours, m’attendant à voir surgir une araignée-monstre dans mon embarcation!

Mes rencontres subséquentes furent moins spectaculaires. Je dus attendre 7 ans plus tard avant de faire de nouvelles observations, lesquelles sont toutes documentées sur photo ou vidéo. Une de ces observations relate une rencontre avec une dolomède qui avait élu domicile sur un hangar à bateau. Sur une des vidéos ci-dessous, on me voit porter mon aviron vers la bête, afin de vérifier sa réaction et donner une idée de sa taille. Finalement, ma propre réaction fut la plus comique des deux! Je vous laisse en juger!

Si les dolomèdes vivent si près de l’eau, c’est qu’elles y retrouvent notamment une source de nourriture abondante. Nommées « fishing spider » dans la langue de Shakespire, elles sont connues pour pêcher de petits poissons. Tête vers le bas, pattes frôlant la surface de l’eau, elles attendent patiemment le passage de petits poissons et de têtards. Il arrive même qu’elles créent de légères ondulations, question de donner l’impression aux poissons qu’un insecte se noie. Malheureux sont ceux qui tombent dans le panneau! Nos araignées se nourrissent également des larves et naïades d’insectes aquatiques, de même que d’insectes terrestres si l’occasion se prête. La dolomède qui me fit presque crier comme une gamine ne fit d’ailleurs pas la fine bouche quand une mouche domestique se posa à quelques centimètres d’elle. En un bond, la mouche était devenue un délicieux hors-d’œuvre! Dommage que je n’étais pas en train de filmer à ce moment-là!

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Dolomède et son nid dans l’asclépiade

Les dolomèdes ont l’étonnante capacité de marcher sur l’eau. On le voit dans une des vidéos ci-dessous. Selon Paquin et Dupérré (2003), elles sont si habiles qu’elles peuvent même poursuivre une proie en usant de ce mode de locomotion. De plus, elles sont capables de demeurer submergées pendant quelque 30 minutes afin d’échapper à un prédateur ou encore pour capturer une proie!

Les femelles tissent leur nid à proximité de l’eau. En 2017, ma mère me transmit des photographies d’une dolomède ayant fait son nid dans un plant d’asclépiades. La toile fourmillait de dizaines de petites dolomèdes juniors! Intriguée par cette observation, je me rendis quelques semaines plus tard au même endroit et pus observer deux femelles dans leur nid. Il n’y avait plus de rejetons, mais j’étais néanmoins heureuse de faire la rencontre de ces grosses araignées!

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Superbe observation d’une dolomède et ses rejetons!

Les dolomèdes sont de bonnes mères. Avant de tisser leur nid, elles trimbalent leur sac d’œufs partout où elles vont. Contrairement aux araignées-loup (Lycosidae) qui traînent leur sac d’œufs à l’aide de leurs filières (bout de l’abdomen), les dolomèdes transportent ces derniers dans leurs chélicères. Il s’agit d’une des façons de distinguer ces deux familles souvent confondues. L’autre méthode consistant à regarder la disposition des yeux.

Cela dit, j’ai regardé les critères dans mes livres et sur Internet afin de bien identifier les espèces que j’avais photographiées, mais il persiste un doute de ma part pour la distinction entre Dolomedes tenebrosus et Dolomedes scriptus, deux espèces que l’on retrouve au Québec et dont la robe respective présente suffisamment de variations pour me confondre. En outre, il est mention de comparer attentivement les motifs en « w » de l’abdomen (D. scriptus présentant notamment des « w » plus pâles et constants), ou encore certains motifs sur le céphalothorax. Toutefois, quand je compare mes observations avec des photographies classées sur Bug Guide, je dois avouer me poser bien des questions! De plus, Evans (2008) ajoute que les motifs de D. tenebrosus sont plus contrastants pour les populations nordiques (et, je présume, ressembleraient donc davantage à D. scriptus). Si vous avez des astuces supplémentaires pour distinguer ces araignées particulières et fascinantes, je suis tout ouïe!

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Cet individu retrouvé moribond est probablement D. tenebrosus, mais ce ne sont pas tous les spécimens qui sont faciles à identifier!

Si vous n’avez pas encore rencontré ces impressionnantes araignées, vous serez peut-être moins surpris quand vous ferez leur connaissance! Et je serai heureuse de vous entendre parler de votre rencontre avec la plus grosse de nos araignées… celle qui hante encore votre dévouée DocBébitte!

Vidéo 1. Dolomède qui marche sur l’eau.

Vidéo 2. Je voulais montrer la taille de la dolomède en comparaison avec mon aviron. Finalement, c’est moi qui sursaute quand la dolomède s’enfuit en un clin d’œil! C’est qu’elle est brave, cette DocBébitte!!!

Vidéo 3. En 2017, je tente de surmonter mes peurs en approchant cette dolomède très docile.

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Family Pisauridae – Nursery Web Spiders. https://bugguide.net/node/view/1963
  • Bug Guide. Genus Dolomedes – Fishing Spiders. https://bugguide.net/node/view/1985
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.

 

Savez-vous manger des choux?

Lors du petit jeu que je vous ai concocté pour le temps des fêtes, des participantes mentionnaient reconnaître le criocère du lys – un joli coléoptère rouge peu aimé des jardiniers! J’ai remarqué dans le cadre de mon blogue que les insectes indésirables – qu’il s’agisse de ceux envahissant nos plates-bandes ou nos demeures – sont généralement ceux qui suscitent le plus d’intérêt de la part des lecteurs. Il est vrai que ces arthropodes nous obligent parfois à faire des démarches supplémentaires pour contourner voire contrôler les dommages qu’ils occasionnent.

Pour rester dans ce thème, je pensais bon vous entretenir au sujet d’un papillon très commun dont la larve se délecte de nos plants potagers bien-aimés. Il s’agit d’un insecte si abondant qu’il est également l’un des premiers arthropodes que beaucoup d’entre nous avons appris à connaître.

De qui s’agit-il? C’est la piéride du chou, Pieris rapae, aussi appelée piéride du rave ou piéride de la rave dans certaines des sources consultées (ces dernières précisant que le nom « piéride du chou » devrait plutôt être réservé à son cousin européen Pieris brassicae).

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La piéride du chou, un papillon très commun!
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Autre individu

Qui n’a jamais vu ce papillon de taille moyenne (envergure de 3 à 5 cm) butiner dans ses plates-bandes? Certains auront aussi fait connaissance avec ses larves – des chenilles arborant fièrement le vert – qui, comme le nom de l’espèce l’évoque, se délectent de végétaux appartenant à la famille des crucifères. Leur menu est vaste et comprend chou, brocoli, navet, capucines, moutarde sauvage et noire, de même que de multiples crucifères indigènes.

C’est fort probablement cette espèce qui est en cause dans une aversion au brocoli dont mon père est atteint! Il y a déjà plusieurs années de cela, ma mère cultivait du brocoli dans son jardin. Ce n’est qu’après avoir mangé de multiples pousses que mes parents se rendirent compte que le légume en question était infesté de petites chenilles dont la robe verte était exactement de la même couleur que l’aliment ingéré. Bref, ils avaient sans doute déjà mangé quelques chenilles! Depuis, mon père grogne à la vue de brocoli dans son assiette, comme le ferait un enfant à qui l’on veut faire manger tous ses légumes!

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Probablement des chenilles de la piéride du chou

J’ai moi-même fait la rencontre de ces chenilles. Il y a quelques années de cela, j’étais chargée de photographier des légumes du potager de la table jeunesse du ministère auquel j’appartenais. J’avais alors pris des clichés de quelques chenilles en plein délit de gourmandise. La chenille de la piéride du chou se distingue des autres espèces de piérides par la présence d’une fine ligne jaune pointillée sur les flancs. Cette caractéristique est à remarquer si jamais vous rencontrez des chenilles vertes sur vos légumes et que vous cherchez à les identifier! Je crois percevoir cette fine ligne sur certaines de mes photographies (dont une qui accompagne la présente chronique), mais la résolution de l’appareil que j’utilisais à l’époque ne me permet pas de le confirmer sans aucun doute.

Bien que les chenilles se confondent parfaitement avec leur source de nourriture, les adultes, eux, sont nettement moins discrets. Très actifs et majoritairement vêtus de blanc, ils contrastent avec les plantes sur lesquelles ils se posent pour butiner. C’est ainsi qu’on peut les observer et les photographier sans trop de difficultés. Plus nerveux que certains de leurs confrères lépidoptères, je ne suis néanmoins jamais parvenue à en manipuler un… ni à m’approcher à plus de 1 ou 2 pieds d’un individu sans le faire déguerpir.

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Dommages causés par les chenilles

Les piérides du chou sont faciles à identifier. Leur robe toute blanche est ponctuée de quelques taches noires caractéristiques. Plus précisément, en vue dorsale, la pointe des ailes antérieures des deux sexes est bordée de noir. De plus, le centre de l’aile des mâles est flanqué d’un point noir (cet exemple), alors que les femelles en possèdent deux (cette photo). Toujours en vue dorsale, les ailes postérieures des deux sexes sont munies d’un point, parallèle à ceux des ailes antérieures. Lorsqu’on examine la face ventrale, cependant, les deux genres possèdent deux taches sur les ailes antérieures; il faut donc avoir une vue dorsale pour bien identifier le sexe des spécimens observés. En outre, cet agencement de taches est propre à l’espèce P. rapae et évite la confusion avec les autres Pieridae du Québec.

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On reconnaît la femelle par les deux taches noires sur l’aile antérieure

Si la piéride du chou est si commune, c’est qu’elle a pu s’adapter avec brio à un environnement nouveau. En effet, notre joli papillon a été introduit au Québec vers 1860 et s’est ensuite étalé sur l’ensemble de l’Amérique du Nord. Son aire de distribution couvre maintenant tous les états américains, hormis l’Alaska, de même que les zones tempérées et boréales du Canada.

Ce lépidoptère affectionne les milieux ouverts, qu’ils soient naturels (prés, orées des bois, marais, rivages, etc.) ou anthropisés (terrains vagues, jardins, parcs urbains, etc.). Aussi, trois générations se chevauchent entre la mi-avril et le début d’octobre pour le Québec méridional. Il est donc très probable que vous observiez à nouveau ce papillon extrêmement commun, de même que sa chenille, une fois la saison chaude de retour. D’ailleurs, si jamais vous voyez des chenilles de cette piéride dans votre potager, dites-leur bonjour de la part de mon père!

Pour en savoir plus

Bonne année 2019!

Ouf! Que le temps passe vite! Une autre année s’est écoulée et a disparu en un clin d’œil. Elle nous a néanmoins permis d’emmagasiner tout un lot d’apprentissages entomologiques!

La nouvelle année qui s’amorce devrait, elle aussi, s’avérer débordante de découvertes! Je vous souhaite une belle année 2019 remplie d’émerveillements – petits et grands!

Bonne année à vous tous, grands nez et grandes dents!

Caroline, alias DocBébitte

Bonne année 2018-19

Réponses : Jeu des fêtes 2018!

Vous êtes plusieurs à avoir participé au jeu des fêtes 2018. Voici maintenant les réponses… Combien d’insectes aviez-vous correctement identifiés?

Merci pour votre participation! J’espère que vous vous êtes bien amusés!

Jeu de Noël 2018 – Réponses
#1. Criocère du lys


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#2. Cicindèle à six points

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#3. Diacrisie de Virginie (papillon de nuit)

Diacrisie Virginie_fin
#4. Mélanople birayé (criquet)

Mélanople birayé_fin
#5. Charançon vert (espèce non déterminée)

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#6. Libellule Célithème indienne

Celithemis elisa_fin
#7. Chenille du sphinx ondulé

Chenille sphinx_fin
#8. Saturnie cécropia (papillon de nuit)

Cécropia_fin
#9. Piéride du chou (papillon)

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#10. Chenille Acronicta superans (nom français inconnu)

Acronicta_fin
#11. Sauterelle septentrionale

Scudderie_fin
#12. Libellule Sympetrum tardif

Sympetrum_fin