L’éphémère qui se prenait pour une taupe

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Le joli éphémère Ephemeridae

Bon nombre d’insectes sont connus sous leur forme adulte, alors que leur stade larvaire demeure plutôt obscur. C’est le cas des éphémères, ces « mannes » qui forment de vastes nuées près des lacs et rivières pendant la période estivale. À noter que les trichoptères en font de même et peuvent être confondus si aperçus en vols… mais ils se différencient bien lorsqu’au repos.

Une famille d’éphémères est caractérisée par des individus particulièrement gros et voyants : les Ephemeridae. Il est fort à parier que vous les avez déjà observés, accrochés en masses aux moustiquaires et murs des demeures et des commerces. Leur corps est cylindrique et leur robe varie du jaune au brun foncé. L’abdomen des individus plus pâles (jaunâtres) est fréquemment flanqué de motifs bruns visibles sur chaque segment. Les six pattes sont bien visibles, en particulier les deux pattes antérieures souvent maintenues dans les airs. Un peu comme si l’éphémère faisait « le beau ».

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Autre adulte Ephemeridae

Malgré ces caractéristiques ainsi que la grande taille des individus, qui est un indice comme quoi on fait potentiellement affaire à un spécimen de la famille Ephemeridae, il importe de préciser qu’une identification certaine requiert l’examen des nervures sur les ailes antérieures et postérieures. Si vous êtes photographe en herbe comme je le suis, je vous conseille de porter une attention particulière aux ailes, surtout si elles sont ouvertes. De bons clichés de ces dernières vous aideront dans l’identification. De plus, ces éphémères étant peu farouches, vous devriez même parvenir à les manipuler pour les observer ou les photographier encore plus en détail!

Comme toutes les autres familles d’éphémères, les Ephemeridae ont un stade larvaire qui est aquatique. Les naïades (nom donné aux nymphes aquatiques) évoluent donc sous l’eau. En particulier, celles appartenant à la famille mise en vedette cette semaine affectionnent les milieux où de fines particules se sont déposées (en lacs ou zones plus calmes des rivières). Elles se distinguent de la plupart des autres familles par leur corps long et cylindrique, de même que leur tête munie de défenses. La majorité des autres groupes comprennent des individus plus trapus et légèrement à passablement aplatis sur le plan dorso-ventral (voir cet exemple).

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Les branchies plumeuses sont maintenues sur le dos plutôt que sur les côtés

En fait, seulement deux autres familles retrouvées au Québec présentent des caractéristiques similaires aux Ephemeridae : les Polymitarcyidae et les Potamanthidae. Toutefois, des caractéristiques visibles à l’œil nu (ou si vos photos ciblent les bons éléments) permettent de les distinguer. Tout d’abord, les branchies plumeuses des Ephemeridae et des Polymitarcyidae sont maintenues sur la face dorsale de l’abdomen; celles des Potamanthidae sont disposées de chaque côté de l’abdomen (cet exemple tiré de BugGuide). Si les branchies sont tenues sur le dos, vous pouvez écarter la famille Potamanthidae.

Ensuite, portez une attention particulière aux défenses et aux pattes. Les défenses des Ephemeridae sont recourbées vers le haut, alors que celles des Polymitarcyidae pointent légèrement vers le bas. Aussi, les tibias des pattes postérieures des Ephemeridae sont modifiés et munis d’une pointe plutôt prononcée, alors que les pattes des Polymitarcyidae sont de forme normale (tibia arrondi, sans pointe proéminente).

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On voit les défenses et l’aspect général

Les naïades d’Ephemeridae peuvent constituer jusqu’à la moitié de la biomasse d’invertébrés dans certains lacs. Elles prolifèrent dans les sédiments plus ou moins fins, où elles se creusent des tunnels comme une taupe le ferait. Leurs pattes modifiées servent en quelque sorte de pelle et leur permettent de creuser efficacement le substrat aquatique. Les tunnels sont creusés en forme de « U » et possèdent un trou à chaque extrémité. Les éphémères en sortent une fois la nuit venue afin de s’alimenter sur le substrat environnant. Les sillons qu’elles forment, de même que les trous de leurs tunnels, peuvent être aperçus en examinant le fond sableux ou vaseux des lacs.

Ces arthropodes sont principalement des ramasseurs-collecteurs : ils collectent et ingèrent les particules de matière organique qui se déposent au fond de l’eau. Pour se ravitailler en oxygène, les naïades génèrent un courant à l’aide de leurs branchies pour faire circuler l’eau dans leur « tanière ». Certaines espèces profitent du courant créé pour faire pénétrer des particules en suspension directement dans leur demeure et s’en nourrir. Livraison à domicile garantie!

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Ces sillons photographiés sous l’eau pourraient être des traces de naïade d’Ephemeridae

Lorsqu’elles sont prêtes pour la métamorphose vers la phase adulte, les naïades se laissent flotter à la surface de l’eau et amorcent leur transformation. En général, on peut observer une génération d’Ephemeridae chaque année. Plus au nord, il peut en prendre jusqu’à deux années pour compléter un cycle complet, alors qu’au sud, on peut se retrouver avec deux générations par année.

Il semble que l’émergence des membres de ce groupe soit très synchronisée pour une même localisation. Cela n’est pas sans conséquence : les nuées massives notées dans certaines localités peuvent devenir source d’irritation, comme j’en ai déjà parlé dans ce billet datant de quelques années! Néanmoins, il faut savoir que ces insectes sont inoffensifs et très bénéfiques tant au sein des écosystèmes aquatiques que terrestres : poissons, oiseaux et herpétofaune s’en délectent avec plaisir… De même que les yeux des entomologistes ou photographes amateurs comme moi!

Comme j’avais plusieurs photos et vidéos à vous partager de cet insecte fort sympathique, je vous laisse apprécier ces quelques images supplémentaires ci-dessous!

Vidéo 1. Naïade d’éphémère fouisseur de la famille Ephemeridae.

Vidéo 2. Même individu nageant dans mon « bol d’observation »!

Galerie photo

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Photo d’un Ephemeridae adulte en pose « typique »
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Les adultes sont attirés par la lumière (ici lors d’une chasse nocturne)
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Taille d’une naïade
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Autre vue d’une naïade

Pour en savoir plus

Incursion chez les invertébrés de nos lacs

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Naïade de demoiselle Coenagrionidae

C’est déjà bien établi : j’ai un faible pour les invertébrés aquatiques. Je vous ai souvent parlé d’invertébrés collectés dans des rivières et ruisseaux ou encore ceux retrouvés dans l’étang à poissons que je possédais. Un milieu que j’avais moins exploré en matière de faune invertébrée est celui des lacs. Cependant, au courant des dernières années, j’ai eu la chance de séjourner à quelques reprises sur le bord de jolis lacs québécois. Comme vous pouvez vous en douter, j’en profitai pour recenser la faune locale!

Sur la page Facebook DocBébitte, je vous avais diffusé il y a un peu plus d’une semaine une vidéo d’organismes collectés en donnant quelques coups de filet en zone littorale d’un lac (voir la vidéo 1 ci-dessous). Je vous suggérais de garder l’œil ouvert pour identifier tout ce que vous pouviez y voir, que ce soit furtivement ou en premier plan. Dans cette vidéo, on retrouvait plusieurs bons représentants de la vie sur le littoral d’un lac. Qui sont-ils?

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Asellidae, un isopode aquatique

Commençons par les deux taxons les plus visibles : un isopode aquatique (famille Asellidae) et une naïade de demoiselle (sous-ordre Zygoptera).

Les aselles sont des cousins de nos cloportes terrestres qui sont tous des isopodes (ordre Isopoda). Saviez-vous qu’il s’agit de crustacés? Faciles à reconnaitre, ils sont de forme aplatie et munis de sept paires de pattes. Ils arborent des teintes de brun, gris ou noirâtre. Leur taille varie de 5 à 20 mm; ils sont assez gros pour les remarquer à l’œil nu. On les retrouve dans une vaste palette d’habitats aquatiques, incluant les zones peu profondes des lacs. Si le substrat est composé de petites cachettes où se planquer, ils y seront! C’est d’ailleurs le cas de la zone du lac que j’ai échantillonnée : elle était constituée de touffes abondantes de plantes submergées offrant un habitat à plus d’une espèce d’invertébrés!

C’est aussi dans cet habitat que je retrouvai la plupart des autres individus, y compris des naïades de libellules zygoptères appartenant à la famille Coenagrionidae. Une très vaste partie des demoiselles bleues adultes que l’on peut apercevoir près des points d’eau ou dans nos jardins font partie de cette grande famille d’odonates. Voshell (2002) indique qu’il s’agit d’un groupe très souvent recueilli lors de collectes d’invertébrés en bordure de lacs, marais et étangs, en particulier là où les plantes et débris sont abondants.

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Végétation aquatique dans laquelle j’ai échantillonné

Outre ces deux groupes, avez-vous été capables d’observer les autres organismes, plus furtifs, dans la vidéo 1? On y aperçoit des mites d’eau (Hydracarina; voir cette chronique) qui dévalent rapidement telles de grosses boules brun-rougeâtre, de même qu’un tout petit zooplancton que je ne parviens pas à identifier tellement il passe vite en arrière-plan (copépode ou cladocère, là est la question!). Un gammare (ordre Amphipoda), sorte de crustacé latéralement aplati, passe, tel un éclair, et disparaît dans les débris. Plus en avant plan, en regardant en ligne droite sous la naïade de zygoptère, on peut voir à plusieurs reprises une larve de chironome qui se fraie un chemin à travers les débris (gardez l’œil ouvert sur ce qui ressemble à une toute petite chenille de couleur pâle).

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Trio de coléoptères aquatiques : haliple, dytique et gyrin (de gauche à droite)

Les autres coups de filet que je donnai me permirent d’observer d’autres individus représentatifs du littoral d’un lac. À titre d’exemple, je mis la main sur plusieurs petits coléoptères aquatiques : dytiques (Dytiscidae), gyrins (Gyrinidae) et haliples (Haliplidae).

Les haliples sont connus sous le nom de « aquatic crawling beetles »; contrairement aux dytiques et gyrins, leur mode de locomotion par prédilection implique de grimper et de ramper sur la végétation aquatique, plutôt que de nager dans ou sur l’eau. Voshell (2002) ajoute que les adultes ne sont pas de très bons nageurs. Ce n’est donc pas surprenant que j’aie mis la main sur un individu en arpentant les touffes de végétation parsemées en bordure de lac.

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Petite écrevisse

En revanches, les dytiques et les gyrins se déplacent beaucoup plus aisément dans l’eau. Je vous ai déjà parlé des prouesses des dytiques dans cette précédente chronique. Ces derniers constituent presque la moitié des espèces de coléoptères que l’on recense en milieu aquatique. Il s’agit d’un groupe très diversifié et omniprésent. Pas étonnant que j’en ai observé!

Les gyrins sont, eux aussi, très présents dans nos milieux d’eau douce. Comme ils se tiennent principalement en grands groupes à la surface d’eaux calmes, ils sont faciles à observer. En anglais, on les appelle « Whirling beetles », ce qui fait référence à leur mode de locomotion : ils tourbillonnent à droite, puis à gauche… De quoi à donner le mal des transports, quoi!

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Escargot aquatique

Je pus également mettre la main sur un insecte fouisseur en donnant des coups de filet dans le sable. Une naïade d’éphémère m’y attendait! Contrairement à la majorité des autres organismes que j’ai capturé dans les plantes et débris, cet éphémère se creuse des tunnels dans le substrat mou et vit à l’abri des regards. D’ailleurs, la morphologie de ces éphémères diffère de leurs confrères : leur corps est cylindrique, alors que leur tête et leurs pattes sont modifiées de sorte à faciliter le creusage du sol. De plus, ils sont munis de défenses! Les individus se construisent un tunnel en forme de U qui peut s’enfoncer jusqu’à 13 cm de profondeur. Ces naïades sont connues de certains pêcheurs qui fabriquent des leurres à poisson à leur effigie.

En plus de tous ces fabuleux spécimens, quelques organismes – souvent mieux connus de la population en général – étaient présents : écrevisses, sangsues, escargots et moules d’eau douce!

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L’étrange vers planaire

Enfin, un groupe d’invertébrés nettement plus obscur était aussi compris dans mes échantillons : il s’agit des vers plats ou vers planaires (Classe Turbellaria). Beaucoup de membres de ce groupe peuvent être observés en zones peu profondes de milieux calmes, préférentiellement sur des substrats solides comme des cailloux et roches. Certaines espèces peuvent également se retrouver sur des plantes et détritus variés. Il s’agit d’un taxon particulier et peu connu qui, comme plusieurs des organismes présentés dans le présent billet, m’inspireront sans aucun doute d’autres chroniques!

Histoire à suivre!

Vidéo 1. La naïade de demoiselle et l’aselle sont bien évidents en avant-plan, mais saurez-vous trouver les autres invertébrés qui se cachent dans cette vidéo?

Vidéo 2. Naïade d’éphémère fouisseur de la famille Ephemeridae.

Vidéo 3. Étrange vers planaire, accompagné de quelques mites d’eau en déplacement.

Vidéo 4. Autre naïade de demoiselle Coenagrionidae se déplaçant au fond du lac, après que je l’y ai remise.

Pour en savoir plus

  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Un tandem amoureux pour la Saint-Valentin!

En cette semaine de la Saint-Valentin, pourquoi ne pas parler de copulation… chez les insectes, bien sûr!

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Tandem entre deux odonates du genre Sympetrum

Le tandem amoureux pratiqué chez les odonates (libellules et demoiselles) suscite la curiosité, que vous soyez entomologiste aguerri ou non. Quelle drôle de position prennent-ils! Comme si ce n’était pas assez, cette dernière ressemble parfois à un cœur, comme pour témoigner du fait qu’il y a de l’amour dans l’air!

Mais comment cela se passe-t-il, au juste?

Au moment de la reproduction, le mâle courtise la femelle et cherche d’abord à l’agripper à l’aide de ses pattes, la mordillant parfois.  Ensuite, il la fait prisonnière en saisissant sa tête avec ses appendices terminaux (dits aussi anaux), un peu comme on le ferait avec un étau.

Lorsque le tandem est formé, le mâle zygoptère (demoiselle) prend quelques instants pour transférer son sperme de son 9e segment (où se situe l’orifice génital) vers ses pièces copulatrices situées sur la face ventrale de son 2e segment. Chez les anisoptères (libellules), cette tâche serait effectuée avant de capturer une femelle. En fin de compte, c’est le contact entre les parties génitales de la femelle et les pièces copulatrices du mâle qui permet le transfert du sperme vers la femelle. Cette distance entre l’orifice génital produisant le sperme et les organes copulateurs du mâle serait une particularité propre aux odonates, selon Paulson (2011). Remarquez cependant que, dans le vaste et mystérieux monde des invertébrés, les araignées mâles possèdent aussi une telle caractéristique.

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Voyez-vous la forme en cœur chez ces demoiselles en tandem?

La fécondation de la femelle peut se faire immédiatement au moment de la copulation ou plus tard. En effet, la femelle est en mesure d’entreposer le sperme du mâle et ce… tout le reste de sa vie! Ainsi, au fur et à mesure que les œufs sont produits, ces derniers peuvent être fécondés, qu’il y ait ou non un mâle à proximité.

Il arrive fréquemment que les mâles saisissent une femelle d’une autre espèce en vue d’un tandem. Habituellement, la « connexion » entre les deux individus ne fonctionnera pas… Quoique la copulation entre membres d’espèces différentes ait été observée, de même que certains hybrides issus d’une telle relation!

Les femelles odonates ne semblent pas trop se formaliser du fait qu’elles sont retenues prisonnières par leur douce moitié. Un fait qui serait sans doute moins apprécié chez les humains! Espérons que vous passerez une Saint-Valentin joyeuse… et en toute liberté!

Pour en savoir plus

Je stipule que c’est une tipule!

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Larves de tipules aquatiques

Le jeu de mots était trop tentant! Aviez-vous deviné que l’insecte-mystère de la chronique du 19 janvier était une larve de tipule? Je vous aurais dit que c’était plus particulièrement un Tipulidae, mais il y a eu quelques changements de noms depuis mes études et la famille Tipulidae a été scindée pour notamment former les Limoniidae – famille à laquelle appartient maintenant la larve photographiée. Plus précisément, il s’agit d’un individu du genre Hexatoma. Le sous-ordre demeure Tipulomorpha et on peut donc encore se permettre de les appeler tipules!

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Larve de tipule terrestre

Je vous avais déjà parlé des tipules adultes dans cette chronique de 2013 et vous ai relaté l’observation d’une tipule qui a émergé en plein hiver dans ma maison (ici).

Aujourd’hui, je veux plutôt vous entretenir des larves. Depuis les deux chroniques susmentionnées, j’ai eu l’occasion d’observer plusieurs larves en milieu terrestre et de documenter leur comportement sur photos et vidéos. Ma connaissance initiale de ce groupe était basée uniquement sur des individus aquatiques. Il faut dire que les larves de tipules sont fréquemment rencontrées dans nos cours d’eau québécois. Certaines, très grosses, font environ la taille de mon index!

La vaste majorité des tipules est associée à des milieux où le taux d’humidité est très élevé : abords de cours d’eau, plaines d’inondation, litière humide. Cependant, Merritt et Cummins (1996) précisent que quelques espèces sont retrouvées dans les champs… et même en milieu désertique!

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Autre larve retrouvée dans mes plates-bandes

Qu’elles soient aquatiques ou terrestres, les larves de tipules possèdent d’étranges caractéristiques. Leur arrière-train ressemble souvent (plupart des espèces) à une drôle d’étoile : deux stigmates bien visibles se retrouvent sur une surface plutôt plane bordée de lobes de chair plus ou moins longs et en nombre variable. Leur tête, en retrait, peut être visible quand la larve s’agite. J’avais d’ailleurs pris une vidéo d’une larve retrouvée dans mes plates-bandes où l’on voyait la capsule céphalique en question (en fin de chronique).

Fait intrigant, chaque fois que j’ai manipulé une larve de tipule terrestre (quelque 4 ou 5 fois), cette dernière choisit de vider le contenu de son intestin dans ma main. S’agit-il d’un mécanisme de défense? Je serais curieuse d’en connaître la réponse, puisque je ne l’ai pas trouvée lors de mes recherches!

Presque toutes les fois où j’ai mis la main sur une larve terrestre, c’était en jouant dans mes plates-bandes. Ceci n’est pas surprenant, beaucoup de larves étant des déchiqueteurs-détritivores. Elles se délectent de la litière laissée au sol et constituent ainsi un important maillon de la dynamique des écosystèmes terrestres.

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L’arrière-train peut ressembler à ceci!

Il en est de même pour les espèces aquatiques. Bon nombre se nourrissent des amas de feuilles et de détritus s’accumulant dans certains tronçons de cours d’eau ou de lacs. Certains individus optent néanmoins pour une diète plus protéinée et croquent d’autres invertébrés aquatiques. C’est le cas du genre Hexatoma, notre vedette de la devinette du 19 janvier. Ce genre a la capacité de gonfler les muscles du bout de son abdomen, ce que l’on voyait sur ma devinette. Ce renflement permet à la larve de coincer son corps entre des roches et ainsi être en mesure de manœuvrer pour mieux saisir et maîtriser ses proies. Pratique, quand on ne possède pas de pattes, n’est-ce pas?

Selon Voshell (2002) ainsi que Merritt et Cummins (1996), la famille Tipulidae (avant d’être subdivisée) constituait le groupe de diptères possédant le plus grand nombre d’espèces. Il s’agit en outre d’un grand groupe fort diversifié et retrouvé dans une vaste palette d’habitats. Si vous souhaitez découvrir les larves, il suffit de jouer dans la litière (aquatique ou terrestre) et de garder l’œil ouvert! Si vous êtes chanceux comme moi, vous risquez même de faire entrer un individu par inadvertance dans votre demeure (cette chronique).

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Bon, je me fais encore déféquer dessus!

Si c’est le cas, ne craignez point! Non seulement les larves sont-elles de bons invertébrés recycleurs de la matière organique, les adultes sont inoffensifs et jolis à observer et photographier. Une poignée d’espèces peuvent s’avérer des pestes en milieu agricole, mais, règle générale, nos tipules sont plus des organismes bénéfiques que nuisibles.

Je termine la chronique en vous invitant à visionner une vidéo où l’on voit deux larves de tipules aquatiques. Une, très sombre à gauche de l’écran, semble totalement amorphe et pourrait être confondue avec un débris (je pense à une brindille). Je ne sais pas si elle a été blessée lors de la collecte, car elle semblait intacte. La seconde larve, beaucoup plus active, s’agite et rampe dans le petit plat dans lequel je la détenais. On peut voir certaines caractéristiques internes à travers son corps partiellement translucide.

Je me rappelle encore les hélas que ces deux larves ont suscitées quand elles furent recueillies. J’avais été invitée par le responsable du camp de l’Ere de l’Estuaire – un superbe site pour les amoureux de la nature, en passant! – à animer une sortie avec quelques jeunes du secondaire. Les adolescentes qui étaient avec moi avaient été surprises de réaliser qu’il y avait de la vie sous les roches des ruisseaux et rivières… Et les larves de tipules, par leur apparence singulière et leur bonne taille, avaient suscité un mélange de dégoût et de curiosité! Ce fut une belle découverte à partager!

Vidéo 1. Larves de tipules (et autres insectes) ramassées sur un petit cours d’eau sillonnant le site de l’Ere de l’Estuaire.

Vidéo 2. Tête d’une larve vue sous la loupe de mon microscope. La tête est rétractable; on voit les mandibules se faire agiter, de même qu’une partie de la capsule céphalique vers la fin de la vidéo.

Vidéo 3. Larve de tipule en mouvement.

Pour en savoir plus

Six années pour DocBébitte!

Que le temps passe vite, ne trouvez-vous pas?

Il y a maintenant six années, je démarrais le blogue DocBebitte.com! Sans prétention, mon objectif a toujours été de partager mes apprentissages… et de m’amuser tant en apprenant qu’en diffusant mes trouvailles!

Qui aurait cru que je me rendrais à 287 publications originales, en plus de la mise en place d’une page Facebook pour partager à la fois mes chroniques, mais aussi toutes sortes d’autres nouvelles entomologiques provenant du Web?

Je ne vous dirai jamais assez merci pour vos encouragements et votre soutien! Et n’oubliez pas que vous pouvez me faire part de sujets de chroniques en tout temps! Au plaisir de faire route ensemble pendant encore bien des années!

Caroline, alias DocBébitte

docbébitte 6ans
C’est la fête!