Capsule vidéo : Mon premier élevage de chenilles – Partie 2

Avez-vous déjà élevé des chenilles ?

Cet été, c’est ce que j’ai fait. Pour la première fois !

Je vous ai déjà fait part de la première partie de cette expérience il y a quelques semaines.

Passons à la seconde portion, où les chenilles sont de plus en plus dodues… et nécessitent de plus en plus de soins !

Vous y verrez notamment comment je m’y prenais pour nettoyer leur « vivarium » et à quel point elles étaient gloutonnes !

Et l’aventure ne se termine pas là…

Vous voulez en voir plus ? Jetez un coup d’œil ci-dessous à la « partie 2 » relatant mon premier élevage de chenilles !

Criocère du lis : ma vie c’est d’la m… !

Eh oui, j’ai bel et bien osé nommer cette chronique ainsi !

(Pour ceux qui s’y connaissent peu côté culture populaire, une pièce musicale franco-canadienne interprétée par Lisa LeBlanc et qui a remporté un franc succès porte ce titre.)

C’est que je veux vous parler d’un insecte dont le stade larvaire est fort étonnant et consiste… à s’enrober dans ses excréments pour échapper aux prédateurs ! Rien de moins !

Derrière ce superbe adulte se cache une enfance troublante !

Il s’agit du criocère du lis (Lilioceris lilii), un invertébré que vous connaissez sans aucun doute si vous avez des lis dans vos plates-bandes.

Le criocère du lis doit en effet sa renommée au fait qu’il cause d’impressionnants dommages aux lis, de jolies fleurs que beaucoup d’entre nous aiment voir trôner dans nos plates-bandes. Introduit d’Europe, la plus ancienne observation à nos latitudes serait au Québec, et plus spécifiquement dans la région de Montréal, en 1943.

J’avais déjà pris quelques photos et vidéos de ces insectes, mais je n’avais pas été aussi gâtée que cet été. Dans les plates-bandes de l’humble demeure où je suis récemment aménagée poussaient quelques plants de lis, plutôt chétifs. Néanmoins, je les ai laissés croître, espérant voir quelques jolies fleurs s’y épanouir. Ce fut le cas… bien que les plants aient été complètement assiégés par des larves et adultes du criocère du lis.

Le criocère du lis… dans mes lis!

Adhérant déjà à la philosophie du Jardinier paresseux (voir la section Pour en savoir plus), je savais que la meilleure option était de laisser aller les choses… et d’en profiter pour documenter le fascinant cycle de vie du criocère du lis.

À cet effet, quel cycle de vie particulier ! Les larves et les adultes rongent non seulement les feuilles des lis, ils peuvent aussi s’attaquer aux boutons floraux et manger les fleurs. Or, c’est la larve qui se démarque par sa façon d’échapper aux prédateurs… et de répugner les jardiniers qui chercheraient à s’en débarrasser !

Cette dernière s’enroule dans son mucus et ses excréments !

J’ai pu observer des larves de bonne envergure dans mes lis cet été. Nous avons pris des photos et des vidéos de ces larves… et je dois avouer que leur vue m’a plutôt dégoûtée, bien que je sois une amoureuse des insectes et autres invertébrés. La larve ressemble à une sorte de blob visqueux de couleur tout aussi ragoûtante variant entre le jaune, le kaki et le brun ! Même dépourvue de sa généreuse couche de mucus et d’excréments, la bête a une allure particulière : l’abdomen, renflé et jaune, est démesuré à côté de la petite tête et des pattes noires.

L’adulte, de son côté, est nettement plus charismatique. Faisant de 6,3 à 7,3 mm de long, sa tête, ses pattes et sa face ventrale sont noires, alors que ses élytres sont d’un rouge vibrant et brillant. J’en apercevais en grande quantité, souvent affairés à s’accoupler pour produire une autre génération d’étranges larves gluantes.

L’adulte est de taille moyenne

D’ailleurs, les recherches que j’ai effectuées pour écrire le présent billet m’ont permis d’apprendre qu’il y aurait d’une à trois générations (ce chiffre varie selon la source consultée) de ces insectes annuellement au Québec, dont une première génération d’adultes qui émergent tôt au printemps, vers le mois d’avril. De quoi à décourager les jardiniers qui les aiment nettement moins !

Revenons justement aux dommages générés par les criocères du lis. Le Jardinier paresseux recommande vivement – et simplement – d’arracher tous les végétaux auxquels s’attaquent les criocères du lis : lis (Lilium), lis géants (Cardiocrinum) et fritillaires (Fritillaria). Selon Smeesters et coll. (2005), ces arthropodes aimeraient également croquer quelques autres espèces, lorsque leurs plantes favorites ne sont pas disponibles, dont les sceaux-de-Salomon (Polygonatum spp.), les streptopes et les smilacines.

Cette larve couverte de mucus et d’excréments est la larve du criocère du lis!

Si vous cherchez malgré tout à préserver vos lis et êtes prêts à y mettre beaucoup d’énergie, le Jardinier paresseux passe en revue (et critique) quelques méthodes populaires. En voici un résumé (allez sur le site du Jardinier paresseux pour les détails) :

  • Récolte manuelle. Implique d’ausculter les lis tôt tous les matins et d’enlever à la main les adultes et les larves, puis de les jeter dans l’eau savonneuse ou les écraser. Les œufs jaunes, rouges ou orangés, d’environ 1,5 mm de long, peuvent également être repérés ainsi et retirés des plants. À noter que j’ai lu que les criocères du lis peuvent striduler bruyamment s’ils sont perturbés; ne soyez donc pas surpris s’ils lancent un cri lorsque vous les manipulez !
  • Marc de café. Il s’agit de l’épandre au sol afin de cacher l’odeur du lis. Il semble cependant, selon le Jardinier paresseux, que cette stratégie ne fonctionne pas.
  • Plantes répulsives. Il serait véhiculé que le fait de planter certains végétaux près du lis repousse le criocère… Un mythe à nouveau déboulonné par le Jardinier paresseux.
  • Vaporisations. Il s’agit de vaporiser différents produits sur les lis ou directement sur les criocères, dont de l’huile de neem, des savons insecticides et du savon à vaisselle. Le traitement semble avoir du potentiel, mais nécessite des vaporisations fréquentes et risque d’affecter d’autres insectes plus désirables (comme les abeilles, par exemple).

Espace pour la vie ainsi que Smeesters et coll. (2005) suggèrent quelques astuces supplémentaires :

  • Couvrir les plants d’une fine toile au printemps pour empêcher les adultes de les atteindre;
  • Pour la récolte manuelle, utiliser un tissu ou contenant au-dessus duquel secouer les plants ou utiliser un aspirateur manuel;
  • Ramasser ou brûler les végétaux morts et les débris au sol à l’automne pour réduire les refuges hivernaux possibles (par contre, vous réduirez ces refuges pour les autres invertébrés qui peuvent s’avérer utiles);
  • Vaporiser les plants d’un extrait de tanaisie pour masquer leur odeur;
  • Biner le sol autour des lis au printemps et à l’automne afin d’exposer les criocères aux intempéries et aux prédateurs.
Larve du criocère du lis et ses dégâts sur le feuillage

Une autre option : plantez des hémérocalles, de jolies fleurs qui ressemblent à celles du lis et que j’adore personnellement. Elles sont de bon couvre-sol (peu d’herbes indésirables poussent à leur pied), demandent très peu d’entretien et fleurissent en une vaste gamme de couleurs ! Qui plus est, les criocères ne s’en nourrissent pas !

En ce qui concerne les lis de mes propres plates-bandes, j’ai laissé les adultes et les larves de criocères du lis vaquer à leurs occupations. Ces individus, bien nourris et engraissés, ont sans doute pour leur part été loin de penser qu’ils ont eu une vie de m… !

Galerie photo

Pour en savoir plus

Capsule vidéo : Mon premier élevage de chenilles – Partie 1

Cet été, j’ai eu la chance de réaliser mon tout premier élevage de chenilles.

L’activité m’a permis de prendre de multiples photos et vidéos, que je vous présente avec plaisir dans le cadre de cette première capsule décrivant les péripéties d’un élevage de chenilles à partir de zéro.

La vidéo se termine avec une question pour vous : combien croyez-vous que nous avons amené de chenilles en vacances avec nous autour du Québec ?

Vous pouvez répondre à cette question dans la section des commentaires liée à la capsule YouTube ou sur la page Facebook DocBébitte !

Bon visionnement !

Joyeuse Halloween 2021 !

Vous avez vu passer la publication sur la page Facebook DocBébitte au sujet de cartes de « faits amusants » que j’ai préparées pour l’Halloween et voulez en savoir plus ?

Vous êtes passés chez DocBébitte cette Halloween, avez entre les mains une telle carte et voudriez voir celles que vous avez ratées ?

Peut-être cherchez vous de l’inspiration pour préparer une surprise similaire pour une autre occasion ?

Qu’à cela ne tienne ! Je vous partage, dans une galerie photo ci-dessous, l’ensemble des petits faits amusants que j’ai concoctés cette année pour les « Halloweeneux » qui seront passés par chez moi !

Et j’en profite pour vous souhaiter une joyeuse Halloween… pleine de bêtes étranges ! Mouhahahaha !

Gagnante ex aequo 2021 : 2) L’araignée-loup par Céline Benoit Anderson

Comme vous l’avez sans doute lu les semaines dernières, nous avons eu deux gagnantes ex aequo dans le cadre du concours amical de photo de cette année.

Cette semaine, je vous présente la seconde des photos gagnantes : l’araignée-loup par Céline Benoit Anderson.

Photo gagnante: l’araignée-loup par Céline Benoit Anderson

Sur le cliché de Céline, on voit une jolie araignée-loup (famille Lycosidae) femelle, qui trimbale son cocon rempli d’œufs. Je vous avais déjà dit que c’est parfois difficile d’identifier un spécimen à partir d’une photo, car nous n’avons pas toujours un bon aperçu des éléments qui permettent l’identification.

Comment alors savons-nous qu’il s’agit d’un lycosidé ? Il y a deux trucs !

La disposition des yeux aide à l’identification

Tout d’abord, la disposition des yeux est le principal critère à retenir pour distinguer les membres de la famille Lycosidae. Chez les araignées-loup, les quatre yeux antérieurs forment pratiquement une ligne droite. Aussi, les yeux postérieurs sont nettement plus gros que les yeux antérieurs et forment un rectangle ou un trapèze (selon les sources !) s’étalant vers le dessus de la tête (le céphalothorax). Cela fait en sorte que l’on voit souvent la paire d’yeux postérieurs latéraux lorsque l’on regarde l’araignée du dessus. C’est d’ailleurs ce que l’on peut voir sur la photo de Céline. Cet agencement est si propre aux lycosidés qu’il s’agit de la deuxième famille à pouvoir être discriminée lorsque l’on utilise la clé d’identification du guide de Paquin et Dupérré (2003).

Un autre bon indice est la façon dont les femelles portent leur sac d’œufs. Le cliché de Céline le représente très bien : les mamans transportent ce sac dans leurs filières, à l’arrière de leur corps. Il s’agit d’un comportement typique chez les araignées-loup.

Les lycosidés peuvent être d’assez grande taille (plus de 20 à 30 mm pour certaines espèces). Par conséquent, il arrive assez souvent qu’elles soient confondues avec les dolomèdes (famille Pisauridae), les plus grosses araignées que l’on peut trouver au Québec (j’ai écrit sur le sujet dans ce billet). L’agencement des yeux des dolomèdes se distingue toutefois des araignées-loup : la bande d’yeux postérieurs n’est pas alignée (sur mes photos et celles consultées sur Bug Guide, je constate que cette bande est généralement arquée vers l’arrière) et les yeux antérieurs ne forment pas de rectangle ou de trapèze. De plus, les femelles dolomèdes trimbalent leur sac d’œufs à l’avant, dans leurs chélicères.

On distingue les dolomèdes (à gauche) des lycosidés (à droite) en les regardant bien dans les yeux!

Il est peu probable que vous n’ayez jamais vu une araignée-loup. Il s’agit d’une araignée très commune, retrouvée dans une vaste gamme d’habitats. La plupart de ces arthropodes chassent au sol et ne tissent pas de toiles à l’instar des agélénidés ou des épeires. La disposition de leurs yeux fait qu’elles ont une très bonne vision. Elles ne poursuivent pas des proies activement, mais vont plutôt rester immobiles jusqu’à ce qu’un insecte (ou une autre araignée) passe à proximité. Lorsque le moment est propice, elles se jettent sur leur proie !

La vie au sol fait en sorte que ces arachnides constituent souvent une grande proportion des captures réalisées à l’aide de pièges-fosses. Justement, j’en retrouvais en grand nombre dans la piscine creusée que j’avais dans la cour de ma précédente demeure. C’est ainsi que j’appris à manipuler beaucoup d’araignées: je rescapais à la main les belles araignées-loup (et aussi passablement d’agélénidés) flottant encore à la surface. C’était un bon exercice pour moi qui, je l’avoue, souffrais d’arachnophobie (et je ne peux dire que j’en suis encore parfaitement guérie !). Les individus moins chanceux qui avaient eu le temps de se noyer se retrouvaient quant à eux dans ma collection faite de spécimens trouvés morts.

Cette femelle en a « plein le dos » avec la famille!

Comme vous l’avez constaté à la photographie gagnante, les lycosidés sont de bonnes mères. La femelle prend grand soin à transporter son sac d’œufs, ce qui inclut parfois de se promener entre les zones ensoleillées et ombragées pour s’assurer que les rejetons en devenir se développent à la bonne température. Une fois les petits sortis du cocon, la femelle continue de trimbaler sa précieuse cargaison pendant une à deux semaines. Cela offre la possibilité à des amateurs comme moi de prendre des clichés de femelles araignées dont le dos est bondé de rejetons. Des dizaines de petits araignons ! Une vue qui ferait hérisser le poil des bras d’arachnophobes, sans aucun doute !

Fait intéressant, en effectuant les recherches pour écrire le présent billet, je suis tombée sur une explication du nom « araignée-loup » qui a été donné à ce groupe d’arachnides. Paquin et Dupérré (2003) indiquent en effet que ce serait à la fois leur présence en grand nombre au sol, lors de journées ensoleillées, telle une meute de loups, mais également leur aspect velu, qui aurait inspiré le nom vernaculaire.

Et que dire de cet aspect velu ! La jolie araignée photographiée par Céline semble en effet faite en peluche ! Est-ce cette apparence qui lui a valu le coup de cœur du public ?

Qu’à cela ne tienne ! Félicitations à nouveau à Céline Benoit Anderson pour cette victoire ex aequo !

Et merci à nouveau à toutes les personnes qui ont soumis de superbes photos (que vous pouvez encore visionner ici) et à tous ceux qui ont pris le temps de voter pour leur photo préférée !

On se revoit l’année prochaine pour la dixième édition ?

La jolie araignée-loup est bien velue!

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Family Lycosidae – Wolf Spiders. https://bugguide.net/node/view/1967 (page consultée le 17 octobre 2021).
  • Bug Guide. Family Pisauridae – Nursery Web Spiders. https://bugguide.net/node/view/1963 (page consultée le 17 octobre 2021).
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.