DocBébitte en bref : voraces mouches noires!

Avant de publier le prochain billet DocBébitte déjà prévu à la programmation, je voulais vous relater un événement qui vient de se produire!

Lorsque je travaille sur mon blogue, je suis toujours curieuse de voir quelles sont les chroniques qui s’avèrent les plus consultées. Depuis quelques semaines, la chronique « Petites mouches, grosses piqûres » figure en tête de palmarès. Il faut croire que les attaques répétées de mouches piqueuses à ce temps-ci de l’année font bien des victimes!

Cela dit, j’ai eu le plaisir hier d’aller faire une sympathique randonnée à la Vallée du parc de la Jacques-Cartier. Bien que l’événement en tant que tel fut fort agréable, nous fûmes néanmoins assaillis par des hordes d’insectes piqueurs : mouches noires (Simuliidae), maringouins (Culicidae) et mouches à chevreuil (Tabanidae). Le verdict final? Mouches noires : 1, DocBébitte : 0!

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Piqûres de simulie près de l’œil, hier et aujourd’hui

Dans la chronique susmentionnée, j’avais parlé de ma réaction allergique assez forte à la piqûre de ces bêtes – surtout les mouches noires. Lors de ma randonnée d’hier, je fus piquée au visage, notamment au-dessus d’un œil. L’intensité de ma réaction – d’ailleurs toujours très présente aujourd’hui – me donne envie de vous partager cette dernière à l’aide de quelques photographies. Le contour supérieur de mon œil situé près de la piqûre est en effet très enflé. On dirait presque un œil au beurre noir!

Une piqûre sur le bras que j’ai documentée hier, alors que la mouche était en train de se gaver de mon sang, et quelques autres au cou et aux oreilles s’avèrent presque aussi spectaculaires!

Ce ne sont pas tous les gens qui réagissent de façon égale aux insectes piqueurs. Si le cœur vous en dit, je vous invite à partager vos expériences en vous joignant à la Page Facebook DocBébitte (vous pourrez même y ajouter vos photos!) ou encore en écrivant dans la section « Commentaires » de la présente chronique.

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Piqûre de simulie sur le bras, hier et aujourd’hui

Capsule-devinette : débris ou non, là est la question!

Quand on est entomologiste dans l’âme, on s’habitue à repérer des invertébrés au travers de débris de toutes sortes. L’invertébré-mystère de cette semaine pourrait en effet passer pour un résidu végétal quelconque, si ce n’était du fait qu’il rampe et bouge!

De qui s’agit-il?

Pour répondre à cette question, joignez-vous à la Page Facebook DocBébitte (pour plus d’interactions avec les autres lecteurs!) ou encore inscrivez votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. La réponse vous sera dévoilée lors de la prochaine publication DocBébitte!

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Quelle bête se cache derrière ce qui semble être un débris?

Une chenille loin d’être disparate!

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La chenille du bombyx disparate (Lymantria dispar)

Vous avais-je déjà dit que j’aime les chenilles? Ces sympathiques bêtes rampantes se laissent généralement observer et manipuler à souhait; elles s’avèrent de bons modèles pour une photographe amateure d’insectes comme moi!

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Elle ressemble à un cactus!

Leur robe porte également des couleurs souvent variées et est ornée, à l’occasion, de poils et d’épines impressionnantes. C’est le cas de l’insecte mis en vedette cette semaine : la chenille du bombyx disparate (Lymantria dispar). Aussi appelée spongieuse, cette chenille arbore une tête bigarrée et un corps grisâtre surmonté d’excroissances bleues et rouges, lesquelles possèdent des épines d’allure peu invitantes. Les premiers stades ne présentent pas ces caractéristiques, mais on peut reconnaître néanmoins l’espèce à la présence de protubérances ressemblant à des verrues sur chaque côté du premier segment thoracique (immédiatement derrière la tête).

Les poils qui caractérisent notre jolie chenille possèdent des propriétés urticantes. J’en ai parlé dans cette précédente chronique. Pour ma part, j’ai manipulé un grand nombre d’individus et je n’ai pas démontré de réaction. Malgré tout, je vous conseillerais de les manipuler avec soin; certaines personnes s’avèrent plus sensibles que d’autres!

La chenille de la spongieuse peut mesurer quelque six centimètres de long. Il s’agit d’une chenille de taille fort appréciable! Cela dit, notre arthropode ne fait pas la fine bouche et son menu comporterait plus de 500 espèces végétales. Selon Hébert et al. (2017), elle démontrerait tout de même un petit faible pour les feuilles des chênes et des peupliers. Vorace, comme toute chenille digne de ce nom, elle est susceptible de générer d’importants dommages. Elle est d’ailleurs considérée comme une peste notoire.

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Les poils de cette chenille peuvent être urticants

Lorsque la chenille se métamorphose en papillon, la femelle, plus pâle (cette photo tirée de Bug Guide), est trop lourde pour prendre son envol. Elle doit donc attendre l’arrivée de son prince charmant, un mâle plus petit et vêtu d’une robe plus sombre parcourue de lignes ondulées (ce cliché). Une fois la copulation achevée, la femelle dépose ses œufs sur le tronc d’un arbre ou tout autre support à sa disposition (branches jonchant le sol, par exemple). Elle recouvre sa masse d’œufs des poils de son abdomen, ce qui lui donne l’apparence d’une sorte d’éponge… qui est à l’origine du nom commun de cette espèce « la spongieuse »! Les rejetons demeureront bien confortables dans l’œuf pour traverser les rigueurs de l’hiver. Ce n’est qu’une fois le printemps venu que l’éclosion se produit.

Le bombyx disparate aurait été introduit en Amérique du Nord près de Boston entre 1868 et 1869. C’est un naturaliste français qui en serait responsable; ce dernier cherchait à croiser ce bombyx avec le ver à soie et élever les chenilles afin de produire de la soie. Malheureusement, des individus s’échappèrent et surent s’adapter à l’environnement nord-américain. L’aire de distribution de notre lépidoptère s’est ensuite progressivement étendue autour de Boston, vers les états américains voisins de l’est et du nord, de même qu’au Canada. On retrouve maintenant cette espèce dans tout le nord-est de l’Amérique du Nord.

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C’est la deuxième fois que je recueille une chenille parasitée

Différentes tactiques furent tentées pour mieux contrôler cette peste. Entre autres, une mouche parasitoïde de la famille Tachinidae (Compsilura concinnata) fut introduite aux fins de lutte biologique. Malheureusement, ce diptère démontra également une préférence pour d’autres papillons, dont certains sont indigènes à l’Amérique du Nord.

Concernant les parasites, j’avais déjà capturé un spécimen moribond que j’avais oublié dans un pilulier. Lorsque fut venu le temps d’examiner ma capture, il y avait plus qu’une chenille dans le contenant : deux cocons étaient apparus… comme par magie! J’en parle dans cette chronique. Fait intéressant, j’ai récidivé la semaine dernière en ramassant une chenille d’apparence morte… pour la trouver quelques heures plus tard à nouveau accompagnée d’un cocon orangé. S’agissait-il de notre diptère parasitoïde? Je ne le saurai point, puisqu’aucun insecte n’émergea des cocons formés!

Vidéo 1. Oui, ça chatouille! Certaines personnes réagissent aux poils urticants de cette chenille. Ça ne semble pas être mon cas jusqu’à maintenant.

Galerie photo

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La capsule céphalique est bigarrée
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La chenille mature atteint une taille approchant les 6 cm
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Cocon du parasitoïde (non identifié)

Pour en savoir plus

  • Bartlett Wright, A. 1993. Peterson First Guide to Caterpillars of North America. 128 p.
  • Bug Guide. Species Lymantria Dispar – Gypsy Moth – Hodges#8318. https://bugguide.net/node/view/8780
  • Bug Guide. Species Compsilura concinnata.
  • https://bugguide.net/node/view/265766
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Hébert, C., Comptois, B. et L, Morneau. 2017. Insectes des arbres du Québec. 299 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

L’aeschne des pénombres… qui illumina ma journée!

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Mâle aeschne des pénombres (Aeshna umbrosa) que j’ai rencontré

Parfois nous avons l’occasion de faire une observation que nous n’avions pas prévue. J’ai très peu de photographies de libellules adultes de la famille Aeshnidae. Il s’agit globalement de grosses libellules (plus ou moins 50 à 80 cm de long) qui ont la bougeotte! Elles ne demeurent pas en place très longtemps, comparativement à d’autres de leurs consœurs, rendant la tâche de les capturer en photo ou en vidéo plutôt ardue!

En me baladant près de l’étang sis à l’entrée du parc du Bois-de-Coulonge, à Québec, je fis néanmoins la rencontre d’un mâle aeschne des pénombres (Aeshna umbrosa) qui se laissa manipuler et photographier à souhait. Malheureusement, la raison pour laquelle je pus admirer ce spécimen d’aussi près est qu’il était handicapé.

J’en ai déjà parlé précédemment (voir notamment ce billet) : la métamorphose de la naïade vers l’adulte s’avère être une étape risquée dans le cycle de vie d’une libellule. Un coup de vent, une vague, une erreur quelconque… et l’individu s’en retrouve déformé et inapte au vol. Sa raison d’être – se reproduire – devient par le même fait inatteignable.

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La métamorphose ne s’est pas passée comme prévu : les ailes ne se sont pas bien formées

Je découvris le mâle aeschne par hasard. Je furetais autour de l’étang, à la recherche de libellules variées, quand un bruissement d’ailes attisa ma curiosité. L’aeschne peinait à garder l’équilibre sur une feuille de sagittaire à demi émergée; le bas de son corps et ses ailes trempaient dans l’eau de l’étang. Je pris l’individu dans mes mains, pour noter rapidement que les ailes avaient mal séché suite à son émergence. Était-il tombé dans l’eau à un mauvais moment? Je ne le saurai point.

Ce malheur fut néanmoins ma chance : comme mentionné en début de chronique, je n’avais pas encore eu l’opportunité d’examiner d’Aeshnidae adulte vivant sous toute ses coutures. Les nombreuses photographies, ainsi que la vidéo qui accompagnent le présent billet témoignent de mon examen détaillé!

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Les appendices au bout de l’abdomen sont importants pour l’identification

Je possède quelques bons guides me permettant d’identifier les libellules à l’espèce en examinant les motifs, la taille et la coloration. Toutefois, j’avais tout de même pris soin de photographier les appendices situés au bout de l’abdomen de « mon » spécimen. Il s’agit d’un critère important à viser si vous aimez prendre des clichés de libellules en vue de les identifier. Dans le présent cas, la vue des appendices (qui prenaient la forme d’une rame dotée d’un pic orienté vers le bas, à son extrémité) me permit de confirmer sans aucun doute que je faisais face à un mâle aeschne des pénombres.

L’habitat privilégié par cette espèce inclut les lacs, les cours d’eau à courant lent, les petits et gros étangs… y compris ceux situés en zone urbanisée, comme le parc où j’ai effectué mes observations. Les naïades colonisent ces milieux, où elles s’affairent, comme toute libellule digne de ce nom, à dévorer d’autres invertébrés aquatiques, de même que des petits poissons et des têtards.

Les mâles de l’aeschne des pénombres ont pour habitude de sillonner leur territoire en s’arrêtant régulièrement pour faire du « sur place ». Paulson (2011) précise qu’ils peuvent s’arrêter ainsi, face vers le rivage, pendant une trentaine de secondes à la fois. Surveillent-ils leurs rivaux? Ou de potentielles femelles? Sans doute les deux!

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Vue de face

Paulson mentionne également que cette espèce est plus active en après-midi. Les recensements matinaux relèveraient beaucoup moins leur présence. Ainsi, si vous souhaitez les observez, pas besoin d’être un lève-tôt! Qui plus est, le nom de cette libellule (des pénombres) lui sied parfaitement bien : elle s’avère généralement active même dans l’ombre (on pourchasse typiquement les libellules au soleil, car c’est là où elles sont plus actives!) ou encore jusqu’au crépuscule.

Les femelles qui ont été fécondées pondent leurs œufs sur des substrats situés au ras de l’eau, tels que des branches ou des troncs partiellement submergés. Elles sont aussi susceptibles de pondre sur le rivage, de même que sur des substrats hors de l’eau et plutôt secs. Il semblerait, selon Paulson (2011), qu’elles aient une préférence pour les matériaux ligneux plutôt que les plantes aquatiques contrairement à beaucoup de leurs consœurs. D’autres sources consultées citent néanmoins les plantes aquatiques comme un des lieux de ponte observés. Les deux substrats seraient vraisemblablement utilisés… avec peut-être quelques préférences lorsque cela est possible!

Les adultes de l’année qui émergent peuvent être observés au Québec du mois de juin jusqu’en octobre. Avec le sympétrum tardif (Sympetrum vicinum), l’aeschne des pénombres constituerait l’une des espèces observées le plus tardivement à nos latitudes.

Je termine la présente chronique par une vidéo du mâle que j’ai eu le loisir de manipuler. Elle est suivie d’une galerie photo, où vous pourrez apprécier quelques clichés supplémentaires de cette espèce, incluant une photographie soumise dans le cadre d’un des concours passés de photographie amicale DocBébitte. Bon visionnement!

Vidéo 1. Mâle de l’aeschne des pénombres, malheureusement endommagé à la suite de sa métamorphose.

Galerie photo

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Autre mâle A. umbrosa – photo soumise dans le cadre du concours amical 2016
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Autre vue de près du mâle rencontré
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On voit l’individu, qui est mal en point
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La libellule est de bonne taille

Pour en savoir plus

Merci pour tout, Monsieur Brossard!

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Brève rencontre entre DocBébitte et Georges Brossard… qui fut néanmoins fort inspirante!

Vous avez sans doute appris, tout comme moi, le décès aujourd’hui même du célèbre entomologiste québécois Georges Brossard.

Contrairement à plusieurs collègues entomologistes, je n’ai eu la chance de croiser que très brièvement le chemin de ce personnage unique, lors d’une conférence qu’il est venu donner sur les lieux de mon travail en 2012. Lorsqu’il sortit une mygale de son sac, j’avais les yeux béants. Sans doute suffisamment pour que ce dernier juge bon de me demander de me joindre à lui pour manipuler la bête (je devais détonner des autres regards, probablement plus effrayés!).

C’était la première fois qu’on me remettait une araignée entre les mains – j’ai déjà souffert d’arachnophobie, croyez-le ou non! Je venais par ailleurs d’apprendre que je souffrais d’un trouble anxieux et j’étais en crise depuis déjà quelques semaines. Cette rencontre ralluma une étincelle en moi, que je croyais avoir perdu. Je me souviens encore, cette soirée-là, de revenir à la maison en gambadant comme une gamine. Quelques mois plus tard naissait le blogue DocBébitte!

Georges Brossard a accompli beaucoup de belles choses, notamment en inaugurant l’insectarium de Montréal. Il en a inspiré plusieurs avec ses récits de voyages, mais aussi par son message plus général nous encourageant à suivre (et à vivre) nos passions, quelles qu’elles soient.

Pour tout cela, nous lui disons « Merci, Monsieur Brossard »!