Un insecte sur la neige ?

Ah ! Comme la neige a neigé !

L’hiver. Ce n’est sans doute pas la saison préférée des entomologistes.

Les invertébrés se font rares et sont généralement observés davantage dans les maisons qu’à l’extérieur.

Certains d’entre eux ont toutefois la capacité de survivre aux rigueurs de l’hiver… et se pointent le bout du nez !

C’est le cas de la mouche des neiges (genre Chionea).

Cette année, ce n’est pas un individu, mais bien deux que j’eus la chance d’observer.

Vidéo 1. Capsule DocBébitte informative au sujet de la mouche des neiges.

La pandémie battant son plein, mon conjoint et moi avons décidé d’utiliser notre temps de congé, pendant la période habituellement festive, pour faire de multiples randonnées dans des secteurs boisés. Lors de ces promenades, je pus donc apercevoir deux étranges insectes aptères (dépourvus d’ailes) se baladant sur la neige.

Peut-être en avez-vous déjà observé et pensé qu’il s’agissait d’araignées. En effet, les mouches des neiges possèdent des pattes plutôt longues et ont une démarche faisant penser à celle de certaines araignées à grandes pattes. Détrompez-vous, il s’agit bien de membres de l’ordre des diptères (le nom mouche est donc tout à fait approprié), en particulier de la famille Limoniidae (autrefois Tipulidae). D’ailleurs, ceux qui connaissent déjà les tipules leur trouveront un certain air de famille !

La première question qui nous vient à l’esprit lorsque l’on rencontre ce type d’insecte est « comment peuvent-ils bien survivre à l’hiver ? ». En fait, les mouches des neiges produisent des molécules de sucre (glycérol et tréhalose) dans leur hémolymphe, ce qui leur évite de geler. Bref, c’est comme si elles possédaient une sorte d’antigel circulant dans leur sang.

Premier spécimen observé lors d’une randonnée en milieu forestier

Et pourquoi l’absence d’ailes ? Les sources consultées évoquent comme hypothèse le fait que, à des températures sous 0 °C, il est plus difficile de générer suffisamment d’énergie pour garder fonctionnels des muscles servant au vol.

Enfin, pourquoi émerger pendant les mois d’hiver ? La réponse résiderait vraisemblablement dans la quasi-absence de prédateurs pendant ces mois plus rigoureux… quoique certains orthoptères et vertébrés comme des souris pourraient s’en nourrir.

La présence d’invertébrés actifs sous le couvert nival est déjà connue. Comme le précisent Paquin et coll. (2019), le couvert de neige constitue un isolant sous lequel se forme un espace de vie où la température avoisine les 0 °C. L’activité microbienne associée à la dégradation de la litière de feuilles contribue à former ce lieu propice à la vie des invertébrés, appelé habitat subnivéen, même pendant l’hiver.

Paquin et coll. ont confirmé que les mouches des neiges y étaient présentes et actives. Néanmoins, celles-ci semblent également s’aventurer hors de cet abri, puisqu’elles sont aperçues assez fréquemment, déambulant sur la neige.

En effectuant mes recherches, j’ai pu lire que certaines espèces du genre Chionea étaient en mesure de survivre jusqu’à des températures de -7,5 °C et -11,2 °C (selon l’espèce et l’étude). De façon générale, il semble toutefois être admis que ces individus puissent être observés régulièrement à des températures de 0 à -6 °C.

Même spécimen, recroquevillé. J’ai remarqué qu’ils prenaient cette pose lorsque dérangés.

Au Québec, une seule espèce – Chionea valga – était connue jusqu’à ce que Paquin et coll. (2019) collectent une seconde espèce – Chionea scita – lors de leurs recherches effectuées à l’hiver 2016-2017. Ces deux espèces se distinguent par la configuration des pièces génitales, leur coloration, ainsi que le nombre de segments antennaires (7 à 8 chez C. valga contre 13 chez C. scita).

Malheureusement, je n’étais pas munie d’un bon appareil photo lorsque je filmai et photographiai les deux individus aperçus et je ne me risquerai donc pas à les identifier fermement. Cependant, si vous avez la chance de croiser des spécimens de ce genre, sachez que de bonnes photographies des antennes vous seront utiles pour l’identification !

Qui a dit qu’il n’y avait pas moyen de faire de la photo d’insectes à l’extérieur pendant l’hiver ? Je vous souhaite de bonnes observations en cette année 2021 qui s’amorce !

Second spécimen, autre milieu forestier en montagne

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Genus Chionea – Snow Flies. https://bugguide.net/node/view/42998 (page consultée le 9 janvier 2021).
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Paquin, P. et coll. 2019. Chionea scita – une deuxième espèce de mouche des neiges au Québec. Dans Nouv’Ailes 29 (1) – printemps 2019 : 6-7.
  • Wikipedia. Chionea. https://en.wikipedia.org/wiki/Chionea (page consultée le 9 janvier 2021).

Joyeuses fêtes 2020!

2020 est une année qui restera gravée dans la mémoire de bien des gens!

Plusieurs souhaitent tourner la page rapidement, alors que d’autres ont profité du temps épargné par le télétravail pour s’adonner encore plus à leurs passe-temps préférés… comme l’entomologie!

Où que vous soyez et peu importe ce que vous avez fait de 2020, je prends un petit moment pour vous souhaiter, chers lecteurs DocBébitte, collègues, parents et amis, de joyeuses fêtes avec votre petit cocon familial… ainsi qu’une nouvelle année remplie de santé, d’abord et avant tout!

Au plaisir de faire de nouvelles découvertes avec vous et de continuer à lire vos commentaires en 2021, que ce soit sur le présent blogue ou sur la page Facebook DocBébitte!

Caroline, alias DocBébitte

Ce criquet-lutin vous souhaite de joyeuses fêtes!

L’histoire d’une photo: le sphinx du gaillet

Il est fréquent que mes parents et amis me transmettent des photographies d’invertébrés à identifier.

Bien que je ne sois pas une entomologiste professionnelle, je m’amuse souvent à tenter d’identifier les individus croqués sur le vif. Cela me permet d’en apprendre davantage moi-même au sujet de groupes d’organismes que je n’ai pas encore rencontrés, puis de partager mes découvertes.

Il y a quelques jours, lorsque ma mère me transmit une photo d’une chenille qu’elle avait observée au début du mois de novembre, je sus immédiatement de quelle espèce il s’agissait.

C’était un joli arthropode coloré que je n’avais pas eu la chance d’observer moi-même jusqu’à maintenant: une chenille du sphinx du gaillet (Hyles gallii).

Chenille du sphinx du gaillet: la photo qui m’a inspiré la présente chronique!

D’assez grande taille, cette chenille peut atteindre 70 millimètres à maturité. Sa robe varie du beige au noir en passant par le vert. Elle est munie d’une corne rouge ou noire au bout de son abdomen, ce qui aide à l’identifier (la corne est une caractéristique propre à la famille des sphinx). Elle se reconnaît également par la présence de taches plus pâles sur ses segments abdominaux.

L’adulte quant à lui, constitue un fort joli papillon de taille moyenne (voir cette photo tirée de BugGuide).

Les plantes favorites de la chenille incluent des végétaux de la famille des onagracées, tels les épilobes, et des rubiacées, dont les gaillets, d’où le sphinx tire son nom. Selon Wagner 2005, les chenilles matures font toutefois moins la fine bouche et peuvent se délecter d’autres types de plantes.

Les habitats privilégiés par cette espèce comprennent les milieux ouverts ou semi-ouverts tels que les champs, les prés abandonnés, les friches, les milieux humides ou les tourbières.

Selon Handfield 2011, les plantes hôtes de cette espèce sont communes et répandues sur le territoire du Québec, faisant en sorte que les adultes sont sans doute plus communs que ce que laissent paraître les données. En effet, ce dernier indiquait que les adultes étaient plutôt occasionnellement rencontrés au Québec, affirmation appuyée par Beadle et Leckie en 2012 concernant leur situation en Amérique du Nord. Cependant, Normandin mentionne dans son ouvrage publié en 2020 que cette espèce est commune; il faut croire que l’avancement de la science a permis de cumuler davantage d’informations, au courant des dernières années, sur la présence de cette espèce au Québec.

La période de vol des adultes s’étale de la fin du mois de mai à la première semaine d’août. Pour ce qui concerne les chenilles, on peut les voir se déplacer de la mi-août à la fin du mois d’octobre, période à la fin de laquelle elles se chercheront un refuge pour passer l’hiver. Pour ce faire, elles s’enfouiront dans le sol meuble, y effectueront leur métamorphose et traverseront les rigueurs de l’hiver sous forme de chrysalide.

La chenille que ma mère a photographiée au début du mois de novembre devait en être à ses derniers déplacements avant l’hiver.

Espérons qu’elle se soit trouvé un refuge et qu’on puisse l’observer sous forme adulte au printemps venu!

Pour en savoir plus

  • Beadle, D. et S. Leckie. 2012. Peterson field guide to moths of Northeastern North America. 611 p.
  • Bug Guide. 2005. Species Hyles gallii – Galium Sphinx – Hodges#7893. https://bugguide.net/node/view/31976 (page consultée le 13 décembre 2020).
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Handfield, L. 2011. Guide d’identification – Les papillons du Québec. 672 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2018. Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes. 335 p.
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.
  • Wikipédia. 2019.

Tirage d’un calendrier DocBébitte 2021

2020 aura été une année bien particulière.

Pourquoi ne pas tourner la page sur cette année, que certains voudront voir disparaître rapidement, en commençant 2021 avec le seul et unique calendrier DocBébitte?

Comme vous le savez, DocBébitte est un blogue que j’alimente dans mes loisirs et je n’en retire aucun bénéfice autre que vos généreux commentaires qui me font progresser dans mes réflexions et mes connaissances!

Loin de moi est donc l’idée de commercialiser des calendriers et c’est pourquoi, comme chaque année, je souhaitais offrir un calendrier inédit DocBébitte à un lecteur chanceux qui sera choisi par le hasard!

Voici comment participer :

  • Vous devez posséder une adresse postale au Québec, où je pourrai vous envoyer ledit calendrier*;
  • Pour vous inscrire, écrivez-moi à DocBebitte@Outlook.fr en indiquant que vous souhaitez participer au tirage du calendrier 2021;
  • Vous inscrire avant le vendredi 18 décembre 2020 à 23h59.

Le tirage (un seul calendrier est à tirer) aura lieu dans les jours qui suivront! D’ici là, bonne chance et je vous souhaite du courage pour terminer cette année 2020 pas comme les autres (on l’espère)!

Caroline, alias DocBébitte

*SVP noter que je me dégage de toute responsabilité liée à un bris lors du transport par Postes Canada. Merci pour votre compréhension.

Recto et verso du calendrier DocBébitte 2021

Capsule vidéo : Trois livres à offrir en cadeau!

En début de semaine dernière, j’ai publié une capsule vidéo vous offrant quelques suggestions de livres entomologiques à donner en cadeau.

La voici :

À la fin de la capsule, je vous propose de jeter un coup d’œil à des chroniques DocBébitte antérieures, lesquelles parlent de plusieurs autres livres que vous pourriez offrir à votre entomologiste préféré… Ou à vous-même!

Ces chroniques sont nombreuses et sont accessibles en suivant les hyperliens associés :

J’espère que vous y trouverez le cadeau parfait!

Bonne chance!