La chenille gastronome

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La superbe chenille du papillon du céleri

L’été dernier, vous êtes plusieurs à avoir observé une jolie chenille arborant le vert, le jaune et le noir dans vos potagers. Cet arthropode gastronome s’en prenait notamment à vos plants de persil, carottes, céleri et fenouil. De qui s’agissait-il?

Plus particulièrement, lors de la dernière publication, je vous affichais l’arrière-train de cette chenille, dont le motif me faisait penser à un « Monsieur Baboune ». Il s’agissait en fait de la chenille du papillon du céleri, Papilio polyxenes.

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Stade plus jeune, plus petit et fort différent

Comme certains d’entre vous, j’eus la chance d’observer et de photographier des chenilles de cette espèce plutôt abondante à l’été 2019. Les deux spécimens que je pus suivre de près avaient choisi de s’attaquer à un plant de persil appartenant à ma mère.

En bonne entomologiste amateur, c’est en arpentant les plates-bandes de ma mère à l’affut de toute bête digne d’intérêt que je découvris deux jeunes chenilles sur son persil, lesquelles ne ressemblaient pas à ce que je connaissais du papillon du céleri. En effet, les chenilles de cette espèce changent d’allure au fur et à mesure qu’elles croissent. Les jeunes individus observés étaient munis d’épines et imitaient des fientes d’oiseaux (corps plutôt sombre ponctué en son centre d’une tache blanche). Une robe très différente de la chenille plus mature qui est lisse et bariolée de vert pâle (parfois pratiquement blanc), jaune et noir!

Fait intéressant, je pus observer l’évolution des deux spécimens à ma portée sur près de deux semaines. Les deux petites chenilles du départ étaient nettement plus grosses par la suite. Il faut dire que la chenille mature peut atteindre 5 cm. J’eus aussi la chance d’assister à la mue d’un des individus; la vidéo de cette intrigante métamorphose est présentée en fin de chronique.

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Chenille qui vient de muer; sa vieille peau repose à ses côtés

Si la chenille du papillon du céleri est facilement rencontrée, c’est que cette espèce favorise les habitats ouverts comme les prés, les champs cultivés et les jardins en milieu urbain. Une autre raison est qu’elle se retrouve souvent à grignoter des plantes que nous mangeons nous-mêmes. Comme mentionné en début de chronique, l’espèce se nourrit de plusieurs herbes et légumes du jardin comme le céleri, les carottes et autres membres de la famille Apiaceae (fenouil, aneth, coriandre, panais, etc.) et de la famille Rutaceae (qui comprend les agrumes).

Malgré son comportement alimentaire, la chenille n’est pas nécessairement considérée comme une peste. Selon Wagner (2005), les femelles auraient l’habitude de ne pondre que quelques œufs par plante, évitant ainsi les grosses colonies comme celles formées par les chenilles à tentes (dont la livrée des forêts). Par contre, je lis dans Handfield (2011) que, au contraire, les papillons peuvent être observés en grand nombre là où les plantes-hôtes sont retrouvées en abondance. Dans ces lieux, les chenilles deviendraient davantage des pestes potentielles.

La chenille du papillon du céleri peut être confondue avec celle du papillon queue-courte (Papilio brevicauda). Néanmoins, Leboeuf et Le Tirant (2012) précisent que la chenille du papillon queue-courte est plus verte et arbore une suite de points noirs plutôt que de rayures. Par ailleurs, les aires de répartition des deux espèces se recoupent peu, hormis certains secteurs de chevauchement au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

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Chenille qui commence à déployer son osmeterium

Dans les quelques jours qui suivirent mes propres observations, j’espérais que ma mère aurait l’occasion de voir les chenilles former des chrysalides et, qui sait, se transformer en papillon. Malheureusement, au bout de quelques jours, lesdites chenilles disparurent. Je me suis d’abord demandé si elles s’étaient fait dévorer. Cela est possible, puisque plusieurs prédateurs sont susceptibles de se délecter des chenilles, bien que celles-ci aient un moyen de défense en réserve : lorsque la chenille est perturbée, elle réagit en gonflant un organe orange en forme de fourche sur sa tête. Cet organe, qui se nomme osmeterium, dégage une odeur nauséabonde qui est désagréable – mais pas entièrement dissuasive – pour les prédateurs.

Toutefois, en me documentant aux fins de la présente chronique, j’ai lu que les chenilles peuvent s’immobiliser non seulement sur une tige rigide, mais aussi sur une roche pour passer à la métamorphose en chrysalide. Peut-être que les chenilles se seront déplacées d’elles-mêmes pour trouver un support différent, plutôt que de s’être retrouvées dans la panse d’un prédateur quelconque?

Le stade de chrysalide dure de neuf à quinze jours. Les rejetons issus de la seconde génération d’adultes passeront l’hiver sous forme de chrysalide. Il faut dire que le papillon du céleri présente deux générations à nos latitudes : la première vole de la mi-mai au début juillet, alors que la seconde vole de la mi-juillet au début du mois de septembre.

Les sources consultées suggèrent également que l’abondance du papillon du céleri est cyclique. Comme il semble avoir été observé par plusieurs entomologistes en herbe à l’été 2019, il est fort à parier que cette dernière année a été favorable pour cette espèce. Reste à voir si elle pointera à nouveau le bout du nez pour 2020!

Vidéo 1. Chenille du papillon du céleri (Papilio polyxenes) que j’ai eu la chance de filmer alors qu’elle muait. Elle laisse sa « vieille » peau derrière elle. On remarque même la capsule céphalique (tête) de la mue qui reste coincée quelques instants dans le visage de la « nouvelle » chenille toute fraîche. Fascinant, n’est-ce pas?

Galerie photo – quelques photos supplémentaires pour le plaisir des yeux!

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Autre vue sur la chenille mature
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La chenille à ses premiers stades
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Chenille immobile sur le point de muer
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Autre vue de la chenille après la mue

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