350e publication DocBébitte : Méli-méloé!

Une 350e publication. Rien de moins !

Pour célébrer ce jalon tout juste franchi, je vous ai offert, sur la page Facebook DocBébitte, de voter pour le sujet traité.

Et vous avez opté pour l’étrange méloé!

Outre le méloé noir (Epicauta pennsylvanica) et le méloé cendré (Epicauta murina), je n’avais pas eu la chance d’observer d’autres membres de la famille Meloidae, dont ceux du genre Meloe. J’avais pourtant vu beaucoup de photographies – peut-être même les vôtres! – des femelles dont l’abdomen est si gonflé qu’elles apparaissent énormes.

Jolie femelle du genre Meloe observée ce printemps

Ce printemps, lors d’une balade à la réserve du Marais Léon-Provancher, en banlieue de Québec, je fus enfin servie! L’individu, d’une teinte noire bleutée, déambulait devant nous dans le sentier. Il se laissa manipuler à souhait, uniquement soucieux d’aller toujours vers l’avant. Ce fût d’ailleurs tout un défi de le photographier : il n’arrêtait simplement pas de marcher!

J’aurais aimé être certaine de l’espèce en cause, mais les sources que j’ai consultées ne procuraient pas suffisamment de détails sur les critères à examiner pour confirmer l’identité de ma belle (c’était une femelle). D’ailleurs, si vous avez des astuces à partager sur le sujet, vos suggestions sont les bienvenues! Néanmoins, suivant Normandin (2020), je pus noter que trois espèces – appartenant toutes au genre Meloe – comportent des attributs similaires au spécimen photographié.

La famille des méloés est fascinante. Les larves, appelées triongulins, constituent, pour la plupart, des parasitoïdes d’abeilles sauvages (quoique quelques-uns soient des parasitoïdes d’orthoptères). Dans les sources consultées, j’ai noté plusieurs mécanismes de dispersion utilisés par les larves afin de se retrouver dans les nids d’abeilles. Premièrement, Normandin (2020) indique que les femelles méloés peuvent pondre leurs œufs directement dans les nids d’abeilles sauvages situés au sol. Dubuc (2007) et Marshall (2009) précisent de leur côté que les femelles pondent des œufs au sol, desquels surgissent les larves qui grimpent le haut de fleurs pour ensuite s’accrocher aux abeilles solitaires qui y butinent. Une fois parvenues au nid, ces larves lâchent prise et se retrouvent sur l’œuf pondu par l’abeille. Sur Wikipédia (2020), il est aussi indiqué que les triongulins peuvent attirer les mâles abeilles à l’aide de signaux chimiques. Ils s’accrochent aux mâles, puis sont éventuellement transférés vers des femelles, lorsqu’il y a contact.

Peu importe le moyen de transport privilégié, les larves qui atteignent leur destination finale s’avèrent voraces. Elles dévorent d’abord l’œuf de l’abeille, puis se nourrissent du pollen et du nectar entreposés sous l’œuf, qui étaient initialement destinés à nourrir la larve de l’abeille.

Les adultes, eux, optent pour un régime végétarien et se délectent de nectar, de pollen et ne dédaignent pas manger même les fleurs entières et les feuilles des plantes, selon l’espèce.

L’abdomen est énorme et peu recouvert par les élytres

Les mâles du genre Meloe diffèrent des femelles : deux segments de leurs antennes sont organisés de sorte à former une courbe. Ils s’en servent pour lisser ou maintenir les antennes de Madame lorsque vient le temps de lui faire la cour. À cet effet, bien que le méloé noir ne possède pas de tels attributs, j’ai été fascinée de voir un mâle de cette espèce s’adonner à faire ce qui semblait être des « caresses » à une femelle. Il tambourinait sur l’arrière-train de cette dernière à l’aide de ses antennes. J’ai trouvé le comportement si intrigant que je vous l’avais partagé dans cette chronique de la Saint-Valentin.

Lors de mes recherches pour documenter la présente chronique, j’ai aussi été étonnée de lire que les Meloidae sont en mesure d’exsuder de l’hémolymphe (leur sang) lorsqu’ils sont perturbés. Leur hémolymphe contient une substance nommée cantharide qui est susceptible d’irriter la peau et d’entraîner la formation de phlyctènes. Le nom commun anglais des méloés traduit d’ailleurs cette aptitude : ils se prénomment « blister beetles », soit coléoptères à cloques… à ne pas confondre avec têtes à claques!

Pourquoi étais-je si surprise de lire cette information? Si vous jetez un coup d’œil aux photos qui agrémentent la présente chronique, vous noterez que j’ai allègrement manipulé l’individu observé. Heureusement, je n’ai pas dû déranger suffisamment la bête et mes doigts sont demeurés indemnes! Soit cela, soit que la femelle manipulée n’avait pas encore été fécondée. En effet, fait intéressant : les femelles non fécondées acquièrent leur cantharide à la suite de la copulation avec le mâle. C’est en offrant un spermatophore (un « paquet de sperme ») enduit de cantharide que l’échange s’effectue. Une bonne façon pour le mâle de s’assurer que les œufs – et la femelle – qu’il féconde survivent !  

Même au sol, on peut apprécier la taille de cet insecte!

D’autres organismes profitent de la capacité des méloés à générer de la cantharide. Plusieurs insectes, dont les coléoptères de la famille Anthicidae, seraient attirés par les cadavres de méloés, desquels ils assimileraient la toxine. D’autres préfèrent leur repas bien chaud : certaines mouches piqueuses mordraient les jointures plus tendres des méloés vivants afin de siroter leur hémolymphe. Il est présumé que ces mouches assimileraient le cocktail toxique, un peu à l’instar des chenilles de monarques qui assimilent la cardénolide des asclépiades, afin de mieux se protéger des prédateurs.

Fille qui ne savait pas qu’il y a des risques à manipuler les méloés!

La cantharide n’intéresse pas que les invertébrés. Une espèce bien précise de méloé, la Spanish Fly (espèce Lytta vesicatoria), a fait l’objet d’un vif intérêt de la part des humains pour la cantharide qu’elle contient. L’espèce est élevée, moulue et vendue pour usages médicinaux… mais a aussi servi à la production d’aphrodisiaques. Il est cependant vivement déconseillé de concocter et consommer la cantharide par soi-même, puisque, même à petite dose, elle peut s’avérer fatale ou, du moins, générer de sérieux dommages aux reins. N’essayez pas à la maison!

Si j’avais su tout cela lorsque j’ai manipulé mon premier méloé ce printemps, j’aurais peut-être pris quelques précautions supplémentaires! Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un groupe fascinant à voir de près!

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. 2003-2021. Family Meloidae – Blister Beetles. https://bugguide.net/node/view/181 (page consultée le 27 juin 2021).
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec et autres arthropodes terrestres. 610 p.
  • Wikipédia.2020. Meloe. https://fr.wikipedia.org/wiki/Meloe (page consultée le 27 juin 2021).
  • Wikipédia.2020. Meloidae. https://fr.wikipedia.org/wiki/Meloidae (page consultée le 27 juin 2021).

Capsule vidéo: Incursion au marais!

Comme vous le savez, j’ai récemment ajouté à l’offre DocBébitte la réalisation de capsules vidéo.

La semaine dernière, je lançais la plus récente d’entre elles: une incursion au marais.

Tournée au marais Léon-Provancher, vous y verrez une DocBébitte qui vous présente quelques invertébrés aquatiques: naïades de libellules et d’éphémères, gyrins, escargots et autres!

En sus, une petite surprise d’un organisme non invertébré qui aura su distraire quelques instants mon caméraman (mon conjoint, que je remercie d’ailleurs)!

Bon visionnement!

Les « bébittes » du pêcheur

Êtes-vous déjà allés à la pêche?

Avez-vous remarqué à quoi ressemblait l’appât que vous utilisiez?

Il s’agissait sans doute d’une imitation d’un poisson ou d’un invertébré.

En effet, un bon moyen pour capturer une prise digne d’un trophée est d’utiliser un leurre qui ressemble aux organismes dont elle se nourrit habituellement. Rien de plus alléchant!

C’est un lecteur de DocBébitte qui m’a donné envie d’explorer ce domaine. Ce dernier me demandait si j’avais quelques photos de larves de chironomes (voir cette chronique), mais également d’autres organismes d’origine aquatique retrouvés au Québec qui pouvaient lui servir d’inspiration dans la fabrication de leurres.

Aussi, je m’amusais dans la dernière chronique (ici) à vous faire deviner quelques imitations d’invertébrés que je retrouvais moi-même dans mon coffre à pêche. Bref, les échanges m’avaient vraisemblablement inspirée!

L’intérêt des invertébrés aquatiques pour la pêche

Les invertébrés aquatiques représentent un intérêt certain pour le pêcheur, puisqu’ils font partie du milieu où évoluent les poissons. Les adultes de ces mêmes espèces ont aussi un cycle de vie qui les amène près des milieux aquatiques. C’est le cas par exemple des éphémères, des trichoptères et des libellules : les adultes iront se reproduire et pondre près de la surface de l’eau… là où des poissons les attendent impatiemment! Si un individu a le malheur de s’aventurer trop près de la surface de l’eau ou encore d’y tomber, c’en est fini pour lui!

Bref, quand on parle de « pêche à la mouche », on fait référence au leurre qui ressemble à une mouche ou à un insecte ailé quelconque. Souvent, ledit leurre cherche à imiter les insectes rencontrés près de la surface de l’eau comme les éphémères et les trichoptères adultes.

D’autres appâts, sans doute moins connus, prennent l’apparence des invertébrés œuvrant sous l’eau. Dans le billet de la semaine dernière, je présentais une photographie de quelques leurres que j’avais gardés dans mon coffre à pêche et qui représentent de tels organismes. Y étaient inclus des insectes terrestres qui peuvent parfois s’aventurer trop près de la surface de l’eau. Aviez-vous reconnu certains d’entre eux? Notamment une écrevisse, un ver de terre, une naïade de libellule (vivant sous l’eau) et de multiples imitations d’insectes ailés, tels les trichoptères, éphémères et autres que je ne saurai identifier exactement!

Ma récente incursion dans ce domaine m’a également appris que plusieurs pêcheurs fabriquent eux-mêmes leurs leurres, dont certains imitent de toutes petites créatures aquatiques comme les larves de chironomes. C’est le cas du lecteur qui m’a écrit sur le sujet; vous pourrez voir certaines de ses photos (et propres chefs-d’œuvre) qui accompagnent la présente chronique. Fascinant, n’est-ce pas?

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Quelques leurres fabriqués à la main – qu’y reconnaissez-vous?

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Autres leurres fabriqués à la main

Chaque leurre en son temps!

Vous pensiez que la pêche nécessitait simplement de lancer n’importe quel appât à l’eau peu importe le moment? Détrompez-vous!

En effet, comme les invertébrés aquatiques ont un cycle de vie les amenant à être plus ou moins abondants à certaines périodes de l’année, il est d’intérêt pour le pêcheur d’utiliser le bon leurre à la bonne période. Il en est de même pour le stade de vie (larve/nymphe vivant sous l’eau contre l’adulte ailé), qui ne se rencontre pas en tout temps de l’année.

Dans les ressources citées ci-dessous, vous pourrez visionner des vidéos d’un pêcheur aguerri (Brian Chan), qui nous présente une vaste palette d’imitations d’invertébrés (cette vidéo), tout en nous indiquant les meilleurs moments de l’année pour utiliser un leurre plutôt qu’un autre.

On y retrouve aussi un épisode de pêche d’une durée de 24 minutes (Phil Rowley on fishing a new lake) où le spécialiste nous indique notamment comment collecter des invertébrés en rive, ainsi que dans l’estomac des poissons capturés pour mieux identifier les leurres à utiliser selon la période de l’année. Une émission de pêche fort instructive que plusieurs d’entre vous apprécieront sans aucun doute!

Quelques ressources pour les curieux!

Comme je n’ai pas la prétention d’être une experte pêcheuse, je souhaitais compléter la présente chronique avec quelques ressources pour ceux d’entre vous qui utilisent ou fabriquent des appâts à poisson… Ou pour les entomologistes curieux comme moi!

Dans les éléments présentés ci-dessous, j’ai choisi de me concentrer davantage sur les organismes pouvant être rencontrés dans les écosystèmes lacustres et d’eau plutôt stagnante (lacs, élargissements du fleuve et étangs), question de répondre aux interrogations récemment reçues.

N’oubliez pas de vous rendre au bout de la chronique : quelques photos et vidéos supplémentaires vous y attendent!

1) Produits DocBébitte déjà existants (invertébrés retrouvés au Québec) :

2) Quelques sites Internet pertinents :

3) Vidéos et émissions de pêche (ailleurs au Canada) :

  • Phil Rowley on Fishing A New lake. Émission vidéo présentant des astuces pour bien choisir son secteur de pêche ainsi que ses leurres (incluant l’échantillonnage d’invertébrés): https://youtu.be/sYhumUOD4M8
  • Brian Chan. Vidéo expliquant les leurres à utiliser en fonction d’une connaissance des moments d’émergences ou de prolifération d’invertébrés divers : https://youtu.be/pHVfoRdQGxQ
  • Brian Chan. Vidéo au sujet de l’utilisation des chironomes comme leurres (incluant cycle de vie, locomotion, etc.) : https://www.youtube.com/watch?v=cXSEyvkqORQ
  • Brian Chan. Vidéo portant sur l’utilisation des sangsues comme leurres : https://www.youtube.com/watch?v=MKL17Tupn68
  • Brian Chan. Vidéo au sujet de l’utilisation d’amphipodes (crustacés d’eau douce) comme leurres : https://www.youtube.com/watch?v=eDvt4SjYcIA
  • Brian Chan : plusieurs autres vidéos disponibles! Je vous conseille de faire davantage de recherches en utilisant le terme « Brian Chan » et « fly fishing » selon les invertébrés qui vous intéressent!

4) Guides et clés d’identification d’invertébrés aquatiques d’Amérique du Nord

  • Hutchinson, R. et B. Ménard. 2016. Naïades et exuvies des libellules du Québec: clé de détermination des genres. 71 pages.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Galerie photo et vidéo d’invertébrés aquatiques du Québec

Enfin, vous trouverez ci-dessous une galerie photo et vidéo en complément aux ouvrages préalablement cités, qui présente quelques spécimens couramment rencontrés au Québec!

Il importe de souligner que ces ressources – incluant mes propres chroniques et photographies – sont loin d’être exhaustives! En outre, j’aurai certainement l’occasion de vous parler de nouvelles espèces lors de prochaines chroniques!

Si entretemps vous avez d’autres sources à suggérer ou des propositions de sujets connexes, n’hésitez pas à me le signaler!

Galerie vidéo

Vidéo 1. Sangsue observée au lac Cromwell (Station de biologie des Laurentides, Saint-Hippolyte, Québec).

Vidéo 2. Chironomes rouges en déplacement dans un petit plat.

Vidéo 3. Corise (Corixidae). Cet hémiptère aquatique fait partie des espèces retrouvées dans le contenu stomacal de certains poissons, comme le témoigne l’émission de pêche susmentionnée de Phil Rowley.

Vidéo 4. Lors d’une partie de pêche avec mon père, nous avons observé cette dolomède (voir cet article) se mouvoir à la surface de l’eau. Mon père s’est amusé à lancer son appât à proximité. Peut-être existe-t-il des leurres en l’honneur de cette gigantesque araignée d’eau qui doit sans doute attirer des poissons gourmands?

 

Galerie photo (cliquez sur les photos pour les agrandir)

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Corise (Corixidae), vue dorsale

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Corise (Corixidae), vue ventrale

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Vélie (Veliidae), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)

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Amphipode capturé dans une mare d’eau à marée basse dans le fleuve Saint-Laurent (Québec, Qc)

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Aselle (Asellidae), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)

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Naïade d’éphémère, lac Bonny (Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, Qc)

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Naïade de libellule, lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)

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Naïade de gomphe (Gomphidae; libellule), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)

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Naïade de Macromiidae (libellule), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)

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Naïade de demoiselle, lac Geai (Saint-Hippolyte, Qc)

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Larve de chironome

 

Des coléoptères aquatiques rampants

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Haliple du genre Haliplus

Je vous ai souvent parlé d’insectes aquatiques, notamment de quelques coléoptères fréquemment rencontrés en bordure de lacs (cette chronique). Bien que seulement 3 % des espèces de coléoptères réalisent une partie ou la totalité de leur cycle de vie en milieu aquatique, l’ordre des coléoptères est si grand que cela fait en sorte que l’on peut observer, dans les milieux aquatiques d’Amérique du Nord, environ 1 450 espèces de coléoptères appartenant à 19 familles. Il est donc fréquent d’en capturer lorsque l’on donne quelques coups de filet dans les cours d’eau et les zones littorales des lacs.

Vous connaissez sans doute les dytiques. Par contre, connaissez-vous les haliples (famille Haliplidae)? Ils ont la même taille que certains plus petits dytiques – soit de 2 à 6 mm – et peuvent être confondus avec cette famille appartenant elle aussi au sous-ordre des adéphages. Ce sous-ordre regroupe cinq familles de coléoptères dont les larves et adultes sont tous retrouvés en milieu aquatique.

Lorsque j’avais écrit un billet sur les invertébrés de nos lacs, j’avais précisé qu’une des sources consultées mentionne que les haliples ne sont pas de très bons nageurs. Peut-être est-ce le cas par rapport à d’autres coléoptères plus rapides, mais je dois avouer qu’une vidéo que j’ai tournée l’été dernier d’un haliple se mouvant dans son milieu naturel tend à suggérer que ces bêtes, sans être des champions olympiques, se débrouillent fort bien à la nage. Vous pouvez visionner cette vidéo à la fin de la présente chronique. Je suivais l’haliple à la nage, dans une eau peu profonde (tout au plus un mètre de profondeur).

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Autre spécimen du genre Haliplus; les motifs sur les élytres sont différents

À la fin de la vidéo, on voit l’insecte s’agripper à une plante aquatique. Il s’agit d’un habitat type de ce taxon, qui se retrouve en abondance dans les herbiers aquatiques des rivières à courant lent ou des lacs et étangs. L’arthropode s’y nourrit : selon Thorp et Covich (2001), ainsi que Merritt et Cummins (1996), l’adulte et la larve seraient tous deux herbivores et se nourriraient d’algues et de plantes aquatiques. Voshell (2002) ajoute qu’ils ingèrent par le même fait certaines bactéries et certains fongus qui croissent sur ces végétaux. De plus, il indique que certains individus – adultes et larves – auraient été vus alors qu’ils engouffraient de petits invertébrés, bien qu’il ne s’agirait pas de leur principale source de nourriture. BugGuide mentionne quant à lui que les adultes se nourriraient d’invertébrés, notamment de vers et de petits crustacés, affirmation appuyée par Evans (2014). Bref, les sources consultées ne semblent pas toutes s’accorder en la matière. On peut par conséquent présumer que notre coléoptère se situe quelque part dans le spectre entre l’herbivorie et la carnivorie. Sans doute un omnivore? Ou encore la démonstration d’une grande variabilité dans la diète entre les espèces composant cette famille?

Si l’on revient au comportement du coléoptère que j’ai filmé, le fait de s’agripper et de se mouvoir dans les herbiers aquatiques est ce qui a vraisemblablement donné le nom commun anglais à cette famille : crawling water beetles (coléoptères aquatiques rampants). Outre le fait qu’ils sont utilisés comme aire d’alimentation, les herbiers aquatiques sont aussi prisés par les femelles, qui y déposent leurs œufs. Thorp et Covich (2001) rapportent que des femelles du genre Haliplus ont été observées alors qu’elles taillaient un trou, à l’aide de leurs mandibules, dans certaines plantes aquatiques pour y pondre leurs œufs. Les femelles du genre Peltodytes, quant à elles, déposeraient leurs œufs directement sur le feuillage et les tiges.

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Spécimen vu de face

Les deux genres susmentionnés (Haliplus et Peltodytes) sont d’ailleurs ceux que l’on retrouve dans les eaux québécoises. Lors d’une conférence de l’Association des entomologistes amateurs du Québec en 2019 (Tessier 2019), le présentateur attirait notre attention sur les taches présentes sur le pronotum (segment situé immédiatement derrière la tête) : ces dernières peuvent servir de critère visuel rapide pour discriminer entre les deux genres. Il est si simple qu’on peut l’utiliser pour des photographies, sans avoir à tuer et préserver le spécimen. En effet, le genre Haliplus présente généralement une tache noire dans le haut du pronotum (toutes les photos d’adultes que j’ai prises et qui accompagnent ce billet), alors que le genre Peltodytes présente typiquement deux taches noires au bas de celui-ci (cet exemple tiré de Bugguide).

Les larves ont une allure particulière : ou bien elles sont effilées et possèdent un long filament terminal (photo ci-dessous pour laquelle M. Sylvain Miller m’a gentiment donné la permission de diffusion), ou bien elles sont munies d’une grande quantité de filaments tout le long de leur corps, un peu comme de longs poils (cette photo). Elles se camouflent bien parmi les plantes et les algues filamenteuses. Les larves respirent sous l’eau directement par le biais de leur peau. Vers la fin du stade larvaire, des stigmates (orifices respiratoires) se développent. Ces dernières servent à la respiration au moment où les larves quittent l’eau pour amorcer leur métamorphose. En effet, au moment de former une pupe, les larves se faufilent hors de l’eau et s’enfouissent dans le substrat humide bordant le milieu aquatique.

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Larve effilée d’haliple (genre Haliplus)

Si les larves respirent par leur peau, les adultes ont adopté de leur côté la même stratégie que les dytiques adultes : ils trainent avec eux leur bonbonne d’oxygène, à l’instar d’un plongeur. Comme les dytiques, les haliples forment une bulle d’air sous leurs élytres. Toutefois, ils trimbalent aussi une réserve logée sous un segment ventral situé près de leurs pattes antérieures. Cette plaque, nettement élargie chez les haliples, constitue d’ailleurs un critère d’identification servant à les discriminer des autres coléoptères aquatiques (voir notamment Moisan 2010), particulièrement des dytiques auxquels ils ressemblent passablement.

Un autre critère qui permet de les distinguer des dytiques est leur mode de propulsion à la nage. Alors que les dytiques donnent des coups de pattes à l’unisson, les haliples battent des pattes de façon alternative. Toutefois, si vous jetez un coup d’œil à mes vidéos ci-dessous, vous verrez qu’il faut être très attentif pour bien voir ce mouvement. Pas facile! Une meilleure tactique est sans doute, comme je le fais, de les capturer à l’aide de filets et de les manipuler dans mes mains. Contrairement aux dytiques qui mordent souvent, je ne me suis pas encore fait mordre par un haliple! Vous en serez avertis!

Vidéo 1. Haliple aperçu à la nage dans son habitat naturel (littoral d’un lac).

Vidéo 2. Haliples capturés à l’aide d’un filet troubleau. Ouvrez l’œil pour observer le mouvement alternatif des pattes. On le reconnait surtout par l’allure un peu « gauche » de la nage.

Pour en savoir plus

  • BugGuide. Family Haliplidae – Crawling Water Beetles. https://bugguide.net/node/view/20452
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Tessier, C. 2019. Coléoptères aquatiques du Québec. Conférence donnée le 15 février 2019 à Québec dans le cadre des Conférences de l’Association des entomologistes amateurs du Québec.
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

La coccinelle reine des échecs

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La coccinelle à quatorze points peut être observée dans nos jardins urbains

Dans la dernière publication, je vous demandais de deviner quel arthropode arbore une robe en damier, tel un jeu d’échecs. Aviez-vous reconnu la coccinelle à quatorze points (Propylea quatuordecimpuctata), aussi très justement nommée coccinelle à damier?

Il s’agit d’une petite coccinelle mesurant entre 3,5 et 5,2 mm dont la robe est variable d’un spécimen à l’autre. Sa couleur peut passer du jaune crème à l’orange pâle, sans toutefois être rougeâtre comme d’autres coccinelles. Les élytres sont également flanqués de quatorze points noirs de forme plutôt rectangulaire. Ces derniers sont souvent fusionnés de sorte à ne plus nécessairement représenter quatorze formes distinctes. Chez certains individus, le noir domine à un point tel que la coloration plus pâle, autrement assez dominante, est réduite à une douzaine de points.

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Coccinelle à quatorze points en délit de gourmandise

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Les pucerons constituent sa source d’alimentation favorite

Les mâles et les femelles peuvent être facilement distingués en examinant le devant de leur tête. Le mâle possède un « visage » de couleur pâle relativement uniforme (ce cliché de BugGuide), alors que celui de la femelle est caractérisé par une tache noire insérée entre deux zones plus pâles (cette photo).

J’ai trouvé le spécimen photographié depuis mon stéréomicroscope mort près d’une fenêtre de mon domicile à la fin de l’été. J’en avais vu quelques-uns parcourant les fines herbes de mon balcon; peut-être que l’un d’entre eux est entré par inadvertance à l’intérieur en même temps que moi et s’est retrouvé prisonnier?

Les individus aperçus sur mon balcon s’affairaient plus précisément à patrouiller dans un plant de coriandre qui était la proie de nombreux pucerons. Comme tout Coccinellidae digne de ce nom, notre coccinelle à quatorze points raffole des pucerons. Une des séances photo à laquelle je m’étais adonnée dans le passé présentait d’ailleurs cet insecte en plein délit de gourmandise (voir les photos à l’appui!).

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Vue dorsale

Les femelles pondent quelque 400 œufs vert pâle, d’où émergent des larves qui ressemblent à des alligators miniatures. Aussitôt sorties de l’œuf, les jeunes coccinelles en devenir se nourrissent de pucerons, comme les adultes. Elles le feront pendant 8 à 10 jours, après quoi elles formeront une pupe d’où elles émergeront un autre 4 à 5 jours plus tard.

La coccinelle à quatorze points est originaire d’Europe et d’Asie. En Amérique du Nord, plusieurs tentatives infructueuses d’introduction ont été effectuées avant 1960. C’est cependant une introduction accidentelle par des bateaux de marchandise transitant par le fleuve Saint-Laurent qui permit à cette espèce de s’établir parmi nous. Plus précisément, la première observation aurait été réalisée près de la ville de Québec en 1968.

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Vue de face; il s’agit d’un mâle

La jolie coccinelle est retrouvée dans une vaste palette d’habitats : plaines, prairies, forêts, montagnes, ainsi que jardins et parcs situés en milieu urbain. En outre, partout où l’on retrouve des pucerons, la coccinelle à quatorze points n’est jamais bien loin! On peut dire que notre arthropode habillé en damier a de quoi mettre tout puceron trop envahissant échec et mat!

Pour en savoir plus