Les « bébittes » du pêcheur

Êtes-vous déjà allés à la pêche?

Avez-vous remarqué à quoi ressemblait l’appât que vous utilisiez?

Il s’agissait sans doute d’une imitation d’un poisson ou d’un invertébré.

En effet, un bon moyen pour capturer une prise digne d’un trophée est d’utiliser un leurre qui ressemble aux organismes dont elle se nourrit habituellement. Rien de plus alléchant!

C’est un lecteur de DocBébitte qui m’a donné envie d’explorer ce domaine. Ce dernier me demandait si j’avais quelques photos de larves de chironomes (voir cette chronique), mais également d’autres organismes d’origine aquatique retrouvés au Québec qui pouvaient lui servir d’inspiration dans la fabrication de leurres.

Aussi, je m’amusais dans la dernière chronique (ici) à vous faire deviner quelques imitations d’invertébrés que je retrouvais moi-même dans mon coffre à pêche. Bref, les échanges m’avaient vraisemblablement inspirée!

L’intérêt des invertébrés aquatiques pour la pêche

Les invertébrés aquatiques représentent un intérêt certain pour le pêcheur, puisqu’ils font partie du milieu où évoluent les poissons. Les adultes de ces mêmes espèces ont aussi un cycle de vie qui les amène près des milieux aquatiques. C’est le cas par exemple des éphémères, des trichoptères et des libellules : les adultes iront se reproduire et pondre près de la surface de l’eau… là où des poissons les attendent impatiemment! Si un individu a le malheur de s’aventurer trop près de la surface de l’eau ou encore d’y tomber, c’en est fini pour lui!

Bref, quand on parle de « pêche à la mouche », on fait référence au leurre qui ressemble à une mouche ou à un insecte ailé quelconque. Souvent, ledit leurre cherche à imiter les insectes rencontrés près de la surface de l’eau comme les éphémères et les trichoptères adultes.

D’autres appâts, sans doute moins connus, prennent l’apparence des invertébrés œuvrant sous l’eau. Dans le billet de la semaine dernière, je présentais une photographie de quelques leurres que j’avais gardés dans mon coffre à pêche et qui représentent de tels organismes. Y étaient inclus des insectes terrestres qui peuvent parfois s’aventurer trop près de la surface de l’eau. Aviez-vous reconnu certains d’entre eux? Notamment une écrevisse, un ver de terre, une naïade de libellule (vivant sous l’eau) et de multiples imitations d’insectes ailés, tels les trichoptères, éphémères et autres que je ne saurai identifier exactement!

Ma récente incursion dans ce domaine m’a également appris que plusieurs pêcheurs fabriquent eux-mêmes leurs leurres, dont certains imitent de toutes petites créatures aquatiques comme les larves de chironomes. C’est le cas du lecteur qui m’a écrit sur le sujet; vous pourrez voir certaines de ses photos (et propres chefs-d’œuvre) qui accompagnent la présente chronique. Fascinant, n’est-ce pas?

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Quelques leurres fabriqués à la main – qu’y reconnaissez-vous?
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Autres leurres fabriqués à la main

Chaque leurre en son temps!

Vous pensiez que la pêche nécessitait simplement de lancer n’importe quel appât à l’eau peu importe le moment? Détrompez-vous!

En effet, comme les invertébrés aquatiques ont un cycle de vie les amenant à être plus ou moins abondants à certaines périodes de l’année, il est d’intérêt pour le pêcheur d’utiliser le bon leurre à la bonne période. Il en est de même pour le stade de vie (larve/nymphe vivant sous l’eau contre l’adulte ailé), qui ne se rencontre pas en tout temps de l’année.

Dans les ressources citées ci-dessous, vous pourrez visionner des vidéos d’un pêcheur aguerri (Brian Chan), qui nous présente une vaste palette d’imitations d’invertébrés (cette vidéo), tout en nous indiquant les meilleurs moments de l’année pour utiliser un leurre plutôt qu’un autre.

On y retrouve aussi un épisode de pêche d’une durée de 24 minutes (Phil Rowley on fishing a new lake) où le spécialiste nous indique notamment comment collecter des invertébrés en rive, ainsi que dans l’estomac des poissons capturés pour mieux identifier les leurres à utiliser selon la période de l’année. Une émission de pêche fort instructive que plusieurs d’entre vous apprécieront sans aucun doute!

Quelques ressources pour les curieux!

Comme je n’ai pas la prétention d’être une experte pêcheuse, je souhaitais compléter la présente chronique avec quelques ressources pour ceux d’entre vous qui utilisent ou fabriquent des appâts à poisson… Ou pour les entomologistes curieux comme moi!

Dans les éléments présentés ci-dessous, j’ai choisi de me concentrer davantage sur les organismes pouvant être rencontrés dans les écosystèmes lacustres et d’eau plutôt stagnante (lacs, élargissements du fleuve et étangs), question de répondre aux interrogations récemment reçues.

N’oubliez pas de vous rendre au bout de la chronique : quelques photos et vidéos supplémentaires vous y attendent!

1) Produits DocBébitte déjà existants (invertébrés retrouvés au Québec) :

2) Quelques sites Internet pertinents :

3) Vidéos et émissions de pêche (ailleurs au Canada) :

  • Phil Rowley on Fishing A New lake. Émission vidéo présentant des astuces pour bien choisir son secteur de pêche ainsi que ses leurres (incluant l’échantillonnage d’invertébrés): https://youtu.be/sYhumUOD4M8
  • Brian Chan. Vidéo expliquant les leurres à utiliser en fonction d’une connaissance des moments d’émergences ou de prolifération d’invertébrés divers : https://youtu.be/pHVfoRdQGxQ
  • Brian Chan. Vidéo au sujet de l’utilisation des chironomes comme leurres (incluant cycle de vie, locomotion, etc.) : https://www.youtube.com/watch?v=cXSEyvkqORQ
  • Brian Chan. Vidéo portant sur l’utilisation des sangsues comme leurres : https://www.youtube.com/watch?v=MKL17Tupn68
  • Brian Chan. Vidéo au sujet de l’utilisation d’amphipodes (crustacés d’eau douce) comme leurres : https://www.youtube.com/watch?v=eDvt4SjYcIA
  • Brian Chan : plusieurs autres vidéos disponibles! Je vous conseille de faire davantage de recherches en utilisant le terme « Brian Chan » et « fly fishing » selon les invertébrés qui vous intéressent!

4) Guides et clés d’identification d’invertébrés aquatiques d’Amérique du Nord

  • Hutchinson, R. et B. Ménard. 2016. Naïades et exuvies des libellules du Québec: clé de détermination des genres. 71 pages.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Galerie photo et vidéo d’invertébrés aquatiques du Québec

Enfin, vous trouverez ci-dessous une galerie photo et vidéo en complément aux ouvrages préalablement cités, qui présente quelques spécimens couramment rencontrés au Québec!

Il importe de souligner que ces ressources – incluant mes propres chroniques et photographies – sont loin d’être exhaustives! En outre, j’aurai certainement l’occasion de vous parler de nouvelles espèces lors de prochaines chroniques!

Si entretemps vous avez d’autres sources à suggérer ou des propositions de sujets connexes, n’hésitez pas à me le signaler!

Galerie vidéo

Vidéo 1. Sangsue observée au lac Cromwell (Station de biologie des Laurentides, Saint-Hippolyte, Québec).

Vidéo 2. Chironomes rouges en déplacement dans un petit plat.

Vidéo 3. Corise (Corixidae). Cet hémiptère aquatique fait partie des espèces retrouvées dans le contenu stomacal de certains poissons, comme le témoigne l’émission de pêche susmentionnée de Phil Rowley.

Vidéo 4. Lors d’une partie de pêche avec mon père, nous avons observé cette dolomède (voir cet article) se mouvoir à la surface de l’eau. Mon père s’est amusé à lancer son appât à proximité. Peut-être existe-t-il des leurres en l’honneur de cette gigantesque araignée d’eau qui doit sans doute attirer des poissons gourmands?

 

Galerie photo (cliquez sur les photos pour les agrandir)

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Corise (Corixidae), vue dorsale
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Corise (Corixidae), vue ventrale
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Vélie (Veliidae), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)
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Amphipode capturé dans une mare d’eau à marée basse dans le fleuve Saint-Laurent (Québec, Qc)
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Aselle (Asellidae), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)
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Naïade d’éphémère, lac Bonny (Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, Qc)
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Naïade de libellule, lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)
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Naïade de gomphe (Gomphidae; libellule), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)
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Naïade de Macromiidae (libellule), lac des Plages (Lac-des-Plages, Qc)
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Naïade de demoiselle, lac Geai (Saint-Hippolyte, Qc)
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Larve de chironome

 

Des coléoptères aquatiques rampants

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Haliple du genre Haliplus

Je vous ai souvent parlé d’insectes aquatiques, notamment de quelques coléoptères fréquemment rencontrés en bordure de lacs (cette chronique). Bien que seulement 3 % des espèces de coléoptères réalisent une partie ou la totalité de leur cycle de vie en milieu aquatique, l’ordre des coléoptères est si grand que cela fait en sorte que l’on peut observer, dans les milieux aquatiques d’Amérique du Nord, environ 1 450 espèces de coléoptères appartenant à 19 familles. Il est donc fréquent d’en capturer lorsque l’on donne quelques coups de filet dans les cours d’eau et les zones littorales des lacs.

Vous connaissez sans doute les dytiques. Par contre, connaissez-vous les haliples (famille Haliplidae)? Ils ont la même taille que certains plus petits dytiques – soit de 2 à 6 mm – et peuvent être confondus avec cette famille appartenant elle aussi au sous-ordre des adéphages. Ce sous-ordre regroupe cinq familles de coléoptères dont les larves et adultes sont tous retrouvés en milieu aquatique.

Lorsque j’avais écrit un billet sur les invertébrés de nos lacs, j’avais précisé qu’une des sources consultées mentionne que les haliples ne sont pas de très bons nageurs. Peut-être est-ce le cas par rapport à d’autres coléoptères plus rapides, mais je dois avouer qu’une vidéo que j’ai tournée l’été dernier d’un haliple se mouvant dans son milieu naturel tend à suggérer que ces bêtes, sans être des champions olympiques, se débrouillent fort bien à la nage. Vous pouvez visionner cette vidéo à la fin de la présente chronique. Je suivais l’haliple à la nage, dans une eau peu profonde (tout au plus un mètre de profondeur).

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Autre spécimen du genre Haliplus; les motifs sur les élytres sont différents

À la fin de la vidéo, on voit l’insecte s’agripper à une plante aquatique. Il s’agit d’un habitat type de ce taxon, qui se retrouve en abondance dans les herbiers aquatiques des rivières à courant lent ou des lacs et étangs. L’arthropode s’y nourrit : selon Thorp et Covich (2001), ainsi que Merritt et Cummins (1996), l’adulte et la larve seraient tous deux herbivores et se nourriraient d’algues et de plantes aquatiques. Voshell (2002) ajoute qu’ils ingèrent par le même fait certaines bactéries et certains fongus qui croissent sur ces végétaux. De plus, il indique que certains individus – adultes et larves – auraient été vus alors qu’ils engouffraient de petits invertébrés, bien qu’il ne s’agirait pas de leur principale source de nourriture. BugGuide mentionne quant à lui que les adultes se nourriraient d’invertébrés, notamment de vers et de petits crustacés, affirmation appuyée par Evans (2014). Bref, les sources consultées ne semblent pas toutes s’accorder en la matière. On peut par conséquent présumer que notre coléoptère se situe quelque part dans le spectre entre l’herbivorie et la carnivorie. Sans doute un omnivore? Ou encore la démonstration d’une grande variabilité dans la diète entre les espèces composant cette famille?

Si l’on revient au comportement du coléoptère que j’ai filmé, le fait de s’agripper et de se mouvoir dans les herbiers aquatiques est ce qui a vraisemblablement donné le nom commun anglais à cette famille : crawling water beetles (coléoptères aquatiques rampants). Outre le fait qu’ils sont utilisés comme aire d’alimentation, les herbiers aquatiques sont aussi prisés par les femelles, qui y déposent leurs œufs. Thorp et Covich (2001) rapportent que des femelles du genre Haliplus ont été observées alors qu’elles taillaient un trou, à l’aide de leurs mandibules, dans certaines plantes aquatiques pour y pondre leurs œufs. Les femelles du genre Peltodytes, quant à elles, déposeraient leurs œufs directement sur le feuillage et les tiges.

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Spécimen vu de face

Les deux genres susmentionnés (Haliplus et Peltodytes) sont d’ailleurs ceux que l’on retrouve dans les eaux québécoises. Lors d’une conférence de l’Association des entomologistes amateurs du Québec en 2019 (Tessier 2019), le présentateur attirait notre attention sur les taches présentes sur le pronotum (segment situé immédiatement derrière la tête) : ces dernières peuvent servir de critère visuel rapide pour discriminer entre les deux genres. Il est si simple qu’on peut l’utiliser pour des photographies, sans avoir à tuer et préserver le spécimen. En effet, le genre Haliplus présente généralement une tache noire dans le haut du pronotum (toutes les photos d’adultes que j’ai prises et qui accompagnent ce billet), alors que le genre Peltodytes présente typiquement deux taches noires au bas de celui-ci (cet exemple tiré de Bugguide).

Les larves ont une allure particulière : ou bien elles sont effilées et possèdent un long filament terminal (photo ci-dessous pour laquelle M. Sylvain Miller m’a gentiment donné la permission de diffusion), ou bien elles sont munies d’une grande quantité de filaments tout le long de leur corps, un peu comme de longs poils (cette photo). Elles se camouflent bien parmi les plantes et les algues filamenteuses. Les larves respirent sous l’eau directement par le biais de leur peau. Vers la fin du stade larvaire, des stigmates (orifices respiratoires) se développent. Ces dernières servent à la respiration au moment où les larves quittent l’eau pour amorcer leur métamorphose. En effet, au moment de former une pupe, les larves se faufilent hors de l’eau et s’enfouissent dans le substrat humide bordant le milieu aquatique.

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Larve effilée d’haliple (genre Haliplus)

Si les larves respirent par leur peau, les adultes ont adopté de leur côté la même stratégie que les dytiques adultes : ils trainent avec eux leur bonbonne d’oxygène, à l’instar d’un plongeur. Comme les dytiques, les haliples forment une bulle d’air sous leurs élytres. Toutefois, ils trimbalent aussi une réserve logée sous un segment ventral situé près de leurs pattes antérieures. Cette plaque, nettement élargie chez les haliples, constitue d’ailleurs un critère d’identification servant à les discriminer des autres coléoptères aquatiques (voir notamment Moisan 2010), particulièrement des dytiques auxquels ils ressemblent passablement.

Un autre critère qui permet de les distinguer des dytiques est leur mode de propulsion à la nage. Alors que les dytiques donnent des coups de pattes à l’unisson, les haliples battent des pattes de façon alternative. Toutefois, si vous jetez un coup d’œil à mes vidéos ci-dessous, vous verrez qu’il faut être très attentif pour bien voir ce mouvement. Pas facile! Une meilleure tactique est sans doute, comme je le fais, de les capturer à l’aide de filets et de les manipuler dans mes mains. Contrairement aux dytiques qui mordent souvent, je ne me suis pas encore fait mordre par un haliple! Vous en serez avertis!

Vidéo 1. Haliple aperçu à la nage dans son habitat naturel (littoral d’un lac).

Vidéo 2. Haliples capturés à l’aide d’un filet troubleau. Ouvrez l’œil pour observer le mouvement alternatif des pattes. On le reconnait surtout par l’allure un peu « gauche » de la nage.

Pour en savoir plus

  • BugGuide. Family Haliplidae – Crawling Water Beetles. https://bugguide.net/node/view/20452
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Tessier, C. 2019. Coléoptères aquatiques du Québec. Conférence donnée le 15 février 2019 à Québec dans le cadre des Conférences de l’Association des entomologistes amateurs du Québec.
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

La coccinelle reine des échecs

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La coccinelle à quatorze points peut être observée dans nos jardins urbains

Dans la dernière publication, je vous demandais de deviner quel arthropode arbore une robe en damier, tel un jeu d’échecs. Aviez-vous reconnu la coccinelle à quatorze points (Propylea quatuordecimpuctata), aussi très justement nommée coccinelle à damier?

Il s’agit d’une petite coccinelle mesurant entre 3,5 et 5,2 mm dont la robe est variable d’un spécimen à l’autre. Sa couleur peut passer du jaune crème à l’orange pâle, sans toutefois être rougeâtre comme d’autres coccinelles. Les élytres sont également flanqués de quatorze points noirs de forme plutôt rectangulaire. Ces derniers sont souvent fusionnés de sorte à ne plus nécessairement représenter quatorze formes distinctes. Chez certains individus, le noir domine à un point tel que la coloration plus pâle, autrement assez dominante, est réduite à une douzaine de points.

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Coccinelle à quatorze points en délit de gourmandise
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Les pucerons constituent sa source d’alimentation favorite

Les mâles et les femelles peuvent être facilement distingués en examinant le devant de leur tête. Le mâle possède un « visage » de couleur pâle relativement uniforme (ce cliché de BugGuide), alors que celui de la femelle est caractérisé par une tache noire insérée entre deux zones plus pâles (cette photo).

J’ai trouvé le spécimen photographié depuis mon stéréomicroscope mort près d’une fenêtre de mon domicile à la fin de l’été. J’en avais vu quelques-uns parcourant les fines herbes de mon balcon; peut-être que l’un d’entre eux est entré par inadvertance à l’intérieur en même temps que moi et s’est retrouvé prisonnier?

Les individus aperçus sur mon balcon s’affairaient plus précisément à patrouiller dans un plant de coriandre qui était la proie de nombreux pucerons. Comme tout Coccinellidae digne de ce nom, notre coccinelle à quatorze points raffole des pucerons. Une des séances photo à laquelle je m’étais adonnée dans le passé présentait d’ailleurs cet insecte en plein délit de gourmandise (voir les photos à l’appui!).

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Vue dorsale

Les femelles pondent quelque 400 œufs vert pâle, d’où émergent des larves qui ressemblent à des alligators miniatures. Aussitôt sorties de l’œuf, les jeunes coccinelles en devenir se nourrissent de pucerons, comme les adultes. Elles le feront pendant 8 à 10 jours, après quoi elles formeront une pupe d’où elles émergeront un autre 4 à 5 jours plus tard.

La coccinelle à quatorze points est originaire d’Europe et d’Asie. En Amérique du Nord, plusieurs tentatives infructueuses d’introduction ont été effectuées avant 1960. C’est cependant une introduction accidentelle par des bateaux de marchandise transitant par le fleuve Saint-Laurent qui permit à cette espèce de s’établir parmi nous. Plus précisément, la première observation aurait été réalisée près de la ville de Québec en 1968.

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Vue de face; il s’agit d’un mâle

La jolie coccinelle est retrouvée dans une vaste palette d’habitats : plaines, prairies, forêts, montagnes, ainsi que jardins et parcs situés en milieu urbain. En outre, partout où l’on retrouve des pucerons, la coccinelle à quatorze points n’est jamais bien loin! On peut dire que notre arthropode habillé en damier a de quoi mettre tout puceron trop envahissant échec et mat!

Pour en savoir plus

Les buprestes : introduction à une brillante famille!

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Bupreste possédant un superbe abdomen bleu (Chrysobothris sexsignata, selon un collègue entomologiste)

Sur la page Facebook DocBébitte, il y a quelques semaines de cela, je vous demandais des suggestions de sujets que vous vouliez voir traités dans de prochaines chroniques. Une des propositions portait sur les buprestes – de jolis coléoptères qui peuvent arborer des couleurs aux reflets métalliques ou irisés.

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Certains buprestes sont si jolis qu’on en fait des bijoux!

J’ai photographié quelques individus de cette famille au courant des dernières années, mais je n’avais pas encore écrit à leur sujet, hormis une petite parenthèse dans une chronique sur les xylophages. Il s’agissait donc d’une bonne occasion pour vous présenter cette grande famille.

Étant donné l’étendue de ce groupe – quelque 15 000 espèces autour du globe et plus de 760 espèces en Amérique du Nord –, je n’ai pas la prétention ici de faire un compte-rendu exhaustif de la myriade d’individus composant cette famille et de leur écologie. Voilà pourquoi il s’agit d’une introduction! J’aurai sans doute l’occasion d’écrire plus spécifiquement au sujet de certaines espèces dans le cadre de futures chroniques (je n’ai pas écrit mon dernier mot)!

Si je vous lance une première question : connaissez-vous les buprestes? Peut-être serez-vous porté à me dire que ce groupe vous est peu connu. Mais un illustre individu de cette famille fait couler beaucoup d’encre : l’agrile du frêne. Ah, ça, vous connaissez, n’est-ce pas? J’y reviendrai un peu plus loin!

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Cet agrile (Agrilus ruficollis) est petit (4 à 8 mm)

Outre l’agrile du frêne, la famille Buprestidae est composée de bons nombres d’individus qui, à nos latitudes, sont souvent de teinte sombre ou métallique sur le dessus et de couleur iridescente sur la face ventrale. Je distingue les spécimens du Québec de ceux retrouvés ailleurs dans le monde puisque, dans certains pays, les buprestes possèdent des couleurs éclatantes et remarquables à un point tel qu’on les appelle « jewel beetles » (coléoptères-joyaux)! Les élytres de ces superbes individus (exemples ici tirés de Wikipédia) sont d’ailleurs utilisés pour fabriquer des bijoux. J’en possède moi-même un, acheté à un précédent Festival des insectes de Québec (voir la photo accompagnant la présente chronique).

Outre leurs solides élytres, les buprestes sont reconnaissables par la forme particulière de leur corps qui ressemble à une torpille. De plus, leur tête courte et trapue donne l’impression qu’elle est partiellement enfoncée dans leur thorax. Il s’agit d’indices auxquels porter attention lors de l’identification! Cela dit, leur taille est très variable : en Amérique du Nord, certaines espèces, toutes petites, ne font que 2 à 3 mm de long, alors que d’autres peuvent atteindre environ 30 mm.

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Cet individu du genre Dicerca possède des reflets bronzés

Leur morphologie particulière fait en sorte qu’ils génèrent des trous en forme de « D » dans l’écorce des arbres d’où ils émergent. À cet effet, beaucoup de larves de buprestes effectuent leur cycle de vie sous l’écorce des arbres, s’alimentant à l’interface du phloème et du cambium où elles creusent de vastes galeries. Certaines espèces minent également les racines, tiges et feuilles d’autres types de plantes, incluant les herbacées. Les larves de buprestes sont démunies de pattes et sont de couleur blanc crème, comme en témoigne cette photo tirée de BugGuide. Leurs segments abdominaux ont une forme caractéristique en cloche et le bout de l’abdomen est muni d’appendices qui ressemblent à des pinces.

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Le fameux agrile du frêne, capturé à Montréal (gracieuseté de Stéphane Dumont)

Les espèces qui creusent des galeries dans le bois préfèrent souvent les arbres morts ou malades à ceux qui sont en pleine santé, quoique certains groupes s’attaquent aux arbres sains. C’est le cas, comme vous pouvez vous en douter, de l’agrile du frêne (Agrilus planipennis) qui génère des dégâts considérables. Ce bupreste, pourtant fort joli malgré les dommages qu’il cause, aurait été accidentellement introduit en Amérique du Nord au courant des années 1990. Selon Hébert et al. (2017), il a été détecté en Ontario en 2002, puis au Québec à Carignan (en 2008) et à Montréal (en 2011). Il n’a cessé depuis d’étendre son aire de répartition et on le retrouve maintenant aussi plus au nord et à l’est. L’été dernier, j’ai d’ailleurs observé et photographié plusieurs pièges à agriles posés sur des frênes dans la ville de Québec.

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Piège à agrile du frêne (agrandi dans le médaillon à gauche)

Malgré les dommages causés par certaines espèces, il faut savoir que beaucoup de buprestes sont bénéfiques et jouent un rôle important dans la décomposition et le recyclage de la matière ligneuse. Ne les condamnez donc pas trop vite et profitez-en plutôt pour admirer ces joyaux d’insectes!

Vidéo 1. Bupreste du genre Dicerca.

Pour en savoir plus

Incursion chez les invertébrés de nos lacs

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Naïade de demoiselle Coenagrionidae

C’est déjà bien établi : j’ai un faible pour les invertébrés aquatiques. Je vous ai souvent parlé d’invertébrés collectés dans des rivières et ruisseaux ou encore ceux retrouvés dans l’étang à poissons que je possédais. Un milieu que j’avais moins exploré en matière de faune invertébrée est celui des lacs. Cependant, au courant des dernières années, j’ai eu la chance de séjourner à quelques reprises sur le bord de jolis lacs québécois. Comme vous pouvez vous en douter, j’en profitai pour recenser la faune locale!

Sur la page Facebook DocBébitte, je vous avais diffusé il y a un peu plus d’une semaine une vidéo d’organismes collectés en donnant quelques coups de filet en zone littorale d’un lac (voir la vidéo 1 ci-dessous). Je vous suggérais de garder l’œil ouvert pour identifier tout ce que vous pouviez y voir, que ce soit furtivement ou en premier plan. Dans cette vidéo, on retrouvait plusieurs bons représentants de la vie sur le littoral d’un lac. Qui sont-ils?

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Asellidae, un isopode aquatique

Commençons par les deux taxons les plus visibles : un isopode aquatique (famille Asellidae) et une naïade de demoiselle (sous-ordre Zygoptera).

Les aselles sont des cousins de nos cloportes terrestres qui sont tous des isopodes (ordre Isopoda). Saviez-vous qu’il s’agit de crustacés? Faciles à reconnaitre, ils sont de forme aplatie et munis de sept paires de pattes. Ils arborent des teintes de brun, gris ou noirâtre. Leur taille varie de 5 à 20 mm; ils sont assez gros pour les remarquer à l’œil nu. On les retrouve dans une vaste palette d’habitats aquatiques, incluant les zones peu profondes des lacs. Si le substrat est composé de petites cachettes où se planquer, ils y seront! C’est d’ailleurs le cas de la zone du lac que j’ai échantillonnée : elle était constituée de touffes abondantes de plantes submergées offrant un habitat à plus d’une espèce d’invertébrés!

C’est aussi dans cet habitat que je retrouvai la plupart des autres individus, y compris des naïades de libellules zygoptères appartenant à la famille Coenagrionidae. Une très vaste partie des demoiselles bleues adultes que l’on peut apercevoir près des points d’eau ou dans nos jardins font partie de cette grande famille d’odonates. Voshell (2002) indique qu’il s’agit d’un groupe très souvent recueilli lors de collectes d’invertébrés en bordure de lacs, marais et étangs, en particulier là où les plantes et débris sont abondants.

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Végétation aquatique dans laquelle j’ai échantillonné

Outre ces deux groupes, avez-vous été capables d’observer les autres organismes, plus furtifs, dans la vidéo 1? On y aperçoit des mites d’eau (Hydracarina; voir cette chronique) qui dévalent rapidement telles de grosses boules brun-rougeâtre, de même qu’un tout petit zooplancton que je ne parviens pas à identifier tellement il passe vite en arrière-plan (copépode ou cladocère, là est la question!). Un gammare (ordre Amphipoda), sorte de crustacé latéralement aplati, passe, tel un éclair, et disparaît dans les débris. Plus en avant plan, en regardant en ligne droite sous la naïade de zygoptère, on peut voir à plusieurs reprises une larve de chironome qui se fraie un chemin à travers les débris (gardez l’œil ouvert sur ce qui ressemble à une toute petite chenille de couleur pâle).

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Trio de coléoptères aquatiques : haliple, dytique et gyrin (de gauche à droite)

Les autres coups de filet que je donnai me permirent d’observer d’autres individus représentatifs du littoral d’un lac. À titre d’exemple, je mis la main sur plusieurs petits coléoptères aquatiques : dytiques (Dytiscidae), gyrins (Gyrinidae) et haliples (Haliplidae).

Les haliples sont connus sous le nom de « aquatic crawling beetles »; contrairement aux dytiques et gyrins, leur mode de locomotion par prédilection implique de grimper et de ramper sur la végétation aquatique, plutôt que de nager dans ou sur l’eau. Voshell (2002) ajoute que les adultes ne sont pas de très bons nageurs. Ce n’est donc pas surprenant que j’aie mis la main sur un individu en arpentant les touffes de végétation parsemées en bordure de lac.

Écrevisse_LacdesPlages
Petite écrevisse

En revanche, les dytiques et les gyrins se déplacent beaucoup plus aisément dans l’eau. Je vous ai déjà parlé des prouesses des dytiques dans cette précédente chronique. Ces derniers constituent presque la moitié des espèces de coléoptères que l’on recense en milieu aquatique. Il s’agit d’un groupe très diversifié et omniprésent. Pas étonnant que j’en ai observé!

Les gyrins sont, eux aussi, très présents dans nos milieux d’eau douce. Comme ils se tiennent principalement en grands groupes à la surface d’eaux calmes, ils sont faciles à observer. En anglais, on les appelle « Whirling beetles », ce qui fait référence à leur mode de locomotion : ils tourbillonnent à droite, puis à gauche… De quoi à donner le mal des transports, quoi!

Escargot_LacdesPlages
Escargot aquatique

Je pus également mettre la main sur un insecte fouisseur en donnant des coups de filet dans le sable. Une naïade d’éphémère m’y attendait! Contrairement à la majorité des autres organismes que j’ai capturé dans les plantes et débris, cet éphémère se creuse des tunnels dans le substrat mou et vit à l’abri des regards. D’ailleurs, la morphologie de ces éphémères diffère de leurs confrères : leur corps est cylindrique, alors que leur tête et leurs pattes sont modifiées de sorte à faciliter le creusage du sol. De plus, ils sont munis de défenses! Les individus se construisent un tunnel en forme de U qui peut s’enfoncer jusqu’à 13 cm de profondeur. Ces naïades sont connues de certains pêcheurs qui fabriquent des leurres à poisson à leur effigie.

En plus de tous ces fabuleux spécimens, quelques organismes – souvent mieux connus de la population en général – étaient présents : écrevisses, sangsues, escargots et moules d’eau douce!

Turbellaria
L’étrange vers planaire

Enfin, un groupe d’invertébrés nettement plus obscur était aussi compris dans mes échantillons : il s’agit des vers plats ou vers planaires (Classe Turbellaria). Beaucoup de membres de ce groupe peuvent être observés en zones peu profondes de milieux calmes, préférentiellement sur des substrats solides comme des cailloux et roches. Certaines espèces peuvent également se retrouver sur des plantes et détritus variés. Il s’agit d’un taxon particulier et peu connu qui, comme plusieurs des organismes présentés dans le présent billet, m’inspireront sans aucun doute d’autres chroniques!

Histoire à suivre!

Vidéo 1. La naïade de demoiselle et l’aselle sont bien évidents en avant-plan, mais saurez-vous trouver les autres invertébrés qui se cachent dans cette vidéo?

Vidéo 2. Naïade d’éphémère fouisseur de la famille Ephemeridae.

Vidéo 3. Étrange vers planaire, accompagné de quelques mites d’eau en déplacement.

Vidéo 4. Autre naïade de demoiselle Coenagrionidae se déplaçant au fond du lac, après que je l’y ai remise.

Pour en savoir plus

  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.