Ami scarabée, lève ton verre !

Avec le temps des fêtes qui s’amène, on pense à faire le plein de victuailles, friandises et boissons incluses !

Plusieurs songent déjà à lever leur verre à cette année qui s’achève, alors que la vente de vins et produits connexes s’apprête à atteindre des sommets.

Bien que nettement moins captivés par les produits alcoolisés dérivés des vignes, certains insectes s’intéressent néanmoins aux feuilles et aux fruits de ces plants, avant qu’ils ne soient transformés.

C’est le cas de notre insecte vedette : le scarabée ponctué de la vigne (Pelidnota punctata) !

Ce gros coléoptère, d’une envergure de 19 à 27 mm, est en effet retrouvé dans les vignobles, les jardins, ainsi que les fourrés et les bois. Espèce commune, elle se rencontre dans tout l’est de l’Amérique du Nord.

Comme susmentionné, l’adulte se délecte des feuilles et des fruits de différentes vignes, à la fois sauvages et cultivées. Malgré cette préférence alimentaire, il ne semble pas être un ravageur important des vignobles.

Le scarabée de la vigne arbore l’orange, marqué de quelques points noirs.

Outre sa taille remarquable, il se reconnaît aisément par son corps de couleur orangée, ponctué de plusieurs points noirs : un de chaque côté du pronotum (partie située immédiatement après la tête), ainsi que trois le long de chaque élytre. Il faut cependant noter que les spécimens retrouvés plus au sud de l’aire de distribution (sud-est américain en particulier) peuvent présenter des points réduits, voire absents.

Les larves, quant à elles, atteignent aussi une taille appréciable : jusqu’à 5 cm ! On les voit toutefois peu : une fois sorties de l’œuf, elles pénètrent le sol et s’enfouissent près des souches où elles ont été pondues. Elles se nourrissent des racines et souches pourries.

Le cycle de vie complet de cet arthropode s’étale sur deux années. Les adultes émergent entre les mois de mai à septembre et vivent environ un mois. Le pic d’observations sur iNaturalist, pour le Canada, est au mois de juillet.

Mon premier scarabée ponctué de la vigne était… sur une vigne quand je l’ai aperçu!

Ma première prise de conscience quant à l’existence de ce scarabée remonte à l’année 2013, alors que ma mère me transmettait une photo d’un individu retrouvé dans sa piscine. C’était plus précisément dans le cadre du tout premier concours annuel de photographie d’insectes DocBébitte. J’étais impressionnée par la taille du coléoptère, que ma mère avait pris soin de déposer sur une règle pour apprécier sa grosseur (ce cliché).

Le scarabée s’est laissé manipuler.

Cela aura pris presque dix ans avant que je voie moi-même mon premier individu. Et je n’étais pas la seule à rechercher une telle observation : un certain collègue entomologiste que je ne nommerai pas (hein, Ludo !) était à la recherche depuis plusieurs années d’un spécimen à ajouter à sa collection. J’aurai eu le plaisir de faire ma première observation tout juste un peu avant ce dernier !

Ce fut donc avec excitation que je reconnus mon tout premier spécimen en juillet dernier, lors du congrès annuel de l’Association des entomologistes amateurs du Québec, qui se tenait à la Colonie des Grèves de Contrecœur. C’était le soir et nous étions, mon conjoint et moi, à la recherche d’insectes dans les fourrés… quand j’aperçus un gros coléoptère… dans une vigne !

Après avoir mitraillé l’individu de photos, je pus le prendre dans mes mains, avant de le remettre dans son habitat. Fait intéressant, d’ailleurs, ce gros arthropode s’est laissé manipuler sans trop broncher. Un plaisir pour les yeux et toute une chance pour les photographes amateurs que nous étions !

Cela dit, comme les vignobles, notre charmant coléoptère semble être mieux représenté dans le sud du Québec. Les observations sont très nombreuses dans le secteur de Montréal et diminuent en se dirigeant vers le nord et l’est. Néanmoins, iNaturalist affiche quelques occurrences au nord de Shawinigan et à la hauteur de Québec.

Vous n’avez pas encore rencontré ce coléoptère qui mérite d’être connu ? Qu’à cela ne tienne ! Levons nos verres à ce sympathique scarabée !

Au frontibus, au neztibus… au clypéus, iglou iglou iglou !!!

Trêve de plaisanteries ! Amusez-vous bien – avec modération – en ce temps de réjouissances qui approche ! Et prenez soin de vous !

Il est joli, vous ne trouvez pas ?

Pour en savoir plus

  • Bug Guide. Species Pelidnota punctata – Grapevine Beetle. https://bugguide.net/node/view/3139 (page consultée le 26 novembre 2022).
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Hardy, M. 2014. Guide d’identification des Scarabées du Québec (Coleoptera: Scarabaeoidae). Entomofaune du Québec (EQ) inc., Saguenay. 166 pages.
  • iNaturalist. Scarabée ponctué de la vigne. https://inaturalist.ca/taxa/48259-Pelidnota-punctata (page consultée le 23 novembre 2022).
  • Marshall,, S.Q. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Wikipédia (français). Pelidnota punctata. https://fr.wikipedia.org/wiki/Scarab%C3%A9e_de_la_vigne (page consultée le 26 novembre 2022).

Le bossu de l’asclépiade

Il y a plusieurs années de cela, je vous ai parlé des insectes et autres invertébrés qui sont associés à l’asclépiade (Le peuple de l’asclépiade).

Nombreux d’entre eux portent l’orange et le noir, des couleurs sous le thème de l’Halloween qui approche à grands pas.

Une de mes premières rencontres ! Notez les motifs qui diffèrent.

Pourquoi ne pas vous parler davantage de l’un de ces arthropodes qui, en plus d’arborer fièrement l’orange et le noir, est aussi de bonne taille et amusant à observer ?

Il s’agit de la chrysomèle de l’asclépiade (Labidomera clivicollis).

Comme son nom commun français l’indique, le cycle de vie de ce charmant coléoptère est étroitement lié à l’asclépiade. Tant la larve que l’adulte se nourrissent majoritairement d’asclépiades du genre Asclepias, quoique certaines autres plantes de la famille des asclépiadacées figurent à leur menu.

De taille moyenne (8 à 12 mm selon les sources), l’adulte est facile à identifier. Son dos est très arrondi, comme un dôme; on utilise d’ailleurs le mot « bossu » pour le décrire dans les sources anglophones que j’ai consultées. Sa tête, son pronotum (partie immédiatement située après la tête), ses pattes et le dessous de son corps sont d’un noir comportant des reflets bleu ou vert métallique. Ses élytres, quant à eux, sont flanqués du même noir ainsi que d’une coloration orange bien visible. Evans (2014) précise que les motifs sur les élytres peuvent être variables (voir cette photo sur Bug Guide), certains individus retrouvés dans le nord-est de l’aire de distribution pouvant même présenter une quasi-absence de motifs.

Il est bossu, ce coléoptère !

À propos de l’aire de distribution de la chrysomèle de l’asclépiade, elle couvre une bonne partie de l’Amérique du Nord. Débutant à l’est des Montagnes Rocheuses, elle s’étend longitudinalement jusqu’en Nouvelle-Écosse. Au sud, elle atteint la Floride à l’est et le Mexique à l’ouest. Bref, notre mignon coléoptère est bien connu en Amérique du Nord !

Les pattes, antennes, ainsi que la tête et la face ventrale de l’abdomen sont noires.

Si vous n’avez pas encore rencontré cet insecte, il vous suffit de regarder là où poussent des talles d’asclépiades. Plus spécifiquement, les milieux ouverts comme les parcs urbains, ainsi que les lisières de routes et de boisés constituent des endroits par excellence pour les observer. 

Bien qu’Evans (2008) mentionne que ces chrysomèles ne causent généralement pas d’importants dommages, plusieurs individus peuvent être observés sur de mêmes plants. Une de mes premières observations fut d’ailleurs celle de plusieurs adultes et larves se délectant de quelques plants en bordure des marais de la Réserve naturelle du Marais-Léon-Provancher (Neuville, Québec). J’étais surprise par le nombre appréciable de bêtes en train de dévorer des feuilles d’asclépiades.

Cette rencontre fortuite me permit de prendre quelques clichés du festin en cours, incluant les étranges larves trapues de couleur blanc-jaunâtre et noire (photos à l’appui !).

L’étrange larve s’alimentant près de quelques adultes.

Si l’on revient à la couleur halloweenesque de l’adulte, vous avez sans doute vu une similarité avec le célèbre monarque. Ce papillon porte des couleurs vives afin d’alerter les prédateurs à l’effet qu’il est toxique : la chenille ingère les toxines produites par l’asclépiade et peut rendre malade tout prédateur qui s’en nourrit. Bien que la chrysomèle de l’asclépiade se nourrisse elle aussi d’asclépiades, il semble qu’elle ne soit pas toxique pour les prédateurs. Néanmoins, elle arbore la même coloration orange et noire que le monarque, avertissant les prédateurs d’un potentiel toxique.

Ce subterfuge réduit les probabilités de se retrouver dans l’estomac d’un oiseau ou d’un autre prédateur… et fait que notre coloré « bossu » de l’asclépiade est tout joliment vêtu et prêt pour fêter l’Halloween !

La chrysomèle de l’asclépiade est un insecte facile à manipuler.

Pour en savoir plus

Observer les insectes la nuit: les pièges lumineux

Vous souhaitez observer les insectes et autres invertébrés la nuit ?

Quoi de mieux qu’un piège lumineux pour les attirer !

Dans cette capsule vidéo, quelques collègues entomologistes sont mis à contribution pour vous expliquer comment utiliser un piège lumineux.

Vous y apprendrez entre autres choses:

  • Quel type de lumière peut être utilisée;
  • Quelles sources d’énergie sont disponibles;
  • Comment installer son piège.

Merci à Ludovic Leclerc, Serge Mailhot et Étienne Normandin de s’être prêtés au jeu ! Bonne observation d’insectes !

Les hannetons s’invitent au Festival d’été de Québec ?!?

Au Festival d’été de Québec, on s’attend à voir des vedettes de toutes sortes : pop, rock, métal…

Mais qui aurait cru que le show serait volé par des insectes ?

Je n’ai malheureusement pas expérimenté la situation moi-même : c’est une collègue de travail qui m’a relaté les faits. Alors que les premières parties d’un des spectacles donnés sur les Plaines d’Abraham battaient leur plein, d’assez gros scarabées peu habiles firent leur apparition parmi les spectateurs.

Des centaines de hannetons européens étaient écrasés sur les Plaines d’Abraham, au lendemain du spectacle

Voletant par-ci, fonçant dans la figure des gens par-là, ils étaient loin d’être discrets. Ma collègue – qui aime les « bébittes » autant que moi – était fascinée. Ça ne semble cependant pas être le cas de la majorité des spectateurs, vraisemblablement agacés par ces centaines de bêtes qui grimpaient dans leurs cheveux et s’agrippaient à leurs vêtements.

Par chance, ma collègue m’informa dès le lendemain de son observation. En deux temps trois mouvements, je me rendis sur les Plaines d’Abraham pour collecter les restes de ces dérangeantes bestioles. J’en ai d’ailleurs fait une vidéo Facebook Live, disponible sur la Page Facebook DocBébitte.

De quelle espèce s’agissait-il ? Quelques vérifications et questions auprès de collègues entomologistes me permirent de confirmer qu’il s’agissait du hanneton européen (Amphimallon majale). Mais que faisait-il au juste en aussi grand nombre, à la brunante, au beau milieu des Plaines ?

À cet effet, Espace pour la vie indique que les adultes apparaissent en juin et juillet et que, pendant la période de reproduction, on peut les observer en nuées. Marshall (2009) abonde dans le même sens : en période de reproduction, cette espèce forme de bruyants (référant à leur vol) agrégats de milliers d’individus, habituellement actifs au crépuscule.

Ma récolte sur les Plaines

D’ailleurs, suivant l’incident sur les Plaines, je me suis mise à collecter grand nombre de ces coléoptères dans ma piscine, tous les jours qui suivirent. Il semble que ces insectes étaient présents en très grand nombre partout dans la région de la Capitale Nationale.

Qui plus est, j’en observai davantage dans le secteur de Contrecœur la fin de semaine suivante (c’était le congrès de l’Association des Entomologistes Amateurs du Québec). Ils devaient donc être actifs dans plus d’une localité.

Malheureusement, cet arthropode plutôt mignon est une espèce exotique envahissante. Introduit en Amérique du Nord, ce scarabée d’Europe a été remarqué au Québec en 1986. Depuis, il est retrouvé dans différentes municipalités et est visiblement en expansion au Québec, puisque Hardy (2014) le recensait principalement dans la région de Montréal en 2014 et ne le retrouvait pas plus loin, au nord, que Trois-Rivières. En 2022, il était définitivement déjà très abondant dans la région de Québec.

Le hanneton européen est considéré comme une peste. Les larves se nourrissent des racines de plusieurs herbacées, comme le gazon, le trèfle, le blé et le maïs. Elles peuvent donc faire jaunir les pelouses, au grand désespoir de ceux qui mettent temps et argent pour avoir LA pelouse parfaite du voisinage ! À cet effet, si vous cherchez des façons de vous en débarrasser, je vous recommande de jeter un coup d’œil aux sources consultées (section Pour en savoir plus). Plusieurs conseils y sont prodigués.

Un individu rescapé de ma piscine

Les gloutonnes de larves ressemblent à celles du hanneton commun (Phyllophaga anxia) – les fameux vers blancs dont je vous ai déjà parlé. Les adultes ont aussi des airs de famille, bien que le hanneton européen soit plus petit (12 à 15 mm) que le hanneton commun (17 à 23 mm). Globalement, le hanneton européen porte également une robe plus pâle – qualifiée de brun roux pâle dans certaines sources consultées –, mais je me méfie de façon générale lorsque vient le temps d’identifier un insecte par la couleur. Chez plusieurs espèces d’insectes, la couleur est variable et on ne peut uniquement s’y fier. Pour notre hanneton européen, j’ai d’ailleurs noté que les individus collectés sur les Plaines – morts et secs – étaient d’un brun plus foncé que ceux recueillis dans l’écumoire de ma piscine. L’état de la bête pourrait affecter sa coloration, à ce qu’il semble du moins dans le présent cas !

Ces spécimens, retrouvés morts dans ma piscine, ont eu moins de chance

En outre, l’ouvrage de Hardy (2014), Guide d’identification des Scarabées du Québec, me fut très utile pour bien comprendre les critères à observer. Loin de moi est l’idée de vous faire un cours complet d’identification des scarabéidés du Québec. Néanmoins, j’aime toujours vous donner quelques astuces concernant les parties du corps à cibler si vous faites de la photo. Ainsi, pour distinguer entre eux les « hannetons » ou autres coléoptères apparentés de la tribu Melolonthini, il importe de porter une attention aux antennes et aux griffes situées au bout des tarses antérieurs.

Tout d’abord, il faut vérifier si la massue antennaire est constituée de 5-7 articles (aussi appelés lamelles) ou de 3 articles.

Vous voyez 5 à 7 articles ? Ce n’est pas notre insecte-vedette !

La massue possède 3 articles ? Il faut regarder en un deuxième temps si les deux griffes des tarses antérieurs sont simples ou si elles sont munies d’une dent bien évidente vers le centre de la griffe. Si la griffe est simple, il s’agit du genre Amphimallon… et comme une seule espèce de ce genre est présente au Québec en ce moment, il s’agit nécessairement du hanneton européen ! Petit bonus : le pronotum (partie située sous la tête) et les élytres sont toujours pubescents chez le hanneton européen. Ils peuvent l’être ou non chez les autres genres. Bref, notre hanneton européen s’avère être une belle petite bête poilue !

Je souligne dans la seconde étape des instructions ci-dessus que la dent sur les griffes est évidente lorsque ce n’est pas le genre Amphimallon. C’est que, lors de mes vérifications sous la loupe de mon appareil binoculaire, je réalisai que ladite griffe « simple » d’Amphimallon comportait en fait une dent plus petite, près du début du tarse. Cela me déconcerta pendant un certain temps et je dus faire davantage de recherches et de vérifications pour m’assurer que j’avais bien un hanneton européen devant moi. Vous en serez donc avertis !

Cela étant dit, il faut noter que mes recherches m’ont permis de voir qu’il y a une autre espèce d’Amphimallon qui est aux portes du Québec. Sur iNaturalist, on observe en effet l’espèce A. solstitiale dans les provinces canadiennes et états américains qui entourent notre belle province. C’est probablement une question de temps avant que certains spécimens ne soient retrouvés à nos latitudes.

Nous connaissons maintenant l’identité de l’insecte qui a chatouillé plusieurs spectateurs lors du Festival d’été de Québec 2022. Sera-t-il de la partie l’an prochain ? Place au tout nouveau boys band, les Hannetons Amphimallon !

Pour en savoir plus

Histoire d’une photo : Clic ! Clic ! Quel joli coléoptère !

Avez-vous commencé à observer des insectes ce printemps ?

Vous avez sans aucun doute été plus vites que moi pour les photographier !

J’ai été très occupée ces derniers temps : entre des préparatifs pour la Grande Fête de la nature et la préparation d’une conférence sur l’anxiété sociale (eh oui, DocBébitte a d’autres intérêts !), je n’avais pas encore eu de temps libres.

C’est donc samedi dernier, en marchant dans un boisé urbain, que je me suis laissée aller à observer le monde du petit qui s’offrait à moi ! Et je fus gâtée : un joli coléoptère que je ne pensais pas avoir déjà vu se tenait là, devant moi, bien à la vue sur une feuille de trille rouge.

Je n’avais que mon iPhone et nous étions dans un sous-bois ombragé. Les clichés pris ne se sont pas avérés être à la hauteur de ce que j’aime capturer… Mais la bête était si belle que je voulais tout de même vous en parler !

Voici le taupin crucifère, Selatosomus pulcher

Je me suis demandé à quel groupe appartenait mon nouvel ami et j’eus la réponse dès que je tentai de le manipuler : ce dernier émit un très audible « clic, clic ! », tout en rebondissant. Eurêka, j’ai trouvé ! Un élatéridé, appelé en anglais « Click beetle ». Vous aurez compris que ce nom anglais est lié à la propension de cet insecte à rebondir à coup de clics sonores lorsqu’importuné.

Plus précisément, Normandin (2020) explique que cet arthropode, que l’on nomme taupin en français, bloque l’épine du prosternum (face ventrale du premier segment situé immédiatement sous la tête) dans une entaille du mésosternum (face ventrale du second segment, qui suit le prosternum). Il emmagasine ensuite l’énergie dans ses muscles internes, puis la relâche, ce qui débloque d’un coup sec l’épine et lui permet de se propulser dans les airs. Il semble que ce soient à la fois le « clic » sonore et le bond considérable qui suit qui perturbent les potentiels prédateurs.

Je dois avouer qu’il s’agit d’un mécanisme fort utile, car le taupin m’échappa des mains à plusieurs reprises. Je pris quelques vidéos des manipulations, en espérant capturer le fameux « clic, clic », mais en vain. À la place, le taupin finit par s’envoler (voir la vidéo ci-dessous).

L’individu observé était différent de la majorité des taupins que je vois régulièrement, lesquels sont uniformément bruns ou grisâtres. Celui-ci était coloré : noir, rouge et doré s’agençaient pour donner une robe qui ne peut être confondue avec d’autres espèces. Ainsi, il était facile d’identifier le taupin à l’espèce : Selatosomus pulcher, le taupin crucifère.

Cette espèce est commune dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Elle fréquente les forêts décidues et les boisés urbains… comme celui que je fréquentais lors de mon observation !

Autre photo du taupin, également prise à l’aide mon iPhone

De taille moyenne – plus ou moins 9 à 15 mm selon les sources – on rencontre ce coléoptère de mai à août. Aussi, il s’agit d’une espèce susceptible d’être attirée par les lumières; on peut donc l’observer ou la capturer aux pièges lumineux.

Bien que commune, mes livres et les sites Internet consultés présentent peu d’information sur cette espèce. Ils abondent toutefois de détails au sujet de la famille des taupins (Elateridae) : de l’origine du nom « taupin », jusqu’à à la larve, appelée ver fil-de-fer, qui est bien connue des agriculteurs.

Je n’aborderai pas tous ces détails dans l’immédiat : je parlerai sûrement de cette famille lors d’une future chronique ! Qu’en dites-vous ?

D’ici là, sortez vos appareils photo – comme je le fais enfin ! – et sortez à la recherche des taupins et autres belles bestioles qui se pointent le bout du nez !

Pour en savoir plus