Des sous noirs sous l’eau!

Je ne vous avais pas parlé d’insectes aquatiques depuis un certain temps, n’est-ce pas?

Connaissez-vous les psephenidés? Les larves de cette famille de coléoptères (famille Psephenidae) sont aquatiques et sont communément appelées « water pennies », c’est-à-dire « cennes noires aquatiques ».

Pourquoi un tel nom?

C’est que ces larves, de forme aplatie, ne laissent voir que leur face dorsale, brune et ovale, laquelle ressemble effectivement à un sou noir.

Larves de psephenidés

Cette morphologie leur permet d’adhérer parfaitement aux roches soumises aux courants plus ou moins soutenus des rivières où elles vivent. D’ailleurs, elles ont un profil admirablement hydrodynamique: tout appendice – patte, antenne ou autre – est entièrement caché sous la partie dorsale dont les segments forment une sorte de bouclier légèrement bombé qui, si ce n’était pas assez, est bordé de franges de poils permettant d’adhérer encore mieux au substrat.

Sous ces airs de masse brune quelconque se cache pourtant un organisme intrigant! En effet, quand on parvient à déloger une larve d’une roche, on peut apprécier encore plus sa beauté. Sa face ventrale laisse paraître six pattes articulées, permettant de constater qu’un insecte s’y cache bel et bien! Elle laisse également entrevoir une tête qui arbore des antennes ressemblant à des cornes et une bouche comportant de « grosses babines » prêtes à brouter. Ces attributs, plus prononcés chez le genre Psephenus, me donnent l’impression d’observer une sorte de taureau quand j’examine une larve au stéréomicroscope.

Le dessous révèle bel et bien un insecte (genre Psephenus)

À ces caractéristiques s’ajoutent des branchies, servant à la respiration sous l’eau, qui sont bien visibles le long de l’abdomen chez le genre Psephenus (celui que l’on observe le plus souvent). Les membres de l’autre genre retrouvé au Québec, Ectopria, possèdent plutôt des branchies rétractables et cachées dans une « chambre caudale », située tout au bout de l’abdomen. En plus d’utiliser ces branchies, Voshell (2002) ajoute que les psephinidés peuvent aussi tirer l’oxygène du milieu aquatique par l’ensemble de leur surface corporelle.

La comparaison avec le taureau que j’ai effleurée plus haut ne s’arrête pas à la ressemblance physique : les psephenidés appartiennent majoritairement au groupe fonctionnel des brouteurs. Ils s’affairent donc à brouter le périphyton – soit les amas d’algues et de détritus associés qui poussent à la périphérie des roches. C’est ce qui donne l’allure verte ou brune plus ou moins visqueuse des roches submergées. Pour se nourrir, les larves attendent habituellement la nuit pour se déplacer vers le dessus des roches, où elles peuvent brouter les algues les plus nutritives. En plein jour, on les retrouve plutôt sous les roches; c’est d’ailleurs en soulevant des roches submergées et en examinant leurs parois qu’on peut les observer.

La taille d’une larve mature varie entre 3 et 10 mm

Lors de mes études, j’avais analysé le comportement alimentaire de beaucoup d’invertébrés vivant en milieu lotique (cours d’eau où il y a un certain courant), incluant entre autres les psephenidés. Il s’est avéré que les psephenidés étaient nos brouteurs par excellence, démontrant moins d’omnivorie potentielle que d’autres organismes considérés dans la littérature comme étant des brouteurs/herbivores (Anderson et Cabana 2007). Ils ont donc servi à établir la valeur de référence pour un organisme situé à la base des chaînes alimentaires en rivières au Québec. On peut dire qu’ils ont fait partie de mes invertébrés « chouchous » lors de mes études!

Noter la tête avec des lèvres charnues et les antennes en forme de cornes! Une vache aquatique?

Si les larves évoluent dans les rivières, les adultes sont plutôt observés hors de l’eau, sur les roches et la végétation adjacentes. Pour ma part, je n’ai pas eu l’occasion d’observer d’adultes à ce jour, mais vous pouvez vous référer à cette page de Bug Guide si vous êtes curieux de voir ce à quoi ils ressemblent.

Selon Voshell (2002), c’est après une à deux années de croissance que les larves sortent de l’eau pour se métamorphoser. Les adultes qui en émergent ne se nourrissent pas (ou très peu) et ont une courte durée de vie. Ils procèdent promptement à la copulation, à la suite de laquelle les femelles descendent sous l’eau pour déposer leurs œufs, d’un jaune brillant, en amas sur des roches.

Si vous avez lu mes précédentes chroniques, vous savez que j’ai un intérêt pour l’utilisation des invertébrés aquatiques en tant qu’indicateurs de l’intégrité des milieux d’eau douce. Les psephenidés font partie de tels bioindicateurs. Leur présence en cours d’eau peut dénoter une certaine pollution, puisqu’ils sont plutôt tolérants à différents polluants. La cote de tolérance qui leur est associée est d’ailleurs de 4 (Hauer et Lamberti 2007, MDDEFP 2013), soit approximativement à mi-chemin entre un invertébré intolérant à la pollution (0) et très tolérant (10). Vous pouvez jeter un coup d’œil à ce billet si vous voulez en savoir plus sur les invertébrés bioindicateurs en rivières.

Les deux genres retrouvés au Québec: Ectopria à gauche et Psephenus à droite

Concernant leur tolérance, j’ai très souvent observé des psephenidés dans des rivières situées sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, où les activités agricoles affectent davantage les cours d’eau (MELCC 2020). Celles-ci s’avèrent notamment enrichies en nutriments (comme l’azote et le phosphore), favorisant la croissance du périphyton qui est la source de nourriture des psephenidés. Justement, c’est lors de deux sorties récentes (en 2021) sur des cours d’eau de la rive sud du fleuve Saint-Laurent touchés par des activités agricoles (rivières Nicolet et du Chêne) que j’ai pris bon nombre des photos et des vidéos qui accompagnent la présente chronique.

Si je vous parle beaucoup des larves dans la présente publication, c’est que mes recherches m’ont permis de constater que les adultes sont beaucoup moins connus. L’ouvrage de Evans (2014) permet d’apprécier deux espèces sur les cinq qui seraient retrouvées dans l’est de l’Amérique du Nord. Normandin (2020) précise quant à lui que trois espèces sont retrouvées au Québec. Pour faire la connaissance des adultes, il me faudra sortir des cours d’eau et examiner les roches et la végétation qui les bordent!

On retrouve les larves de psephenidés sous les roches des cours d’eau

De votre côté, si vous souhaitez aller à la rencontre des larves, tout ce dont vous aurez besoin est de bottes pour descendre à l’eau. Vous n’avez qu’à viser un tronçon de rivière peu profond, où il y a un certain courant et où des galets sont présents. Il vous faudra ensuite simplement soulever et examiner les galets… et sans doute un peu de patience pour déloger doucement les larves des roches auxquelles elles s’accrochent!

Aurez-vous la main chanceuse pour découvrir quelques-uns de ces « trésors » de sous noirs?

Pour en savoir plus

  • Anderson, Caroline et Gilbert Cabana. 2007. Estimating the trophic position of aquatic consumers in river food webs using stable nitrogen isotopes. Journal of the North American Benthological Society 26(2): 273-285.
  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Bug Guide. Family Psephenidae – Water Penny Beetles. https://bugguide.net/node/view/36129
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Hauer, F.R., et G.A. Lamberti. 2007. Methods in stream ecology. 877 p.
  • Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), 2013. Guide de surveillance biologique basée sur les macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec – Cours d’eau peu profonds à substrat grossier. 88 p.
  • Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). 2020. Rapport sur l’état des ressources en eau et des écosystèmes aquatiques du Québec 2020. 480 pages. https://environnement.gouv.qc.ca/eau/rapport-eau/rapport-eau-2020.pdf
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Criocère du lis : ma vie c’est d’la m… !

Eh oui, j’ai bel et bien osé nommer cette chronique ainsi !

(Pour ceux qui s’y connaissent peu côté culture populaire, une pièce musicale franco-canadienne interprétée par Lisa LeBlanc et qui a remporté un franc succès porte ce titre.)

C’est que je veux vous parler d’un insecte dont le stade larvaire est fort étonnant et consiste… à s’enrober dans ses excréments pour échapper aux prédateurs ! Rien de moins !

Derrière ce superbe adulte se cache une enfance troublante !

Il s’agit du criocère du lis (Lilioceris lilii), un invertébré que vous connaissez sans aucun doute si vous avez des lis dans vos plates-bandes.

Le criocère du lis doit en effet sa renommée au fait qu’il cause d’impressionnants dommages aux lis, de jolies fleurs que beaucoup d’entre nous aiment voir trôner dans nos plates-bandes. Introduit d’Europe, la plus ancienne observation à nos latitudes serait au Québec, et plus spécifiquement dans la région de Montréal, en 1943.

J’avais déjà pris quelques photos et vidéos de ces insectes, mais je n’avais pas été aussi gâtée que cet été. Dans les plates-bandes de l’humble demeure où je suis récemment aménagée poussaient quelques plants de lis, plutôt chétifs. Néanmoins, je les ai laissés croître, espérant voir quelques jolies fleurs s’y épanouir. Ce fut le cas… bien que les plants aient été complètement assiégés par des larves et adultes du criocère du lis.

Le criocère du lis… dans mes lis!

Adhérant déjà à la philosophie du Jardinier paresseux (voir la section Pour en savoir plus), je savais que la meilleure option était de laisser aller les choses… et d’en profiter pour documenter le fascinant cycle de vie du criocère du lis.

À cet effet, quel cycle de vie particulier ! Les larves et les adultes rongent non seulement les feuilles des lis, ils peuvent aussi s’attaquer aux boutons floraux et manger les fleurs. Or, c’est la larve qui se démarque par sa façon d’échapper aux prédateurs… et de répugner les jardiniers qui chercheraient à s’en débarrasser !

Cette dernière s’enroule dans son mucus et ses excréments !

J’ai pu observer des larves de bonne envergure dans mes lis cet été. Nous avons pris des photos et des vidéos de ces larves… et je dois avouer que leur vue m’a plutôt dégoûtée, bien que je sois une amoureuse des insectes et autres invertébrés. La larve ressemble à une sorte de blob visqueux de couleur tout aussi ragoûtante variant entre le jaune, le kaki et le brun ! Même dépourvue de sa généreuse couche de mucus et d’excréments, la bête a une allure particulière : l’abdomen, renflé et jaune, est démesuré à côté de la petite tête et des pattes noires.

L’adulte, de son côté, est nettement plus charismatique. Faisant de 6,3 à 7,3 mm de long, sa tête, ses pattes et sa face ventrale sont noires, alors que ses élytres sont d’un rouge vibrant et brillant. J’en apercevais en grande quantité, souvent affairés à s’accoupler pour produire une autre génération d’étranges larves gluantes.

L’adulte est de taille moyenne

D’ailleurs, les recherches que j’ai effectuées pour écrire le présent billet m’ont permis d’apprendre qu’il y aurait d’une à trois générations (ce chiffre varie selon la source consultée) de ces insectes annuellement au Québec, dont une première génération d’adultes qui émergent tôt au printemps, vers le mois d’avril. De quoi à décourager les jardiniers qui les aiment nettement moins !

Revenons justement aux dommages générés par les criocères du lis. Le Jardinier paresseux recommande vivement – et simplement – d’arracher tous les végétaux auxquels s’attaquent les criocères du lis : lis (Lilium), lis géants (Cardiocrinum) et fritillaires (Fritillaria). Selon Smeesters et coll. (2005), ces arthropodes aimeraient également croquer quelques autres espèces, lorsque leurs plantes favorites ne sont pas disponibles, dont les sceaux-de-Salomon (Polygonatum spp.), les streptopes et les smilacines.

Cette larve couverte de mucus et d’excréments est la larve du criocère du lis!

Si vous cherchez malgré tout à préserver vos lis et êtes prêts à y mettre beaucoup d’énergie, le Jardinier paresseux passe en revue (et critique) quelques méthodes populaires. En voici un résumé (allez sur le site du Jardinier paresseux pour les détails) :

  • Récolte manuelle. Implique d’ausculter les lis tôt tous les matins et d’enlever à la main les adultes et les larves, puis de les jeter dans l’eau savonneuse ou les écraser. Les œufs jaunes, rouges ou orangés, d’environ 1,5 mm de long, peuvent également être repérés ainsi et retirés des plants. À noter que j’ai lu que les criocères du lis peuvent striduler bruyamment s’ils sont perturbés; ne soyez donc pas surpris s’ils lancent un cri lorsque vous les manipulez !
  • Marc de café. Il s’agit de l’épandre au sol afin de cacher l’odeur du lis. Il semble cependant, selon le Jardinier paresseux, que cette stratégie ne fonctionne pas.
  • Plantes répulsives. Il serait véhiculé que le fait de planter certains végétaux près du lis repousse le criocère… Un mythe à nouveau déboulonné par le Jardinier paresseux.
  • Vaporisations. Il s’agit de vaporiser différents produits sur les lis ou directement sur les criocères, dont de l’huile de neem, des savons insecticides et du savon à vaisselle. Le traitement semble avoir du potentiel, mais nécessite des vaporisations fréquentes et risque d’affecter d’autres insectes plus désirables (comme les abeilles, par exemple).

Espace pour la vie ainsi que Smeesters et coll. (2005) suggèrent quelques astuces supplémentaires :

  • Couvrir les plants d’une fine toile au printemps pour empêcher les adultes de les atteindre;
  • Pour la récolte manuelle, utiliser un tissu ou contenant au-dessus duquel secouer les plants ou utiliser un aspirateur manuel;
  • Ramasser ou brûler les végétaux morts et les débris au sol à l’automne pour réduire les refuges hivernaux possibles (par contre, vous réduirez ces refuges pour les autres invertébrés qui peuvent s’avérer utiles);
  • Vaporiser les plants d’un extrait de tanaisie pour masquer leur odeur;
  • Biner le sol autour des lis au printemps et à l’automne afin d’exposer les criocères aux intempéries et aux prédateurs.
Larve du criocère du lis et ses dégâts sur le feuillage

Une autre option : plantez des hémérocalles, de jolies fleurs qui ressemblent à celles du lis et que j’adore personnellement. Elles sont de bon couvre-sol (peu d’herbes indésirables poussent à leur pied), demandent très peu d’entretien et fleurissent en une vaste gamme de couleurs ! Qui plus est, les criocères ne s’en nourrissent pas !

En ce qui concerne les lis de mes propres plates-bandes, j’ai laissé les adultes et les larves de criocères du lis vaquer à leurs occupations. Ces individus, bien nourris et engraissés, ont sans doute pour leur part été loin de penser qu’ils ont eu une vie de m… !

Galerie photo

Pour en savoir plus

Nouvelle capsule vidéo: libellules en devenir!

Les libellules, on les aime!

Mais avant de devenir des insectes gracieux et colorés, saviez-vous que ces fabuleux organismes amorcent leur vie sous l’eau, en tant que « bébittes brunes »?

C’est ce que je démystifie pour vous dans cette capsule vidéo que j’ai pris grand soin de vous concocter.

Vous y apprendrez en outre:

  • Que les jeunes libellules en devenir s’appellent des naïades;
  • Qu’elles sont de voraces prédateurs;
  • Qu’il y a deux sous-ordres qui existent, lesquels ont des caractéristiques fort différentes;
  • Qu’elles respirent sous l’eau à l’aide de mécanismes surprenants.

Prêts à plonger à leur découverte? Écoutez la capsule!

Autopsie d’un nid de guêpes

Le nid de guêpes, coincé entre deux portes d’un bâtiment communautaire

L’automne dernier, lors d’une marche dans un parc urbain, j’aperçus une masse brunâtre un peu étrange, coincée entre deux portes d’un bâtiment communautaire, qui était sans doute demeuré fermé par inactivité à cause de la COVID.

Ledit nid avait dû être aspergé de liquide pour tuer les guêpes, puisqu’on pouvait observer des guêpes mortes jonchant le rebord de porte à proximité. Le nid – et la vie qu’il contenait jadis – était immobile, comme si le temps s’était arrêté.

Avec une branche et un peu de patience, je parvins à déloger le nid et le récupérer afin de pouvoir l’examiner davantage. Celui-ci fait maintenant partie de ma collection entomologique !

En examinant le nid de plus près, je pus distinguer que, ce qui me semblait être des débris brunâtres était, en fait, des larves de guêpe desséchées. Une pupe, sans doute sur le point d’émerger, était aussi visible.

Tête desséchée d’une larve visible au beau milieu des cellules

Les deux stades figurent parmi les photographies qui accompagnent la présente chronique. La pupe, qui ressemble à une petite momie, est particulièrement intéressante à regarder. On y voit aussi la tête d’une larve qui sort de l’une des cellules hexagonales du nid.

Je n’ai pu récupérer d’adultes avec le nid, mais les photographies que j’avais prises au parc permettent de détecter la présence d’un adulte mort à côté du nid. Bien que les couleurs de l’adulte aient été ternies par le temps qu’il a dû passer positionné ainsi, sujet aux intempéries, on reconnaît le motif des antennes caractéristique du poliste gaulois (Polistes dominula). J’avais parlé de cette guêpe, qui me semble la plus facile à identifier justement à cause de ses antennes, dans ce précédent billet.

Vue rapprochée de l’adulte mort près du nid

Les individus récemment observés ont eu moins de chance que ceux de ce billet, lesquels avaient été rescapés de la piscine de mes parents !

Cela dit, un nid plein de vie ressemblerait à cette photographie, tirée du site du Canadian Journal of Arthropod Identification (voir la section Pour en savoir plus ci-dessous).

Selon Normandin (2020), le nid des polistes (guêpes du genre Polistes) n’est pas couvert de couches superficielles, comme c’est le cas chez d’autres guêpes du genre Vespula (par exemple, la guêpe commune) ou Dolichovespula (notamment la guêpe à taches blanches). Ainsi, les rayons des nids de guêpes polistes sont exposés et visibles.

Larves desséchées dans le haut et pupe en bas à gauche

La taille du nid ne dépasserait pas, par ailleurs, la taille de la paume d’une main. De plus, les polistes gaulois sont reconnus pour leur propension à établir leur nid sur un support d’origine anthropique comme l’entretoit d’un bâtiment ou encore… le coin d’une porte ! Ces caractéristiques correspondent tout à fait au nid que j’ai recueilli.

Avez-vous déjà fait des observations similaires, de votre côté (larves et pupes d’hyménoptères) ? Peut-être avez-vous été plus chanceux que moi et pu voir les guêpes s’affairer dans un nid tout plein de vie ? Pourvu que vous n’ayez pas été piqués… mais que vous ayez néanmoins eu la piqûre pour ces bêtes !

Galerie photo

Le nid, plutôt petit, tient dans ma main
Pupe de guêpe
Autre vue sur le nid, où l’on peut voir également un adulte mort à proximité

Pour en savoir plus

Rencontre de deux énormes tenthrèdes

Connaissez-vous les tenthrèdes?

Ceux qui possèdent des fleurs et arbustes ornementaux répondront sans doute oui à cette question!

Outre les tenthrèdes des rosiers, qui sont sans doute parmi les plus connues à cause des dégâts qu’elles occasionnent sur lesdits rosiers, on retrouve au Québec la tenthrède de l’orme (Cimbex americana), une très grosse tenthrède dont j’avais parlé en 2015 dans cette chronique.

Vue dorsale d'une femelle tenthrède de l'orme où l'on perçoit le rond blanc caractéristique de cette espèce.
La femelle tenthrède de l’orme (C. americana); le rond blanc central est typique de cette espèce

À ce moment, je n’avais que des photographies de la larve à vous présenter. Il aura fallu cinq années pour que je tombe sur un adulte – une belle grosse femelle possiblement tout fraîchement émergée. Cette dernière était affairée à lisser sans cesse ses ailes et se déplaçait très lentement, sans voler. C’est ce qui me fit soupçonner qu’elle s’était métamorphosée depuis peu.

Femelle tenthrède de l’orme, vue de près

L’adulte de la tenthrède de l’orme est facile à identifier à cause du rond blanc bien visible à la jointure entre le thorax et l’abdomen. Pour ce qui est du sexe, l’abdomen de la femelle est doté de bandes jaunâtres généralement bien visibles (quoiqu’elles soient parfois tronquées), alors que celui du mâle est plus sombre et uni (allant du noir au brun-roux).

Pas plus tard que le lendemain de cette première rencontre, quelle ne fut pas ma chance de tomber sur deux autres individus, également très gros, mais d’allure un peu différente! Je me demandais initialement s’il pouvait s’agir de mâles de la tenthrède de l’orme, mais j’étais dubitative quant à l’absence de la tache blanche caractéristique de cette espèce. De plus, les arthropodes étaient dotés d’antennes entièrement noires, alors que la femelle que j’avais vue la veille arborait des antennes orangées.

Tenthrède à face blanche/tenthrède à tête jaune du saule (T. triangulum)

En fouillant dans mes livres et sur Internet, j’identifiai mes deux inconnus. Il s’agissait d’une toute nouvelle observation pour moi, des tenthrèdes qui possèdent un nom français variable selon les sources : tenthrède à face blanche ou tenthrède à tête jaune du saule (Trichiosoma triangulum). Le premier nom serait attribuable aux nombreux poils blancs qui recouvrent la tête et le thorax des adultes. Le second viendrait de la couleur de la tête de la larve.

T. triangulum. Notez l’absence d’une tache blanche contrairement à la tenthrède de l’orme.

Les deux individus étaient affairés à se pourchasser, protégeant chacun jalousement une talle de cornouiller. C’est en examinant les photographies de face de ces spécimens que je fus particulièrement étonnée : les mandibules étaient fort impressionnantes! Et elles appuyaient ce que j’avais lu dans plusieurs ouvrages au sujet des tenthrèdes de la famille Cimbicidae (celle comprenant la tenthrède de l’orme et celle à face blanche/tête jaune) : ces dernières ont du mordant! Bien qu’elles ne piquent pas, elles peuvent pincer à l’aide de leurs mandibules. Attention aux doigts inquisiteurs!

J’avais déjà parlé des sources de nourriture des larves de la tenthrède de l’orme, qui ne se limitent pas aux ormes. Pour ce qui est de la tenthrède à face blanche/tête jaune, la larve aurait elle aussi une diète variée et se nourrirait notamment des feuilles d’aulnes, de bouleaux, de frênes, de saules et de peupliers.

T. triangulum : grandes, ces mandibules!

La larve ressemble passablement à celle de la tenthrède de l’orme, hormis le fait qu’elle n’est pas flanquée d’une ligne noire médiane marquée. Lors d’une randonnée à la fin du mois d’août l’an dernier, j’avais pris en photo une larve qui correspondait à cette description. Verdâtre, la tête jaune et sans ligne médiane très visible. Nous étions en forêt, dans l’ombre, et les photos prises n’étaient pas d’une qualité exceptionnelle, mais je vous les offre tout de même dans le cadre de cette chronique. Vous pourrez les comparer à ce cliché d’une larve de tenthrède de l’orme. Au moment de la rédaction du présent billet, je ne peux vous confirmer avec certitude s’il s’agit d’une larve de T. triangulum. Je suis ouverte à vos conseils en matière d’identification si vous en avez!

De même, je ne suis pas parvenue à trouver de précisions quant aux différences entre les mâles et les femelles de cette espèce. Se ressemble-t-ils tous?

Possiblement une larve de T. triangulum?

En outre, je commençai mon mois de juin en photographiant pour la première fois deux espèces différentes de nos plus grosses tenthrèdes québécoises. Depuis, j’ai vu à nouveau deux autres femelles de la tenthrède de l’orme, cette fois-ci nettement plus actives et occupées à butiner dans des fleurs sauvages. Il m’en reste néanmoins beaucoup à apprendre sur ces fascinantes créatures. Le reste de l’été sera-t-il à la hauteur de ces premières rencontres? C’est à suivre!

Vidéo 1. Capsule animée qui résume quelques observations effectuées sur une femelle tenthrède de l’orme.

Pour en savoir plus