Tout mignon, le scarabée des marguerites!

L’été dernier, j’ai fait connaissance avec un scarabée tout mignon. Il s’affairait à butiner dans les fleurs de ma weigela, un petit arbuste qui produit de jolies fleurs roses vers le mois de juin.

Le tout mignon scarabée des marguerites

C’est d’abord l’arrière-train poilu d’un insecte en flagrant délit de gourmandise que j’aperçus, la tête bien plongée au centre de la corolle d’une des fleurs de la weigela. Je me suis immédiatement doutée qu’il s’agissait d’un de ces adorables petits scarabées poilus que j’eus le plaisir de voir à plusieurs reprises sur des photos présentées dans les médias sociaux.

Il ne m’en fallut pas plus pour mitrailler l’individu à coups de « clics » de mon appareil photo!

Fait intéressant : le scarabée était talonné par une fourmi qui ne souhaitait visiblement pas partager son repas. La fourmi, présente sur plusieurs de mes clichés, ne cessait de lui mordre les pattes ou l’arrière-train (qui dépassait toujours des fleurs!). Malgré la présence de cet agresseur, le scarabée ne se laissait pas trop impressionner; le nectar était sans doute trop savoureux pour lâcher prise!

Ce n’est que tout récemment que je pris la décision de vous entretenir sur cette observation.

Mon premier aperçu dudit scarabée

Pour identifier le scarabée à l’espèce, j’ai d’abord laissé l’algorithme de iNaturalist m’indiquer des pistes d’identification (si vous ne connaissez pas iNaturalist, je vous conseille d’y jeter un coup d’œil!). J’ai ensuite farfouillé sur Bug Guide à la recherche des critères permettant l’identification plus pointue. Il semblait que deux espèces étaient probables au Québec, soit Trichiotinus assimilis (le scarabée des marguerites) ou Trichiotinus affinis (pas de nom français trouvé).

Sur Bug Guide, je voyais également qu’une troisième espèce, Trichiotinus piger (pas de nom français dans les sources consultées), était retrouvée dans les états et provinces adjacents au Québec. Je n’étais pas certaine s’il pouvait aussi s’agir d’une espèce plausible.

J’en ai donc profité pour publier quelques-unes de mes photos sur la page Facebook Photos d’insectes du Québec (une autre page que je vous recommande!) en demandant des pistes pour l’identification… ce que j’obtins en tout juste quelques minutes de la part d’un collègue entomologiste! Efficace (merci, Nicolas)! Dans les jours qui ont suivi, j’ai reçu d’un autre collègue quelques précisions supplémentaires aussi incluses dans les descriptions ci-dessous (merci, Yves)!

Il s’avérait que je faisais face au sympathique scarabée des marguerites (T. assimilis).

Le scarabée était tourmenté par une fourmi!

En fait, deux espèces de Trichiotinus seulement sont retrouvées au Québec et T. piger n’en fait pas partie, du moins pas au moment d’écrire ces lignes. Alors que l’espèce T. assimilis est très abondante, la seconde, T. affinis, n’a été observée qu’au sud-ouest du Québec, le long de la rivière des Outaouais.

Qui plus est, les deux individus se distinguent à l’aide de simples photos en vue dorsale: notre scarabée des marguerites a la tête et le pronotum (la partie située immédiatement après la tête, en vue dorsale) brun-noir, alors qu’ils ont des reflets verdâtres chez T. affinis. De plus, les bandes obliques blanchâtres qui flanquent les élytres des deux scarabées varient en longueur : elles atteignent le 3e intervalle élytral chez le scarabée des marguerites (bref, elles se rendent plus profondément vers le centre), alors qu’elles ne se rendent qu’au 5e intervalle chez T. affinis. Enfin, on m’a indiqué que la région vers le centre des élytres comporte moins de roux chez le scarabée des marguerites. Tous de très bons conseils!

Le scarabée et son « bourreau » pas très loin!

En poursuivant mes recherches pour vous en écrire davantage sur cet arthropode, qui fait partie de la sous-famille Cetoniinae (les cétoines – un nom commun que vous reconnaissez sans doute), j’ai réalisé que j’avais la réponse devant moi tout ce temps, pour ce qui est des critères d’identification: il s’agit de la clé d’identification des scarabées du Québec, écrite par Hardy (2014)! Avis aux intéressés!

Je dois dire être bien heureuse d’avoir cette clé en ma possession, puisque, de tous les livres que j’ai, c’est la seule qui offre des descriptions plus longues du scarabée des marguerites. Tous les autres ouvrages (Evans 2008, Marshall 2009, Evans 2014) parlent plutôt de l’espèce T. affinis qui semble très abondante en Amérique du Nord (mais qui est peu représentée au Québec).

Comme vous l’avez constaté en regardant mes photos, le scarabée des marguerites est un coléoptère de taille moyenne, faisant 10 à 12 mm. Son arrière-train (le pygidium), de même que l’ensemble de son corps, sont fortement poilus, ce qui lui donne un air fort sympathique, ne trouvez-vous pas? Comme tout scarabée qui se respecte, ses antennes sont garnies de lamelles, une autre caractéristique qui ajoute à son charme.

Les coléoptères du genre Trichiotinus font partie des scarabées les plus communément retrouvés sur des fleurs au nord-est de l’Amérique du Nord. Leur coloration jaune et noirâtre, de même que leur corps poilu fait un peu penser à des abeilles. Ce mimétisme aurait pour fonction de protéger ces butineurs de possibles prédateurs.

Les larves de ce genre de scarabée vivent dans le bois en décomposition, où elles se nourriraient de la matière organique qu’elles y retrouvent. Je n’ai pas déniché davantage de précisions sur leur cycle de vie dans les sources consultées.

On voit les lamelles au bout de ses antennes

Si je me fie à iNaturalist, le scarabée des marguerites, bien répandu au Québec, a été observé aussi loin (au nord) qu’à Chibougamau! On peut apercevoir les adultes surtout pendant les mois de juin et juillet, bien que des observations en mai et en août sont possibles.

Gardez l’œil ouvert l’été venu, car vous pourriez bien avoir la chance de voir la binette de cette cétoine, poilue comme une petite peluche, dans vos plates-bandes!

Pour en savoir plus

Des sous noirs sous l’eau!

Je ne vous avais pas parlé d’insectes aquatiques depuis un certain temps, n’est-ce pas?

Connaissez-vous les psephenidés? Les larves de cette famille de coléoptères (famille Psephenidae) sont aquatiques et sont communément appelées « water pennies », c’est-à-dire « cennes noires aquatiques ».

Pourquoi un tel nom?

C’est que ces larves, de forme aplatie, ne laissent voir que leur face dorsale, brune et ovale, laquelle ressemble effectivement à un sou noir.

Larves de psephenidés

Cette morphologie leur permet d’adhérer parfaitement aux roches soumises aux courants plus ou moins soutenus des rivières où elles vivent. D’ailleurs, elles ont un profil admirablement hydrodynamique: tout appendice – patte, antenne ou autre – est entièrement caché sous la partie dorsale dont les segments forment une sorte de bouclier légèrement bombé qui, si ce n’était pas assez, est bordé de franges de poils permettant d’adhérer encore mieux au substrat.

Sous ces airs de masse brune quelconque se cache pourtant un organisme intrigant! En effet, quand on parvient à déloger une larve d’une roche, on peut apprécier encore plus sa beauté. Sa face ventrale laisse paraître six pattes articulées, permettant de constater qu’un insecte s’y cache bel et bien! Elle laisse également entrevoir une tête qui arbore des antennes ressemblant à des cornes et une bouche comportant de « grosses babines » prêtes à brouter. Ces attributs, plus prononcés chez le genre Psephenus, me donnent l’impression d’observer une sorte de taureau quand j’examine une larve au stéréomicroscope.

Le dessous révèle bel et bien un insecte (genre Psephenus)

À ces caractéristiques s’ajoutent des branchies, servant à la respiration sous l’eau, qui sont bien visibles le long de l’abdomen chez le genre Psephenus (celui que l’on observe le plus souvent). Les membres de l’autre genre retrouvé au Québec, Ectopria, possèdent plutôt des branchies rétractables et cachées dans une « chambre caudale », située tout au bout de l’abdomen. En plus d’utiliser ces branchies, Voshell (2002) ajoute que les psephinidés peuvent aussi tirer l’oxygène du milieu aquatique par l’ensemble de leur surface corporelle.

La comparaison avec le taureau que j’ai effleurée plus haut ne s’arrête pas à la ressemblance physique : les psephenidés appartiennent majoritairement au groupe fonctionnel des brouteurs. Ils s’affairent donc à brouter le périphyton – soit les amas d’algues et de détritus associés qui poussent à la périphérie des roches. C’est ce qui donne l’allure verte ou brune plus ou moins visqueuse des roches submergées. Pour se nourrir, les larves attendent habituellement la nuit pour se déplacer vers le dessus des roches, où elles peuvent brouter les algues les plus nutritives. En plein jour, on les retrouve plutôt sous les roches; c’est d’ailleurs en soulevant des roches submergées et en examinant leurs parois qu’on peut les observer.

La taille d’une larve mature varie entre 3 et 10 mm

Lors de mes études, j’avais analysé le comportement alimentaire de beaucoup d’invertébrés vivant en milieu lotique (cours d’eau où il y a un certain courant), incluant entre autres les psephenidés. Il s’est avéré que les psephenidés étaient nos brouteurs par excellence, démontrant moins d’omnivorie potentielle que d’autres organismes considérés dans la littérature comme étant des brouteurs/herbivores (Anderson et Cabana 2007). Ils ont donc servi à établir la valeur de référence pour un organisme situé à la base des chaînes alimentaires en rivières au Québec. On peut dire qu’ils ont fait partie de mes invertébrés « chouchous » lors de mes études!

Noter la tête avec des lèvres charnues et les antennes en forme de cornes! Une vache aquatique?

Si les larves évoluent dans les rivières, les adultes sont plutôt observés hors de l’eau, sur les roches et la végétation adjacentes. Pour ma part, je n’ai pas eu l’occasion d’observer d’adultes à ce jour, mais vous pouvez vous référer à cette page de Bug Guide si vous êtes curieux de voir ce à quoi ils ressemblent.

Selon Voshell (2002), c’est après une à deux années de croissance que les larves sortent de l’eau pour se métamorphoser. Les adultes qui en émergent ne se nourrissent pas (ou très peu) et ont une courte durée de vie. Ils procèdent promptement à la copulation, à la suite de laquelle les femelles descendent sous l’eau pour déposer leurs œufs, d’un jaune brillant, en amas sur des roches.

Si vous avez lu mes précédentes chroniques, vous savez que j’ai un intérêt pour l’utilisation des invertébrés aquatiques en tant qu’indicateurs de l’intégrité des milieux d’eau douce. Les psephenidés font partie de tels bioindicateurs. Leur présence en cours d’eau peut dénoter une certaine pollution, puisqu’ils sont plutôt tolérants à différents polluants. La cote de tolérance qui leur est associée est d’ailleurs de 4 (Hauer et Lamberti 2007, MDDEFP 2013), soit approximativement à mi-chemin entre un invertébré intolérant à la pollution (0) et très tolérant (10). Vous pouvez jeter un coup d’œil à ce billet si vous voulez en savoir plus sur les invertébrés bioindicateurs en rivières.

Les deux genres retrouvés au Québec: Ectopria à gauche et Psephenus à droite

Concernant leur tolérance, j’ai très souvent observé des psephenidés dans des rivières situées sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, où les activités agricoles affectent davantage les cours d’eau (MELCC 2020). Celles-ci s’avèrent notamment enrichies en nutriments (comme l’azote et le phosphore), favorisant la croissance du périphyton qui est la source de nourriture des psephenidés. Justement, c’est lors de deux sorties récentes (en 2021) sur des cours d’eau de la rive sud du fleuve Saint-Laurent touchés par des activités agricoles (rivières Nicolet et du Chêne) que j’ai pris bon nombre des photos et des vidéos qui accompagnent la présente chronique.

Si je vous parle beaucoup des larves dans la présente publication, c’est que mes recherches m’ont permis de constater que les adultes sont beaucoup moins connus. L’ouvrage de Evans (2014) permet d’apprécier deux espèces sur les cinq qui seraient retrouvées dans l’est de l’Amérique du Nord. Normandin (2020) précise quant à lui que trois espèces sont retrouvées au Québec. Pour faire la connaissance des adultes, il me faudra sortir des cours d’eau et examiner les roches et la végétation qui les bordent!

On retrouve les larves de psephenidés sous les roches des cours d’eau

De votre côté, si vous souhaitez aller à la rencontre des larves, tout ce dont vous aurez besoin est de bottes pour descendre à l’eau. Vous n’avez qu’à viser un tronçon de rivière peu profond, où il y a un certain courant et où des galets sont présents. Il vous faudra ensuite simplement soulever et examiner les galets… et sans doute un peu de patience pour déloger doucement les larves des roches auxquelles elles s’accrochent!

Aurez-vous la main chanceuse pour découvrir quelques-uns de ces « trésors » de sous noirs?

Pour en savoir plus

  • Anderson, Caroline et Gilbert Cabana. 2007. Estimating the trophic position of aquatic consumers in river food webs using stable nitrogen isotopes. Journal of the North American Benthological Society 26(2): 273-285.
  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Bug Guide. Family Psephenidae – Water Penny Beetles. https://bugguide.net/node/view/36129
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Hauer, F.R., et G.A. Lamberti. 2007. Methods in stream ecology. 877 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), 2013. Guide de surveillance biologique basée sur les macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec – Cours d’eau peu profonds à substrat grossier. 88 p.
  • Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). 2020. Rapport sur l’état des ressources en eau et des écosystèmes aquatiques du Québec 2020. 480 pages. https://environnement.gouv.qc.ca/eau/rapport-eau/rapport-eau-2020.pdf
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec. 620 p.
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Capsule spéciale – fin d’année 2021 !

Une capsule vidéo spéciale pour souligner la fin de cette année particulière ? Eh oui, pourquoi pas !

Je vous invite à rire avec moi… en faisant place aux bloopers DocBébitte de l’année 2021 !

J’en profite pour vous souhaiter une belle nouvelle année 2022 qui, espérons-le, amènera son lot de belles découvertes entomologiques… et plus encore !

Pour les bloopers, c’est par ici !

Capsule vidéo : Mon premier élevage de chenilles – Partie 3

Élever des chenilles de l’œuf jusqu’au papillon ?

C’est fait !

Après la partie 1 et la partie 2, préparez-vous à cette grande finale où vous verrez si j’ai réussi l’expérience avec l’ensemble de mes chenilles.

Je vous explique aussi ce que j’en ai retiré d’utile, en espérant que cela pourra vous guider si vous tentez l’expérience.

Quelques clins d’œil comiques vous y attendent également !

Prêt pour le visionnement ? Suivez le lien YouTube ci-dessous !

Une collection d’insectes… sans en tuer directement?

Faire une collection d’insectes (et autres invertébrés) sans tuer de nouveaux organismes, est-ce possible?

Oui, pourquoi pas!

C’est ce que je vous présente dans le cadre de cette vidéo prise lors d’un Facebook Live le 11 décembre 2021.

Je vous donne quelques conseils pour savoir où regarder… et je vous montre des spécimens à l’appui! Le tout appuyé de quelques sympathiques anecdotes!

Bon visionnement!