Incursion chez les invertébrés de nos lacs

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Naïade de demoiselle Coenagrionidae

C’est déjà bien établi : j’ai un faible pour les invertébrés aquatiques. Je vous ai souvent parlé d’invertébrés collectés dans des rivières et ruisseaux ou encore ceux retrouvés dans l’étang à poissons que je possédais. Un milieu que j’avais moins exploré en matière de faune invertébrée est celui des lacs. Cependant, au courant des dernières années, j’ai eu la chance de séjourner à quelques reprises sur le bord de jolis lacs québécois. Comme vous pouvez vous en douter, j’en profitai pour recenser la faune locale!

Sur la page Facebook DocBébitte, je vous avais diffusé il y a un peu plus d’une semaine une vidéo d’organismes collectés en donnant quelques coups de filet en zone littorale d’un lac (voir la vidéo 1 ci-dessous). Je vous suggérais de garder l’œil ouvert pour identifier tout ce que vous pouviez y voir, que ce soit furtivement ou en premier plan. Dans cette vidéo, on retrouvait plusieurs bons représentants de la vie sur le littoral d’un lac. Qui sont-ils?

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Asellidae, un isopode aquatique

Commençons par les deux taxons les plus visibles : un isopode aquatique (famille Asellidae) et une naïade de demoiselle (sous-ordre Zygoptera).

Les aselles sont des cousins de nos cloportes terrestres qui sont tous des isopodes (ordre Isopoda). Saviez-vous qu’il s’agit de crustacés? Faciles à reconnaitre, ils sont de forme aplatie et munis de sept paires de pattes. Ils arborent des teintes de brun, gris ou noirâtre. Leur taille varie de 5 à 20 mm; ils sont assez gros pour les remarquer à l’œil nu. On les retrouve dans une vaste palette d’habitats aquatiques, incluant les zones peu profondes des lacs. Si le substrat est composé de petites cachettes où se planquer, ils y seront! C’est d’ailleurs le cas de la zone du lac que j’ai échantillonnée : elle était constituée de touffes abondantes de plantes submergées offrant un habitat à plus d’une espèce d’invertébrés!

C’est aussi dans cet habitat que je retrouvai la plupart des autres individus, y compris des naïades de libellules zygoptères appartenant à la famille Coenagrionidae. Une très vaste partie des demoiselles bleues adultes que l’on peut apercevoir près des points d’eau ou dans nos jardins font partie de cette grande famille d’odonates. Voshell (2002) indique qu’il s’agit d’un groupe très souvent recueilli lors de collectes d’invertébrés en bordure de lacs, marais et étangs, en particulier là où les plantes et débris sont abondants.

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Végétation aquatique dans laquelle j’ai échantillonné

Outre ces deux groupes, avez-vous été capables d’observer les autres organismes, plus furtifs, dans la vidéo 1? On y aperçoit des mites d’eau (Hydracarina; voir cette chronique) qui dévalent rapidement telles de grosses boules brun-rougeâtre, de même qu’un tout petit zooplancton que je ne parviens pas à identifier tellement il passe vite en arrière-plan (copépode ou cladocère, là est la question!). Un gammare (ordre Amphipoda), sorte de crustacé latéralement aplati, passe, tel un éclair, et disparaît dans les débris. Plus en avant plan, en regardant en ligne droite sous la naïade de zygoptère, on peut voir à plusieurs reprises une larve de chironome qui se fraie un chemin à travers les débris (gardez l’œil ouvert sur ce qui ressemble à une toute petite chenille de couleur pâle).

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Trio de coléoptères aquatiques : haliple, dytique et gyrin (de gauche à droite)

Les autres coups de filet que je donnai me permirent d’observer d’autres individus représentatifs du littoral d’un lac. À titre d’exemple, je mis la main sur plusieurs petits coléoptères aquatiques : dytiques (Dytiscidae), gyrins (Gyrinidae) et haliples (Haliplidae).

Les haliples sont connus sous le nom de « aquatic crawling beetles »; contrairement aux dytiques et gyrins, leur mode de locomotion par prédilection implique de grimper et de ramper sur la végétation aquatique, plutôt que de nager dans ou sur l’eau. Voshell (2002) ajoute que les adultes ne sont pas de très bons nageurs. Ce n’est donc pas surprenant que j’aie mis la main sur un individu en arpentant les touffes de végétation parsemées en bordure de lac.

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Petite écrevisse

En revanches, les dytiques et les gyrins se déplacent beaucoup plus aisément dans l’eau. Je vous ai déjà parlé des prouesses des dytiques dans cette précédente chronique. Ces derniers constituent presque la moitié des espèces de coléoptères que l’on recense en milieu aquatique. Il s’agit d’un groupe très diversifié et omniprésent. Pas étonnant que j’en ai observé!

Les gyrins sont, eux aussi, très présents dans nos milieux d’eau douce. Comme ils se tiennent principalement en grands groupes à la surface d’eaux calmes, ils sont faciles à observer. En anglais, on les appelle « Whirling beetles », ce qui fait référence à leur mode de locomotion : ils tourbillonnent à droite, puis à gauche… De quoi à donner le mal des transports, quoi!

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Escargot aquatique

Je pus également mettre la main sur un insecte fouisseur en donnant des coups de filet dans le sable. Une naïade d’éphémère m’y attendait! Contrairement à la majorité des autres organismes que j’ai capturé dans les plantes et débris, cet éphémère se creuse des tunnels dans le substrat mou et vit à l’abri des regards. D’ailleurs, la morphologie de ces éphémères diffère de leurs confrères : leur corps est cylindrique, alors que leur tête et leurs pattes sont modifiées de sorte à faciliter le creusage du sol. De plus, ils sont munis de défenses! Les individus se construisent un tunnel en forme de U qui peut s’enfoncer jusqu’à 13 cm de profondeur. Ces naïades sont connues de certains pêcheurs qui fabriquent des leurres à poisson à leur effigie.

En plus de tous ces fabuleux spécimens, quelques organismes – souvent mieux connus de la population en général – étaient présents : écrevisses, sangsues, escargots et moules d’eau douce!

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L’étrange vers planaire

Enfin, un groupe d’invertébrés nettement plus obscur était aussi compris dans mes échantillons : il s’agit des vers plats ou vers planaires (Classe Turbellaria). Beaucoup de membres de ce groupe peuvent être observés en zones peu profondes de milieux calmes, préférentiellement sur des substrats solides comme des cailloux et roches. Certaines espèces peuvent également se retrouver sur des plantes et détritus variés. Il s’agit d’un taxon particulier et peu connu qui, comme plusieurs des organismes présentés dans le présent billet, m’inspireront sans aucun doute d’autres chroniques!

Histoire à suivre!

Vidéo 1. La naïade de demoiselle et l’aselle sont bien évidents en avant-plan, mais saurez-vous trouver les autres invertébrés qui se cachent dans cette vidéo?

Vidéo 2. Naïade d’éphémère fouisseur de la famille Ephemeridae.

Vidéo 3. Étrange vers planaire, accompagné de quelques mites d’eau en déplacement.

Vidéo 4. Autre naïade de demoiselle Coenagrionidae se déplaçant au fond du lac, après que je l’y ai remise.

Pour en savoir plus

  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

Un tandem amoureux pour la Saint-Valentin!

En cette semaine de la Saint-Valentin, pourquoi ne pas parler de copulation… chez les insectes, bien sûr!

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Tandem entre deux odonates du genre Sympetrum

Le tandem amoureux pratiqué chez les odonates (libellules et demoiselles) suscite la curiosité, que vous soyez entomologiste aguerri ou non. Quelle drôle de position prennent-ils! Comme si ce n’était pas assez, cette dernière ressemble parfois à un cœur, comme pour témoigner du fait qu’il y a de l’amour dans l’air!

Mais comment cela se passe-t-il, au juste?

Au moment de la reproduction, le mâle courtise la femelle et cherche d’abord à l’agripper à l’aide de ses pattes, la mordillant parfois.  Ensuite, il la fait prisonnière en saisissant sa tête avec ses appendices terminaux (dits aussi anaux), un peu comme on le ferait avec un étau.

Lorsque le tandem est formé, le mâle zygoptère (demoiselle) prend quelques instants pour transférer son sperme de son 9e segment (où se situe l’orifice génital) vers ses pièces copulatrices situées sur la face ventrale de son 2e segment. Chez les anisoptères (libellules), cette tâche serait effectuée avant de capturer une femelle. En fin de compte, c’est le contact entre les parties génitales de la femelle et les pièces copulatrices du mâle qui permet le transfert du sperme vers la femelle. Cette distance entre l’orifice génital produisant le sperme et les organes copulateurs du mâle serait une particularité propre aux odonates, selon Paulson (2011). Remarquez cependant que, dans le vaste et mystérieux monde des invertébrés, les araignées mâles possèdent aussi une telle caractéristique.

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Voyez-vous la forme en cœur chez ces demoiselles en tandem?

La fécondation de la femelle peut se faire immédiatement au moment de la copulation ou plus tard. En effet, la femelle est en mesure d’entreposer le sperme du mâle et ce… tout le reste de sa vie! Ainsi, au fur et à mesure que les œufs sont produits, ces derniers peuvent être fécondés, qu’il y ait ou non un mâle à proximité.

Il arrive fréquemment que les mâles saisissent une femelle d’une autre espèce en vue d’un tandem. Habituellement, la « connexion » entre les deux individus ne fonctionnera pas… Quoique la copulation entre membres d’espèces différentes ait été observée, de même que certains hybrides issus d’une telle relation!

Les femelles odonates ne semblent pas trop se formaliser du fait qu’elles sont retenues prisonnières par leur douce moitié. Un fait qui serait sans doute moins apprécié chez les humains! Espérons que vous passerez une Saint-Valentin joyeuse… et en toute liberté!

Pour en savoir plus

Je stipule que c’est une tipule!

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Larves de tipules aquatiques

Le jeu de mots était trop tentant! Aviez-vous deviné que l’insecte-mystère de la chronique du 19 janvier était une larve de tipule? Je vous aurais dit que c’était plus particulièrement un Tipulidae, mais il y a eu quelques changements de noms depuis mes études et la famille Tipulidae a été scindée pour notamment former les Limoniidae – famille à laquelle appartient maintenant la larve photographiée. Plus précisément, il s’agit d’un individu du genre Hexatoma. Le sous-ordre demeure Tipulomorpha et on peut donc encore se permettre de les appeler tipules!

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Larve de tipule terrestre

Je vous avais déjà parlé des tipules adultes dans cette chronique de 2013 et vous ai relaté l’observation d’une tipule qui a émergé en plein hiver dans ma maison (ici).

Aujourd’hui, je veux plutôt vous entretenir des larves. Depuis les deux chroniques susmentionnées, j’ai eu l’occasion d’observer plusieurs larves en milieu terrestre et de documenter leur comportement sur photos et vidéos. Ma connaissance initiale de ce groupe était basée uniquement sur des individus aquatiques. Il faut dire que les larves de tipules sont fréquemment rencontrées dans nos cours d’eau québécois. Certaines, très grosses, font environ la taille de mon index!

La vaste majorité des tipules est associée à des milieux où le taux d’humidité est très élevé : abords de cours d’eau, plaines d’inondation, litière humide. Cependant, Merritt et Cummins (1996) précisent que quelques espèces sont retrouvées dans les champs… et même en milieu désertique!

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Autre larve retrouvée dans mes plates-bandes

Qu’elles soient aquatiques ou terrestres, les larves de tipules possèdent d’étranges caractéristiques. Leur arrière-train ressemble souvent (plupart des espèces) à une drôle d’étoile : deux stigmates bien visibles se retrouvent sur une surface plutôt plane bordée de lobes de chair plus ou moins longs et en nombre variable. Leur tête, en retrait, peut être visible quand la larve s’agite. J’avais d’ailleurs pris une vidéo d’une larve retrouvée dans mes plates-bandes où l’on voyait la capsule céphalique en question (en fin de chronique).

Fait intrigant, chaque fois que j’ai manipulé une larve de tipule terrestre (quelque 4 ou 5 fois), cette dernière choisit de vider le contenu de son intestin dans ma main. S’agit-il d’un mécanisme de défense? Je serais curieuse d’en connaître la réponse, puisque je ne l’ai pas trouvée lors de mes recherches!

Presque toutes les fois où j’ai mis la main sur une larve terrestre, c’était en jouant dans mes plates-bandes. Ceci n’est pas surprenant, beaucoup de larves étant des déchiqueteurs-détritivores. Elles se délectent de la litière laissée au sol et constituent ainsi un important maillon de la dynamique des écosystèmes terrestres.

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L’arrière-train peut ressembler à ceci!

Il en est de même pour les espèces aquatiques. Bon nombre se nourrissent des amas de feuilles et de détritus s’accumulant dans certains tronçons de cours d’eau ou de lacs. Certains individus optent néanmoins pour une diète plus protéinée et croquent d’autres invertébrés aquatiques. C’est le cas du genre Hexatoma, notre vedette de la devinette du 19 janvier. Ce genre a la capacité de gonfler les muscles du bout de son abdomen, ce que l’on voyait sur ma devinette. Ce renflement permet à la larve de coincer son corps entre des roches et ainsi être en mesure de manœuvrer pour mieux saisir et maîtriser ses proies. Pratique, quand on ne possède pas de pattes, n’est-ce pas?

Selon Voshell (2002) ainsi que Merritt et Cummins (1996), la famille Tipulidae (avant d’être subdivisée) constituait le groupe de diptères possédant le plus grand nombre d’espèces. Il s’agit en outre d’un grand groupe fort diversifié et retrouvé dans une vaste palette d’habitats. Si vous souhaitez découvrir les larves, il suffit de jouer dans la litière (aquatique ou terrestre) et de garder l’œil ouvert! Si vous êtes chanceux comme moi, vous risquez même de faire entrer un individu par inadvertance dans votre demeure (cette chronique).

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Bon, je me fais encore déféquer dessus!

Si c’est le cas, ne craignez point! Non seulement les larves sont-elles de bons invertébrés recycleurs de la matière organique, les adultes sont inoffensifs et jolis à observer et photographier. Une poignée d’espèces peuvent s’avérer des pestes en milieu agricole, mais, règle générale, nos tipules sont plus des organismes bénéfiques que nuisibles.

Je termine la chronique en vous invitant à visionner une vidéo où l’on voit deux larves de tipules aquatiques. Une, très sombre à gauche de l’écran, semble totalement amorphe et pourrait être confondue avec un débris (je pense à une brindille). Je ne sais pas si elle a été blessée lors de la collecte, car elle semblait intacte. La seconde larve, beaucoup plus active, s’agite et rampe dans le petit plat dans lequel je la détenais. On peut voir certaines caractéristiques internes à travers son corps partiellement translucide.

Je me rappelle encore les hélas que ces deux larves ont suscitées quand elles furent recueillies. J’avais été invitée par le responsable du camp de l’Ere de l’Estuaire – un superbe site pour les amoureux de la nature, en passant! – à animer une sortie avec quelques jeunes du secondaire. Les adolescentes qui étaient avec moi avaient été surprises de réaliser qu’il y avait de la vie sous les roches des ruisseaux et rivières… Et les larves de tipules, par leur apparence singulière et leur bonne taille, avaient suscité un mélange de dégoût et de curiosité! Ce fut une belle découverte à partager!

Vidéo 1. Larves de tipules (et autres insectes) ramassées sur un petit cours d’eau sillonnant le site de l’Ere de l’Estuaire.

Vidéo 2. Tête d’une larve vue sous la loupe de mon microscope. La tête est rétractable; on voit les mandibules se faire agiter, de même qu’une partie de la capsule céphalique vers la fin de la vidéo.

Vidéo 3. Larve de tipule en mouvement.

Pour en savoir plus

Ça grouille dans mes denrées!

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Cucujide des grains oléagineux

Il y a quelques semaines de cela, une collègue de bureau m’annonçait qu’elle avait trouvé bon nombre de minuscules bêtes grouillant dans ses denrées alimentaires. Cette dernière m’indiquait qu’elle avait identifié l’espèce comme étant le cucujide dentelé des grains (Oryzaephilus surinamensis). Elle me fit également don de quelques spécimens préservés dans l’alcool. Après quelques recherches supplémentaires sur l’espèce et les membres de ce genre, dans le but de rédiger la présente chronique, je réalisai qu’on faisait possiblement plutôt face au cucujide des grains oléagineux (Oryzaephilus mercator). Qu’à cela ne tienne, les deux espèces constituent toutes deux des pestes des denrées alimentaires dans la maison! Qu’il s’agisse de l’une ou l’autre, leur présence ne laisse présager rien de bon!

C’est en examinant les descriptions fournies par les deux premières références consultées (Evans 2014 et le site Internet de la Commission canadienne des grains) que je réalisai qu’il y avait deux espèces d’Oryzaephilus qui se ressemblaient. Selon ces sources, c’est en examinant les tempes des spécimens – la portion située immédiatement derrière l’œil – que l’on parvient à départager les deux espèces. La tempe du cucujide dentelé des grains fait au moins la moitié de la longueur de l’œil et n’est pas pointue (voir cette image). En revanche, celle du cucujide des grains oléagineux fait moins d’un tiers de la longueur de l’œil et s’avère étroite et pointue (cette image). C’est ce deuxième cas que j’observai au travers de la loupe de mon appareil binoculaire. Je dois néanmoins préciser que je ne suis pas une taxonomiste professionnelle; si vous jugez que j’ai fait erreur, vous pouvez rectifier le tir et m’indiquer quels critères j’aurais dû examiner de plus près!

Cela dit, ces organismes font partie de la famille Silvanidae. Je dois avouer que je ne connaissais pas du tout cette famille! Selon Evans (2014), la biologie de ce groupe est peu connue, hormis en ce qui concerne les espèces d’intérêt économique. À cet effet, plusieurs genres de cette famille comprennent des espèces qui constituent des pestes… qui se retrouvent dans les grains entreposés, les produits liés aux grains (farines, etc.), les noix et les épices.

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Plusieurs individus que ma collègue m’a légués!

Le cucujide des grains oléagineux ne fait pas exception. Les adultes et les larves sont des pestes communément retrouvées dans nos garde-mangers. La Commission canadienne des grains précise que ce cucujide a une préférence pour les denrées riches en huile comme la farine, les flocons d’avoine, le son et le riz brun. Il ne dédaigne pas, non plus, les céréales transformées, les fruits séchés, les graines, les mélanges à gâteaux, pâtes, biscuits, noix, noix de coco et nourriture pour animaux de compagnie. Bref, si vous êtes aux prises avec cette espèce, c’est dire qu’une vaste partie de vos denrées risque d’être affectée.

Ma collègue de travail me mentionnait qu’elle retrouvait en effet beaucoup d’individus et de larves autour de ce type de denrées et qu’il lui était difficile de savoir avec certitude de quels aliments ils se nourrissaient. La source de contamination s’avérait elle aussi inconnue, quoique ma collègue précisait qu’elle achetait des aliments « en vrac », son principal doute portant sur certains des aliments achetés figurant au palmarès des collations favorites des cucujides.

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Ces organismes sont très petits!

Parmi les méthodes de contrôle utilisées, ma collègue me disait effectuer un nettoyage continu des armoires envahies (eau et savon semblent de mise, l’eau seule ne semblant pas suffisante), en plus de mettre toutes les denrées « à risque » dans des pots hermétiques… ou à la poubelle! Ces méthodes énergivores semblaient néanmoins donner des résultats probants : ma collègue m’indiquait voir de moins en moins d’individus déambuler dans ses armoires (adultes et larves).

Étant donné qu’une femelle peut pondre jusqu’à 200 à 300 œufs sur trois mois, vaut mieux en effet prendre des moyens rapides d’élimination. Autrement, ces organismes ont la capacité de coloniser rapidement nos armoires! Cependant, la détection de l’envahisseur peut prendre un peu de temps, puisque l’insecte concerné est très petit. Ce dernier fait entre 2 et 3 mm de longueur. Il est donc bien possible que vous croquiez dans les larves ou les adultes de ce groupe avant de réaliser qu’ils ont envahi vos denrées!

Fait intéressant, contrairement à son cousin O. surinamensis, notre cucujide des grains oléagineux ne serait pas tolérant au froid. En outre, il ne survivrait pas aux rigueurs des hivers canadiens. Une façon de s’en débarrasser pourrait donc être de mettre les denrées contaminées au congélateur. Wikipedia mentionne qu’une exposition à une température de -18 °C sur une période de 6 jours consécutifs serait létale pour tous les cycles de vie. En cas de doute sur l’identité du spécimen, cependant, il vaut probablement mieux tout jeter et nettoyer, puisque le cucujide dentelé – qui ressemble beaucoup à O. mercator – est tolérant à ces températures!

Après ces recherches, je me suis assurée que les individus gracieusement donnés par ma collègue étaient bel et bien inertes dans leur bouteille d’alcool! Trêve de plaisanteries, nous ne sommes pas à l’abri d’une pléiade d’envahisseurs et le partage d’expériences comme celle-ci peut nous rassurer ou nous donner de bons « trucs »!

Pour en savoir plus

L’heure de la collation pour Monsieur agrion vertical

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C’est l’heure de la collation pour cet agrion vertical!

Après avoir passé un mois sans rédiger de nouvelles chroniques DocBébitte – j’étais affairée à transférer mon blogue sur une nouvelle plate-forme et vers un nouvel hébergeur –, quoi de mieux pour reprendre mes activités que de vous parler d’une libellule?

Avez-vous déjà eu le loisir d’observer une libellule capturer et ingérer un insecte en direct? Ces bêtes gloutonnes constituent de voraces et efficaces prédateurs et il n’est donc pas rare de les surprendre proie en bouche!

Cet été, j’ai été en mesure de filmer un de ces arthropodes en train de mâchouiller une proie fraîchement débusquée. Fait intéressant, la seule autre fois où j’ai pu prendre quelques clichés de cette espèce, l’individu venait lui aussi de capturer son dîner.

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On ne parle pas la bouche pleine!

L’espèce en question est l’agrion vertical (Ischnura verticalis). Appartenant à la famille Coenagrionidae, il s’agit d’une espèce commune et bien répartie sur tout le Québec méridional. Les mâles sont facilement reconnaissables et ne peuvent être confondus avec d’autres espèces de nos latitudes. C’est la combinaison du vert vif maculant les côtés du thorax et les deux premiers segments de l’abdomen (le second segment n’étant vert que sur les côtés), de même que la coloration bleu pâle dominante sur les huitième et neuvième segments de l’abdomen qui servent de critères d’identification. Comme chez plusieurs autres libellules, malheureusement, les femelles requièrent un examen plus détaillé, car elles peuvent être confondues avec quelques cousines. Paulson (2011) cite notamment l’agrion posé (I. posita) et l’agrion hasté (I. hastata), deux espèces qui semblent cependant moins largement réparties au Québec que l’agrion vertical (Savard, 2011).

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Agrion vertical mâle, vu de profil

Au Québec, l’adulte de l’agrion vertical se rencontre du mois de mai jusqu’en septembre. Comme les naïades se développent dans les herbiers aquatiques qui jonchent les parties calmes des lacs, rivières et étangs, il n’est pas surprenant d’observer des adultes à proximité de ces habitats. Ainsi, mâles et femelles peuvent être aperçus perchés sur la végétation adjacente à divers milieux aquatiques, ou encore en vol, tentant de se dégoter un partenaire!

J’ai souvent lu que, chez les libellules, ce sont les mâles qui sont particulièrement territoriaux. Toutefois, Paulson (2011) précise que Madame agrion vertical n’aime guère partager ses lieux de ponte. Cette dernière chasserait à la fois femelles et mâles de son territoire privilégié en adoptant une posture bien particulière : abdomen recourbé vers le bas et ailes battant incessamment. Tout intrus sera averti!

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Autre mâle observé plus tôt, en 2014. Il venait lui aussi de capturer une proie.

Il semble également que les femelles I. verticalis soient plus enclines que les mâles à dévorer des membres de leur propre espèce. C’est qu’elles sont peu commodes, ces dames! De façon générale, cependant, à la fois les femelles et les mâles sont gourmands.

En début de chronique, je vous mentionnais que j’avais filmé un membre de cette espèce en train de déguster une proie. C’est alors que je photographiais quelques insectes éparpillés parmi une haie de rosiers que mon attention fut portée sur une délicate libellule voletant entre les branches. Elle se posa afin de commencer à savourer sa proie, qui semblait – de ce que je voyais des « restes » – être une sorte de diptère (mouches et compagnie). La vidéo et les photos que j’ai pu prendre à ce moment accompagnent la présente chronique… et témoignent de la gourmandise de ce délicat, mais vorace arthropode!

Vidéo 1. Mâle agrion vertical qui déguste sa proie. Crounch crounch crounch! Bon appétit!

Pour en savoir plus