Des insectes dans ma bouffe : du déjà vu!

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Qui se cache dans ma framboise?

Je vous ai parlé à quelques reprises de ces arthropodes que nous mangeons par inadvertance chaque année :

Il semble en effet que ces petites bêtes que nous aimons tant se retrouvent fréquemment dans nos assiettes. C’est donc sans surprise que je me retrouve avec une autre anecdote « entomoculinaire » à vous relater!

Pendant les fêtes, je me suis amusée à cuisiner un dessert qui contenait bonne quantité de framboises. N’ayant pas utilisé tous les fruits achetés dans ma recette, je décidai de les partager lors d’un goûter en bonne compagnie. En jetant un regard à une framboise, je notai une irrégularité en son centre, comme s’il y avait un objet qui s’y cachait. En regardant de plus près, je vis ce qui ressemblait à une chenille. Eurêka! Une bête en hiver, juste pour moi!

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Vue sur la larve de diptère

En manipulant davantage le fruit, la bête se réveilla et s’activa… pour me faire réaliser qu’il ne s’agissait pas d’une chenille, mais plutôt d’une larve de diptère (ordre Diptera, comprenant les mouches, moustiques et autres arthropodes de ce type).

J’ai mis la main sur une clé qui me permettra – j’espère bien – d’identifier la larve à un niveau plus précis que l’ordre. Entre temps, je vous partage ma trouvaille que vous pourrez apprécier dans les vidéos ci-dessous.

Une autre observation qui donne envie de jeter un coup d’œil à ses fruits avant de les gober tout rond! Bon appétit!

Vidéo 1. Larve de diptère qui se cachait au centre d’une framboise achetée à l’épicerie.

Vidéo 2. Larve observée de plus près alors qu’elle se déplace.

La chenille gastronome

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La superbe chenille du papillon du céleri

L’été dernier, vous êtes plusieurs à avoir observé une jolie chenille arborant le vert, le jaune et le noir dans vos potagers. Cet arthropode gastronome s’en prenait notamment à vos plants de persil, carottes, céleri et fenouil. De qui s’agissait-il?

Plus particulièrement, lors de la dernière publication, je vous affichais l’arrière-train de cette chenille, dont le motif me faisait penser à un « Monsieur Baboune ». Il s’agissait en fait de la chenille du papillon du céleri, Papilio polyxenes.

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Stade plus jeune, plus petit et fort différent

Comme certains d’entre vous, j’eus la chance d’observer et de photographier des chenilles de cette espèce plutôt abondante à l’été 2019. Les deux spécimens que je pus suivre de près avaient choisi de s’attaquer à un plant de persil appartenant à ma mère.

En bonne entomologiste amateur, c’est en arpentant les plates-bandes de ma mère à l’affut de toute bête digne d’intérêt que je découvris deux jeunes chenilles sur son persil, lesquelles ne ressemblaient pas à ce que je connaissais du papillon du céleri. En effet, les chenilles de cette espèce changent d’allure au fur et à mesure qu’elles croissent. Les jeunes individus observés étaient munis d’épines et imitaient des fientes d’oiseaux (corps plutôt sombre ponctué en son centre d’une tache blanche). Une robe très différente de la chenille plus mature qui est lisse et bariolée de vert pâle (parfois pratiquement blanc), jaune et noir!

Fait intéressant, je pus observer l’évolution des deux spécimens à ma portée sur près de deux semaines. Les deux petites chenilles du départ étaient nettement plus grosses par la suite. Il faut dire que la chenille mature peut atteindre 5 cm. J’eus aussi la chance d’assister à la mue d’un des individus; la vidéo de cette intrigante métamorphose est présentée en fin de chronique.

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Chenille qui vient de muer; sa vieille peau repose à ses côtés

Si la chenille du papillon du céleri est facilement rencontrée, c’est que cette espèce favorise les habitats ouverts comme les prés, les champs cultivés et les jardins en milieu urbain. Une autre raison est qu’elle se retrouve souvent à grignoter des plantes que nous mangeons nous-mêmes. Comme mentionné en début de chronique, l’espèce se nourrit de plusieurs herbes et légumes du jardin comme le céleri, les carottes et autres membres de la famille Apiaceae (fenouil, aneth, coriandre, panais, etc.) et de la famille Rutaceae (qui comprend les agrumes).

Malgré son comportement alimentaire, la chenille n’est pas nécessairement considérée comme une peste. Selon Wagner (2005), les femelles auraient l’habitude de ne pondre que quelques œufs par plante, évitant ainsi les grosses colonies comme celles formées par les chenilles à tentes (dont la livrée des forêts). Par contre, je lis dans Handfield (2011) que, au contraire, les papillons peuvent être observés en grand nombre là où les plantes-hôtes sont retrouvées en abondance. Dans ces lieux, les chenilles deviendraient davantage des pestes potentielles.

La chenille du papillon du céleri peut être confondue avec celle du papillon queue-courte (Papilio brevicauda). Néanmoins, Leboeuf et Le Tirant (2012) précisent que la chenille du papillon queue-courte est plus verte et arbore une suite de points noirs plutôt que de rayures. Par ailleurs, les aires de répartition des deux espèces se recoupent peu, hormis certains secteurs de chevauchement au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

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Chenille qui commence à déployer son osmeterium

Dans les quelques jours qui suivirent mes propres observations, j’espérais que ma mère aurait l’occasion de voir les chenilles former des chrysalides et, qui sait, se transformer en papillon. Malheureusement, au bout de quelques jours, lesdites chenilles disparurent. Je me suis d’abord demandé si elles s’étaient fait dévorer. Cela est possible, puisque plusieurs prédateurs sont susceptibles de se délecter des chenilles, bien que celles-ci aient un moyen de défense en réserve : lorsque la chenille est perturbée, elle réagit en gonflant un organe orange en forme de fourche sur sa tête. Cet organe, qui se nomme osmeterium, dégage une odeur nauséabonde qui est désagréable – mais pas entièrement dissuasive – pour les prédateurs.

Toutefois, en me documentant aux fins de la présente chronique, j’ai lu que les chenilles peuvent s’immobiliser non seulement sur une tige rigide, mais aussi sur une roche pour passer à la métamorphose en chrysalide. Peut-être que les chenilles se seront déplacées d’elles-mêmes pour trouver un support différent, plutôt que de s’être retrouvées dans la panse d’un prédateur quelconque?

Le stade de chrysalide dure de neuf à quinze jours. Les rejetons issus de la seconde génération d’adultes passeront l’hiver sous forme de chrysalide. Il faut dire que le papillon du céleri présente deux générations à nos latitudes : la première vole de la mi-mai au début juillet, alors que la seconde vole de la mi-juillet au début du mois de septembre.

Les sources consultées suggèrent également que l’abondance du papillon du céleri est cyclique. Comme il semble avoir été observé par plusieurs entomologistes en herbe à l’été 2019, il est fort à parier que cette dernière année a été favorable pour cette espèce. Reste à voir si elle pointera à nouveau le bout du nez pour 2020!

Vidéo 1. Chenille du papillon du céleri (Papilio polyxenes) que j’ai eu la chance de filmer alors qu’elle muait. Elle laisse sa « vieille » peau derrière elle. On remarque même la capsule céphalique (tête) de la mue qui reste coincée quelques instants dans le visage de la « nouvelle » chenille toute fraîche. Fascinant, n’est-ce pas?

Galerie photo – quelques photos supplémentaires pour le plaisir des yeux!

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Autre vue sur la chenille mature
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La chenille à ses premiers stades
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Chenille immobile sur le point de muer
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Autre vue de la chenille après la mue

Pour en savoir plus

La coccinelle reine des échecs

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La coccinelle à quatorze points peut être observée dans nos jardins urbains

Dans la dernière publication, je vous demandais de deviner quel arthropode arbore une robe en damier, tel un jeu d’échecs. Aviez-vous reconnu la coccinelle à quatorze points (Propylea quatuordecimpuctata), aussi très justement nommée coccinelle à damier?

Il s’agit d’une petite coccinelle mesurant entre 3,5 et 5,2 mm dont la robe est variable d’un spécimen à l’autre. Sa couleur peut passer du jaune crème à l’orange pâle, sans toutefois être rougeâtre comme d’autres coccinelles. Les élytres sont également flanqués de quatorze points noirs de forme plutôt rectangulaire. Ces derniers sont souvent fusionnés de sorte à ne plus nécessairement représenter quatorze formes distinctes. Chez certains individus, le noir domine à un point tel que la coloration plus pâle, autrement assez dominante, est réduite à une douzaine de points.

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Coccinelle à quatorze points en délit de gourmandise
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Les pucerons constituent sa source d’alimentation favorite

Les mâles et les femelles peuvent être facilement distingués en examinant le devant de leur tête. Le mâle possède un « visage » de couleur pâle relativement uniforme (ce cliché de BugGuide), alors que celui de la femelle est caractérisé par une tache noire insérée entre deux zones plus pâles (cette photo).

J’ai trouvé le spécimen photographié depuis mon stéréomicroscope mort près d’une fenêtre de mon domicile à la fin de l’été. J’en avais vu quelques-uns parcourant les fines herbes de mon balcon; peut-être que l’un d’entre eux est entré par inadvertance à l’intérieur en même temps que moi et s’est retrouvé prisonnier?

Les individus aperçus sur mon balcon s’affairaient plus précisément à patrouiller dans un plant de coriandre qui était la proie de nombreux pucerons. Comme tout Coccinellidae digne de ce nom, notre coccinelle à quatorze points raffole des pucerons. Une des séances photo à laquelle je m’étais adonnée dans le passé présentait d’ailleurs cet insecte en plein délit de gourmandise (voir les photos à l’appui!).

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Vue dorsale

Les femelles pondent quelque 400 œufs vert pâle, d’où émergent des larves qui ressemblent à des alligators miniatures. Aussitôt sorties de l’œuf, les jeunes coccinelles en devenir se nourrissent de pucerons, comme les adultes. Elles le feront pendant 8 à 10 jours, après quoi elles formeront une pupe d’où elles émergeront un autre 4 à 5 jours plus tard.

La coccinelle à quatorze points est originaire d’Europe et d’Asie. En Amérique du Nord, plusieurs tentatives infructueuses d’introduction ont été effectuées avant 1960. C’est cependant une introduction accidentelle par des bateaux de marchandise transitant par le fleuve Saint-Laurent qui permit à cette espèce de s’établir parmi nous. Plus précisément, la première observation aurait été réalisée près de la ville de Québec en 1968.

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Vue de face; il s’agit d’un mâle

La jolie coccinelle est retrouvée dans une vaste palette d’habitats : plaines, prairies, forêts, montagnes, ainsi que jardins et parcs situés en milieu urbain. En outre, partout où l’on retrouve des pucerons, la coccinelle à quatorze points n’est jamais bien loin! On peut dire que notre arthropode habillé en damier a de quoi mettre tout puceron trop envahissant échec et mat!

Pour en savoir plus

Une punaise parée pour l’Halloween

Je vous ai déjà parlé de plusieurs insectes qui arborent une robe orange et noire dans cette chronique sur le peuple de l’asclépiade.

Il y a trois ou quatre années de cela, on m’avait demandé d’identifier un invertébré qui ne figurait pas au palmarès de ces organismes. Le demandeur s’inquiétait du fait que l’insecte en question était en train d’envahir sa demeure à l’automne. En fouillant dans mes livres et sur Internet, je pus identifier le coupable : la punaise de l’érable négondo (Boisea trivittata). Je n’avais pas encore fait la connaissance de cet arthropode en personne.

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La punaise de l’érable négondo (Boisea trivittata)

Il me fallut quelques années supplémentaires avant de rencontrer de cette punaise. Au milieu du mois d’octobre cette année, alors que j’étais en visite dans le sud-ouest du Québec, je vis plusieurs de ces punaises voleter le long d’un sentier pédestre. C’était une journée ensoleillée et les divers insectes profitaient de ces quelques dernières journées plus chaudes, qui se pointent le bout du nez juste avant l’hiver plus rude, pour trouver refuge.

Comme l’avait remarqué le lecteur qui m’a interpellée, les punaises de l’érable négondo ont la propension de se réunir, à l’automne, sur les pans d’édifices chauffés par le soleil et de tenter de s’y infiltrer pour passer l’hiver. Elles sont connues pour hiverner dans des milieux secs et protégés du froid comme les greniers et les murs des bâtiments. Il arrive, lors de journées hivernales plus douces, que ces dernières sortent de leur cachette, croyant le printemps revenu… pour se retrouver à l’intérieur des demeures au grand désespoir des humains qui y habitent! Qui plus est, leurs fientes ont le potentiel de tacher les meubles et tapis… rien qui puisse les faire aimer davantage!

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Lors de mon observation, plusieurs punaises cherchaient à s’attrouper

C’est principalement ce comportement qui lui valut l’attribution de « peste ». En effet, bien que notre punaise de l’érable s’attaque aux érables et à quelques autres feuillus (notamment frênes, chênes et ailantes), ses dommages demeurent minimes. À cet effet, les larves et les adultes se délectent de la sève des feuilles, des fleurs et des graines de leurs arbres-hôtes favoris, qu’elles sucent à l’aide de leur rostre. Leur alimentation peut entre autres engendrer une déformation des feuilles et des fruits ainsi que l’apparition de petites taches sur le feuillage.

Au premier coup d’œil, on pourrait confondre la punaise de l’érable négondo avec d’autres punaises colorées comme la petite punaise de l’asclépiade (voir cette chronique). De taille similaire (dans les environs de 11 à 14 mm), les deux punaises sont néanmoins faciles à distinguer. La punaise de l’érable négondo est globalement plus sombre (brun foncé à noir). Le pourtour des ailes est teinté de rouge-orangé et le centre du thorax est marqué par une ligne droite suivie de deux lignes formant un « V ». J’ai remarqué en furetant sur Internet que ce « V » est plus ou moins discret selon les spécimens photographiés. En revanche, la petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) possède plus d’orange, formant notamment un large « X » sur les ailes antérieures. Une autre façon de reconnaître cette dernière est qu’une des taches noires – celle située dans le haut de l’abdomen/début du thorax – ressemble à un cœur (voir ce cliché).

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Punaise de l’érable négondo (gauche) et petite punaise de l’asclépiade (droite)

La punaise de l’érable négondo appartient à la famille Rhopalidae, désignée en anglais comme la famille des « scentless plant bugs ». Contrairement aux pentatomes (famille Pentatomidae; « stink bugs »), les Rhopalidae n’émettraient pas d’odeur nauséabonde. Toutefois, une des sources consultées indique que la punaise de l’érable négondo déroge à cette affirmation, générant une odeur peu agréable lorsque perturbée. Elle aurait également mauvais goût, ce qui a pour effet de dissuader tout prédateur!

Plusieurs moyens de lutte contre l’invasion hivernale de cette punaise sont offerts sur Internet. Sans être exhaustive, je vous en cite quelques-uns ci-dessous. Pour plus de détails, voir notamment le site d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Lutte contre la punaise de l’érable négondo :

  • Décourager les regroupements en enlevant les feuilles, pierres et débris autour de votre habitation;
  • Appliquer du savon insecticide ou autres produits de ce type autour de la maison;
  • Réparer les fissures dans les murs de fondations, autour des fenêtres et des portes;
  • Recueillir les individus qui se sont infiltrés à l’aide d’un aspirateur et s’en départir.

Naturellement, le meilleur moyen reste de prévenir leur introduction dans vos demeures. En plus de se regrouper sur les murs des maisons chauffés par le soleil, cette jolie punaise peut s’observer en attroupement sur les arbres et les roches où plombe le soleil lors de belles journées automnales. C’est ce qui m’a permis de faire sa connaissance cet automne. Gardez donc l’œil ouvert! Peut-être viendra-t-elle frapper à votre porte en cette semaine d’Halloween!

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La fascinante ponte des libellules!

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Femelle Aeshnidae en train de pondre (prob. Aeshna interrupta).

Cet été, j’ai eu la chance d’effectuer de fascinantes observations au sujet de la ponte de quelques groupes de libellules. Je souhaitais vous les partager!

Tout d’abord, j’avais déjà lu que certaines espèces s’immergeaient afin d’aller déposer leurs œufs sous l’eau, mais je n’en avais pas fait le constat en personne. C’est maintenant chose faite! Alors que je pataugeais dans quelques pieds d’eau armée de mon appareil Olympia Tough TG-5 (un appareil submersible), j’eus en effet la surprise de voir une femelle Coenagrionidae bien agrippée à une tige d’ériocaulon aquatique.

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Cette femelle pond sous l’eau

Cette dernière était en train d’y déposer sa précieuse cargaison d’œufs. Fait surprenant, elle s’était plongée sous environ deux pieds d’eau pour ce faire. Comment faisait-elle pour « garder son souffle »?

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Autre vue de la femelle submergée

J’avais déjà écrit au sujet du système respiratoire des invertébrés (ce lien pour la chronique globale ou ce lien pour la chronique spécifique aux invertébrés aquatiques). Ce système respiratoire – fort différent du nôtre – permet aux organismes, par exemple les gerridés, de s’entourer d’une fine couche d’air qui leur sert de réserve d’oxygène. C’est ce dont notre libellule profite. Sur l’une de mes photos, on peut d’ailleurs voir cette fine couche recouvrir le corps de l’insecte.

Deux vidéos de cette femelle (ci-dessous) accompagnent la présente chronique. Sur la première, on voit la libellule déposer ses œufs le long de la tige d’ériocaulon. Sur la seconde, l’arthropode remonte progressivement, puis relâche soudainement le substrat pour refaire surface et s’envoler. Je pus voir l’envol – instantané – de mes yeux, mais je ne fus pas assez rapide pour braquer mon appareil photo au bon endroit. Néanmoins, l’observation demeure fascinante!

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Voyez-vous la couche d’air autour de la femelle?

Un peu plus tard, vers la fin du mois d’août, je pus également observer de jolies libellules de la famille Aeshnidae – une grosse famille de libellules – pondre leurs œufs dans la végétation d’un étang. Ces cas sont sans doute moins spectaculaires que le premier, mais furent tout de même bien intéressants à observer. Cette journée-là, l’étang bourdonnait d’activité. De nombreuses femelles étaient affairées à pondre leurs œufs.

Les vidéos 3 et 4 ci-dessous portent sur deux espèces différentes (possiblement Aeshna interrupta et A. umbrosa). Ce qui est notable, c’est que l’on peut voir dans le cas de la seconde espèce que la femelle utilise un organe fin comme une aiguille pour percer la tige du végétal sur lequel elle s’est perchée. Cet organe est nommé oviscapte et peut servir non seulement à percer les végétaux, mais aussi les bois submergés ou encore pour creuser des loges dans la boue (Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, 1963).

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Autre vue de la femelle Aeshnidae (prob. Aeshna interrupta)

À ce sujet, Paulson (2011) précise qu’il existe deux types de ponte (on parle d’oviposition) chez les libellules : l’oviposition exophytique et endophytique, c’est-à-dire hors des plantes et à l’intérieur de celles-ci, respectivement. J’avais déjà vu des libellules en train de « frapper » la surface de l’eau avec leur abdomen pour y déposer leurs œufs. Visiblement, ces cas appartenaient à la première catégorie. En revanche, mes deux observations récentes portent plutôt sur la seconde catégorie.

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Autre espèce d’Aeshnidae (possiblement Aeshna umbrosa) qui pond ses œufs dans une tige

Ainsi, dans le cas de nos insectes mis en vedette cette semaine, les œufs sont déposés à l’intérieur des plantes plutôt qu’à leur surface ou encore à la surface de l’eau. Ils demeurent hors de vue de plusieurs prédateurs! Intéressant, n’est-ce pas?

Et vous, avez-vous déjà effectué des observations similaires?

Vidéo 1. Demoiselle qui pond ses œufs le long d’une tige d’ériocaulon.

Vidéo 2. La même femelle qui remonte légèrement, avant de relâcher son substrat et flotter rapidement vers la surface.

Vidéo 3. Femelle Aeshnidae (probablement Aeshna interrupta) qui pond ses œufs dans la végétation aquatique d’un étang.

Vidéo 4. Autre espèce d’Aeshnidae (possiblement Aeshna umbrosa) qui pond également ses œufs dans la végétation aquatique du même étang. Notez l’oviscapte, tout au bout de son abdomen, qui est régulièrement pressé contre la tige.

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