Une punaise parée pour l’Halloween

Je vous ai déjà parlé de plusieurs insectes qui arborent une robe orange et noire dans cette chronique sur le peuple de l’asclépiade.

Il y a trois ou quatre années de cela, on m’avait demandé d’identifier un invertébré qui ne figurait pas au palmarès de ces organismes. Le demandeur s’inquiétait du fait que l’insecte en question était en train d’envahir sa demeure à l’automne. En fouillant dans mes livres et sur Internet, je pus identifier le coupable : la punaise de l’érable négondo (Boisea trivittata). Je n’avais pas encore fait la connaissance de cet arthropode en personne.

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La punaise de l’érable négondo (Boisea trivittata)

Il me fallut quelques années supplémentaires avant de rencontrer de cette punaise. Au milieu du mois d’octobre cette année, alors que j’étais en visite dans le sud-ouest du Québec, je vis plusieurs de ces punaises voleter le long d’un sentier pédestre. C’était une journée ensoleillée et les divers insectes profitaient de ces quelques dernières journées plus chaudes, qui se pointent le bout du nez juste avant l’hiver plus rude, pour trouver refuge.

Comme l’avait remarqué le lecteur qui m’a interpellée, les punaises de l’érable négondo ont la propension de se réunir, à l’automne, sur les pans d’édifices chauffés par le soleil et de tenter de s’y infiltrer pour passer l’hiver. Elles sont connues pour hiverner dans des milieux secs et protégés du froid comme les greniers et les murs des bâtiments. Il arrive, lors de journées hivernales plus douces, que ces dernières sortent de leur cachette, croyant le printemps revenu… pour se retrouver à l’intérieur des demeures au grand désespoir des humains qui y habitent! Qui plus est, leurs fientes ont le potentiel de tacher les meubles et tapis… rien qui puisse les faire aimer davantage!

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Lors de mon observation, plusieurs punaises cherchaient à s’attrouper

C’est principalement ce comportement qui lui valut l’attribution de « peste ». En effet, bien que notre punaise de l’érable s’attaque aux érables et à quelques autres feuillus (notamment frênes, chênes et ailantes), ses dommages demeurent minimes. À cet effet, les larves et les adultes se délectent de la sève des feuilles, des fleurs et des graines de leurs arbres-hôtes favoris, qu’elles sucent à l’aide de leur rostre. Leur alimentation peut entre autres engendrer une déformation des feuilles et des fruits ainsi que l’apparition de petites taches sur le feuillage.

Au premier coup d’œil, on pourrait confondre la punaise de l’érable négondo avec d’autres punaises colorées comme la petite punaise de l’asclépiade (voir cette chronique). De taille similaire (dans les environs de 11 à 14 mm), les deux punaises sont néanmoins faciles à distinguer. La punaise de l’érable négondo est globalement plus sombre (brun foncé à noir). Le pourtour des ailes est teinté de rouge-orangé et le centre du thorax est marqué par une ligne droite suivie de deux lignes formant un « V ». J’ai remarqué en furetant sur Internet que ce « V » est plus ou moins discret selon les spécimens photographiés. En revanche, la petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) possède plus d’orange, formant notamment un large « X » sur les ailes antérieures. Une autre façon de reconnaître cette dernière est qu’une des taches noires – celle située dans le haut de l’abdomen/début du thorax – ressemble à un cœur (voir ce cliché).

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Punaise de l’érable négondo (gauche) et petite punaise de l’asclépiade (droite)

La punaise de l’érable négondo appartient à la famille Rhopalidae, désignée en anglais comme la famille des « scentless plant bugs ». Contrairement aux pentatomes (famille Pentatomidae; « stink bugs »), les Rhopalidae n’émettraient pas d’odeur nauséabonde. Toutefois, une des sources consultées indique que la punaise de l’érable négondo déroge à cette affirmation, générant une odeur peu agréable lorsque perturbée. Elle aurait également mauvais goût, ce qui a pour effet de dissuader tout prédateur!

Plusieurs moyens de lutte contre l’invasion hivernale de cette punaise sont offerts sur Internet. Sans être exhaustive, je vous en cite quelques-uns ci-dessous. Pour plus de détails, voir notamment le site d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Lutte contre la punaise de l’érable négondo :

  • Décourager les regroupements en enlevant les feuilles, pierres et débris autour de votre habitation;
  • Appliquer du savon insecticide ou autres produits de ce type autour de la maison;
  • Réparer les fissures dans les murs de fondations, autour des fenêtres et des portes;
  • Recueillir les individus qui se sont infiltrés à l’aide d’un aspirateur et s’en départir.

Naturellement, le meilleur moyen reste de prévenir leur introduction dans vos demeures. En plus de se regrouper sur les murs des maisons chauffés par le soleil, cette jolie punaise peut s’observer en attroupement sur les arbres et les roches où plombe le soleil lors de belles journées automnales. C’est ce qui m’a permis de faire sa connaissance cet automne. Gardez donc l’œil ouvert! Peut-être viendra-t-elle frapper à votre porte en cette semaine d’Halloween!

Pour en savoir plus

Une punaise qui ne fait pas dans la dentelle!

Punaise réticulée, vue dorsale
Punaise réticulée, vue dorsale

Il y a quelques semaines de cela, j’explorais mon quartier armée d’un appareil photo, à la recherche de sympathiques insectes à photographier. Mon œil d’entomologiste amateur étant plutôt aiguisé, je fus intriguée par une petite irrégularité à l’endos d’une feuille… qui s’avéra bel et bien être un arthropode que je n’avais pas encore eu le loisir d’observer.

La bête en question faisait partie de l’ordre des hémiptères et, plus particulièrement, du genre Corythucha (famille Tingidae). En anglais, on surnomme ce groupe de punaises « Lace bugs », (punaises à dentelle), appellation attribuable à l’apparence de leur prothorax et de leurs ailes antérieures. Ces derniers sont en effet recouverts d’un vaste réseau de lignes sombres entrecroisées, donnant l’impression que les punaises ont été fabriquées par une savante tisserande.

La punaise est plate et la tête est cachée sous une section du prothorax nommée « ampoule »
La punaise est plate et la tête est cachée sous une section du prothorax nommée « ampoule »
On dirait qu’elle porte un casque trop grand pour elle!
On dirait qu’elle porte un casque trop grand pour elle!

Je m’attendais à voir apparaître le terme « punaise à dentelle » immédiatement lors de mes recherches sur les sites en français, mais c’est plutôt le surnom « tigre » qui s’imposa… à ma grande surprise! On en est loin de la dentelle! En particulier, je trouvai plusieurs références au « tigre du platane », un Tingidae qui semble faire passablement de ravages sur ce végétal. Par ailleurs, je vis également passer le nom « punaise réticulée », nom qui semble mieux convenir que « tigre ». Qu’en dites-vous?

Ce qu’il importe de savoir, c’est que les punaises réticulées se nourrissent essentiellement de la sève des plantes (arbres, arbustes et plantes herbacées). Cela est vrai tant pour les adultes que pour les nymphes. Elles tendent à s’agglutiner à l’endos des feuilles des arbres-hôtes qu’elles affectionnent afin d’en siroter les fluides à l’aide de leur rostre (appendice buccal ayant en quelque sorte l’apparence d’une paille). On les observe souvent en groupe, s’affairant à dévorer les feuilles, comme en témoignent les photographies affichées sur le site d’Entomofaune, cité dans la section Pour en savoir plus. Les feuilles attaquées finissent par prendre une teinte blanchâtre, jaunâtre ou même brune, puis tomber. Il semble que ces attaques répétées affaiblissent les végétaux touchés, les rendant par le même fait sensibles à d’autres maladies.

Aussi, mes recherches m’ont appris que ces insectes peuvent parfois tomber de leur support, atterrir sur des passants… et finir par les mordre! Mordre les gens, détruire certaines plantations… C’est dire que, bien que très jolies, nos punaises en dentelle sont loin d’être des soies! Cela dit, vous n’avez point à craindre les morsures de ces hémiptères… à moins que vous ne soyez une plante verte!

Notre punaise tout en dentelle est indigène à l’Amérique du Nord. Au Québec, Hébert et al. (2017) précise qu’on retrouve quatorze espèces de punaises réticulées, incluant la punaise réticulée de l’orme, du chêne et du noyer. Ce groupe a été introduit en Europe dans les années 1960 et il semble y être envahissant, n’y ayant pas d’ennemis naturels, si je me fie aux sources consultées (il était cependant surtout question du tigre du platane).

Les ailes translucides laissent passer la lumière du soleil!
Les ailes translucides laissent passer la lumière du soleil!

Certaines espèces retrouvées en Amérique du Nord semblent également être considérées comme des pestes et ne sont sans doute pas appréciées des jardiniers! Néanmoins, les dommages peuvent être limités pour les arbres matures, généralement assez résistants aux attaques de ces insectes. Pour ce qui est des arbustes et plantes ornementales, il est suggéré d’asperger les feuilles de savon insecticide commercial ou encore d’eau savonneuse. Personnellement, je ne suis pas du type à m’acharner sur des insectes phytophages : je m’amuse simplement à les observer et à les laisser faire leur œuvre. Bref, les punaises réticulées, même si elles ne font pas dans la dentelle, demeurent de sympathiques insectes à examiner! Qu’en pensez-vous?

 

Pour en savoir plus

Des punaises débusquées!

Accouplement de punaises embusquées
Accouplement de punaises embusquées
Même couple
Même couple
Autre couple – on voit ici la face dorsale de la femelle
Autre couple – on voit ici la face dorsale de la femelle

Certains insectes sont passés maîtres dans l’art de se cacher. C’est le cas de la punaise embusquée (genre Phymata), un petit hémiptère qui, comme son nom le suggère, excelle au jeu de cache-cache! Cette jolie punaise se confond à merveille aux fleurs jaunes des verges d’or et des rudbeckies où elle attend patiemment le passage d’une proie.

L’an dernier, j’avais découvert qu’on pouvait débusquer cet insecte en observant attentivement les grappes de verges d’or (Solidago canadensis) en fleur – lorsque celles-ci en sont à leur pic de floraison. C’est donc armée de deux appareils photo que je partis, il y a quelques semaines de cela, à la « chasse »! Les verges d’or sont faciles à trouver : il s’agit de « mauvaises herbes » qui croissent en forte abondance le long des routes et des sentiers. Bref, la journée où j’ai effectué ma tournée, de nombreux automobilistes ont dû apercevoir une personne un peu bizarre accroupie dans de denses talles de mauvaises herbes, en train de prendre des tas de clichés!

L’attente valut la peine! Je fus récompensée : je pus observer plusieurs mâles et femelles, respectivement, ainsi que des couples en phase d’accouplement. Il faut dire que les mâles sont plus faciles à repérer que les femelles : le thorax des premiers est noir et ressort davantage que la robe jaune plus uniforme des femelles. Néanmoins, un œil attentif et averti sera en mesure de dégoter l’un ou l’autre des deux genres!

Comme mentionné d’entrée de jeu, les punaises embusquées constituent d’excellents prédateurs. Elles appartiennent à la grande famille des punaises assassines – famille Reduviidae (noter que les sources consultées moins à jour parlent encore de Phymatidae). J’avais écrit au sujet d’une espèce de réduve dans l’une de mes premières chroniques DocBébittes (celle-ci). Tous les membres de cette famille se délectent d’autres invertébrés qui sont parfois nettement plus gros qu’eux! On peut donc dire qu’il s’agit d’organismes bénéfiques qui aident le jardinier à garder ses plates-bandes exemptes de pestes! Fait étonnant: dans le cas de la punaise embusquée, sa petite taille (12 mm) ne l’empêche pas de se mesurer à des individus aussi gros que des bourdons!

Femelle sur le bout de mon doigt – il s’agit d’un petit insecte
Femelle sur le bout de mon doigt – il s’agit d’un petit insecte
Mâle en position pour capturer une proie
Mâle en position pour capturer une proie

D’ailleurs, si vous examinez attentivement les pattes antérieures de ces punaises, vous verrez qu’elles ressemblent à celles d’un raptor! À l’instar des mantes religieuses ou encore des ranatres, ces pattes repliées ont la forme parfaite pour saisir et maîtriser rapidement une proie. Une fois le dîner capturé, la punaise injecte une substance qui tue la victime; elle la pique ensuite à plusieurs reprises afin de liquéfier les tissus. Il ne reste plus, au final, qu’à siroter les délicieux fluides!

Dans le cadre de la présente chronique, je parle du genre Phymata de façon générale. Si je me fie à ce que j’ai pu lire sur Bug Guide, ainsi que sur le site Les insectes du Québec (voir section « Pour en savoir plus »), nous aurions deux espèces de punaises embusquées au Québec. Ces dernières seraient difficiles à distinguer, bien qu’il semblerait que l’espèce Phymata americana americana soit plus commune que sa consœur P. pennsylvanica.

Dans les ouvrages que j’ai à la maison, je n’ai pu obtenir plus de détails sur la façon de séparer convenablement les deux espèces. Si vous avez des publications à proposer à cet effet, n’hésitez pas à me le signaler! Entre temps, gardez l’œil ouvert et tentez de repérer ce petit arthropode discret qui a une sympathique tronche de dragon – ne trouvez-vous pas?

 

Vidéo 1. Couple de punaises embusquées. Le mâle, plus petit et plus sombre, est sur le dessus.

 

Pour en savoir plus

La petite géante

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Punaise d’eau géante du genre Belostoma retrouvée dans la piscine de mes parents
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Taille de Lethocerus (gauche) versus Belostoma (droite) – on voit ma main en comparaison

Aviez-vous deviné que l’insecte-mystère de la semaine dernière était une punaise d’eau géante (famille Belostomatidae)? Plus particulièrement, il s’agit d’un hémiptère du genre Belostoma, une sorte de punaise d’eau géante… mais pas aussi grosse que les individus du genre Lethocerus. On peut donc dire d’elle que c’est une petite géante!

La taille de cette punaise d’eau est un bon critère permettant d’identifier le genre. Selon Merritt et Cummins (1996), trois genres sont retrouvés en Amérique du Nord : Lethocerus, Belostoma et Abedus. Les membres du premier genre font 40 mm et plus de longueur, alors que ceux appartenant aux deux autres genres mesurent 37 mm et moins (26 mm et moins pour le genre Belostoma). Les individus du genre Abedus sont toutefois retrouvés plus au sud de l’Amérique du Nord, faisant en sorte que l’on ne recense finalement que deux genres au Québec.

S’il réside un doute lors de l’identification, malgré la différence de taille, vous pouvez examiner les pattes et le rostre des spécimens capturés ou photographiés. Les tibias et tarses des pattes postérieures du léthocère sont plus larges et aplatis que ceux des autres pattes, alors qu’on voit peu de variation dans la forme des différentes pattes chez le genre Belostoma. Par ailleurs, le premier segment du rostre diffère également chez les deux genres : celui de Lethocerus est plus court (la moitié de la longueur du second segment), alors que celui de Belostoma est plus long (environ la même longueur que le second segment).

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Lethocerus sp. (A et B) versus Belostoma sp. (C et D). En A, le tibia et le tarse de la patte arrière est plus large que les autres pattes, alors que les différentes pattes en C ont une forme plus similaire. En B, le segment 2 est plus long que le segment 1, alors que les deux segments en D sont de longueur similaire.

Et parlons-en de ce rostre! Les punaises d’eau géantes sont de voraces prédateurs. C’est à l’aide de leur rostre affilé qu’elles empalent leurs proies pour y injecter des sucs digestifs. Une fois l’intérieur des proies liquéfié, les punaises n’ont qu’à siroter leur repas! Toute proie de taille à être maîtrisée est digne de faire partie du menu : autres insectes, petits poissons, têtards et grenouilles. Rien ne leur échappe! Selon les sources consultées, des léthocères auraient même été observés se nourrissant de petits oiseaux et de canetons!

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Oups, je n’avais pas prévu l’avoir sur la main!
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On voit bien son long rostre sous sa tête

De plus, les punaises d’eau géantes sont connues pour piquer les doigts inquisiteurs. Sur Bug Guide, un des noms communs de ces punaises est « Toe Biter » – soit « mordeur d’orteil »! À ce qu’il semble, la piqûre est douloureuse. Je ne fus donc pas très brave lorsque je manipulai une de ces punaises – une Belostoma – que j’avais retrouvée coincée dans l’écumoire de la piscine de mes parents. N’étant pas habituée à manipuler ces bêtes (je me fiais à des vidéos que j’avais vues sur Internet), l’individu m’échappa pour se balader tranquillement sur mon pouce. Je retins mon souffle quelques instants, mais réalisai rapidement que la bête ne me portait aucun intérêt. Elle préféra plutôt amorcer un étrange mouvement de « pompe » avec son thorax. Ayant déjà senti un dytique vibrer dans ma main avant de prendre son envol (cette chronique), je présumai qu’il pouvait s’agir d’une sorte d’échauffement avant le décollage. Je pris le tout sur vidéo – que vous pourrez visionner ci-dessous. À mon grand plaisir, la punaise prit effectivement son envol. Quelle observation intrigante, ne trouvez-vous pas?

Par ailleurs, en visionnant mes photographies aux fins du présent billet, je notai plusieurs petits points rouges sur le corps de ma jolie punaise. Celle-ci était parasitée, probablement par de petits acariens aquatiques que l’on nomme Hydrachnidae (cette photo).

Comme son nom l’indique, la punaise d’eau géante passe une bonne partie de son temps sous l’eau. On retrouve typiquement les adultes dans les milieux où le courant est faible, tête vers le bas. Le bout de leur abdomen, quant lui, pointe légèrement hors de l’eau. Il est muni de deux appendices (nommés « air straps » en anglais) qui servent à la respiration. Ces organes sont rétractables contrairement aux longs siphons apparents qu’arborent les Nepidae (voir cette chronique sur les ranatres). À cause de leur préférence pour les habitats lentiques, ces jolies punaises se retrouvent souvent dans les piscines – tout comme les dytiques, d’autres insectes qui affectionnent les milieux peu turbulents. C’est en particulier pendant la période de reproduction que ces insectes se déplaceront davantage d’un plan d’eau à un autre – ou d’une piscine à l’autre! C’est aussi à cette époque que l’on peut les observer près de nos demeures. En effet, un de leur nom anglais est  « Electric light bugs ». À ce qu’il semble, leur propension à se retrouver aux lumières les soirs d’été leur a valu ce surnom.

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Vue dorsale de la Belostoma sp. trouvée dans la piscine de mes parents
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Plusieurs parasites étaient fixés sur la punaise

Le comportement parental des punaises d’eau géantes (genres Belostoma et Abedus) est intéressant. Chez ces deux groupes, les mâles jouent un rôle déterminant dans la survie des rejetons. En effet, les femelles pondent leurs œufs sur le dos des mâles, où ils sont solidement collés. Les mâles ont ensuite la lourde tâche de protéger les œufs des prédateurs et de s’assurer qu’ils sont oxygénés et humidifiés adéquatement. Une fois les œufs menés à maturité, les jeunes punaises écloront directement sur le dos de leur père.

Bien que la distinction entre les deux genres de Belostomatidae présents au Québec semble aisée selon Merritt et Cummins (1996), je suis tombée sur quelques incohérences qui me font croire que beaucoup confondent ces deux groupes apparentés. Par exemple, sur le site Wikipédia en français, la photographie présentée sous « Belostoma » au moment de l’écriture de la présente chronique (décembre 2016) était en fait un Lethocerus – on le voit par la taille et la forme du corps de l’insecte, ainsi que de ses pattes. De même, j’avais acheté une punaise d’eau géante naturalisée lors d’un précédent Salon des insectes de Montréal, laquelle était identifiée « Belostoma sp. »… Mais cette dernière possède toutes les caractéristiques de Lethocerus sp. J’en comprends donc que ce n’est pas parce qu’un insecte est une punaise d’eau géante qu’il faut immédiatement l’identifier comme étant un genre précis. Il faut prendre le temps de jeter un coup d’œil à ses caractéristiques – lesquelles sont heureusement visibles à l’œil nu. Une bonne chose pour ceux qui, comme moi, préfèrent prendre leurs spécimens en photographie plutôt que les tuer!

Pour terminer, en ces temps plus froids, vous vous demandez sans doute que font au juste les punaises d’eau géantes? Afin de passer à travers les rigueurs de l’hiver, nos sympathiques hémiptères déménagent vers des plans d’eau plus profonds où ils « s’emmitouflent » dans la boue. Une fois le printemps venu, ils s’envoleront pour rejoindre à nouveau les étangs peu profonds et les rivières… ou encore nos piscines, où l’on pourra les observer avec plaisir!

 

Vidéo 1. Punaise d’eau géante du genre Belostoma. Celle-si s’échappa de mes doigts pour se promener sur ma main. Heureusement, elle n’était pas intéressée à me piquer! Vous pouvez mettre le son si vous voulez entendre les commentaires que j’ai effectués sur le vif!

 

Vidéo 2. Étrange mouvement de « pompe » effectué par cette punaise d’eau géante. Il s’agissait sans doute d’une façon de s’échauffer avant de prendre son envol. Qu’en pensez-vous?

 

Pour en savoir plus

 

Le peuple de l’asclépiade

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Petite punaise de l’asclépiade dont j’ai parlé récemment
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Monarque – Photo soumise lors du concours amical de photographie DocBébitte par Ludovic Leclerc en 2014
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Arctiide de l’asclépiade

Dans une de mes dernières chroniques, j’écrivais au sujet d’un sympathique hémiptère : la petite punaise de l’asclépiade. J’expliquais notamment que plusieurs insectes se nourrissant d’asclépiades arboraient le noir et l’orange (ou rouge). Pourquoi donc? Simplement pour prévenir les prédateurs qu’ils ont un goût désagréable. En effet, l’asclépiade produit un latex blanchâtre qui contient des substances toxiques pour la majorité des animaux. Il confère toutefois aux espèces qui sont capables de s’en nourrir un mauvais goût.

Cette petite incursion me donna envie de vous parler davantage d’espèces d’insectes que l’on peut retrouver sur l’asclépiade. Celles-ci sont nombreuses!

Hormis notre petite punaise de l’asclépiade (Lygaeus kalmii) dont j’ai déjà discuté et sa consœur, la grande punaise de l’asclépiade (Oncopeltus fasciatus), on retrouve notamment deux lépidoptères et deux coléoptères étroitement associés à cette plante.

L’espèce la plus connue est sans contredit le monarque. Bien que l’adulte se nourrisse du nectar d’une vaste palette de plantes, la chenille a un menu plus limité basé majoritairement sur les asclépiades (diverses espèces). Les femelles pondent leurs œufs sur les plants en question, où évoluent les larves qui deviendront de jolies chenilles rayées de noir, jaune et blanc (voir cette photographie tirée de Bug Guide).

La chenille de l’arctiide de l’asclépiade se développe elle aussi – comme son nom le suggère – sur les plants d’asclépiades. Elle ne daigne pas, non plus, les feuilles d’apocyne. Ces jolies chenilles poilues sont capables de dévorer les feuilles de talles d’asclépiades, en particulier lors de leurs premiers (1 à 3) stades de vie, où elles sont grégaires. Il s’agit d’une espèce que j’observe régulièrement quand je m’amuse à regarder sous les feuilles d’asclépiades au mois d’août. Elle est visiblement commune, du moins dans la grande région de Québec où j’habite. Cela dit, Wikipédia suggère que les personnes plus sensibles pourraient réagir aux poils de ces petites chenilles. Pour ma part, j’en ai manipulé à plusieurs reprises sans aucune réaction.

Deux coléoptères fort colorés sont aussi fréquemment observés sur les plants d’asclépiades. La chrysomèle de l’asclépiade (Labidomera clivicollis) est un coléoptère très commun que je vois systématiquement chaque été lorsque j’arpente les champs et les rivages bordés de « mauvaises herbes ». Ce sont à la fois les adultes et les larves de cette chrysomèle qui se nourrissent des feuilles des différentes espèces d’asclépiades. Les premières photographies que j’ai de cette espèce remontent à l’automne 2006, alors que j’observais des larves et des adultes en bon nombre sur une colonie d’asclépiades au marais Léon-Provancher. J’étais intriguée par ces assez gros (8-11 mm) coléoptères qui sont plutôt tape-à-l’œil avec leur coloration orange et noir irisé (reflets parfois verts, parfois bleus) et leur forme toute ronde. Ils sont en effet fort jolis, ne trouvez-vous pas?

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Ma toute première observation documentée de chrysomèles de l’asclépiade (2006)
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Même moment en 2006 : on voit ici une larve de la chrysomèle de l’asclépiade

Le second coléoptère – le longicorne de l’asclépiade (Tetraopes tetrophthalmus) – est également fort mignon. Bien que Bug Guide indique que cette espèce est très commune là où l’on retrouve des asclépiades, je n’en ai pour ma part j’avais vu de mes propres yeux. Mon père m’a toutefois transmis une photo d’un individu qu’il a pu observer l’été dernier – le chanceux! L’individu se baladait tout simplement dans la cour de mes parents – qui est ornementée de bien des fleurs, mais pas d’asclépiades. Les larves de ce longicorne se nourrissent des racines d’asclépiades et d’apocynes. L’adulte, quant à lui, se délecte des feuilles. Tout comme j’ai pu le lire pour la chrysomèle de l’asclépiade et la chenille du monarque, le longicorne de l’asclépiade coupe d’abord les veines principales des feuilles avant de commencer à les dévorer, de sorte qu’il ne se retrouve pas submergé par le latex produit par les plants endommagés.

Une myriade d’autres espèces sont également attirées par les fleurs des asclépiades, qui produisent un nectar alléchant (lequel n’est pas toxique, contrairement aux feuilles). Ainsi, papillons, abeilles, guêpes, mouches et coléoptères de toutes sortes peuvent être observés butinant sur ces plantes.

Finalement, qui dit insectes (et proies) en grand nombre dit aussi prédateurs abondants! Il n’est pas rare de trouver divers invertébrés prédateurs à l’affut sur les plants d’asclépiades. À titre d’exemple, punaises assassines, coléoptères prédateurs et araignées s’y installent avec l’espoir de dégoter un repas facile. L’été dernier, j’eus ainsi l’occasion de photographier un joli thomise variable (araignée-crabe de l’espèce Misumena vatia) qui attendait patiemment le passage d’une proie. En me documentant aux fins du présent billet, j’entrevis également quelques photographies de différentes espèces d’hémiptères prédateurs dévorant des chenilles de monarque (comme celle-ci).

En outre, les talles d’asclépiades constituent tout un trésor pour l’entomologiste à l’affut d’invertébrés de toutes sortes. Malheureusement, cette plante est malaimée et elle est considérée comme une « mauvaise herbe ». On tend à la bannir de nos plates-bandes, alors qu’elle nous permettrait d’observer une vaste variété d’insectes et même d’oiseaux – car, à ce qu’il semble, les asclépiades attirent aussi les colibris! L’éradication de l’asclépiade en milieu urbain (par exemple, le long des routes ou simplement pour faire place à un stationnement!) et agricole (à cause de l’usage des pesticides, notamment) serait même identifiée comme une cause des fluctuations récentes des populations de papillons monarques. Dans son livre publié en 2004, Schappert mentionnait déjà que les pronostics à l’égard de l’état de santé des populations du monarque nord-américain pour les 20 prochaines années ne sont pas très encourageants. La fragmentation de l’habitat et l’isolement des plants d’asclépiades étaient entre autres pointés du doigt.

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Longicorne de l’asclépiade que mon père a eu la chance de photographier
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Voyez-vous ce thomise variable à l’affut d’une proie?

Pour ma part, je continue de m’amuser chaque été à sillonner les champs de mauvaises herbes et d’asclépiades à la recherche de nouvelles observations. Aussi, je laisse maintenant pousser ça et là les quelques plants d’asclépiades qui se sont semés naturellement dans mes plates-bandes… dans l’espoir éventuel d’y photographier de sympathiques membres du grand peuple de l’asclépiade!

 

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