Histoire d’une photo : Clic ! Clic ! Quel joli coléoptère !

Avez-vous commencé à observer des insectes ce printemps ?

Vous avez sans aucun doute été plus vites que moi pour les photographier !

J’ai été très occupée ces derniers temps : entre des préparatifs pour la Grande Fête de la nature et la préparation d’une conférence sur l’anxiété sociale (eh oui, DocBébitte a d’autres intérêts !), je n’avais pas encore eu de temps libres.

C’est donc samedi dernier, en marchant dans un boisé urbain, que je me suis laissée aller à observer le monde du petit qui s’offrait à moi ! Et je fus gâtée : un joli coléoptère que je ne pensais pas avoir déjà vu se tenait là, devant moi, bien à la vue sur une feuille de trille rouge.

Je n’avais que mon iPhone et nous étions dans un sous-bois ombragé. Les clichés pris ne se sont pas avérés être à la hauteur de ce que j’aime capturer… Mais la bête était si belle que je voulais tout de même vous en parler !

Voici le taupin crucifère, Selatosomus pulcher

Je me suis demandé à quel groupe appartenait mon nouvel ami et j’eus la réponse dès que je tentai de le manipuler : ce dernier émit un très audible « clic, clic ! », tout en rebondissant. Eurêka, j’ai trouvé ! Un élatéridé, appelé en anglais « Click beetle ». Vous aurez compris que ce nom anglais est lié à la propension de cet insecte à rebondir à coup de clics sonores lorsqu’importuné.

Plus précisément, Normandin (2020) explique que cet arthropode, que l’on nomme taupin en français, bloque l’épine du prosternum (face ventrale du premier segment situé immédiatement sous la tête) dans une entaille du mésosternum (face ventrale du second segment, qui suit le prosternum). Il emmagasine ensuite l’énergie dans ses muscles internes, puis la relâche, ce qui débloque d’un coup sec l’épine et lui permet de se propulser dans les airs. Il semble que ce soient à la fois le « clic » sonore et le bond considérable qui suit qui perturbent les potentiels prédateurs.

Je dois avouer qu’il s’agit d’un mécanisme fort utile, car le taupin m’échappa des mains à plusieurs reprises. Je pris quelques vidéos des manipulations, en espérant capturer le fameux « clic, clic », mais en vain. À la place, le taupin finit par s’envoler (voir la vidéo ci-dessous).

L’individu observé était différent de la majorité des taupins que je vois régulièrement, lesquels sont uniformément bruns ou grisâtres. Celui-ci était coloré : noir, rouge et doré s’agençaient pour donner une robe qui ne peut être confondue avec d’autres espèces. Ainsi, il était facile d’identifier le taupin à l’espèce : Selatosomus pulcher, le taupin crucifère.

Cette espèce est commune dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Elle fréquente les forêts décidues et les boisés urbains… comme celui que je fréquentais lors de mon observation !

Autre photo du taupin, également prise à l’aide mon iPhone

De taille moyenne – plus ou moins 9 à 15 mm selon les sources – on rencontre ce coléoptère de mai à août. Aussi, il s’agit d’une espèce susceptible d’être attirée par les lumières; on peut donc l’observer ou la capturer aux pièges lumineux.

Bien que commune, mes livres et les sites Internet consultés présentent peu d’information sur cette espèce. Ils abondent toutefois de détails au sujet de la famille des taupins (Elateridae) : de l’origine du nom « taupin », jusqu’à à la larve, appelée ver fil-de-fer, qui est bien connue des agriculteurs.

Je n’aborderai pas tous ces détails dans l’immédiat : je parlerai sûrement de cette famille lors d’une future chronique ! Qu’en dites-vous ?

D’ici là, sortez vos appareils photo – comme je le fais enfin ! – et sortez à la recherche des taupins et autres belles bestioles qui se pointent le bout du nez !

Pour en savoir plus