Les buprestes : introduction à une brillante famille!

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Bupreste possédant un superbe abdomen bleu (Chrysobothris sexsignata, selon un collègue entomologiste)

Sur la page Facebook DocBébitte, il y a quelques semaines de cela, je vous demandais des suggestions de sujets que vous vouliez voir traités dans de prochaines chroniques. Une des propositions portait sur les buprestes – de jolis coléoptères qui peuvent arborer des couleurs aux reflets métalliques ou irisés.

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Certains buprestes sont si jolis qu’on en fait des bijoux!

J’ai photographié quelques individus de cette famille au courant des dernières années, mais je n’avais pas encore écrit à leur sujet, hormis une petite parenthèse dans une chronique sur les xylophages. Il s’agissait donc d’une bonne occasion pour vous présenter cette grande famille.

Étant donné l’étendue de ce groupe – quelque 15 000 espèces autour du globe et plus de 760 espèces en Amérique du Nord –, je n’ai pas la prétention ici de faire un compte-rendu exhaustif de la myriade d’individus composant cette famille et de leur écologie. Voilà pourquoi il s’agit d’une introduction! J’aurai sans doute l’occasion d’écrire plus spécifiquement au sujet de certaines espèces dans le cadre de futures chroniques (je n’ai pas écrit mon dernier mot)!

Si je vous lance une première question : connaissez-vous les buprestes? Peut-être serez-vous porté à me dire que ce groupe vous est peu connu. Mais un illustre individu de cette famille fait couler beaucoup d’encre : l’agrile du frêne. Ah, ça, vous connaissez, n’est-ce pas? J’y reviendrai un peu plus loin!

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Cet agrile (Agrilus ruficollis) est petit (4 à 8 mm)

Outre l’agrile du frêne, la famille Buprestidae est composée de bons nombres d’individus qui, à nos latitudes, sont souvent de teinte sombre ou métallique sur le dessus et de couleur iridescente sur la face ventrale. Je distingue les spécimens du Québec de ceux retrouvés ailleurs dans le monde puisque, dans certains pays, les buprestes possèdent des couleurs éclatantes et remarquables à un point tel qu’on les appelle « jewel beetles » (coléoptères-joyaux)! Les élytres de ces superbes individus (exemples ici tirés de Wikipédia) sont d’ailleurs utilisés pour fabriquer des bijoux. J’en possède moi-même un, acheté à un précédent Festival des insectes de Québec (voir la photo accompagnant la présente chronique).

Outre leurs solides élytres, les buprestes sont reconnaissables par la forme particulière de leur corps qui ressemble à une torpille. De plus, leur tête courte et trapue donne l’impression qu’elle est partiellement enfoncée dans leur thorax. Il s’agit d’indices auxquels porter attention lors de l’identification! Cela dit, leur taille est très variable : en Amérique du Nord, certaines espèces, toutes petites, ne font que 2 à 3 mm de long, alors que d’autres peuvent atteindre environ 30 mm.

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Cet individu du genre Dicerca possède des reflets bronzés

Leur morphologie particulière fait en sorte qu’ils génèrent des trous en forme de « D » dans l’écorce des arbres d’où ils émergent. À cet effet, beaucoup de larves de buprestes effectuent leur cycle de vie sous l’écorce des arbres, s’alimentant à l’interface du phloème et du cambium où elles creusent de vastes galeries. Certaines espèces minent également les racines, tiges et feuilles d’autres types de plantes, incluant les herbacées. Les larves de buprestes sont démunies de pattes et sont de couleur blanc crème, comme en témoigne cette photo tirée de BugGuide. Leurs segments abdominaux ont une forme caractéristique en cloche et le bout de l’abdomen est muni d’appendices qui ressemblent à des pinces.

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Le fameux agrile du frêne, capturé à Montréal (gracieuseté de Stéphane Dumont)

Les espèces qui creusent des galeries dans le bois préfèrent souvent les arbres morts ou malades à ceux qui sont en pleine santé, quoique certains groupes s’attaquent aux arbres sains. C’est le cas, comme vous pouvez vous en douter, de l’agrile du frêne (Agrilus planipennis) qui génère des dégâts considérables. Ce bupreste, pourtant fort joli malgré les dommages qu’il cause, aurait été accidentellement introduit en Amérique du Nord au courant des années 1990. Selon Hébert et al. (2017), il a été détecté en Ontario en 2002, puis au Québec à Carignan (en 2008) et à Montréal (en 2011). Il n’a cessé depuis d’étendre son aire de répartition et on le retrouve maintenant aussi plus au nord et à l’est. L’été dernier, j’ai d’ailleurs observé et photographié plusieurs pièges à agriles posés sur des frênes dans la ville de Québec.

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Piège à agrile du frêne (agrandi dans le médaillon à gauche)

Malgré les dommages causés par certaines espèces, il faut savoir que beaucoup de buprestes sont bénéfiques et jouent un rôle important dans la décomposition et le recyclage de la matière ligneuse. Ne les condamnez donc pas trop vite et profitez-en plutôt pour admirer ces joyaux d’insectes!

Vidéo 1. Bupreste du genre Dicerca.

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