Les « bébittes » de nos demeures

Cela fait un peu plus de sept mois que je suis déménagée et il m’apparaît surprenant de ne pas avoir encore croisé le chemin d’un invertébré dans mon humble demeure! Hormis les bestioles naturalisées que j’ai amenées dans des cadres et des piluliers ou encore celles qui reposent toujours au fond de mon congélateur en attente d’identification (avis aux futurs visiteurs : n’ayez crainte, elles ne sont pas mêlées au reste de la nourriture et je ne compte pas les offrir en repas!), je n’ai vu aucune petite bête à 6 pattes ou plus déambuler où que ce soit! L’immeuble où je loge étant flambant neuf, j’imagine que les « envahisseurs » n’ont pas encore eu le temps de s’infiltrer, mais ne sauront tarder!

Cette réflexion m’a donné envie de recenser quelques-uns des invertébrés les plus souvent observés dans nos demeures – qu’ils soient bénéfiques ou non!

Les deux groupes que j’ai personnellement le plus fréquemment rencontrés dans les logements et maisons que j’ai habités sont sans contredit les araignées et les lépismes.

Même individu, autre angle!
Mon « araignée-zombie »! Quelle surprise j’eus!
Grimper aux murs : Check!
Ces « araignées jaunes » sont fréquemment rencontrées dans nos résidences

Plus jeune, chez mes parents, il me semblait que je passais mon temps à tomber sur des araignées. Aucun autre endroit où j’ai habité ne recelait d’autant de ces bêtes à huit pattes. Même encore aujourd’hui, quand je visite mes parents, je croise toujours au moins un sympathique pholque phalangide (suivre ce lien pour en savoir plus) installé dans sa toile tissée dans un recoin humide de la cave et attendant patiemment une proie. D’autres araignées spécialisées dans la chasse au sol, comme ces fameuses « araignées jaunes » (souvent des Clubionidae ou des Eutichuridae du genre Cheiracanthium), se baladent régulièrement sur toutes les surfaces horizontales et verticales possibles.

Dans la maison que j’ai occupée plus récemment à Québec, j’ai également retrouvé bon nombre d’individus appartenant à toutes sortes de familles. Épeires diadèmes, araignées sauteuses (Salticidae), Corinnidae, Agelenidae et j’en passe! Il s’agissait d’espèces que l’on retrouvait beaucoup à l’extérieur autour de la maison et qui s’introduisaient sans doute par inadvertance à l’intérieur. Une de ces dernières – une épeire diadème femelle de taille moyenne – avait tissé sa toile près de la porte d’entrée assez tard à l’automne. Ayant pitié d’elle alors que la température se faisait de plus en plus froide, je la descendis dans la cave, près d’une fenêtre où s’accumulaient des chironomes adultes (petits moucherons). Ceux-ci avaient aussi été introduits par inadvertance dans notre demeure, année après année, lorsque mon ex-conjoint et moi rentrions les poissons de l’étang (voir cette chronique) vers la maison afin qu’ils y passent un hiver douillet (les poissons, pas les chironomes!). Bref, j’espérais que la jolie épeire survive ainsi, nous débarrassant par le même fait des chironomes très abondants, mais je la retrouvai malheureusement morte et desséchée environ deux ou trois mois plus tard.

J’ai quelques anecdotes supplémentaires au sujet d’araignées retrouvées dans des situations particulières : par exemple, cette araignée que j’ai retrouvée vivante au fond d’une boîte pleine de piluliers… d’araignées mortes préservées dans l’alcool (lire l’anecdote complète ici). J’ai sursauté, me demandant pendant quelques fractions de seconde si l’une de mes araignées mortes était en fait revenue à la vie. S’agissait-il d’une araignée-zombie? Ou encore, l’anecdote concernant l’araignée qui avait tissé sa toile dans mon chocolat de Pâques quand j’étais plus jeune (ce billet). En outre, les araignées de nos demeures peuvent bel et bien se retrouver partout… que cela nous plaise ou non! La bonne nouvelle, c’est que ces sympathiques arachnides jouent un rôle très important dans une maison : ils s’alimentent d’autres invertébrés qui peuvent parfois s’avérer envahissants et néfastes (j’en parle dans quelques paragraphes)! Ce sont des colocataires à préserver (sauf dans les contrées où elles posent un danger, bien sûr… mais nos espèces québécoises ne sont point venimeuses)!

Poisson d’argent (Lepisma saccharina)
Poisson d’argent (Lepisma saccharina)
La fameuse coccinelle asiatique
La fameuse coccinelle asiatique

Les lépismes ne font pas proprement partie des invertébrés néfastes (sauf si vous tenez une bibliothèque – vous comprendrez pourquoi dans quelques instants). Ils s’affairent surtout à décomposer les résidus de toutes sortes laissés au sol ou s’accumulant dans des recoins autrement inatteignables: nourriture, cheveux, poussière, moisissures, etc. Ils sont de même susceptibles de se nourrir de la colle utilisée dans la reliure des livres et il arrive parfois que cette attirance alimentaire les conduise à endommager des ouvrages chéris! L’espèce que j’ai la plus souvent rencontrée est celle que l’on surnomme « le poisson d’argent » (Lepisma saccharina), une espèce ayant une affinité pour les recoins sombres et frais. Ce n’est qu’à l’appartement que j’ai occupé à Trois-Rivières où j’ai plutôt côtoyé des thermobies (Thermobia domestica; voir cette page), une espèce de lépisme bariolée qui affectionne les endroits chauds, près des appareils de chauffage ou des chaudières. Dans cette résidence, pas de poissons d’argent en vue; il semble que la niche écologique était plus propice à une occupation par la thermobie. Il faut dire que cet appartement était particulièrement chaud par rapport aux autres demeures où j’ai habité… Est-ce que cela expliquait la présence d’une espèce plutôt qu’une autre? Je serais curieuse de connaître la réponse, si certains d’entre vous la connaissent!

Pour ce qui est des espèces moins appréciées – car généralement plus envahissantes ou dérangeantes –, citons d’abord les coccinelles asiatiques. J’ai récemment parlé de cette espèce d’insecte, question de pouvoir mieux répondre aux interrogations d’un collègue de travail dont le chalet s’est retrouvé envahi par des centaines d’individus de ce groupe. Ces coccinelles introduites en Amérique du Nord sont en effet susceptibles d’envahir les demeures en très grand nombre. Bien qu’elles ne détruisent pas nos denrées ou nos biens, leur simple abondance – parfois en quantité hallucinante – s’avère dérangeante.

Mites des vêtements (chenilles)
Mites des vêtements (chenilles)
Mite des vêtements (adulte)
Mite des vêtements (adulte)

Malheureusement s’ajoutent à cette liste des espèces d’insectes nettement plus néfastes. Les mites des vêtements sont sans doute connues de plusieurs… Plus jeune, j’entendais parler des fameuses « boules à mites » sans trop savoir de quoi il s’agissait. C’est quand j’observai, dans ma précédente demeure, de petits papillons brunâtres, suivis de petites chenilles enroulées dans des fourreaux de tissus, que je fis la connaissance de cette espèce – Tinea pellionella (cette chronique). Par chance, après deux années de nettoyage régulier et, parfois, de collecte manuelle (aie-je besoin de mentionner que je possède plusieurs chenilles de cette espèce dans ma collection d’invertébrés!), les observations se firent de moins en moins fréquentes, jusqu’à devenir nulles. Du moins, c’était le cas quand j’ai déménagé en septembre dernier!

Les dermestes constituent un autre groupe que l’on retrouve régulièrement dans les maisons. Ce sont des coléoptères dont les larves – les plus souvent observées – ressemblent à de petites chenilles brunes et poilues. Il existe différentes espèces de dermestes, certaines passant plus inaperçues que d’autres. J’avais déjà parlé des dermestes du lard (ici), rencontrés dans un chalet où j’avais eu le loisir de séjourner. Ces bêtes peuvent s’attaquer aux denrées alimentaires et s’avèrent un cauchemar pour tout entomologiste, car elles s’attaquent également aux insectes de collections.

Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol
Larve de dermeste qui était cachée dans un insecte que j’avais recueilli mort au sol
Dermeste du lard adulte (recueilli mort)
Dermeste du lard adulte (recueilli mort)
Anthrène des tapis adulte
Anthrène des tapis adulte – il est tout petit au creux de ma main

On retrouve aussi fréquemment d’autres espèces de dermestes dans les maisons, lesquelles semblent moins dérangeantes que les dermestes du lard si je me fie aux sources consultées (Internet abonde de sites d’extermination pour les dermestes du lard lorsque l’on fait une recherche sous le simple terme « dermeste »). Pourtant, l’espèce la plus souvent observée dans nos maisons serait l’anthrène des tapis – ce qui semble être l’espèce que j’ai photographiée à quelques reprises dans ma précédente demeure : un petit coléoptère plutôt bigarré. J’avais auparavant entraperçu moult larves, mais je ne savais pas à quelle espèce elles appartenaient avant de réaliser que les petits coléoptères que j’observais occasionnellement étaient des dermestes adultes. L’anthrène des tapis se nourrit d’une grande variété d’aliments tels que les peaux, la laine, les fourrures, ainsi que toutes sortes de denrées alimentaires (gâteaux, graines, céréales, etc.). Il peut s’avérer aussi un problème pour ceux qui possèdent des collections d’insectes naturalisés – un vrai délice à leurs yeux! Enfin, les dermestes constituent visiblement un des pires cauchemars de tout entomologiste collectionneur!

Une pléiade d’autres organismes peut être observée dans nos demeures. Certains sont occasionnels, comme ce charançon figurant dans l’une de mes toutes premières chroniques DocBébitte. D’autres font hérisser les poils de nos nuques, comme les punaises de lit, que j’ai eu la chance de ne pas côtoyer!

Éventuellement, qui sait, j’aménagerai peut-être dans un nouvel endroit me permettant d’effectuer davantage de découvertes entomologiques que je pourrai partager avec vous – en espérant toutefois qu’elles ne soient pas désagréables! D’un autre côté, peut-être que mon présent appartement ainsi que le voisinage que j’ai peu eu le temps d’explorer à ce jour (l’hiver tire à sa fin, enfin!) me permettront également de vous faire part de savoureuses anecdotes entomologiques!

Entre temps, n’hésitez pas à faire part de vos propres observations : quelles sont les bêtes invertébrées que vous observez le plus dans vos résidences? Sont-elles envahissantes? Bénéfiques ou nuisibles? Sympathiques ou détestables? Au plaisir de vous entendre sur le sujet!

 

Pour en savoir plus

Un poisson pour le 1er avril!

Afin de souligner la fête du « Poisson d’avril » qui a lieu cette semaine, j’ai jugé bon vous parler d’un poisson. Bien sûr, il ne s’agit pas de n’importe quel poisson, puisque ma chronique cible principalement les invertébrés. En fait, je vais vous entretenir au sujet des poissons d’argent.

Lepisma saccharina
Lépisme (lepisma saccharina), communément appelé poisson d’argent

Le poisson d’argent est un lépisme (lepisma saccharina), faisant partie de l’ordre des zygentomes (Zygentoma). On le surnomme poisson d’argent, car il fait penser à un poisson : son corps est plat, en forme de carotte, sans ailes et muni de multiples écailles grises. Comme vous pouviez également l’observer dans la capsule de la semaine dernière, son abdomen se termine par trois longs appendices (1 filament médian et deux cerques latéraux).

Ce lépisme, qui mesure entre 10 et 15 millimètres, possède de tout petits yeux. Il est, de toute évidence, adapté à la vie dans le noir. C’est d’ailleurs le soir qu’il sort de sa cachette, à la recherche d’un bon repas.

On le retrouve fréquemment dans les coins sombres et humides des habitations. Les lépismes sont effectivement très à l’aise dans nos demeures, puisqu’ils s’y nourrissent d’une vaste variété de résidus : « restes » alimentaires, poussière et cheveux laissés au sol, colle à tapisserie ou à reliures de livres, moisissures, exosquelettes d’acariens, etc. Bref, ils nous aident à faire le ménage dans les recoins inatteignables!

Lepisma saccharina 2
Avec son profil aplati, le lépisme peut se faufiler dans de toutes petites fentes

Bien qu’ils soient inoffensifs, certains les considèrent comme des pestes du fait qu’ils sont présents dans les habitations pendant toute l’année. En réalité, ce sont surtout pour les bibliothèques ou les services d’archives qu’ils ont le potentiel d’être nuisibles, puisqu’ils peuvent effectivement s’attaquer aux reliures de livres, ainsi qu’à certains types de papier.

Lepisma saccharina 3
Le corps du lépisme est muni d’écailles grises, comme en témoigne cette photo

La reproduction des lépismes est sexuée, c’est-à-dire que la femelle doit être fécondée par un mâle. Toutefois, les lépismes ne s’adonnent pas à « la chose » comme on pourrait le croire. En effet, le mâle dépose plutôt son spermatophore (un petit colis qui contient son sperme) au sol. Celui-ci est ensuite recueilli par une femelle réceptive, qui l’introduit dans son orifice génital afin d’être fécondée. Cette dernière pond ses œufs en lieu discret, généralement dans de petites fentes ou dans les murs des maisons. Les larves sont faciles à reconnaître, puisqu’elles ressemblent aux adultes. Elles se nourrissent également des mêmes aliments que ces derniers.

La prochaine fois que vous verrez un poisson d’argent, n’hésitez pas à l’observer de près ou à le manipuler. J’en ai souvent pris dans mes mains et ils sont inoffensifs. Ils sont cependant très rapides et se faufilent… comme un poisson dans l’eau!

 

Pour en savoir plus