Beaucoup d’insectes sont mieux connus sous leur forme adulte que sous celle larvaire. C’est le cas de notre insecte mis en vedette cette semaine, dont la larve ressemble à un petit diable avec ses deux antennes recourbées.
Il s’agit d’un illustre insecte que petits et grands connaissent bien… De qui s’agit-il?
Vous êtes invités à répondre à cette devinette sur la Page Facebook DocBébitte ou en inscrivant vos réponses dans la section « Commentaires » de la présente chronique. La réponse sera fournie lors de la prochaine chronique!
Photographes amateurs, sortez vos appareils photo et faites comme DocBébitte!
Pour une troisième année, voici venu le temps de dépoussiérer vos appareils photo et de prendre des clichés des jolis insectes et autres invertébrés qui parcourent vos plates-bandes, bois avoisinants ou autres lieux que vous fréquentez.
Comme toujours, l’objectif est de célébrer la grâce ou parfois l’étrangeté de ces petits êtres en encourageant les photographes amateurs comme vous et moi à partager leurs découvertes entomologiques.
Le concours en est un amical notamment parce que ce sont les lecteurs de DocBébitte qui seront invités à voter pour leur coup de cœur. Le « prix » en est également un fort simple : la photo élue favorite se verra mise en vedette dans le cadre d’une de mes chroniques qui portera aussi, pour les besoins de la cause, sur l’invertébré en question.
Vous pouvez jeter un coup d’œil aux gagnants des années passées :
1) Transmettre vos photographies en résolution originale à info@docbebitte.com d’ici le 21 août 2015. Veuillez transmettre un maximum de trois (3) photos par personne. Si vous possédez déjà une signature personnalisée, l’apposer sur vos photos avant de me les transmettre. Sinon, je me chargerai d’ajouter votre nom sur les photos.
2) Me fournir, pour chaque photo soumise, les informations suivantes :
Prénom et nom de l’auteur de la photographie;
Endroit où la photo a été prise (exemple : Trois-Rivières, Québec);
Si vous connaissez déjà le nom de l’invertébré en question, l’indiquer.
Les photographies n’ont pas besoin d’avoir été prises à l’été 2015. Vous pouvez fouiller dans vos archives!
3) Enfin, s’il y a des personnes que l’on peut reconnaître sur vos photographies, assurez-vous d’avoir leur accord avant de me transmettre ces dernières, car elles se retrouveront sur Internet.
Photographies soumises
Votre photo a reçu le plus de votes? Je m’engage à publier une chronique entière consacrée à l’invertébré « croqué » sur le vif, incluant bien sûr la photographie gagnante en tête de chronique (et crédits photos associés). Bref, vous serez mis en vedette!
Pour ce qui est des autres photos soumises, elles se retrouveront dans ma banque de photos et pourraient, qui sait, être utilisées dans le cadre de futures chroniques (également accompagnées des crédits photos)!
La semaine dernière, je suis allée marcher le long de la rivière du Cap-Rouge, à Québec. Bien que j’étais déconcentrée par de multiples parulines à croupion jaune qui sautillaient d’une branche à l’autre, je ne pus m’empêcher de remarquer que les feuilles de nombreux arbustes bordant le sentier étaient complètement rongées. Naturellement, je me suis immédiatement dit que cela ne pouvait qu’être l’œuvre d’un insecte! En fait, j’avais tort. Il s’agissait de l’œuvre de deux espèces d’insectes!
En m’approchant des arbustes, j’aperçu effectivement les deux suspects en plein délit : des coléoptères! Le premier, en nombre plus modeste (deux ou trois par plants), était un calligraphe ligné du cornouiller (Calligrapha philadelphica). Tout à fait à propos, puisque les arbustes endommagés étaient des cornouillers! Ce dernier était de taille assez grande – je dirais légèrement plus gros qu’une coccinelle – et de couleur dorée. Difficile de rater ce charmant coléoptère qui s’avérait également orné de jolis motifs plus sombres.
Altise vue de prèsLes altises qui s’en donnent à cœur joie
Le second insecte, plus petit mais nettement plus abondant (plusieurs dizaines par plants), était une altise (genre Altica), possiblement l’altise du cornouiller (Altica corni) à cause de la plante hôte. Toutefois, mes photographies ne permettent pas de le confirmer hors de tout doute. Si certains experts parmi vous peuvent confirmer l’identité de mon second suspect, n’hésitez pas à me le signaler.
Les deux prévenus appartiennent à la même famille : les chrysomèles (Chrysomelidae). Le nom anglophone de cette famille, Leaf Beetles, en dit long sur leurs habitudes alimentaires. Les espèces qui font partie de ce groupe sont effectivement des phytophages, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent de plantes. Il n’est donc pas surprenant de les observer en train de s’empiffrer de plantes de toutes sortes.
Cela dit, selon plusieurs sources consultées, les chrysomèles sont souvent spécifiques à une espèce de plantes ou à un groupe de plantes apparentées. Dans le cas de nos individus inculpés, je remarquai effectivement que seuls les cornouillers étaient atteints. Le reste de la végétation – tout le long du sentier emprunté – demeurait entièrement intact.
Calligraphe ligné du cornouillerAutre calligraphe – qui a amorcé l’expulsion de ses fèces sur ma main
Les feuilles des cornouillers étaient très endommagées. Fait que j’ai trouvé intéressant, Marshall (2009) illustre le dommage fait par les altises en le comparant à des feuilles qui auraient été fusillées. Les feuilles que j’ai aperçues – et photographiées – ressemblaient effectivement à du gruyère suisse!
Les chrysomèles représentent la quatrième plus grande famille de coléoptères en Amérique du Nord. Il est fort à parier que nous pourrons observer, au cours de l’été, d’autres membres de cette famille en délit de gourmandise! Gardez l’œil ouvert pour toute feuille trouée et vous pourriez bien faire de nouvelles découvertes entomologiques!
Pour en savoir plus
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
Il existe bien des endroits autour de la planète où le fait de retrouver un scorpion dans la maison n’est pas un fait inusité. Au Québec, à part bien sûr s’il s’agit d’un scorpion domestiqué, on ne s’attend pas à observer de telles bêtes.
Vue dorsale du pseudoscorpion trouvé par ma collègue de travail
Pour dire vrai, nous n’avons pas de scorpions en tant que tels au Québec, mais plutôt des pseudoscorpions. Bien que tout petits, ils peuvent, à première vue, nous faire croire qu’il y a un danger imminent! N’ayez crainte! Ces petits invertébrés ne possèdent pas d’aiguillon venimeux comme les scorpions et sont inoffensifs… du moins pour nous humains.
Comme leurs confrères scorpions, les pseudoscorpions font partie de la classe des arachnides. Ils se distinguent cependant au niveau de l’ordre : Pseudoscorpiones (ou Pseudoscorpionida selon les sources) versus Scorpiones.
Je n’avais pas encore eu l’occasion d’observer cet invertébré lorsque, un matin, une collègue de travail vint me montrer sa trouvaille : une toute petite bête retrouvée chez elle et qui s’avérait être un pseudoscorpion! J’eus la chance d’amener l’invertébré à la maison afin de l’examiner de plus près sous la loupe de mon stéréomicroscope. Les photographies présentées dans cette chronique en témoignent! Pour voir un spécimen vivant, vous pouvez vous référer aux références citées ci-dessous et, entre autres, à cette photographie.
Vue ventrale du même pseudoscorpion – sans doute Chelifer cancroides
Comme tout arachnide qui se respecte, les pseudoscorpions sont munis de huit pattes. Les individus sont petits, leur envergure variant entre 2 à 8 millimètres. Le bout de leur abdomen est arrondi et ils possèdent de longs appendices qui ressemblent à des pinces. Plus précisément, pour répondre à la devinette de la semaine dernière, ces appendices sont en fait des pédipalpes dont le dernier segment est modifié. Celui-ci se caractérise par une partie mobile qui contient une glande à venin servant à immobiliser les proies. Il prend aussi la forme d’une pince afin d’aider à saisir les proies. Comme les pseudoscorpions ne possèdent pas de mandibules pour mâcher, ils dévorent leurs proies en liquéfiant leurs tissus à l’aide d’enzymes digestifs, puis en aspirant les fluides ainsi formés.
Vous aurez compris que les pseudoscorpions sont des prédateurs. L’espèce que l’on retrouve habituellement dans les maisons – Chelifer cancroides – est considérée comme bénéfique. Elle se nourrit des invertébrés indésirables comme les larves d’acariens et les mites des vêtements. Comme cette espèce est toute petite, elle n’est pas observée fréquemment, mais ne serait pas rare pour autant! De plus, malgré leur petitesse, ces organismes peuvent vivre jusqu’à quatre ans! Dire que j’ai peut-être un pseudoscorpion qui me pend au bout du nez dans ma maison sans ne jamais l’avoir vu! Cela dit, l’espèce Chelifer cancroides affectionne les milieux humides. Si vous êtes à la recherche de cet individu, fouillez dans les recoins humides de vos demeures comme les salles de bains.
D’autres espèces – il y en aurait au moins 26 au Canada – peuvent aussi être retrouvées, mais, cette fois, à l’extérieur de la maison. Elles se cachent notamment sous la litière, les roches, les troncs d’arbres, ainsi que dans les nids de certains animaux. Certaines d’entre elles peuvent être observées sur d’autres insectes, entre autres sous les élytres de certains coléoptères. Elles s’affairent à dévorer les mites qui parasitent ces derniers… Ou se paient un transport gratuit vers de nouveaux milieux à coloniser (voir également cette photo d’une mouche qui transporte un pseudoscorpion).
Pseudoscorpion au fond d’un pilulier – oui, il s’agit d’une toute petite bête!
Les pseudoscorpions sont munis de glandes leur permettant de tisser des cocons dont ils se servent pour muer, hiverner et élever les jeunes. Une fois éclos, ces derniers vivent d’ailleurs sur le dos de leur mère pendant une courte période. Selon les sources, une portée peut comprendre environ de 20 à 50 jeunes. Fait étonnant que j’ai lu tout récemment : certaines mères pseudoscorpions peuvent aller jusqu’à se sacrifier pour nourrir leur progéniture. Des chercheurs ont effectivement étudié une espèce de pseudoscorpion au Brésil où la mère se donnait littéralement en pâté à ses rejetons lors de pénurie de nourriture. C’est en donnant un signal particulier à ses jeunes qu’elle leur indique qu’ils peuvent se nourrir d’elle. Ils s’exécutent en perçant l’exosquelette de leur mère (souvent dans les joints des pattes), puis en sirotant ses fluides (lire cet article pour plus de détails). Tout un sacrifice!
Pour terminer, il semble que les pseudoscorpions parcourent notre planète depuis très longtemps. Le plus vieux fossile connu daterait d’il y a 380 millions d’années. Déjà à cette époque, l’invertébré présentait toutes les caractéristiques des individus observés aujourd’hui. À croire que notre pseudoscorpion a trouvé une formule gagnante depuis belle lurette!
PS – Merci à Lyne d’avoir partagé sa découverte!
Pour en savoir plus
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
Dans le fabuleux monde des invertébrés, on retrouve plusieurs individus qui sont munis de pinces. Les plus connus sont sans doute les crabes, les écrevisses et les homards, tous des crustacés.
Or, d’autres groupes d’invertébrés portent des appendices similaires. Au Québec, il existe notamment un tout petit organisme qui possède ce qui ressemble à des pinces et dont vous trouverez une photo partielle ci-dessous. De qui s’agit-il? À quoi servent ces « pinces »?
Vous êtes invités à répondre à ces interrogations sur la Page Facebook DocBébitte ou en inscrivant vos réponses dans la section « Commentaires » de la présente chronique. La réponse sera fournie lors de la prochaine chronique!