Connaître et élever le mille-pattes géant d’Amérique du Nord

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous savez que j’expérimente depuis l’automne dernier l’élevage de mille-pattes géants d’Amérique du Nord (Narceus americanus).

Dans la présente chronique, je vous parle de cette espèce unique d’arthropode, indigène au Québec, et je vous présente une vidéo inédite sur le sujet.

Tout d’abord, dans ma vidéo ci-dessous, vous verrez :

  • Comment j’en suis venue à élever des mille-pattes géants d’Amérique du Nord : une expérience initiée par l’Association des entomologistes amateurs du Québec (merci, Étienne Normandin!);
  • Qui est le mille-pattes géant d’Amérique du Nord;
  • Comment l’élever à la maison.

Ensuite, dans la chronique plus bas, je vous dévoile des faits intrigants sur ce charmant myriapode. Vous verrez d’ailleurs que certains faits énoncés dans la littérature… doivent être revisités!

Enfin, concernant l’élevage du mille-pattes géant d’Amérique du Nord, je vous renvoie vers cette page d’élevage de l’AEAQ, où nous vous expliquons comment procéder. Il s’agit de la version écrite de ce que j’explique dans la deuxième partie de ma vidéo. Mais vous aurez aussi accès à des compléments croustillants si vous visionnez la vidéo! À voir!

1. Vidéo : description et élevage du mille-pattes géant d’Amérique du Nord, Narceus americanus

2. Faits saillants sur le mille-pattes géant d’Amérique du Nord

Dans ma capsule vidéo, j’aborde beaucoup de faits et d’observations concernant notre millipède vedette. Je vous en présente quelques-uns dans ce qui suit!

Description générale

Le mille-pattes géant d’Amérique du Nord est le plus gros mille-pattes que l’on peut retrouver au Québec : il peut mesurer jusqu’à 12 cm. Malgré son nom « mille-pattes », il possède environ 200 pattes.

Sa longévité maximale connue est de 11 ans, ce qui est plutôt vieux pour un arthropode. Sa maturité sexuelle serait atteinte entre 1 à 4 ans (varie selon les sources consultées).

Sa vision est très pauvre et il a par conséquent recours à ses antennes pour tâter son environnement. Malgré sa faible vision, il est lucifuge : il tend à fuir la lumière. Néanmoins, j’ai observé que mes mille-pattes ne fuient pas la lumière lorsqu’ils sont affairés à grignoter du concombre ou des courges – deux aliments dont ils raffolent!

Un N. americanus vu de très près! Belle tronche, n’est-ce pas?

Milieu de vie

Le mille-pattes géant d’Amérique du Nord affectionne les endroits sombres et humides comme les dessous de roches ou de bûches, ainsi que la litière de feuilles au sol.

C’est un détritivore qui se nourrit de champignons, d’écorces et d’autres matières organiques en décomposition, y compris des fruits et des fèces d’animaux, comme celles des cerfs de Virginie.

Puisqu’il dépend de la présence de débris ligneux au sol, comme les troncs et les branches mortes, on l’observe plus fréquemment dans les forêts matures, où ces matières sont plus abondantes.

Au Québec, on le retrouve surtout au sud de la province, comme en Montérégie et en Estrie.

Reproduction

Les premières sources que j’ai consultées indiquaient que, contrairement à d’autres millipèdes, le mille-pattes géant d’Amérique du Nord ne pondrait qu’un œuf à la fois. La femelle déposerait son unique œuf dans de la litière déchiquetée, du bois mâché (régurgité) ou des excréments. Elle s’enroulerait ensuite autour de l’œuf jusqu’à ce qu’il éclose, quelques semaines plus tard. Il arriverait aussi qu’elle porte ses œufs non fécondés à l’intérieur d’elle pour les protéger.

En réécoutant la vidéo de Folles Bestioles sur cette espèce, j’ai été surprise de constater que leurs trois adultes avaient eu plusieurs rejetons (on en voit au moins une dizaine dans leur vidéo). Je leur ai écrit pour savoir s’il était possible qu’ils aient ramassé des œufs/juvéniles avec la litière de leur terrarium. La réponse : non! Cela a donc semé un doute sur l’information circulant sur Internet et suggérant que le mille-pattes géant d’Amérique du Nord ne pond qu’un seul œuf à la fois.

Cela m’a ensuite amenée à poser deux autres actions :

  1. J’ai étendu davantage ma revue de littérature sur le sujet, incluant des pages et des forums sur Internet. Je suis tombée sur plusieurs sources qui confirmaient que les femelles peuvent pondre plusieurs dizaines d’œufs (quelque 20 à 50 œufs par femelle). Si vous doutez toujours, jetez un coup d’œil à cette photo de BugGuide, où l’on voit un N. americanus et ses dizaines d’œufs!
  2. J’ai écrit à deux collègues qui ont élevé des N. americanus et, dans l’un des cas, on me confirmait que cinq adultes avaient produit environ 200 rejetons en une courte période, rien de moins!
Trois mille-pattes de tailles différentes. Le plus petit est un rejeton des quelques derniers mois tout au plus.

Enfin, pendant que j’éditais ma vidéo, il y a deux semaines, j’ai moi-même observé simultanément trois bébés mille-pattes de taille similaire, alors que j’avais au départ deux femelles (et l’une d’elles est décédée il y a un mois et demi). Et ce n’est sans doute que la pointe de l’iceberg, puisque je ne vois que ceux qui s’aventurent en périphérie de mon terrarium. Avis aux curieux : il n’était pas trop tard pour que j’ajoute cette observation à ma vidéo!

Bref : l’information suggérant que la femelle ne pond et ne prend soin que d’un œuf à la fois n’est pas fondée. Elle proviendrait de Wikipédia et a été réutilisée à plusieurs endroits. Or, lorsqu’on fouille davantage, on voit rapidement qu’elle n’est pas exacte (en date de la préparation de la présente chronique). Observations personnelles à l’appui!

Pour terminer sur le sujet de la reproduction, je vous relate une observation fascinante : j’ai filmé un individu présentant un drôle de comportement (voir cette vidéo courte). Il faisait glisser une « boulette » entre ses pattes, de la tête vers son arrière-train… pour, justement, se l’insérer dans l’arrière-train! Dans ma vidéo complète, vous apprendrez qu’il s’agit d’une femelle qui insère son œuf, enrobé d’une boule de débris, dans son corps, pour mieux le protéger. Étrange!

Fille ou garçon?

J’ai voulu savoir, parmi mes quatre individus matures, combien j’avais de mâles et de femelles.

Différences entre un mâle et une femelle.

Tout comme pour la reproduction, j’ai réalisé qu’il y avait des informations variées et inégales sur Internet. Selon les sources, on aborde l’un ou l’autre de ces différents critères :

  • Certains affirment que les antennes et les pattes des mâles sont plus longues;
  • D’autres mentionnent que les pattes vis-à-vis le 7e segment sont courtes ou atrophiées chez les mâles;
  • Enfin, certains indiquent que le 7e segment des mâles est bossu.

J’ai examiné mes quatre adultes et voici mes constats :

  1. Deux d’entre eux ont à la fois les pattes plus longues (et, je dirais, plus épaisses), ce qui me semble être une absence de pattes au 7e segment (c’est difficile à voir!), ainsi que le 7e segment bossu. Probablement 2 mâles.
  2. Les deux autres ne possèdent pas ces attributs. Pattes plus fines et plus courtes, pattes présentes sur tous les segments et absence de bosse dorsale. Probablement deux femelles. D’ailleurs, l’individu qui insère une « boulette » d’œuf dans son corps, vraisemblablement une femelle, correspond à ces derniers critères. À noter que ce dernier était dans un contenant seul – c’était avant que je les relâche dans mon terrarium –, d’où la haute probabilité que ces œufs lui appartinssent.

Petit bonus cocasse : j’ai remarqué que les mâles, ayant les pattes plus longues, s’agrippent mieux à mes mains quand je les vire à l’envers. Les femelles… tombent!

Autre angle – Comparaison d’un mâle et d’une femelle.

Mécanismes de défense

Lorsqu’il est perturbé, notre mille-pattes peut se rouler en boule, cachant ses segments ventraux plus vulnérables. Il peut aussi relâcher un liquide irritant contenant des benzoquinones, qui tache les doigts de jaune rougeâtre. Puisque ce liquide peut irriter les yeux, les muqueuses et la peau, il est préférable de bien se laver les mains après toute manipulation.

Un de ses mécanismes de défense est de se rouler en boule.

J’ai manipulé ces mille-pattes de très nombreuses fois et j’ai remarqué qu’il est rare qu’ils émettent ce liquide. La première fois que ça s’est produit, je venais d’écraser ledit mille-pattes par mégarde. J’en parle dans ma vidéo. C’est arrivé seulement deux autres fois depuis que je possède ces bêtes (6 mois). Je me lave les mains immédiatement et je n’ai eu aucun inconfort pour ma part. Mes doigts restent cependant légèrement tachés de jaune pendant le restant de la journée.

Une question qu’on me pose souvent sur les arthropodes en général est : mordent-ils? Les mille-pattes sont munis de mandibules servant à gruger feuilles, écorces et autres débris. Par conséquent, oui, ces mandibules peuvent servir à croquer de la peau humaine. Encore une fois, malgré les nombreuses fois où j’ai manipulé mes mille-pattes, je me suis fait mordre… une seule fois! C’est si rare que je ne m’y attendais pas et j’ai sursauté, faisant tomber le mille-pattes de ma main. Heureusement, je le maintenais près du sol de son terrarium!

Plus encore!

Le mille-pattes géant d’Amérique du Nord est fascinant et j’aurais pu en dire tellement plus sur cette espèce. Si vous êtes curieux d’en savoir davantage, jetez un coup d’œil aux différentes ressources que je vous propose dans la section « Pour en savoir plus » ci-dessous! Mais faites attention : comme j’en parle plus haut, au moment de la rédaction du présent billet, certaines sources véhiculent des informations qui devront être rajustées!

3. Élevage du mille-pattes géant d’Amérique du Nord

Le N. americanus est robuste et facile d’entretien : il constitue un bon animal de compagnie pour une personne occupée et qui aime voyager… comme moi!

De plus, selon les sources consultées, il s’agirait du seul millipède de grande taille qu’un particulier peut légalement détenir au Québec. Profitons-en donc pour mieux les connaître!

Comme mentionné d’emblée, j’explique comment élever ce mille-pattes dans ma capsule vidéo plus haut. Pour les instructions écrites, je vous invite à les lire et les imprimer à partir de cette page de l’AEAQ.

Prêts pour l’élevage de ces charmants millipèdes?

Une DocBébitte heureuse avec ses charmants millipèdes!

Pour en savoir plus

Marcher à cent pattes

Marcher à quatre pattes, nous avons tous déjà fait cela. Bien que beaucoup d’invertébrés, de leur côté, se traînent sur six pattes (les insectes), plusieurs portent un plus grand nombre de ces très pratiques appendices.

C’est le cas des individus appartenant au grand groupe (super-classe) des myriapodes (lire myriade de pattes!), que l’on tend à appeler communément des « mille-pattes ». Or, ce groupe se compose non seulement des mille-pattes en tant que tels (classe Diplopoda), mais comprend aussi des « cent-pattes » (classe Chilopoda).

Chilopode_Lithobiomorpha
Chilopode de l’ordre Lithobiomorpha (ordre communément observé), rescapé de ma piscine

C’est de cette deuxième classe que je veux vous entretenir! Il s’agit par ailleurs de l’invertébré-mystère de la semaine dernière. Aviez-vous deviné qu’il s’agissait d’un cent-pattes?

Première question qui vous vient sans doute à l’esprit : les chilopodes possèdent-ils bel et bien cent pattes? En fait, les centipèdes adultes retrouvés en Amérique du Nord peuvent compter de 15 à plus de 50 paires de pattes (selon les ouvrages consultés, certaines espèces peuvent dépasser largement la centaine de pattes pour atteindre quelque 350 pattes). Ce qui les distingue des mille-pattes, c’est le nombre de pattes observées par segment. Les centipèdes ne possèdent qu’une seule paire de pattes par segment, alors que les millipèdes en ont deux. De plus, les premiers présentent une forme aplatie. Les millipèdes, en revanche, sont plutôt cylindriques.

Autre différence entre ces deux classes : la dernière paire de pattes des chilopodes est plus longue et donne l’impression qu’elle traîne à l’arrière du corps. Elle ne sert pas à la locomotion, mais plutôt, selon l’espèce, à maîtriser des proies, à projeter des matériaux gluants à des prédateurs ou encore en guise de « pinces » aiguisées pour se défendre!

Myriapodes
Chilopode (à droite) et diplopode (à gauche) qui étaient cachés sous la litière de feuille du printemps

Devinnette_2015-02-02
Ces appendices (vue ventrale) sont des pattes modifiées qui injectent du venin!

Aussi, pour ceux qui ont participé à la devinette de la semaine dernière, à quoi peuvent bien servir les drôles d’appendices que l’on retrouve à l’avant de la tête des chilopodes? Il s’agit en fait d’une paire de pattes modifiées qui servent à… injecter du venin dans des proies! On les appelle « forcipules ». Plus précisément, ce sont des glandes, situées à la base de ces pattes, qui produisent du venin. Ce dernier trouve son chemin jusqu’aux « griffes », qui sont utilisées pour faire pénétrer le venin dans les tissus des proies! Vous aurez donc compris que les chilopodes sont de voraces prédateurs! Ils se nourrissent habituellement d’autres invertébrés, quoique les espèces de plus grande taille puissent également s’attaquer à de petits rongeurs, reptiles et oiseaux. Dans les régions plus au sud de l’Amérique du Nord et en région tropicale, on retrouve des chilopodes géants (16-17 centimètres) dont le venin est assez puissant pour causer de fâcheuses réactions chez les humains (enflure, douleur pouvant durer plusieurs heures, fièvre et vomissements, selon les individus). Doigts curieux s’abstenir!

Ici, au Québec, vous n’avez pas à vous inquiéter, mais devez être prudents si vous souffrez d’allergies aux piqûres d’abeilles. À ce qu’il semble, vous seriez davantage susceptibles de présenter une réaction si vous êtes mordus. Par ailleurs, bien que les centipèdes puissent techniquement nous mordre, ils le font très rarement et cherchent d’abord à fuir. Finalement, il semblerait que les petites espèces de centipèdes ne sont pas assez puissantes pour rompre la peau en mordant. Pour ma part, j’en ai manipulé à plusieurs reprises (espèces québécoises) et je ne me suis pas fait mordre jusqu’à maintenant!

Les centipèdes sont des chasseurs de nuit et vont préférer les lieux sombres et humides. En plein jour, on peut donc les retrouver sous des roches et des troncs, ou encore sous la litière de feuilles. C’est d’ailleurs une joie pour moi de nettoyer mes plates-bandes au printemps. Lorsque je soulève l’épaisse couche de feuilles (j’ai un bois dans ma cour!), j’y observe notamment beaucoup de chilopodes qui ont vite fait de se sauver et de se cacher dans un interstice à proximité. Il faut dire qu’ils sont des champions coureurs et se défilent très rapidement! Plusieurs se cachent également dans mon compost, dans doute à l’affut de proies.

Chilopode_Lithobiomorpha 2
Chilopode de l’ordre Lithobiomorpha, autre prise de vue

Comme ils affectionnent les lieux humides, ils peuvent parfois se retrouver dans nos habitations, en particulier dans nos sous-sols. Bien que cela ne soit pas nécessairement agréable, ils ne constituent pas une menace réelle. Si vous bouchez les trous par lesquels ils peuvent s’infiltrer et enrayez les sources d’humidité (ex. : une infiltration d’eau dans votre demeure) et de nourriture (autres insectes, qui eux, sont généralement nuisibles!), le milieu ne les intéressera guère.

Une sorte de chilopode qui peut s’infiltrer dans nos demeures et qui, je dois l’avouer, est fort impressionnant en apparence est la scutigère. Vous verrez des photos de cet individu en suivant ce lien sur le site de « Espace pour la vie ». Malgré son allure digne d’un film d’Indiana Jones (vous vous rappelez sans doute la caverne tapissée de gros invertébrés effrayants – voir cette séquence sur YouTube), la scutigère est un invertébré bénéfique!

Je termine avec un fait intéressant en cette semaine de la Saint-Valentin : la reproduction chez les chilopodes n’implique pas de copulation. Plutôt, lorsque vient le temps de se reproduire, les mâles chilopodes présentent leur spermatophore (un « paquet » de sperme, si l’on veut) en guise de cadeau aux femelles. Elles peuvent ensuite décider de prendre ce petit cadeau afin de se féconder. Mesdames, espérons que ce ne soit pas le genre de cadeau que nos conjoints comptent nous offrir pour la Saint-Valentin!

 

Vidéo : Chilopode (ordre Lithobiomorpha) rescapé de ma piscine et se faisant sécher. Habituellement, ils courent vite et se laissent peu prendre en photo. Pensez à mettre la vidéo en haute résolution pour une meilleure qualité!

 

Pour en savoir plus

Il y a de la vie dans mes plates-bandes!

L’été approche à grands pas. Comme moi, vous avez sans doute déjà commencé à « jouer » dans vos plates-bandes. Lorsque vous vous êtes affairés à les nettoyer et que vous avez enlevé la (parfois imposante) couche de feuille automnale laissée en guise de protection, avez-vous remarqué la vaste quantité d’invertébrés qui prenait refuge sous ce couvert feuillu?

Millipède
Millipède

Centipède
Centipède

Il s’agit en grande partie de décomposeurs. Ce sont des invertébrés qui se nourrissent de matière en décomposition et qui passent la majorité de leur vie cachés sous la litière, les souches de bois ou dans d’autres cachettes sombres et humides. Vous en avez d’ailleurs sûrement déjà vu en déplaçant des panneaux, briques ou roches qui étaient restés longtemps au sol.

De nombreuses espèces de décomposeurs habitent dans nos plates-bandes. Ces organismes jouent un rôle considérable dans les écosystèmes terrestres, puisqu’ils contribuent à décomposer la matière organique et l’intégrer au sol. Sans eux, nos sols seraient appauvris et la matière organique ne cesserait de s’accumuler. Dans le cadre de la présente chronique, je vais vous parler plus particulièrement de trois groupes de décomposeurs, parmi les plus connus : les myriapodes, les cloportes et les vers de terre.

Le terme « myriapode » signifie « une myriade de pattes ». Ce sont, vous l’aurez deviné, ce qu’on appelle communément des mille-pattes! Ce groupe comprend les centipèdes et les millipèdes. Les centipèdes ne possèdent qu’une paire de pattes par segment thoracique, alors que les millipèdes en possèdent deux. Cela peut expliquer la différence dans le nom (cent-pattes ou mille-pattes), bien que, en réalité, aucun des deux groupes ne possède jusqu’à mille pattes. Les millipèdes ont un aspect rond et compact et on les retrouve souvent immobiles, roulés en boule. Les espèces les plus communes possèdent entre 36 et 400 pattes. Ce sont essentiellement des décomposeurs. En revanche, les centipèdes, bien qu’ils se cachent sous la litière, sont plutôt des prédateurs. Leur alimentation se compose de petits invertébrés, incluant diverses larves qui se nourrissent de bois mort. Ils ont une forme davantage aplatie et ceux de nos régions présentent une teinte plus vive (rougeâtre). Ils sont capables d’immobiliser leurs victimes grâce à des appendices venimeux situés à l’avant du corps. D’ailleurs, certains centipèdes géants retrouvés dans les tropiques peuvent constituer un danger pour l’être humain, justement à cause de cette caractéristique. Les centipèdes possèdent, tout comme les millipèdes, un nombre fort variable de pattes, allant de 20 à 300 pattes.

Une autre espèce que vous connaissez sûrement est le cloporte. Le cloporte fait partie de l’ordre des isopodes. Il s’agit, croyez-le ou non, d’un crustacé – comme les crevettes et les écrevisses! Il est reconnaissable par sa forme ronde, sa robe sobre dans les teintes de gris-brun, ainsi que par un assez grand nombre de pattes. Si vous n’avez pas peur de les manipuler, vous pourrez d’ailleurs observer que les cloportes possèdent douze pattes. Ils sont inoffensifs et constituent une espèce bénéfique, puisqu’ils contribuent eux aussi à la dégradation et au recyclage de la matière organique laissée au sol. Fait intéressant, certaines espèces de cloportes sont sensibles à la pollution et sont ainsi utilisées en tant qu’indicatrices de la qualité des sols dans le cadre d’études d’impacts environnementaux.

Ver terre
Ver de terre

Cloporte
Cloporte

On retrouve finalement les vers de terre (lombrics). Saviez-vous que cet organisme, bien connu de tous, a en fait été introduit d’Europe? En fait, la quasi-totalité des espèces de nos régions sont des espèces introduites! Difficile à croire, compte tenu de leur omniprésence, mais aussi de leur rôle crucial dans la fertilisation naturelle des sols. En effet, le ver de terre ingurgite une vaste gamme d’aliments – généralement de la matière en décomposition, mais aussi des végétaux et des petits animaux – pour en extirper les éléments nutritifs essentiels à sa croissance. Il excrète ensuite les éléments non utilisés, qui incluent des agrégats de matière organique riche en sucres et en nutriments. Ces éléments contribuent à enrichir les sols et augmenter leur fertilité. De plus, les vers brassent incessamment la terre en se déplaçant et contribuent ainsi à mélanger les différentes couches de sol. Cela a pour effet de disperser les nutriments dans le sol, mais également d’aérer ce dernier. Sans les vers, nos sols seraient donc nettement plus pauvres et beaucoup moins fertiles. Si vous pouvez jardiner ou faire pousser des fleurs sans trop de difficulté, vous pouvez en remercier les vers de terre!

Tout comme les cloportes, les vers de terre sont utilisés comme indicateurs de la pollution des sols. Ces derniers sont considérés comme de bons indicateurs de plusieurs types de polluants ou de contaminants. Des études démontrent notamment que la densité de vers de terre est affectée par l’agriculture intensive et que, en particulier, leur cycle de vie serait altéré par l’utilisation des pesticides. Or, compte tenu de leur apport considérable dans le maintien d’un sol riche, on se retrouve de toute évidence devant un cercle vicieux. Plus on ajoute d’engrais et de pesticides pour améliorer les cultures, moins l’on a de vers de terres. Moins la densité de vers de terre est élevée, plus on a besoin d’ajouter des suppléments…

En conclusion, une myriade d’invertébrés se cache dans nos plates-bandes. Je n’ai qu’effleuré le sujet dans la chronique de cette semaine. Toutefois, on comprend rapidement qu’ils sont nombreux à nous rendre des services écologiques d’une grande valeur en mélangeant et aérant la terre, ainsi qu’en y intégrant des nutriments essentiels à la croissance des plantes. Sans leur présence, nous aurions beaucoup plus de travail à faire! Merci les amis jardiniers!

 

Vidéo 1: Ce qui se passe lorsque l’on soulève une tuile de béton.

 

Vidéo 2: Course de millipèdes! Sur qui misez-vous?

 

Pour en savoir plus