Un bijou de libellule pour la 200e chronique DocBébitte!

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Femelle demoiselle bistrée photographiée sur le bord de mon étang à poissons
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Autre plan de la même femelle

Les jeux sont faits! Lors d’une précédente chronique, je vous offrais de choisir l’invertébré qui allait faire l’objet de la 200e publication DocBébitte. Vous avez opté pour une jolie libellule nommée « demoiselle bistrée » ou « caloptéryx bistré ».

Les libellules ont la cote et la demoiselle bistrée (Calopteryx maculata) n’y échappe pas! Elle sait se faire remarquer avec sa robe vert métallique et ses ailes noires luisantes. La femelle se distingue du mâle par ses ailes légèrement plus pâles ponctuées d’une tache blanche bien visible. Les mâles sont faciles à reconnaître, car il s’agit de la seule espèce québécoise de caloptéryx dont le mâle possède des ailes entièrement noires. La femelle, par contre, peut être confondue avec la femelle du caloptéryx à taches apicales (Calopteryx aequabilis), une autre espèce que l’on retrouve au Québec. Toutefois, selon Paulson (2011), les ailes des individus femelles de cette deuxième espèce sont typiquement plus pâles, un peu moins larges et un peu plus longues.

Néanmoins, en furetant sur Internet (notamment Bug Guide), je dois avouer être tombée sur des photographies d’individus identifiés comme étant C. maculata qui ressemblaient davantage à C. aequabilis, selon les critères de Paulson… et vis-versa! Il semble donc y avoir des formes aux ailes plus ou moins foncées chez chaque espèce qui puissent confondre l’œil amateur. Après quelques échanges instructifs sur Photos d’insectes du Québec (merci à Roxanne S. Bernard et Gilles Arbour), il est probable que l’individu photographié soit bien une demoiselle bistrée. Une bonne façon de m’en assurer aurait été d’examiner la coloration des pièces buccales – ce que je ne vois malheureusement pas clairement sur mes photographies. Je saurai quels angles photographier la prochaine fois – en espérant que cela vous soit également aidant!

Cela dit, la demoiselle bistrée appartient à la famille Calopterygidae qui ne comprend que deux genres et 4 espèces au Québec selon les sources consultées. Les individus appartenant à ce groupe sont de relativement grande taille, ce qui contribue sans doute au fait qu’ils sont facilement remarqués!

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Mâle photographié dans la cour chez mes parents
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Photo d’un mâle soumise lors du concours de photographie 2013

Étant donné que la naïade (stade juvénile) de cette libellule est aquatique, il n’est pas surprenant de retrouver les adultes à proximité des étangs et des cours d’eau. C’est justement aux abords de mon petit étang à poissons que j’ai eu le loisir d’observer, voire photographier, quelques individus au courant des dernières années. La demoiselle bistrée semble particulièrement attirée par les cours d’eau à courant lent et où la végétation aquatique est abondante. Il s’agit d’ailleurs d’un habitat propice à la ponte. En effet, la femelle, une fois fécondée, s’affairera à pondre ses œufs dans la végétation aquatique, sur les troncs submergés ou encore directement à la surface de l’eau. Paulson (2011) précise que certaines femelles peuvent se plonger entièrement sous l’eau afin de déposer leurs précieux œufs sur un substrat adéquat.

Les mâles, de leur côté, ne quittent pas leur territoire – ni leurs femelles – des yeux. À ce qu’il semble, un même mâle peut surveiller plusieurs femelles avec lesquelles il copulera. Il arrive par conséquent souvent de voir des congrégations de plusieurs de ces libellules affairées à la reproduction et à la ponte – habituellement un mâle et ses femelles.

Les rejetons, eux, évoluent entièrement sous l’eau. Les naïades préfèrent les eaux courantes où le débit n’est pas trop élevé. On les retrouve plus particulièrement accrochées aux débris végétaux et aux racines des arbres et arbustes bordant les cours d’eau, ou encore dans les herbiers de plantes aquatiques. Une bonne façon d’en collecter est donc de racler les bordures érodées des cours d’eau où les racines et les débris abondent. Toutefois, il faudra bien ouvrir l’œil, car les jeunes caloptéryx se confondent bien aux débris végétaux : filiformes et bruns, ils ressemblent à de petites brindilles.

Si vous réussissez à les capturer, il vous sera ensuite facile de les identifier. Ces odonates possèdent en effet des antennes distinctes des autres familles de zygoptères : le premier segment est très long et plutôt épais. On s’en aperçoit même à l’œil nu!

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Naïade de Calopteryx sp. Notez le premier segment des antennes.

Comme les adultes, les naïades de la demoiselle bistrée sont des prédateurs hors pair. Elles se nourrissent d’une vaste palette d’insectes, qui peuvent inclure des larves de maringouins ou de mouches noires. C’est qu’elles sont utiles, ces naïades!

Voshell (2002) indique que les naïades de Calopterygidae sont plutôt tolérantes face à la pollution de leur milieu. Je me suis amusée à regarder où j’en avais capturé lors de mes études et il s’agissait de sites en rivière moyennement à assez fortement perturbés par des activités d’origine humaine (surtout de l’agriculture), mais où il y avait tout de même un courant continu (petites chutes à proximité). Aussi, j’avais observé à quelques reprises des congrégations de ces libellules le long de la rivière du Cap-Rouge à Québec, une autre rivière qui peut s’avérer moyennement à hautement perturbée (zones urbaines et agricoles) selon les secteurs.

En outre, notre jolie libellule qui brille comme un bijou ne semble pas trop difficile en matière d’habitat. Cela est sans doute une bonne nouvelle, puisqu’on peut ainsi profiter de sa présence le long de nos rivières urbaines et même la voir voleter dans nos cours. À noter effectivement que toutes les photographies de libellules adultes qui agrémentent la présente chronique ont été prises dans les cours des photographes! Pas besoin d’aller bien loin pour rencontrer ce bijou d’insecte!

 

Pour en savoir plus

Identifier les libellules en devenir : nouvelle clé québécoise!

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Nouvelle clé québécoise d’identification!
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Diverses naïades d’odonates prêtes à être identifiées

Quoi de mieux pour vous faire patienter d’ici la 200e chronique DocBébitte (dont un vote est en cours) que de vous parler de libellules? Mieux encore, il sera ici question d’un ouvrage tout fraîchement concocté et mettant à contribution plusieurs entomologistes québécois! Il s’agit de « Naïades et exuvies des libellules du Québec : clé de détermination des genres » dont les principaux auteurs sont Messieurs Raymond Hutchinson et Benoît Ménard.

J’ai déjà parlé à quelques reprises des naïades d’odonates, que j’affectionne particulièrement (notamment dans cette chronique). Vous avez bien deviné : il s’agit d’insectes aquatiques, ce qui explique mon enthousiasme face à la publication de Hutchinson et Ménard.

Vous êtes peu familiers avec les termes utilisés pour désigner cette nouvelle clé? Sachez d’abord que le terme « libellule » englobe ici ce que nous appelons dans le jargon commun « libellules » (Anisoptères), mais aussi « demoiselles » (Zygoptères). Ce sont donc tous les groupes taxonomiques d’odonates qui sont visés. « Naïade » désigne la nymphe de la libellule; il constitue le stade de développement juvénile de la bête. En anglais, on tend à utiliser le mot « larva » (larve) – terme que vous allez sans doute voir dans quelques-unes de mes plus anciennes chroniques. À ma défense, je n’avais pas accès à de la documentation francophone comme il y en a maintenant au moment où j’ai effectué mes études et j’ai par conséquent pris de mauvais plis! Pour être plus précis, « Larve » s’emploie habituellement pour les insectes qui subissent une métamorphose complexe, comme le papillon, par exemple, dont la chenille se transforme en pupe (chrysalide) avant de devenir l’adulte ailé bien connu. Cela n’est pas le cas des odonates. Ainsi, lorsque l’on parle de libellules en devenir, le bon usage serait nymphe ou, encore mieux, naïade. Pour terminer, le terme « exuvie » réfère à la mue que laisse derrière la naïade lorsqu’elle émerge pour se métamorphoser en adulte. Voilà! Votre petit cours de français est terminé!

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Quelques exuvies collectées cet été
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Même cette exuvie plutôt mal en point fut identifiable!

Revenons à la clé de Hutchinson et Ménard (2016). Celle-ci a l’avantage d’être accessible aux néophytes qui désirent se lancer dans l’identification. En effet, elle est bien illustrée et les descriptions sont relativement simples (il faut toutefois prendre soin de lire les premières pages du livre pour bien se familiariser avec les termes anatomiques). De plus, divers trucs et astuces sont fournis au début du guide au sujet de la collecte et de la préservation des spécimens.

Je me suis amusée à comparer les instructions de la clé avec mon guide favori d’identification depuis mes études, soit Merritt et Cummins (1996), Aquatic insects of North America. Je me sens personnellement à l’aise avec les deux clés, bien que l’ouvrage de Merritt et Cummins soit en anglais et comporte de nombreux ordres d’insectes. C’est une plus grosse clé qui est, proportionnellement, plus dispendieuse. Par conséquent, elle peut s’avérer moins attrayante pour les débutants ou encore pour ceux qui ne s’intéressent qu’aux libellules.

De même, la clé de Hutchinson et Ménard permet l’identification des exuvies. Le livre de Merritt et Cummins se consacre aux naïades matures et nous conduit parfois à devoir examiner des critères qui sont peu visibles, voire figés sur une exuvie. En simplifiant certains critères à examiner, Hutchinson et Ménard nous permettent d’identifier plus aisément les exuvies. C’est ce que je pus noter en tentant d’identifier une exuvie mal en point dont je n’étais pas parvenue à déterminer le genre à l’aide de mes outils habituels. Ce fut nettement plus facile avec notre nouvelle clé québécoise!

Finalement, je me suis bien amusée à amorcer l’identification de naïades qui me furent données par des collègues de bureau, ainsi que d’un amas d’exuvies que j’ai collectées moi-même tout au long de l’été. Fait intéressant, la collecte d’exuvies constitue une méthode non destructive permettant d’apprendre sur le comportement et la distribution des espèces, puisqu’on ne collecte que des mues que les insectes ont laissées derrière eux. Si le sujet vous intéresse, je vous invite à vous procurer ce sympathique guide disponible sur le site d’Entomofaune Québec. Amusez-vous bien à identifier vos spécimens!

 

Pour en savoir plus

  • Hutchinson, R. et B. Ménard. 2016. Naïades et exuvies des libellules du Québec: clé de détermination des genres. 71 pages.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.

Le gomphe-cobra : loin d’être une vipère!

Gomphe-cobra 1
Femelle gomphe-cobra
Gomphidae
Naïade de gomphe observée lors des émergences (possiblement un gomphe-cobra, mais non confirmé)

Au mois de juin 2013, lors d’une de mes marches routinières à la plage Jacques-Cartier, sur le bord du fleuve Saint-Laurent à Québec, je remarquai une émergence massive d’une jolie libellule de la famille des Gomphidae : le gomphe-cobra (Gomphus vastus). Il y avait tellement d’individus que bon nombre d’entre eux s’étaient retrouvés écrasés dans le sentier pédestre bordant le fleuve, d’où ils émergeaient. Depuis, je remarque annuellement l’émergence de cette espèce au même endroit.

La date à laquelle les naïades (stade larvaire) de gomphes-cobras se transforment en adultes est très similaire d’une année à l’autre : entre le 13 et le 19 juin pour mes quatre années d’observation (2013 à 2016). D’ailleurs, pendant cette période, j’observe non seulement des adultes, mais aussi des naïades se promenant à marée basse, ainsi qu’une très grande abondance d’exosquelettes demeurés accrochés aux murets artificiels et aux rochers longeant la plage.

Il faut dire que les libellules subissent une métamorphose dite simple où l’adulte s’extirpe de sa carcasse de naïade – l’exosquelette ou l’exuvie – sans passer par le stade de pupe, contrairement par exemple à la chenille qui forme une chrysalide avant de devenir un papillon. En observant attentivement les exuvies que les libellules laissent derrière elles lors d’une émergence importante, on peut dénicher quelques cas où la métamorphose s’est arrêtée subitement, l’adulte semblant s’être figé dans le temps, telle une statue, alors qu’il émergeait (voir mes photos plus bas). On peut observer également plusieurs individus mal formés. C’est ainsi que je gonflai ma collection d’insectes, étant donné que je ne préserve que des individus que je trouve déjà morts : à chaque émergence annuelle, je croise plusieurs individus déformés qui n’ont pas survécu. Visiblement, la métamorphose demande beaucoup d’énergie et peut mal tourner. Un coup de vent, une grosse vague au mauvais moment, qui sait?

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Métamorphose interrompue – l’individu semble être mort avant la fin

Revenons à nos Gomphus vastus. Les membres de la famille Gomphidae sont faciles à distinguer des autres familles de libellules : le bout de l’abdomen des adultes est renflé. C’est d’ailleurs cet attribut qui leur a donné leur nom anglais « Clubtail », dont la traduction instantanée serait « queue en forme de club de golf »! Chez les naïades, ce sont les antennes qui permettent l’identification à la famille : le troisième segment est plus long et apparent, alors que le quatrième est à peine perceptible – un tout petit point insignifiant tout au sommet!

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Mâle gomphe-cobra; le bout de l’abdomen ressemble à un cobra, d’où son nom!
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Les antennes des naïades de Gomphidae sont distinctes (ici sur une exuvie)

Pour ce qui est des gomphes-cobras en tant que tels, le gomphe fraternel (Gomphus fraternus) présent au sud-ouest du Québec lui ressemble passablement. Il faut être attentif aux motifs jaunes vers la fin de l’abdomen : le gomphe fraternel possède une tache jaune triangulaire sur le dessus du 8e segment (cette photo), alors que celui du gomphe-cobra est majoritairement noir. De même, le gomphe fraternel présente plus de jaune sur les côtés de ce segment, alors que cela se résume à une tache plus petite chez le gomphe-cobra.

Comme toutes les libellules, notre insecte de la semaine est un prédateur par excellence et il ne fait pas la fine bouche. Son menu comprend tout invertébré qui est de taille à être maîtrisé. Cela inclut les mouches piqueuses qui sont considérées comme étant indésirables : maringouins (Culicidae), mouches noires (Simuliidae), mouches à chevreuil ou à cheval (Tabanidae). Bref, les libellules sont nos alliées!

La naïade n’est pas en reste et se nourrit d’invertébrés de toutes tailles. Elle peut aussi s’attaquer à des petits poissons et têtards si le besoin se fait sentir. On retrouve cette espèce d’odonate dans les cours d’eau à substrat sablonneux ou graveleux où le courant s’avère faible à modéré. Elle s’observe également dans les lacs bordés de roches, selon Paulson (2011). Hutchinson et al. (2014), quant à eux, précisent que cette espèce est surtout rencontrée dans les grandes rivières. Pour ma part, c’est en bordure du fleuve Saint-Laurent à la hauteur de la ville de Québec que j’effectue mes observations chaque année – donc une grande rivière en effet! Le secteur où elles semblent être présentes en grand nombre est composé de sédiments mous probablement entraînés en large partie par la rivière du Cap-Rouge. Ce secteur est également caractérisé par des dépôts de galets et de blocs par endroits.

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C’est l’heure de la collation!

L’adulte émergé demeure à proximité du milieu aquatique où il a évolué. Les mâles vont souvent se percher dans les buissons et les arbres le long du littoral, ou encore sur les roches exposées dans les rivières à substrat plus grossier. Comme je l’ai mentionné plus tôt, nombreux d’entre eux s’observent le long du sentier pédestre qui borde le fleuve. Malheureusement, plusieurs individus s’aventurent trop près des piétons; il s’agit probablement d’adultes fraîchement émergés qui rampent encore au sol.

La copulation, quant à elle, a lieu dans la végétation, habituellement à hauteur de tête ou plus haut encore. Une fois fécondée, la femelle survole les milieux aquatiques environnants et y dépose ses œufs en tapant la surface de l’eau du bout de son abdomen.

Mon expérience des dernières années m’a permis de constater que cette espèce d’anisoptère se laisse approcher assez facilement. Si vous souhaitez l’observer ou encore la photographier, vous pouvez faire une incursion sur le bord du fleuve à Québec à compter de la mi-juin. G. vastus semble très ponctuel! J’ai pu, pour ma part, manipuler et photographier de nombreux individus depuis ma première observation en 2013. Il faut dire que, malgré leur nom, ces libellules ne se défilent pas comme un serpent!

 

Galerie photo et vidéo 

Vidéo 1. Naïade de gomphe observée à marée basse : ce pourrait être un gomphe-cobra, puisqu’elle fut observée en période d’émergence de cette espèce, mais je ne suis pas en mesure de confirmer cette affirmation hors de tout doute.

Gomphe-Cobra Métamorphose ratée 1
La métamorphose ne se passe pas toujours comme prévu
Gomphe-Cobra exosquelettes
Lors de l’émergence des gomphes-cobras, beaucoup d’exuvies sont visibles le long de la plage Jacques-Cartier
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Mâle vu de dos

Pour en savoir plus

 

Un tout petit éphémère

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Aviez-vous compté 4 Caenidae sur la photographie de la semaine dernière?
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Naïade de Caenidae dans ma main (pour une idée de sa taille)
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Même à l’œil nu, on peut deviner les deux grandes branchies qui couvrent plusieurs segments de l’abdomen

Sur la photographie de la semaine dernière se cachaient plusieurs individus du même groupe d’insectes aquatiques. Aviez-vous bien compté quatre éphémères?

Il s’agissait plus particulièrement de naïades (stade larvaire) de Caenidae, des éphémères qui ont une affinité pour les milieux sableux ou argileux, comme en témoigne la photo. En effet, selon Voshell (2002), on retrouve majoritairement ces insectes dans les sections des cours d’eau et des lacs où la matière organique tend à se déposer. Il n’est donc pas surprenant que j’aie observé plusieurs de ces invertébrés aquatiques dans le sable humide lors de marées basses aux abords du fleuve Saint-Laurent.

Ces naïades sont catégorisées comme étant des ramasseurs-collecteurs et des brouteurs. Cela sied bien au type de milieu qu’elles habitent : à leur menu figurent plantes en décomposition, algues et, à l’occasion, des animaux en décomposition. Elles s’affairent donc à collecter des particules de ces différents aliments qui se sont déposés ou encore à râper les algues poussant sur le substrat dans le fond du plan d’eau où elles vivent.

Voshell (2002) indique que les Caenidae constituent l’un des groupes d’éphémères les plus abondants des lacs et des étangs d’Amérique du Nord. Ils jouent sans aucun doute un rôle fort important dans les chaînes alimentaires de ces écosystèmes, nourrissant entre autres invertébrés prédateurs et poissons. C’est leur toute petite taille qui ferait en sorte qu’on tend à les rater! Ces éphémères sont effectivement petits si on les compare à d’autres familles : les individus matures font seulement entre 2 et 8 millimètres de long (sans les antennes et les « queues »).

Outre leur petite taille, ils possèdent une caractéristique-clé qui permet de les identifier rapidement. La face dorsale de leur abdomen est recouverte par deux grandes branchies qui sont de forme presque rectangulaire et qui se chevauchent légèrement (voir les photographies sur ce site). Chez les plus gros spécimens, ces branchies sont visibles à l’œil nu si l’on prend le temps de les observer attentivement. Ces deux branchies servent à protéger quatre plus petites paires de branchies situées sur les segments 3 à 6 de l’abdomen.

Les naïades d’éphémères servent souvent d’indicateurs de la santé des milieux aquatiques. Voshell (2002) précise cependant que ce n’est pas le cas des Caenidae. Ces derniers tolèrent des conditions caractéristiques de milieux plus dégradés : faibles concentrations en oxygène, sédimentation et fortes concentrations en nutriments. D’ailleurs, les Caenidae, accompagnés des Siphlonuridae, possèdent la plus haute cote de tolérance chez les éphémères, soit 7 sur 10 (voir dans Hauer et Lamberti 2007) – 10 représentant un organisme très tolérant à la pollution. Chez les autres familles d’éphémères, les cotes varient entre 1 et 4 seulement.

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Deux habitats contrastants où j’ai collecté plusieurs naïades de Caenidae : la basse Yamaska (gauche) et la haute du Loup (droite)

Pour les fins de la présente chronique, je me suis amusée à examiner où j’avais trouvé des spécimens de cette famille lors de mes études doctorales. Mon constat fut que ces petits éphémères sont effectivement ubiquistes. J’en ai collecté tant dans des sites de référence peu touchés par les activités humaines (par exemple, dans les sections boisées des hautes rivières L’Assomption, du Loup ou Etchemin), que dans des sites dégradés (notamment dans les tronçons aval des rivières Chaudières, L’Assomption, Nicolet et Yasmaka).

Les adultes, comme leurs rejetons, sont plutôt faciles à reconnaître. Je dois avouer toutefois avoir éprouvé quelques difficultés à trouver des exemples d’adultes de différentes familles d’éphémères dans la documentation que j’utilise habituellement : bien que les éphémères constituent des organismes très importants dans les études des milieux aquatiques, ils ne semblent pas être des insectes aussi étudiés dans les milieux terrestres. Ainsi, mes guides illustrés ne représentaient que quelques familles (généralement 1 à 3!) d’éphémères, alors qu’on en retrouve plus d’une vingtaine en Amérique du Nord. J’ai heureusement pu me retrancher sur la section « insectes adultes » du guide « Aquatic insects of North America » de Merritt et Cummins (1996), qui nécessitait cependant un examen plus approfondi des caractéristiques détaillées (comme les nervures sur les ailes).

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Les Caenidae adultes sont eux aussi distincts
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De nombreux adultes se sont retrouvés prisonniers d’un filet lors d’une activité entomologique nocturne

En bref, nos Caenidae adultes sont, eux aussi, tout petits. Les photographies que j’ai trouvées sur Internet suggèrent qu’ils tendent à maintenir fréquemment leurs ailes sur le plan horizontal – ce que j’avais également noté pour les spécimens observés ici à Québec. De plus, leurs ailes sont simples, contrairement à d’autres familles d’éphémères pour lesquelles l’on peut compter deux paires d’ailes plutôt qu’une (quoique la seconde paire puisse être passablement réduite). Finalement, leur thorax est habituellement brunâtre. Bien sûr, un examen des nervures sur les ailes permet de confirmer hors de tout doute l’identité des insectes observés, mais les éléments d’identification ci-dessus vous mettront sur la bonne piste!

J’eus la chance de photographier et de filmer plusieurs individus qui nous assaillirent en grand nombre lors d’une ballade au bord du fleuve Saint-Laurent, à Québec, à la fin du mois de juin 2011. Aussitôt accrochés à nos vêtements, les éphémères avaient vite fait de muer! En fait, il s’agissait vraisemblablement de subimagos, soit des « préadultes » qui émergent de l’eau pour aussitôt trouver un support et effectuer la mue qui en fera finalement des adultes prêts à se reproduire. Je pus d’ailleurs capturer quelques mues en vidéo, dont une que vous pourrez visionner à la fin de la présente chronique.

De même, lors d’une activité entomologique au mois de juin 2015 aux abords du lac Saint-Augustin, j’eus aussi l’occasion de voir bon nombre d’individus en émergence. Ces derniers se retrouvaient pris par dizaines dans un des filets de chasse nocturne. Une araignée – probablement de la famille Clubionidae – s’affairait à en croquer le plus grand nombre possible, comme si elle était invitée à un buffet ouvert!

En outre, il semble que ces tout petits éphémères ne jouent pas seulement un rôle important dans les écosystèmes aquatiques, mais qu’ils soutiennent également les chaînes alimentaires terrestres. Ce sera un plaisir de les observer à nouveau – dans l’eau ou dans les airs – lors du retour de la saison chaude!

Vidéo 1. Naïade de Caenidae se déplaçant dans le sable à marée basse. Utiliser le mode « haute définition » pour une meilleure qualité d’image.


 

Vidéo 2. Caenidae adulte qui mue instantanément sur l’épaule de mon conjoint. Utiliser le mode « haute définition » pour une meilleure qualité d’image.

 

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