Roulement de tambour!
Voici venu le moment de dévoiler la photographie gagnante du 14e concours amical de photographie d’invertébrés du Québec!
Cette année, 29 magnifiques clichés étaient en lice. Vous avez eu l’occasion d’admirer toutes sortes de petites bêtes, des papillons aux coléoptères, en passant par quelques insectes aquatiques. Et c’est une élégante demoiselle – à demi embusquée – qui a conquis vos cœurs et obtenu le plus de votes!
La photographie gagnante est celle d’une demoiselle à taches apicales (Calopteryx aequabilis), immortalisée par Raphaël Pratte au parc de la Gatineau. Toutes mes félicitations, Raphaël!
Un immense merci également à tous les participants qui nous ont fait découvrir d’intrigants et beaux invertébrés, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont pris le temps de voter.
En particulier, j’offre une mention honorable pour la photographie d’un sphex à tache orangée (A. procera) par Antoine Lantin, qui s’est hissée sur la seconde marche du podium. La composition de la photo était splendide!
Chose promise, chose due : attardons-nous maintenant à l’insecte vedette!
Démasquée par la lumière!
Raphaël avait intitulé l’envoi de sa photo ainsi : « Démasquée par la lumière »!
Bien qu’une bonne partie de l’insecte soit cachée sur le cliché de Raphaël, on devine en effet une délicate libellule colorée.
La demoiselle à taches apicales (aussi retrouvée dans certains ouvrages sous le nom de caloptéryx tacheté) a en effet de quoi attirer le regard. Son corps possède des reflets métalliques verdâtres et ses ailes ont les extrémités foncées – une des sources consultées mentionne qu’on dirait qu’elles ont été trempées dans l’encre noire.
Elle appartient aux caloptérygidés, une famille de demoiselles (sous-ordre des zygoptères) composée de plusieurs individus arborant des reflets métalliques. J’avais déjà écrit sur l’une des espèces couramment rencontrées au Québec : la demoiselle bistrée (Calopteryx maculata).
D’une longueur d’environ cinq centimètres, la demoiselle à taches apicales compte parmi les plus grandes demoiselles que l’on peut observer au Québec.
Il y a une différence de coloration entre le mâle et la femelle. Le mâle a un corps vert métallique éclatant, parfois d’apparence bleutée, et le bout de ses ailes est noir. La femelle, quant à elle, est généralement plus bronzée. Ses ailes sont ombrées et ponctuées de petites taches blanches situées près des extrémités. Leurs extrémités peuvent également être plus foncées, comme chez le mâle, mais le contraste est moins saisissant.
On rencontre cette charmante libellule principalement le long des rivières et des ruisseaux à courant lent à modéré. Les mâles y défendent de petits territoires, notamment aux endroits propices à la ponte.
En matière de séduction, le mâle ne se contente pas d’attendre passivement la visite d’une femelle. Il lui offre une véritable parade nuptiale, avec des vols de démonstration, des battements d’ailes et des soulèvements d’abdomen qui mettent en valeur ses couleurs. Voilà un prétendant qui sait se faire remarquer!
La femelle n’est pas en reste côté prouesses. Pour pondre ses œufs dans les tissus de végétaux aquatiques, elle peut s’immerger complètement et demeurer sous l’eau pendant cinquante minutes! C’est plutôt étonnant à voir, mais j’avais déjà observé une autre espèce de demoiselle en faire autant – vidéo à l’appui dans cette chronique sur la ponte des libellules. Elle réussit cette prouesse en s’entourant d’une fine couche d’air, qu’elle traîne avec elle sous l’eau, comme une bonbonne d’oxygène. Le mâle, lui, l’attend patiemment à la surface.
Une fois écloses, les naïades (stade juvénile) se mettent à chasser d’autres petits invertébrés aquatiques. Elles constituent de redoutables prédatrices aquatiques! Elles ont une forme allongée de telle sorte qu’elles font penser à des phasmes. Cela leur a d’ailleurs valu le nom de naïades phasmes!
Les naïades passeront au moins deux ans sous l’eau. La vie adulte, elle, ne durera pas plus de 28 jours. C’est donc dire que la vie de notre insecte vedette aura été bien plus aquatique qu’aérienne! Quelle chance – j’adore l’eau, moi aussi!
La prochaine fois que vous longerez un cours d’eau, ouvrez donc l’œil : une petite silhouette aux éclats métalliques et aux ailes sombres papillonnantes pourrait bien se poser à proximité! Merci à Raphaël de nous l’avoir fait découvrir et bravo encore pour la victoire!
Merci également à vous tous d’avoir, une fois de plus, célébré le fascinant monde des invertébrés du Québec avec moi!
Pour en savoir plus
- BugGuide. Species Calopteryx aequabilis – River Jewelwing. https://www.bugguide.net/node/view/11672 (page consultée le 9 octobre 2026).
- Desroches J.-F. et Tanguay M. (2025). Les invertébrés du Québec et leurs noms français. En collaboration avec l’Office québécois de la langue française. Québec.
- Gouvernement du Canada. 2010. Espèces sauvages 2010 : la situation générale des espèces au Canada. Chapitre 11. https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/registre-public-especes-peril/publications/especes-sauvages-2010/chapitre-11.html (page consultée le 10 octobre 2026).
- iNaturalist. Caloptéryx à taches apicales. https://www.inaturalist.org/fr/taxa/96480-Calopteryx-aequabilis (page consultée le 10 octobre 2026)
- Normandin, E. 2020. Les insectes du Québec et autres arthropodes terrestres. 610 p.
- Paulson, D. 2011. Dragonflies and damselflies of the East. 538 p.
- Pilon, J.-G. et D. Lagacé. 1998. Les odonates du Québec. 367 p.
- Savard, M., et collab. 2022. Nomenclature française des libellules du Québec et du Canada. 40 p.

