Capsule : des insectes à la pelletée!

Dans la prochaine chronique, je vous entretiendrai d’une espèce d’insectes introduite au Québec et qui fait des ravages dans les pelouses et les arbustes.

Elle est présente en si grande quantité par endroits qu’un seul piège peut en capturer des dizaines par nuit. C’est ce que l’on peut observer sur la photographie ci-dessous.

De quelle espèce s’agit-il? Comme à l’habitude, vous êtes invités à inscrire vos réponses à cette devinette sur la page Facebook de DocBébitte. Pour ceux qui ne possèdent pas de compte Facebook, vous pouvez aussi répondre dans la section « Laisser un commentaire » à gauche de la présente chronique!

Devinette 2014-08-04
Ces insectes capturés en une seule nuit font bien des ravages (cliquer sur la photo pour l’agrandir)

Un plongeur aguerri!

Nombreuses sont les espèces d’invertébrés qui grouillent sous les roches et les sédiments des lacs et des rivières. Les adaptations qu’elles ont subies au fil de leur évolution font de plusieurs d’entre elles des maîtres plongeurs exceptionnels. Un groupe qui s’est particulièrement bien adapté à la vie sous-marine, tant au stade larvaire qu’à l’état adulte, est celui des dytiques.

Dytique adulte
Dytique adulte sous l’eau : on peut voir la bulle d’air à la base de son abdomen

Les dytiques sont des coléoptères de la famille des Dytiscidae. Les adultes ont toute l’allure d’un coléoptère terrestre : corps compact de forme ovale et carapace brunâtre formée par de solides élytres. Ils ont cependant la capacité de se déplacer sous l’eau, contrairement à plusieurs de leurs confrères qui se noient s’ils tombent à l’eau. D’ailleurs, l’origine grecque du mot Dytiscidae, dytikos, signifie « qui aime à plonger ».

Les dytiques possèdent maintes caractéristiques faisant d’eux d’excellents plongeurs. Tout d’abord, leurs pattes arrière sont bordées de longs poils. Elles servent de palmes, permettant aux dytiques de se propulser et de se mouvoir sous l’eau aisément. De plus, ils sont en mesure de capturer des bulles d’air à la base de leur abdomen, sous leurs élytres. Lorsqu’ils plongent, ils puisent leur oxygène dans cette bulle, qui se remplit progressivement de dioxyde de carbone. À un certain moment, ils doivent remonter à la surface afin de régénérer leurs réserves d’air. Bref, à l’instar d’un plongeur, les dytiques adultes traînent avec eux leur « bonbonne » d’oxygène lorsqu’ils plongent sous l’eau!

J’ai observé des dytiques adultes à de multiples reprises dans ma piscine, ainsi que dans mon étang à poissons. Je m’étais d’ailleurs retrouvée à deux reprises avec un écosystème complet incluant des larves et des adultes dytiques dans ma piscine (j’en parle dans cette chronique).

Dytique adulte 2_2013
Dytique adulte sur ma main

Au printemps dernier, alors que je nettoyais mon étang, j’ai eu le loisir de manipuler un dytique adulte. J’en avais déjà attrapé plusieurs mains nues, dans le passé, qui ne s’étaient pas laissés manipuler très longtemps. En outre, je peux vous dire que ceux-ci n’ont définitivement pas perdu leur capacité de mordre! Je me suis fait mordre à plusieurs reprises : cela est plutôt saisissant, mais sans conséquences! Bref, revenons à mon dytique du printemps 2013. Celui-ci me permit de l’observer allègrement – sans me mordre, cette fois! À un moment donné, il se mit littéralement à vibrer sur ma main, tel un moteur. Cela dura quelques minutes – assez longtemps pour que je me demande ce qu’il mijotait. C’est ensuite qu’il prit son envol! Je compris qu’il s’était probablement échauffé les ailes et le corps – qui étaient mouillés quelques instants auparavant. Une de mes sources suggère que les dytiques ne seraient pas capables de prendre leur envol immédiatement après être sortis de l’eau, notamment parce que le mode de respiration « aquatique » du dytique viendrait affecter certains organes utilisés au moment du vol. Un temps d’adaptation serait conséquemment nécessaire pour passer du milieu aquatique au milieu terrestre. Intrigant, n’est-ce pas?

Dytique adulte_2013
Dytique adulte sous l’eau

C’est cette capacité de voler qui permet aux dytiques de se déplacer d’un site à l’autre et de répandre leurs œufs. Les dytiques peuvent donc coloniser rapidement toutes sortes de milieux aquatiques – même de petits étangs ou des piscines fermées! En effet, alors que les adultes peuvent voler, les larves, elles, sont entièrement confinées aux milieux aquatiques où elles sont nées.

Les larves de dytiques ont une allure particulière et facilement reconnaissable. Tout d’abord, elles sont munies d’une grosse tête – par rapport au reste du corps – surmontée de larges mandibules recourbées. Elles possèdent de longues pattes, adaptées pour la nage. Aussi, leur abdomen se termine de façon très pointue. De plus, beaucoup d’espèces possèdent deux filaments en forme de V au bout de leur abdomen. Ces deux filaments sont, en fait, des spiracles et servent à la respiration des individus. À cet égard, les larves de nombreuses espèces se tiennent la tête en bas, la pointe de leur abdomen frisant la surface de l’eau. C’est ainsi qu’elles respirent, en puisant l’oxygène à l’endroit où il est le plus abondant : à l’interface où l’air et l’eau se touchent.

Dytique et chironome 2
Larves de dytiques – une d’entre elles savoure une larve de chironome
Dytique et chironome
Larve de dytique et chironome partiellement digéré

Leurs larges mandibules servent à saisir des proies (voir cette photo). Effectivement, les larves de dytiques sont prédatrices. D’ailleurs, leur nom commun anglais est « water tigers » (tigres d’eau).  Lorsqu’elles attrapent une proie, elles lui injectent des enzymes digestifs qui liquéfient ses tissus internes. Il leur suffit ensuite d’aspirer les fluides, laissant derrière elles une coquille vide.

Les adultes constituent, eux aussi, de voraces prédateurs. Autant les adultes que les larves peuvent s’attaquer à une myriade de proies : vers, sangsues, crustacés, larves d’autres insectes aquatiques (petits et gros), têtards, salamandres et petits poissons. Aucune proie ne leur résiste si elle est de taille à être maîtrisée! Les adultes sont également des charognards et peuvent se délecter de carcasses de poissons morts ou d’autres animaux.

En somme, les dytiques sont passés maîtres dans l’art de plonger et de se mouvoir sous l’eau. Comme ils sont prédateurs d’autres insectes – incluant les larves de maringouins et de mouches susceptibles de nous piquer (lire cette précédente chronique) – ils s’avèrent des insectes bénéfiques. Ils sont également très communs et vous pouvez les manipuler sans danger – quoiqu’ils tendent à mordre à l’occasion!

Je termine cette chronique par une courte vidéo du dytique que j’ai observé et manipulé au printemps dernier. Vous pourrez voir comment il se déplace sous l’eau et à quel point il est un plongeur aguerri!

 

 

Pour en savoir plus

  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Merritt, R.W. et K.W. 1996. Cummins. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Thorp, J.H. et A.P. Covich. 2001. Ecology and classification of North American freshwater invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Wikipédia. Dytique. http://fr.wikipedia.org/wiki/Dytique

 

Oh, carabes! Comme vous avez de grandes dents!

La capsule de la semaine du 18 novembre présentait un insecte doté de fort larges mandibules. Aviez-vous deviné qu’il s’agissait d’une sorte de coléoptère?

Plus particulièrement, notre individu est un carabe bronzé et il fait partie de la famille des carabidés (sous-famille: carabinae). Comme le suggère la taille de ses mandibules, il s’agit d’un féroce prédateur. Il est d’ailleurs apparenté à un autre groupe de coléoptères aussi connu pour sa voracité : les cicindèles (voir cette précédente chronique).

Microscope - 18Nov
« Qui suis-je » de la semaine dernière! Il s’agit d’un carabe bronzé.

Cette sorte de carabe chasse habituellement au sol. Plusieurs des sources que j’ai consultées indiquent qu’il est surtout nocturne, bien que cette page française mentionne que certaines populations puissent également être diurnes. Bref, il n’en demeure pas moins qu’il lui arrive, au moins à l’occasion si ce n’est pas plus souvent, de sortir de sa cachette pendant le jour, ce qui nous permet de l’observer et d’apprécier sa taille. C’est d’ailleurs de cette façon que mes parents ont pu prendre deux superbes individus en photo (qui accompagnent la présente chronique!). Pour ma part, je n’ai pu observer que des individus qui s’étaient noyés dans ma piscine. C’est ainsi que j’ai mis la main sur le spécimen examiné de plus près sous la loupe de mon microscope!

Les carabes sont des « chasseurs actifs ». Ils tendent à se déplacer constamment à la recherche de proies, faisant en sorte qu’ils se retrouvent fréquemment dans des conteneurs expédiés vers d’autres pays. Ainsi, plusieurs espèces de carabes ont été introduites dans divers endroits du monde. C’est le cas du carabe bronzé, qui est indigène à l’Europe, mais qui constitue une espèce introduite en Amérique du Nord.

Carabe bronzé 1
Carabe bronzé

Les carabes se délectent de nombreux invertébrés retrouvés dans les plates-bandes. Ils ont d’ailleurs une préférence pour les invertébrés à corps mou tels que les chenilles et les limaces. Il s’agit donc, de toute évidence, d’un puissant allié du jardinier!

À cet effet, ils sont utilisés comme indicateurs de l’état de la biodiversité en milieu agricole. En effet, comme ils se nourrissent d’autres invertébrés, il est possible qu’ils accumulent les contaminants utilisés dans les champs de culture dite conventionnelle. Certaines espèces de carabes retrouvées en France, par exemple, sont plus souvent recensées dans les zones d’agriculture biologique que dans celles où l’agriculture intensive est pratiquée.

Carabe bronzé 2
On voit d’où le carabe bronzé tire son nom! Voyez les jolies couleurs miroiter!

Je termine avec une question qui vous brûle sans doute les lèvres: est-ce que les carabes sont susceptibles de mordre les humains avec ces larges mandibules? Cela est fort possible, quoique je n’aie jamais eu l’occasion de le tester! Si cette possibilité vous inquiète, rappelez-vous que les insectes préféreront habituellement fuir s’ils en ont la chance! En cas de doute, abstenez-vous de les manipuler à mains nues… et évitez de faire comme dans cette vidéo que j’ai trouvée sur YouTube!!!

 

Pour en savoir plus

Dans l’œil de mon microscope : 5) Comme vous avez de grandes dents!

L’insecte-mystère de cette semaine a de très, très grandes mandibules. S’en sert-il pour mordre les doigts trop inquisiteurs? S’agit-il, à l’instar du loup dans le petit chaperon rouge, d’un redoutable prédateur?

La réponse, dans une prochaine chronique!

Vous voulez tenter de deviner de quel insecte il s’agit? Joignez-vous à la page Facebook de Docbébitte: https://www.facebook.com/Docbebitte

Microscope - 18Nov
Saurez vous deviner à quel grand groupe appartient cet insecte?

Et la lumière fût! L’histoire d’une mouche qui n’en est pas une!

Les mouches à feu font partie des insectes dont on nous parle dès notre plus tendre enfance. On en retrouve dans les livres et les dessins animés. Elles sont souvent représentées par un genre de mouche, dont la base de l’abdomen est d’un brillant jaune vif. Tapez « firefly cartoon » sur google et vous verrez une myriade d’exemples de ce type.

Lampyridae 1
Lampyride à bordure orange (Ellychnia corrusca)

Or, les mouches à feu ne sont pas des mouches (ordre des diptères). Ce sont des coléoptères, de la famille des Lampyridae. De plus, elles portent habituellement des couleurs un peu plus sombres, quoique la base de l’abdomen de certaines espèces soit tout de même jaunâtre.

Autre fait étonnant : ce ne sont pas toutes les espèces de lampyrides (certains écrivent aussi « lampyres ») ou de lucioles qui produisent de la lumière! Du moins, pas chez les adultes. Une espèce très commune – Ellychnia corrusca ou lampyride à bordure orange – est en fait diurne et ne produit pas de lumière. Elle est si commune que vous en avez probablement déjà vu voleter autour de vous, et même se poser sur vous, lors de belles journées printanières ou estivales.

Lampyridae 2
Lampyride à bordure orange

Les lampyrides sont des prédateurs, et ce, tant sous forme adulte que sous forme larvaire (quoique qu’il semblerait que certains adultes ne se nourrissent pas, ou se nourrissent d’autres types d’aliments; la littérature que j’ai consultée n’est pas unanime à ce sujet). On retrouve d’ailleurs fréquemment les larves dans le compost, où elles se nourrissent d’autres petits organismes.

Les larves ont une allure très particulière. On dirait des dragons miniatures, tout droit sortis d’un livre de science fiction! Alors que leur « carapace » est brunâtre, leur abdomen présente une coloration jaunâtre qui trahie le fait qu’elles sont fluorescentes lorsqu’il fait noir. De fait, on peut voir ces couleurs, ainsi que l’allure générale de la larve, sur la vidéo que j’ai insérée à la toute fin de la chronique.

Aussi, les femelles appartenant à certaines espèces ont perdu la capacité de voler avec le temps. Elles ont perdu leurs ailes et sont, par conséquent, souvent confondues avec les larves. Toutefois, contrairement à ces dernières, la tête et les yeux des femelles sont bien visibles (voir cette photo en exemple). Comme elles ont préservé la capacité d’émettre de la lumière, on les qualifie souvent de « vers luisants », terme qui fait également référence aux femelles d’un groupe apparenté, de la famille des Phengodidae (à ne pas confondre avec les lucioles ou les lampyrides proprement dites).

Bien que ce ne soient pas toutes les espèces qui, une fois adultes, produisent de la lumière le soir venu, les larves, elles, sont toujours fluorescentes. Les œufs de certaines espèces sont également lumineux. Dans ces cas, l’objectif premier serait d’indiquer aux prédateurs que les œufs et larves ne sont pas comestibles, soit parce qu’ils goûtent mauvais, soit parce qu’ils sont carrément toxiques.

Larve lampyridae 2
Larve de lampyride

La production de lumière chez les adultes, quant à elle, a un autre but : attirer un compagnon ou une compagne! Les différentes espèces de lucioles ont un signal différent, question d’éviter d’attirer le mauvais partenaire. Ainsi, chacune des quelques 2 000 espèces de mouches à feu aurait un « code Morse » qui lui est propre. Or, il semblerait que les femelles appartenant à certaines espèces plus grosses aient appris à trafiquer leur signal afin d’attirer des mâles de plus petites espèces pour… les manger!

Cela dit, comment ces insectes produisent-ils de la lumière? Le processus mis en cause s’appelle la bioluminescence. Il s’agit d’une réaction chimique, impliquant différents types d’enzymes, qui se produit dans l’abdomen des lucioles. Fait intéressant, il semblerait que l’exosquelette (coquille externe de l’insecte) au niveau de l’abdomen de certaines lucioles soit configuré de sorte à diffuser davantage la lumière. Le procédé de production lumineuse de ces dernières est si efficace que même les scientifiques s’en inspirent pour améliorer la luminosité des DEL et diminuer les coûts énergétiques (voir cet article qui en parle en détail). Quelle brillante idée!

 

Ci-dessous, une vidéo mettant en vedette une larve de lampyride.

 

Pour en savoir plus