Un tigre parmi les insectes!

Je vous écris aujourd’hui au sujet d’un insecte que j’affectionne tout particulièrement. Il s’agit de la cicindèle à six points (cicindela sexguttata), surnommée en anglais le six-spotted tiger beetle.

Comme son nom anglais « tiger » le suggère, il s’agit d’un prédateur hors pair. En fait, la cicindèle à six points, un coléoptère, fait partie du sous ordre Adephaga dont la racine grecque adephagos signifie « vorace ».

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Cicindèle à six points (cicindela sexguttata)

Il s’agit de l’espèce de cicindèle la plus commune en Amérique du Nord. Au Québec, on retrouve un total de treize espèces de cicindèles (ce site montre de jolies photos d’autres espèces). La cicindèle à six points est facile à distinguer, dû à sa belle coloration vert-métallique et aux six points blanchâtres qui ponctuent ses élytres (les élytres sont les ailes durcies des coléoptères qui recouvrent les vraies ailes, plus tendres; c’est en quelque sorte leur carapace). Il faut cependant faire attention lors de l’identification, car il arrive parfois que les cicindèles à six points arborent 0, 2 ou 4 points!

Les cicindèles adultes chassent au sol. Elles attendent, immobiles, qu’un insecte se pointe. Une fois l’insecte localisé, elles le prennent en chasse. Elles se déplacent très rapidement. J’avais déjà tenté d’en photographier dans le passé, mais en vain. Dès que je m’approchais, elles disparaissaient! Il fallu que j’attende d’en sauver une en détresse, dans ma piscine, afin de pouvoir l’approcher. C’est cette dernière qui figure sur les photos et la vidéo qui accompagnent la présente chronique. J’en avais déjà manipulé une autre, dans le passé, qui avait failli me mordre : je l’avais laissée tomber au sol comme je la voyais ouvrir les mandibules et enligner mon doigt! Bien qu’elles préfèrent nettement nous éviter, elles sont dotées de larges mandibules dont elles pourraient fort bien se servir contre nous si nous les manipulons contre leur gré!

Fort heureusement, ce sont plutôt d’autres invertébrés qui mettent les mandibules des cicindèles à l’ouvrage!

Les larves de cicindèles sont, tout comme les adultes, de voraces prédateurs. Je n’en ai jamais vu, mais leur façon d’embusquer des proies est étonnante! En fait, les larves vivent enfouies sous terre, dans un long trou vertical. Seule leur tête frôle la surface. Les mandibules étant égales au sol, elles passent inaperçues… jusqu’à ce qu’un pauvre insecte passe trop près. Elles déploient alors leurs mandibules à la vitesse de l’éclair et, si elles sont chanceuses, se rétractent dans leur trou avec un bon dîner en bouche!

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Les cicindèles sont munies de larges mandibules, comme le témoigne cette photo

Les larves broient leurs proies à l’aide de leurs mandibules. Elles liquéfient les tissus de ces dernières à l’aide de fluide digestif qu’elles régurgitent. Un des livres que j’ai utilisé comme source d’information pour écrire la présente chronique décrit en détail la façon de manger des larves et des adultes cicindèles. Comme le tout est très explicite – et savoureux!!! – j’ai décidé de partager ces descriptions avec vous. Je me permets une traduction libre, que voici :

« Tel un homme doté d’une forte moustache filtrant sa soupe entre les poils de sa lèvre supérieure, la larve de cicindèle consomme sa victime liquéfiée tout en filtrant les morceaux à l’aide de poils situés sur son labrum (lèvre supérieure). Les adultes liquéfient également leur nourriture, en utilisant leurs formidables mandibules pour mastiquer les proies de la même  manière que vous mangeriez une orange pulpeuse, écrasant et avalant le jus plutôt que de mastiquer et d’avaler les morceaux solides. » (Traduit et adapté de Marshall 2009)

Sur ce, je vous souhaite bon appétit, chers lecteurs!!!

 

Vidéo de la cicindèle:

 

Pour en savoir plus

 

Manger la pelouse par les racines : les fameux vers blancs

Avec la saison estivale qui est de retour, nous sommes nombreux à jouer dans la terre, creusant par-ci, creusant par-là, afin de se concocter un magnifique potager ou encore de jolies plates-bandes fleuries.

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Larve de hanneton (surnommé « ver blanc »)

C’est en creusant ces trous que nous tombons souvent sur un insecte qui ne fait pas le plus grand plaisir des jardiniers : le ver blanc. Mais détrompez-vous! Il ne s’agit pas d’un ver proprement dit (qui réfère en fait à un groupe d’invertébrés qui ne possèdent pas de pattes), mais plutôt d’une larve de coléoptère, le hanneton.

Plusieurs connaissent bien l’adulte, appelé communément « barbeau ». Il s’agit d’un coléoptère de bonne taille et de couleur brune plus ou moins foncée selon l’espèce. L’adulte pond ses œufs dans la terre, au sol. Les larves vont passer une année complète dans le sol, à se nourrir notamment des racines de gazon ou de jeunes végétaux récemment plantés. Les dommages sur la pelouse peuvent être assez importants, se traduisant par des plaques jaunes de gazon qui s’arrachent facilement.

Hanneton adulte
Hanneton adulte

Bien sûr, si vous souhaitez avoir une pelouse parfaite, vous n’aimerez pas ces petits intrus! Il existe plusieurs méthodes de lutte aux vers blancs. Naturellement, je ne vous encourage absolument pas à utiliser des pesticides, puisque ceux-ci peuvent avoir des répercussions indésirables sur d’autres espèces d’invertébrés et d’animaux (incluant des oiseaux et des petits mammifères).

Un premier truc suggéré par le livre Solutions écologiques en horticulture est de garder la pelouse longue et dense afin de limiter les espaces de ponte. Ils ne disent pas comment procéder et, bien sûr, je déconseille d’utiliser des engrais pour enrichir votre pelouse. Pensez plutôt à des solutions écologiques, telles que d’acheter des mélanges de graines pour la pelouse incluant du trèfle. La couverture sera non seulement bonne, mais le trèfle survivra probablement mieux aux attaques des larves de hanneton!

Autre astuce : éteindre les lumières extérieures au moment de la ponte (en juin et juillet). Les hannetons adultes, qui sont actifs la nuit, sont attirés par ces dernières.

De plus, plusieurs prédateurs sont friands de larves de hanneton. Certains, comme les moufettes ou les ratons laveurs, font parfois davantage de dommages en creusant que les hannetons eux-mêmes. Toutefois, vous pouvez attirer des oiseaux qui feront moins de dommages, mais qui seront tout autant intéressés par cette délicieuse collation!

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Pélécinide, un parasite des larves de hanneton

Certains insectes constituent également des parasites des larves de hanneton, comme par exemple les pélécinides. Ce sont des hyménoptères (sortes de guêpes). Les femelles sont munies d’un très long abdomen dont elles se servent pour pondre leurs œufs sur les larves de hanneton enfouies dans le sol. On retrouve aussi des nématodes, qui vont s’attaquer aux larves et les éliminer. Semble-t-il qu’il est possible de s’en procurer (vendus en vrac sous forme de poudre!) dans certains centres de jardinage.

Pour terminer, le meilleur conseil que je puisse vous donner, c’est de mettre votre orgueil de côté et d’accepter d’avoir une pelouse imparfaite, mais écologique et saine!

 

Pour en savoir plus

Un charançon dans ma maison – Partie 2: Le coupable identifié!

Vous vous souvenez sans doute que je vous avais parlé, il y a de cela quelques semaines, d’un charançon que mes parents avaient trouvé dans leur maison (chronique ici) en plein mois de janvier? Il semblerait que l’individu en question n’était pas seul. Mes parents en ont effectivement retrouvé trois autres depuis.

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Charançon noir de la vigne qui s’est introduit dans la maison de mes parents
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Même individu, pris d’un autre angle

Quelle ne fut pas ma chance, lors d’une visite chez ces derniers, de tomber sur un cinquième individu moi-même! Mes parents ne parlent toutefois plus de chance, eux, puisque les bêtes en question sont accusées de dommages sur certaines de leurs plantes. Néanmoins, cela m’a permis de prendre de nouvelles photos de l’insecte et de juger de sa taille (environ un centimètre de long).

Mes parents avaient plusieurs questions pour moi. Tout d’abord, quel est le cycle de vie de ces animaux? Le fait d’en retrouver dans la maison à intervalles réguliers suggère qu’ils se seraient possiblement reproduits. Deuxièmement, les individus ont été aperçus se déplaçant à pied, mais jamais en train de voler… Celui que j’ai photographié a d’ailleurs passé beaucoup de temps à se balader sur ma main, sans jamais tenter de s’envoler. Bref, volent-ils? Troisièmement, comme je l’ai mentionné plus haut, mes parents ont observé des marques d’alimentation très distinctes sur leurs plantes. Est-ce attribuable aux charançons qu’ils ont retrouvés? Finalement, mes parents croient que les « bêtes » seraient surtout actives la nuit, puisqu’ils n’ont pas réussi à les observer sur leurs plantes en plein jour. Est-ce le cas?

Après avoir recueilli ces informations sur les habitudes présumées des envahisseurs – en plus d’avoir de nouvelles photos en main – je décidai de faire de nouvelles recherches. Celles-ci me permirent d’identifier plus précisément l’espèce en question. Il s’agirait très probablement du charançon noir de la vigne, Otiorhynchus sulcatus.

Ce sont toutes les pièces à convictions que j’ai amassées qui m’ont orientée vers ce « coupable »! Tout d’abord, il semblerait que les entailles que ces insectes produisent sur les plantes – en forme de croissant – soient caractéristiques. Ensuite, cette espèce de charançon est parthénogénique, signifiant que les femelles peuvent se reproduire sans mâles. Ceci pourrait expliquer le fait que mes parents en retrouvent régulièrement et en plein hiver… Il n’aurait suffit que de faire entrer un seul individu à l’automne pour se retrouver avec une petite famille… De plus, le charançon noir de la vigne ne vole pas et serait actif pendant la nuit, ce qui coïncide également avec nos observations.

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Dommages fort probablement attribuables aux charançons

Un grand mystère demeure : quel est le cycle de vie de cet insecte lorsqu’il se retrouve à l’intérieur pour passer l’hiver? Est-ce que l’invasion subie par mes parents est attribuable à un adulte qui s’est introduit dans la maison à l’automne et qui s’est ensuite reproduit? Est-ce que ce sont plutôt des oeufs qui ont été pondus dans quelques plantes qui ont séjourné à l’extérieur pendant l’été? Bien sûr, la principale préoccupation de mes parents est de savoir s’ils risquent éventuellement de se retrouver avec une colonie entière de charançons dans la maison. Malheureusement, tout ce que j’ai été en mesure de trouver comme information (Internet, livres) porte sur le cycle de vie de cette espèce à l’extérieur des maisons. Reste donc à mes parents d’examiner leurs plantes et de tenter de piéger les envahisseurs avant qu’ils ne fassent trop de dommages, à défaut d’en savoir plus!

Si jamais vous avez des pistes de solution – ou avez vécu un problème similaire – n’hésitez pas à m’écrire un commentaire!

Cela dit, je termine le tout avec un court film du charançon se baladant sur ma main! Notez comment il utilise ses antennes (elles bougent sans cesse) pour identifier vers où il doit aller.

Pour en savoir plus

Un charançon dans ma maison ?

Le charançon en question (Photo: Céline Benoit Anderson)
Le charançon en question (Photo: Céline Benoit Anderson)

C’est à la suite de la réception d’une photo que ma mère m’a transmise par courriel – elle souhaitait que j’identifie un insecte « étrange » dans sa maison, en plein mois de janvier – que j’ai finalement décidé d’ériger un blogue sur les invertébrés. Je prends vraiment beaucoup de plaisir à les identifier et à tenter de comprendre quelles sont leurs habitudes.

La question de ma mère était facile à répondre. Il s’agissait, en fait, d’un charançon (photo à l’appui). Les charançons sont des coléoptères, dont la plupart des espèces appartiennent à la grande famille des curculionidae. Fait intéressant (que je viens tout juste d’apprendre en faisant les recherches pour cette chronique): la famille des curculionidae est la plus grande famille d’organismes vivants, toutes catégories confondues. Il y a plus d’espèces dans cette famille qu’il y a d’espèces de vertébrés sur terre!

Ils sont faciles à reconnaître à cause de leur long « museau » (rostre). Le rostre varie en taille et en longueur selon les espèces. La localisation des antennes par rapport au rostre est aussi variable (parfois à la base, parfois tout au bout). C’est ce qui aide, notamment, à distinguer les différentes espèces et à identifier les individus.

Les charançons n’ont pas un long rostre pour rien… Ils s’en servent pour sucer la sève des plantes et le jus (ou la chair tendre) des fruits. Ils se nourrissent également de bois (sous l’écorce), de tiges, de racines, de grains, de noix et j’en passe! J’en vois souvent de tout petits, à chaque été, dans mes plants de framboises. Je les présume responsables des grains de framboise desséchés. Ce n’est pas pour rien que ce groupe d’insecte comprend plusieurs « pestes », qui ne sont pas nécessairement appréciées des agriculteurs. Néanmoins, il semblerait que la majorité des curculionidae soient inoffensifs… certains étant même utiles, puisqu’ils s’attaquent à ce que nous qualifions de « mauvaises herbes ».

Une question demeure : Qu’est-ce qu’un charançon fait dans une maison en plein hiver? Bien que je n’aie pas de réponse absolue, je présume que le charançon en question subsiste en se nourrissant d’une – ou de plusieurs – des plantes de ma mère. Une autre possibilité est qu’il se cachait dans des fruits achetés à l’épicerie et ramenés à la maison par mes parents.

 

Pour en savoir plus…

Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.

Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.

Bug Guide: http://bugguide.net/node/view/139/bgpage

Espèce de charançon du Québec vue de près: http://www.lenaturaliste.net/forum/viewtopic.php?f=42&p=53072

 

Photos d’une autre espèce de charançon (Photos par Caroline Anderson)Charançon3Charançon1b