Des maringouins géants?

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Tipule (Tipula sp.)

Vous les avez sans doute vues, lors de chaudes soirées d’été, se balader autour de vous et des lumières que vous aviez laissé allumées. Vous avez aussi sans doute cru, comme plusieurs, qu’il s’agissait de maringouins géants, prêts à vous piquer. Détrompez-vous! Il s’agit de tipules (Famille : Tipulidae), des insectes totalement inoffensifs!

Je tiens toutefois à vous rassurer : vous n’êtes pas entièrement « dans les patates »! S’il y a un air de famille entre les tipules et les maringouins, c’est que ces deux familles d’insectes appartiennent au même grand groupe : l’ordre des diptères (mouches, moustiques et compagnie!).

Comme les maringouins, plusieurs des larves de tipules naissent et grandissent sous l’eau. C’est d’ailleurs en étudiant les invertébrés aquatiques que j’ai connu cette famille d’insecte. Toutefois, contrairement à d’autres groupes d’insectes qui se développent en milieu aquatique et dont j’ai déjà parlé (plécoptères, odonates, éphémères ou mégaloptères), les larves de tipules ne possèdent pas de pattes, ni de têtes visibles (ces dernières étant rétractées) : elles ressemblent à de gros vers! Vous pouvez voir une larve de tipule sur cette photo, par exemple.

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Tipule tigrée (Nephrotoma sp.)

Les larves vivent non seulement en milieu aquatique, mais on les retrouve aussi en milieu semi-aquatique et terrestre. Elles affectionnent les endroits humides, tels les zones boueuses et la mousse aux abords des cours d’eau, les amas de feuilles mortes, ou encore les troncs morts remplis d’humidité. Elles se nourrissent d’aliments variés. Certaines décomposent la matière organique laissée au sol (feuilles, plantes et bois mort), alors que d’autres sont prédatrices d’invertébrés. Vous vous demandez sans doute comment une larve dépourvue de pattes arrive à capturer et maîtriser une proie? Eh bien, les individus du genre Hexatoma, en milieu aquatique, ont trouvé une solution : ils enflent la portion inférieure de leur corps, qui leur sert de point d’ancrage (voir ces photos). Lorsqu’ils s’élancent sur une proie, ils arrivent ainsi à la maintenir en place, dans leurs mandibules!

En me documentant pour la présente chronique, j’ai appris que certaines larves de tipules terrestres étaient des pestes en agriculture. Celles-ci s’attaquent à différentes plantes fourragères et céréales, ainsi qu’au canola, au maïs et au soja. Elles se nourrissent à la fois des racines (pendant le jour) et du feuillage (pendant la nuit), ce qui ne fait pas d’elles de bonnes amies du jardinier!

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Tipule géante (Tipula abdominalis)

Les adultes, quant à eux, sont complètement inoffensifs. Ils ne se nourrissent absolument pas de sang, même s’ils sont munis d’une sorte de rostre, ou long « museau » (quoique court comparativement aux maringouins; voir cette superbe photo). Ils l’utilisent plutôt pour siroter le nectar des fleurs. Certains sont de très grande taille, comme les tipules géantes (Tipula abdominalis; voir les photos ci-dessous, dans la présente chronique). Toutefois, certaines espèces sont plus petites, tout juste un peu plus grosses qu’un maringouin. Il n’est donc pas surprenant de les confondre avec leurs cousins quelque peu plus dérangeants!

Les tipules comprennent une espèce très particulière, dépourvue d’ailes, que l’on peut observer déambulant sur la neige lors de « chaudes » journées d’hiver (ou journées « moins froides », selon votre préférence!). En voyant les photos de cette espèce dans un de mes livres, j’ai tout de suite reconnu l’insecte qui figurait sur une photo qu’une de mes tantes m’avait transmise l’hiver dernier. Il s’agissait d’un étrange insecte se promenant sur la neige, tout au sommet du Mont Mégantic, et qui ne semblait pas muni d’ailes. Voilà, j’ai trouvé : il s’agit d’une tipule appartenant au genre Chionea! Cette photo d’un internaute vous donnera une idée de l’individu en question. Fait étonnant, le cliché a également été pris au Mont Mégantic – à croire qu’il y a toute une population de ce genre de tipule là-haut!

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Tipule géante à côté de ma main, pour apprécier sa taille!

J’espère vous avoir fait découvrir un nouveau groupe d’insectes – que vous preniez peut-être auparavant pour des maringouins géants! Ainsi, la prochaine fois que vous verrez une tipule, vous saurez qu’elle ne cherche pas à vous vider de votre sang et pourrez l’épargner!

 

Pour en savoir plus

La mouche qui veut se faire aussi menaçante que la guêpe

Et non, il ne s’agit pas d’une nouvelle fable de La Fontaine. Il s’agit plutôt d’un fascinant exemple de mimétisme.

Qu’est-ce que le mimétisme? Le petit Robert le défini comme une « propriété que possèdent certaines espèces animales, pour assurer leur protection, de se rendre semblables par l’apparence au milieu environnant, à un être de ce milieu, à un individu d’une espèce mieux protégée ou moins redoutée ». En fait, j’ajouterais que c’est une des intrigantes démonstrations de ce vers où l’évolution – et la sélection naturelle en particulier – peut nous conduire.

Je vous parle aujourd’hui du cas d’un groupe de mouches (ordre des diptères), les syrphidae. Celles-ci en sont venues à ressembler à des abeilles ou des guêpes. Pourquoi, me direz-vous? La réponse est fort simple – surtout si vous avez lu la définition de mimétisme ci-dessus! En effet, pour une mouche, ressembler à un organisme menaçant comme une abeille ou une guêpe augmente passablement ses chances de survie… et donc ses chances de passer ses gênes à de futurs rejetons! Ainsi, si l’on remonte le temps, certaines mouches ont commencé à présenter des caractéristiques physiques similaires à des abeilles ou à des guêpes. Ces mouches se faisaient moins manger que leurs consœurs, les prédateurs croyant faire face à un insecte susceptible de les piquer. C’est ainsi qu’elles eurent davantage la chance de passer leurs gênes… créant un groupe complet de mouches ressemblant de plus en plus à des abeilles ou à des guêpes.

Syrphidae
Syrphidae (Photo: Caroline Anderson)

Les syrphidae sont souvent appelées « mouches à fleur ». Nombreuses d’entre elles se délectent du nectar et du pollen des fleurs et sont d’ailleurs considérées comme étant d’importantes colonisatrices. Fait intéressant, certaines espèces se nourrissent plutôt de la substance sucrée excrétée par les pucerons. On les retrouve donc non pas sur des fleurs, mais accrochées aux feuilles, parmi des tas de pucerons!

La plupart des syrphidae sont prédatrices à l’état larvaire. Plusieurs larves se nourrissent de pucerons, ce qui fait sans doute d’elles de bonnes amies des jardiniers.

Larve syrphidae
Larve aquatique de syrphidae (Photo: Caroline Anderson).

Certaines larves de syrphidae vivent en milieu aquatique. La plus connue est sans doute le « rat-tailed maggot » (traduire asticot queue-de-rat). Son long appendice (voir photo) sert de siphon respiratoire. Cette larve a la capacité de subsister dans des milieux aquatiques très pauvres en oxygène. Elle se sert de son appendice pour aller chercher de l’air vers la surface, où l’oxygène est plus abondant.

En somme, la famille des syrphidae constitue un groupe d’insectes fort utile pour nous, les humains. Les adultes sont de bons pollinisateurs, alors que les larves peuvent contribuer à la lutte biologique aux pucerons. Leur évolution est également fort fascinante. La prochaine fois que vous croyez voir une abeille sur vos fleurs, regardez-là une deuxième fois. Il pourrait bien s’agir d’une mouche à fleur!

Pour en savoir plus: