Vous avez déjà aperçu un immense insecte aux longues pattes voleter maladroitement autour de vos plates-bandes ou de vos lumières?
« Un maringouin géant!? »
C’est une réaction que j’entends souvent…
Vous verrez ci-dessous dans ma nouvelle bande dessinée Boîte à mythes que cette bête intimidante est plutôt une tipule. Et bonne nouvelle pour les plus méfiants : elle ne cherche pas à nous vider de notre sang!
Si tipules et maringouins (moustiques) ont un air de famille, ce n’est pas un hasard. Les deux appartiennent à l’ordre des diptères, qui comprend les mouches, moustiques et compagnie. Certaines tipules atteignent toutefois des proportions plus impressionnantes que celles de nos maringouins habituels. Et c’est donc une bonne chose qu’elles ne s’attaquent pas à nous!
Les tipules : de vieilles connaissances
Ces sympathiques grandes mouches ont croisé ma route – et celle du blogue – à plusieurs reprises au fil des ans.
Vous voulez en savoir davantage à leur sujet? Lisez mes précédents billets!
Des maringouins géants? C’est justement le mythe auquel je m’étais attaquée dès 2013 : ressemblance avec les maringouins, provenance des larves – dont les milieux aquatiques que j’affectionne – et même des photos de tipules particulièrement imposantes!
Une tipule dans ma demeure… en janvier! Une tipule en plein hiver, dans la maison? Oui, ça arrive! Et l’explication se cache parfois dans un pot de fleurs ou du bois de chauffage entré à l’automne.
Je stipule que c’est une tipule! Et les larves, elles? Certaines vivent dans les cours d’eau, d’autres sur terre. Leur apparence fait difficilement deviner la grande bestiole aux longues pattes qu’elles deviendront.
Alors, la prochaine fois qu’un « maringouin géant » vous fera sursauter…
Regardez-y à deux fois avant de sortir la tapette à mouches.
Cette grande maladroite n’en a probablement pas après vous!
Eh non, Alex: les tipules ne cherchent pas à te vider de ton sang!
L’ironie du sort veut que j’aie commencé à vous préparer ce qui suit en séjour en chalet, sur le bout d’un quai, crémée d’une généreuse couche de chasse-moustique.
Le groupe de clavardage des piqueurs
J’ai souvent l’impression que les insectes piqueurs du Québec ont un groupe de clavardage.
« Elle est dehors. »
« Parfait. J’arrive. »
« J’amène les brûlots. »
« Je préviens les mouches noires. »
Pendant ce temps, autour de moi, les autres personnes vivent une soirée d’été tout à fait normale. Elles jasent. Elles rient. Elles contemplent la nature. Elles disent même parfois des choses très provocantes comme : « Ah bon, il y a des moustiques? »
Oui. Il y a des moustiques. Ils sont sur moi.
La scène se répète : au chalet, en randonnée, près d’un feu ou pendant une tentative naïve de manger dehors sans servir moi-même de repas. Les autres humains du groupe semblent profiter d’une relation relativement pacifique avec la faune volante. Moi, je constate qu’une mouche noire peut localiser le derrière de mon oreille avec la précision d’un GPS militaire.
D’où la grande question, formulée avec toute la dignité qu’il me reste, le visage tout boursouflé : pourquoi les bébittes me trouvent-elles si délicieuse?
Vous sentez-vous comme moi? Oui: certains humains attirent bel et bien plus les mouches piqueuses que d’autres!
Délicieuse, ou simplement repérable?
Commençons par une petite déception : les moustiques, mouches noires, brûlots et mouches à chevreuil ne me choisissent probablement pas parce que mon sang est délicieux.
En effet, avant de boire notre sang, ces diptères doivent d’abord nous trouver. Pour cela, ils utilisent une série de signaux : le dioxyde de carbone que nous expirons, les odeurs que nous émanons, la chaleur de notre corps, l’humidité qui nous entoure, nos mouvements, nos vêtements et notre emplacement dans la nature.
Autrement dit, je ne suis peut-être pas plus délicieuse. Simplement plus facile à repérer.
Ces « signaux » ne sont pas identiques d’une personne à l’autre. Nous ne respirons pas tous exactement de la même façon. Nous n’avons pas tous la même chaleur corporelle, la même odeur de peau, la même transpiration, les mêmes bactéries cutanées, les mêmes vêtements ou les mêmes habitudes de camping.
Bref : chaque humain traîne autour de lui une petite « aura » chimique, thermique et visuelle bien à lui.
Le CO₂ : quand respirer nous trahit
Nous expirons du CO₂ à chaque respiration. C’est normal… et généralement recommandé! Malheureusement, le CO₂ constitue un indice très intéressant pour plusieurs insectes piqueurs : il annonce qu’il y a un animal vivant qui respire.
Chez les moustiques (famille Culicidae), le CO₂ peut déclencher ou orienter le comportement de recherche d’un hôte. Il n’agit pas seul, mais il met l’insecte en alerte. J’ai été surprise de lire que les moustiques peuvent repérer notre panache de CO₂ à une distance de 60 mètres. Maintenant je comprends pourquoi des hordes de ces bêtes finissent par me suivre lors d’une marche en forêt!
Du côté des mouches noires (famille Simuliidae), de petites mouches robustes associées à l’eau courante où leurs larves se développent, le CO₂ semble aussi jouer un rôle. Certaines études ont observé que le CO₂ expiré contribuait aux différences entre des personnes plus ou moins attirantes pour des femelles en recherche de sang.
Ce minuscule point sur mon bras, c’est un brûlot!
Les brûlots (famille Ceratopogonidae) – de minuscules moucherons piqueurs dont j’ai parlé dans Quelle mouche t’a piquée? – réagissent également à des signaux comme le CO₂ qui, parfois combiné à d’autres odeurs, agit comme un aimant.
Quant aux mouches à chevreuil et aux mouches à cheval (famille Tabanidae), ces grosses mouches qui nous harcèlent et nous saignent littéralement, elles ne se fient pas seulement au CO₂, bien qu’il participe à la détection d’un hôte. Leur vision compte pour beaucoup. Nous le verrons plus tard.
Bref : une activité aussi banale que respirer nous rend déjà plus visibles.
Et il y a plus.
L’odeur de peau : à chacun son parfum
Nous dégageons – volontairement ou pas – une odeur qui nous est unique : celle produite par la peau, la sueur, le sébum et les microbes qui vivent sur nous.
Les femelles moustiques détectent ces composés odorants grâce à des récepteurs spécialisés, notamment sur leurs antennes.
Dans les sources consultées, j’ai appris que les personnes qui attirent les moustiques possèdent davantage d’un type d’acides gras, appelés acides carboxyliques, dans les émanations de leur peau. Et la quantité de ces acides varie d’une personne à l’autre. National Geographic (2025) précise que l’odeur de ces acides « est parfois comparée à celle du beurre ou du fromage rance ». Bon appétit!
L’importance de l’odeur est cependant moins bien documentée chez les autres insectes piqueurs rencontrés au Québec. Chaque groupe a ses propres outils sensoriels et ses propres préférences!
Les moustiques (maringouins) sont de loin les plus étudiés. Ici: encore moi qui fait un don de sang!
Chaleur, humidité et sueur : le halo de mammifère
Autre signal qui nous trahit : nous produisons de la chaleur. À cela s’ajoutent l’humidité de notre respiration et de notre peau, ainsi que la transpiration.
Chez les moustiques, la chaleur et l’humidité aident à confirmer qu’un hôte potentiel est tout près. Le CO₂ attire l’attention à distance, les odeurs donnent des informations supplémentaires, puis, à courte portée, la chaleur et l’humidité deviennent des indices clés. Il s’agit d’une approche en plusieurs étapes et non pas d’un unique panneau publicitaire lumineux qui mène directement à nous.
La sueur contribue au portrait. Elle contient des composés que les microbes de la peau peuvent transformer en odeurs détectables. De plus, elle accompagne typiquement l’effort, la chaleur et une respiration plus forte. Cela explique pourquoi certaines activités comme la randonnée ou la course transforment notre corps en message très lisible : « mammifère chaud et odorant disponible ».
Les mouches à chevreuil coupent la peau, puis lapent le sang qui s’écoule. Un exemple de blessure associée chez mon conjoint.
Bouger et contraster avec le décor
Parlant de bouger dehors : plusieurs mouches piqueuses utilisent des indices visuels.
Chez les moustiques, la vision travaille de pair avec les autres sens. Une fois qu’ils ont détecté du CO₂ et des odeurs humaines, ils utilisent ensuite des contrastes, des formes ou des couleurs pour s’orienter davantage vers leur cible.
Les indices visuels sont particulièrement importants pour les mouches à chevreuil et les mouches à cheval (famille Tabanidae). Ces grosses mouches diurnes sont souvent attirées par les silhouettes, les mouvements et les surfaces unies qui se détachent du décor. De plus, plusieurs espèces montrent une préférence pour les objets foncés et brillants – qui ressemblent aux reflets des milieux aquatiques là où elles se reproduisent. On comprend donc pourquoi elles s’intéressent vivement à des véhicules sombres, des personnes qui marchent… ou encore qui battent des bras!
Quand notre panneau clignote plus fort
Certains facteurs peuvent modifier temporairement notre détectabilité.
L’exercice, par exemple, augmente la respiration, la chaleur corporelle et la transpiration. Pour un insecte qui cherche un hôte, cela peut rendre le signal plus fort.
La grossesse est un autre facteur susceptible d’amplifier le signal, notamment parce qu’elle peut s’accompagner de changements dans la respiration, la température corporelle et les odeurs émises. Il faut toutefois éviter les raccourcis : la grossesse n’attire pas automatiquement tous les insectes piqueurs. C’est plutôt qu’elle peut modifier plusieurs signaux auxquels certains moustiques sont sensibles.
La bière a aussi été associée à une augmentation de l’attractivité, mais les changements (odeurs corporelles, métabolisme, etc.) qui en sont responsables restent mal connus. Une étude (Lefèvre et collab. 2010) a néanmoins pris soin de mesurer la température corporelle et le CO2 émis et a conclu que l’attractivité après consommation de bière ne pouvait être expliquée par ces deux facteurs.
Enfin, les savons, parfums et produits corporels peuvent également changer temporairement notre odeur. Comme pour tout le reste, l’effet peut varier selon le produit, la personne et l’espèce de moustique. Tantôt, ils peuvent augmenter l’attraction, tantôt, ils la diminuent. Cela ne signifie donc pas de ne plus vous laver!
À chaque mouche sa méthode
Il est tentant de mettre tous les insectes piqueurs dans le même panier. Or, les moustiques, les mouches noires, les brûlots et les mouches à chevreuil appartiennent chacun à une famille distincte. Et ils ne cherchent pas tous leurs hôtes exactement de la même manière.
Les moustiques sont les mieux étudiés. On sait qu’ils utilisent une combinaison d’indices chimiques et physiques : CO₂, odeurs de peau, chaleur, humidité, signaux visuels. Qui plus est, l’importance de ces signaux peut varier entre les espèces.
Chez les mouches noires et les brûlots, le CO₂ et les différences entre individus semblent être des facteurs importants, mais les données sont moins abondantes que chez les moustiques.
Mouche noire qui me dévore. Me restera-t-il du sang d’ici la fin de cette chronique?
En ce qui concerne les mouches à chevreuil et les mouches à cheval, la vision joue un rôle évident dans leur recherche d’hôtes : mouvement, forme, contraste, couleur foncée. Elles combinent entre autres ces signaux au CO₂ et aux odeurs. Fait intéressant : les motifs lignés ou à pois leur sont moins attrayants. Pourquoi pas un manteau zébré pour mieux se protéger, alors? De plus, ces gros diptères préféreraient des proies plus chaudes et… situées en plein soleil!
Pour résumer, si je semble attirer plusieurs types de piqueurs, ce n’est pas nécessairement parce que je possède une mystérieuse essence universelle délectable. Je produis plusieurs signaux intéressants à la fois : je respire, je chauffe, je bouge, je sens quelque chose, je porte du foncé et je me tiens au mauvais endroit au mauvais moment. Genre, près des milieux aquatiques que j’aime tant.
Bref, j’existe dehors avec un peu trop d’enthousiasme biologique!
Mythes et autres légendes de feu de camp
Quand je dis que je me fais piquer beaucoup plus que la moyenne des gens, on me dit parfois : « Ah, tu dois manger beaucoup de bananes ». Ou encore que ce pourrait être mon groupe sanguin.
Bien que je mange effectivement des bananes tous les matins, je doute que ce soit la meilleure explication.
Qu’en est-il vraiment?
Premier mythe : les insectes nous préfèrent parce qu’on a le sang sucré. Eh non! Malheureusement, comme vous l’avez compris, ces derniers ne commencent pas leur recherche en goûtant notre sang. Ils doivent d’abord nous localiser. Et, pour ce faire, ils se fient aux signaux accessibles avant le repas : respiration, odeurs, chaleur, humidité, mouvement. Mythe déboulonné!
Deuxième hypothèse : le groupe sanguin. Quelques études ont observé des préférences dans certaines conditions. Par exemple, certaines espèces de moustiques préféreraient des personnes du groupe O. Comment est-ce possible sans avoir préalablement goûté au sang? Il a notamment été suggéré que ces insectes seraient en mesure de détecter indirectement des substances associées au groupe sanguin dans les sécrétions des personnes. Toutefois, les résultats varient selon les espèces et la méthodologie employée. En revanche, d’autres études n’ont trouvé aucun effet. Le groupe sanguin ne constitue donc pas, à lui seul, une explication bien établie et son effet demeure incertain.
Mes multiples dons de sang!
Même constat pour l’alimentation. Les bananes, l’ail, certaines vitamines et plusieurs autres suspects ont été accusés au fil du temps. Nos choix alimentaires peuvent peut-être modifier légèrement nos odeurs corporelles, mais les preuves restent à faire. À prendre, donc… avec un grain de sel!
Maintenant, une question que je me pose depuis longtemps : est-ce que le stress joue un rôle? Pour ceux qui ne me connaissent pas… eh oui, je suis une personne nerveuse! Alors, est-ce que cela expliquerait pourquoi j’attire beaucoup plus les mouches hématophages que les autres? Peut-être! Je n’ai pas mis la main sur une étude qui fait le lien direct entre le stress et les piqûres, mais on peut inférer ce qui suit : quand je suis stressée, je sue davantage, je respire différemment et la température de ma peau change. Il pourrait donc s’agir d’une piste.
Enfin, j’ai été étonnée de lire dans l’une des sources (Lyimo et Ferguson, 2009) que le sang anémique est plus facile à digérer par les moustiques. Est-ce que cela pourrait les attirer davantage? Je fais de l’anémie légère depuis bien des années. Intrigant, mais ça n’enlève pas le fait que je dois d’abord être détectée avant « l’effet anémie ». Un pensez-y-bien.
En outre, il faut résister à la tentation d’opter pour une seule cause. La réalité est multifactorielle : il y a un ensemble de petits signaux, certains durables, d’autres temporaires, qui s’additionnent dans un contexte donné et qui nous trahissent. Si vous êtes curieux, jetez un coup d’œil à la section Pour en savoir plus : vous y trouverez encore plus d’hypothèses!
Comment devenir une personne moins délicieuse
Peut-on changer sa petite aura de mammifère? Non.
Mais on peut rendre la tâche plus difficile aux insectes piqueurs.
Un bon point de départ, c’est de porter des vêtements longs, pâles et difficiles à percer. Ils réduisent l’accès à la peau, diminuent les contrastes et protègent mécaniquement contre plusieurs piqûres ou morsures. Les vêtements pâles nous rendent également moins chauds. D’autres barrières physiques sont précieuses, comme les moustiquaires et les chapeaux à filet.
Chez les mouches à chevreuil et à cheval, les couleurs et les motifs comptent : Krčmar et collab. (2014) ont démontré que les pièges noirs, bruns, bordeaux, rouges et bleus attiraient beaucoup plus ces mouches que les pièges verts, lilas, blancs, oranges et jaunes. Comme mentionné plus haut, les rayures et les pois pourraient aussi les confondre. Et moi qui porte majoritairement du noir et du bleu foncé (uni) en rando! Oust de mon garde-robe, vêtements foncés!
Les chasse-moustiques homologués figurent parmi les outils les plus utiles. Faites des essais pour voir ce qui vous convient le mieux, car leur efficacité et leur durée de protection varient selon l’ingrédient actif et sa concentration. En effet, le produit idéal pour vous ne l’est peut-être pas pour les autres. Par exemple, la citronnelle, qui protégeait bien ma collègue lorsque nous faisions des échantillonnages sur le terrain, n’avait aucun effet dissuasif une fois sur moi : je me faisais dévorer!
Le vent aussi peut aider. Les petits insectes volants ont plus de difficulté à nous rejoindre quand l’air bouge. Profitez allégrement des endroits exposés à la brise!
Bien sûr, il importe de tenir compte du moment et de l’endroit où l’on se trouve. Les abords de milieux aquatiques, les sous-bois, les périodes sans vent, ainsi que le matin et le soir peuvent favoriser les rencontres, selon les espèces. Si on ne peut éviter ces situations, on peut néanmoins s’y préparer.
Vêtements pâles, chapeau et filet moustiquaire: mes tentatives pour être moins délicieuse tout en profitant du plein air!
Je respire, donc on me trouve
La réponse à ma question initiale est à la fois rassurante… et un peu vexante.
Les insectes ne me trouvent probablement pas délicieuse au sens gastronomique. Ils ne se réunissent pas vraiment dans un groupe de clavardage pour coordonner leurs attaques.
Ils me repèrent parce que j’existe d’une manière détectable. Je respire. Je chauffe. Je bouge. Je transpire. Ma peau et mes microbes émettent une signature chimique. Mes vêtements contrastent peut-être avec le décor. Je me situe souvent au mauvais endroit, au mauvais moment : en pleine nature, que j’adore!
Bref, ce n’est pas personnel : c’est sensoriel.
Qu’on le veuille ou non, on doit reconnaître une chose : ces minuscules insectes sont remarquablement doués pour capter les messages que notre corps envoie… malgré lui!
Horvath, G. et collab. 2020. Horsefly reactions to black surfaces: attractiveness to male and female tabanids versus surface tilt angle and temperature. Arthropods and medical entomology 119: 2399-2409. En ligne: https://link.springer.com/content/pdf/10.1007/s00436-020-06702-7.pdf (page consultée le 2 août 2026).
Isberg, E. et collab. 2017. Evaluation of host-derived volatiles for trapping Culicoides biting midges (Diptera: Ceratopogonidae). Journal of Chemical Ecology 43(7): 662-669. En ligne : https://link.springer.com/content/pdf/10.1007/s10886-017-0860-x.pdf (page consultée le 1 août 2026).
Lefèvre, T. et collab. 2010. Beer consumption increases human attractiveness to malaria mosquitoes. PLoS One 5(3): 1-8. En ligne : pone.0009546 1..8 (page consultée le 1 août 2026).
Lyimo, I. N., et H. M. Ferguson. 2009. Ecological and evolutionary determinants of host species choice in mosquito vectors. Trends in Parasitology 25(4) : 189-196.
McMeniman, C. J., et collab. 2014. Multimodal integration of carbon dioxide and other sensory cues drives mosquito attraction to humans. Cell (156) : 1060-1071. En ligne : https://www.cell.com/cell/pdfExtended/S0092-8674(14)00155-X (page consultée le 1 août 2026).
Schofield, S. W. et J. F. Sutcliffe. 1996. Human individuals vary in attractiveness for host-seeking black flies (Diptera: Simuliidae) based on exhaled carbon dioxide. Journal of Medical Entomology 33(1): 102-108.
Les insectes piqueurs transmettent-ils le coronavirus (COVID-19)?
Il s’agit d’une interrogation que vous avez sous doute entendue à de multiples reprises au courant des dernières semaines.
Qu’en est-il?
Le World Health Organization (WHO) a publié une page concernant les mythes préconçus au sujet du coronavirus. Au moment de la rédaction du présent billet, la page anglophone était plus complète que la page francophone et offrait une réponse à la question « le nouveau coronavirus peut-il être transmis par les moustiques? ».
La réponse? Non… et nous verrons pourquoi!
Tout d’abord, le WHO précise qu’il n’y a, à ce jour, aucune évidence qui suggère que le coronavirus peut être transmis par les moustiques. Il répète que le virus se répand par les gouttelettes produites lorsqu’une personne infectée tousse ou éternue, par les gouttelettes de salive ou encore par le mucus nasal.
Je lisais aussi, parmi l’un des billets partagés sur la page Facebook du Scientifique en chef du Québec (voir cet article) que non seulement plusieurs études ont établi que la COVID-19 se transmet par les gouttelettes, mais que c’est le contact avec des surfaces touchées par les gens malades qui constitue la principale source de contagion.
Mais revenons à nos moustiques!
En farfouillant sur l’Internet à la recherche d’explications supplémentaires, je suis tombée sur cette publication de l’Entente interdépartementale de démoustication (EID Méditerranée), qui précise que, pour qu’un pathogène puisse être transmis par un moustique, il doit pouvoir résister au processus de digestion réalisé dans l’estomac de ce dernier. Le pathogène qui survit à ce transit a le potentiel d’infecter ensuite les cellules du moustique, d’atteindre ses glandes salivaires, puis d’être transmis par sa salive. Tout un cycle pour lequel le pathogène fructueux a dû prendre des milliers d’années pour s’adapter. L’EID indique qu’un tel succès est, en fait, extrêmement rare – et cite des maladies comme les hépatites et le VIH qui n’ont pas du tout su s’adapter.
Bref, notre coronavirus se retrouverait tout simplement digéré dans l’estomac des moustiques.
Conclusion? Il ne faut pas s’en faire au sujet des moustiques pour ce qui est du coronavirus (noter cependant que le moustique peut être vecteur d’autres maladies).
Il importe bien plus de se laver les mains régulièrement (l’eau et le savon sont privilégiés – voir ce billet du Pharmachien) et d’éviter de s’exposer inutilement dans des endroits publics que de craindre les insectes piqueurs.
Les moustiques, eux, sauront attendre le moment où nous sortirons de notre confinement pour aller prendre un peu d’air!
Notre insecte-mystère de la semaine passée était une larve de maringouin (Culicidae)
Le premier segment suivant la tête est renflé et l’on voit bien le siphon respiratoire
Ces larves tiennent leur siphon respiratoire érigé vers la surface de l’eau
Bien que beaucoup de larves d’insectes aquatiques soient méconnues, plusieurs d’entre vous ont reconnu la larve de notre insecte-mystère de la semaine dernière : un maringouin – moustique pour les non-Québécois – en devenir!
Les maringouins forment la famille des Culicidae et appartiennent à l’ordre des diptères. Vous ne serez peut-être pas surpris d’apprendre que d’autres illustres insectes piqueurs (mouches à chevreuil, mouches noires et brûlots) font également partie de cet ordre. J’en ai d’ailleurs parlé dans cette chronique. De plus, tous ces insectes passent leurs premiers stades de vie sous l’eau.
Les jeunes moustiques, donc, prennent vie sous l’eau. La femelle, gorgée d’œufs, part à la quête d’un repas sanglant afin de donner à sa progéniture toutes les chances de survie. Cette quête peut parfois terminer de façon brutale sous un claquement de main! Si, toutefois, la femelle s’en sort indemne, elle sélectionnera ensuite un milieu aquatique approprié qui peut s’avérer être un simple trou d’eau dans un pneu délaissé ou un tronc d’arbre! Les maringouins ne sont pas difficiles et peuvent se satisfaire de n’importe quel habitat où l’eau est stagnante.
Les œufs éclosent éventuellement en de petites larves qui croissent jusqu’à en devenir les redoutables adultes que nous connaissons. Avant d’en arriver à cette fin, la plupart des larves entreprennent leur croissance en aspirant des algues, bactéries et particules de toutes sortes qu’elles trouvent à leur portée. Quelques espèces sont prédatrices, se nourrissant souvent d’autres larves de moustiques.
Les larves peuvent peupler rapidement le milieu où elles se trouvent. C’est d’ailleurs en jetant un coup d’œil dans mon étang, avant d’entreprendre le nettoyage printanier annuel (voir cette chronique pour quelques anecdotes des années dernières), que je réalisai que mon étang était littéralement bourré de larves et de pupes de maringouins. Habituellement, je n’en voyais pas autant. Cela me permit d’examiner quelques larves et pupes sous la loupe de mon stéréomicroscope et de vous présenter les images et les vidéos accompagnant la présente chronique!
Les larves de Culicidae sont particulièrement faciles à identifier. Les segments thoraciques, situés immédiatement après la capsule céphalique (la « tête »), sont fusionnés en un seul segment renflé, ce qui n’est pas le cas des autres larves de diptères. De plus, remarquez-vous d’autres particularités? Est-ce que la larve ressemble à l’adulte?
À moins que vous ne soyez myopes, la réponse à cette question est « non »! Afin d’atteindre le stade adulte, la larve doit franchir une étape intermédiaire. À l’instar de la chenille qui forme une chrysalide avant de se transformer en papillon, le maringouin doit lui aussi subir ce que l’on appelle une métamorphose complète – métamorphose qui fait en sorte que le rejeton subit une transformation majeure modifiant considérablement sa morphologie.
Les pupes ont de petites « cornes » qui servent à respirer, ainsi que des « palmes » qui leur permettent de se mouvoir sous l’eau
Reconnaissez-vous le redoutable maringouin sous cette peau de pupe?
Toutefois, contrairement à la chrysalide du papillon qui demeure attachée à un substrat et qui bouge peu, la pupe du maringouin est munie de petites « palmes » qui lui permettent de se déplacer sous l’eau. On peut d’ailleurs facilement les observer se mouvoir dans les milieux qu’elles habitent. Elles tendent à se sauver, nageant vers le fond de l’eau, lorsqu’on les approche. Il en est de même pour les larves, qui fuient toute perturbation.
La raison pour laquelle les larves et les pupes se tiennent près de la surface de l’eau est qu’elles y respirent (les larves y mangent aussi). Les larves de nombreuses espèces (mais pas toutes!) possèdent un siphon respiratoire au bout de leur abdomen qu’elles gardent le plus possible en contact avec la surface de l’eau. Les pupes, quant à elles, sont munies de petites « cornes » à l’arrière de leur céphalothorax, nommées « trompettes respiratoires », qui servent aux mêmes fins.
Le développement des larves dure typiquement de sept à dix jours si les conditions sont favorables, alors que celui des pupes est de trois à quatre jours. Ce délai est particulièrement rapide et fait des maringouins des insectes très prolifiques… au grand malheur des humains qui les apprécient un peu moins!
Pour en savoir plus
Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
Chose promise, chose due. J’avais indiqué à plusieurs d’entre vous que je vous parlerais de la faune invertébrée que je retrouve dans mon étang chaque année. Le sujet est vaste, car beaucoup d’invertébrés aquatiques ou semi-aquatiques peuvent coloniser un étang à poisson. Je comptais donc vous brosser un portrait relativement bref (vous me connaissez : quand je commence, j’ai de la difficulté à m’arrêter!) de ces différents organismes, en procédant par mode de dispersion.
Une Docbébitte enthousiaste lors du moment du nettoyage de son étang! Que de découvertes en perspective!
Il importe en effet de mentionner que la provenance des invertébrés aquatiques peuplant un point d’eau donné peut être variable. Ainsi, certains invertébrés strictement aquatiques ont probablement été transportés dans mon étang lors de l’achat des poissons ou encore lors de l’achat annuel de plantes servant à filtrer ou oxygéner l’eau. Les canards qui sont de passage dans ma cour au printemps pourraient constituer une seconde source de colonisation. De nombreux organismes (végétaux ou animaux) peuvent effectivement rester agrippés aux plumes de ces sympathiques volatiles. D’un autre côté, plusieurs invertébrés observés en eaux douces sont, en fait, des larves d’insectes. Ces individus proviennent d’œufs pondus par des adultes terrestres susceptibles de se déplacer d’un plan d’eau à l’autre. Pour terminer, certaines espèces sont des adultes capables de se déplacer dans l’air ou sur terre, mais ayant une préférence pour la vie sous l’eau.
Débutons par les invertébrés strictement aquatiques. Mon étang est habité par une espèce de zooplancton, ainsi que par des sangsues. Le terme zooplancton désigne les tout petits animaux formant le plancton en milieu aquatique. Ils vivent essentiellement dans la colonne d’eau. Dans mon étang, je retrouvais plus particulièrement un groupe : les copépodes. Il s’agit de petits crustacés à peine plus gros qu’un grain de poivre. J’avais pour plan, cette année, de prendre des photographies de ces derniers, vus de près dans l’objectif de mon appareil binoculaire. Pour une raison que j’ignore, je n’en ai observé aucun. Pourtant, j’en retrouvais en grande quantité les années précédentes. Néanmoins, lorsque j’avais filmé un dytique l’année dernière, j’avais aussi capturé le mouvement de ces petits copépodes. Vous pourrez visionner la vidéo à la fin de la présente chronique à cet effet.
Le zooplancton est fascinant, comme en témoigne notamment cette photographie d’une espèce de copépode au corps transparent. Comme vous pouvez vous l’imaginer, le zooplancton se nourrit du phytoplancton (algues microscopiques en suspension) et alimente, à son tour, les invertébrés plus gros et les poissons. Par conséquent, il constitue un maillon très important de la chaîne alimentaire de moult milieux d’eau douce à courant lent (lacs et étangs).
Je n’ai sans doute pas besoin de vous donner des précisions sur ce que sont les sangsues. Elles ont une réputation qui génère habituellement un certain dégoût, particulièrement chez les baigneurs. Bien que certaines espèces de sangsues soient effectivement des parasites qui ne daignent pas, à l’occasion, sucer un peu de sang humain, beaucoup sont des prédateurs. Elles se nourrissent d’autres invertébrés, soit en sirotant leurs fluides internes, soit en les avalant au complet! Fait intéressant, les sangsues appartiennent à l’embranchement des annélides, qui comprend également les vers de terre. Le terme « annélides » réfère plus spécifiquement aux multiples anneaux que l’on peut apercevoir tant sur le corps des sangsues que sur celui des vers.
Larve d’aeshnidae (libellule)
Mon étang abrite aussi des larves de plusieurs insectes dont les adultes sont terrestres ou semi-aquatiques. Outre les larves de libellules et de dytiques, la majorité des larves observées appartient à l’ordre des diptères (mouches et maringouins). En ce qui concerne les libellules, je tombe à peu près chaque année sur une larve ou deux appartenant à la famille Aeshnidae. Ces dernières sont de voraces prédateurs (voir cette chronique si le sujet vous intéresse) et elles profitent sans aucun doute de la présence des nombreux diptères. Il en est de même pour les larves de dytiques. J’avais aussi parlé plus en détail de cette famille dans ce précédent billet.
Du côté des diptères, ce sont des larves de chironomes (Chironomidae) qui dominent. Je vous avais déjà entretenu sur cette famille de diptères très abondante dans les milieux aquatiques (cette chronique). Les larves de chironomes sont résistantes aux conditions difficiles (manque d’oxygène, notamment) et il n’est donc pas surprenant que j’en retrouve dans mon étang au printemps. À ces chironomes s’ajoutent des larves de maringouins (Culicidae), de syrphes (Syrphidae; mouches à fleurs), de mouches noires (Simuliidae), ainsi que de dixidae (je n’ai pas trouvé de nom commun français). Il s’agit d’organismes relativement petits (5 à 10 millimètres en moyenne) qui sont de taille idéale pour nourrir les insectes prédateurs – larves ou adultes.
Gerridé
Parlant d’insectes prédateurs, deux insectes adultes que je retrouve régulièrement dans mon étang sont des prédateurs : les dytiques et les gerridés. Les dytiques font partie de l’ordre des coléoptères et ils sont adaptés à la vie sous l’eau. Ils sont en mesure d’emmagasiner de l’air sous leurs élytres, puis de plonger sous l’eau, comme un plongeur le ferait avec une bonbonne d’oxygène. De plus, ils sont munis de longues pattes postérieures adaptées à la nage. Les gerridés sont communément appelés « patineurs » ou « araignées d’eau ». Ce ne sont pas des araignées, mais bien des hémiptères (ordre des punaises). Les gerridés sont aussi des prédateurs, mais ils demeurent hors de l’eau, contrairement aux dytiques. Leur tactique : attendre qu’un invertébré tombe à l’eau, puis se précipiter sur ce dernier. Ils se fient aux ondes transmises par les invertébrés se débattant dans l’eau afin de les localiser. Comme les larves de diptères effleurent la surface, en particulier lors du moment de leur émergence, il est fort à parier que les gerridés profitent également de cette source de protéines!
Finalement, certains escargots ont élu demeure dans mon étang. Ceux-ci sont peut-être arrivés accrochés aux plantes aquatiques achetées en magasin, ou encore en rampant. Plusieurs espèces sont effectivement susceptibles de se promener à la fois hors de l’eau et dans l’eau. Si vous voulez en savoir plus sur les escargots de façon générale, vous pouvez jeter un coup d’œil à la chronique de la semaine dernière.
Comme plusieurs groupes d’organismes étaient visés cette semaine, je termine la chronique avec une galerie photo et vidéo. Il est tout de même étonnant de voir à quel point la vie foisonne, et ce, même dans un petit étang à poisson d’au plus trois mètres cubes!
Pour en savoir plus
Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
Thorp, J.H. et A.P. Covich. 2001. Ecology and classification of North American freshwater invertebrates. 1056 p.
Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.