Quelle mouche t’a piqué?

La capsule de la semaine dernière vous présentait la tête d’un insecte vu de très près et portant un long appendice ressemblant à une trompe. Mes questions étaient alors les suivantes : de quel insecte s’agit-il et à quoi sert cette « trompe »?

Tabanus atratus
Tabanidae qui atteint une grosseur appréciable de 3 cm (Tabanus atratus)

La réponse à la première question nous donne un bon indice quant à la réponse de la seconde. En effet, le spécimen photographié est une mouche (diptère) de la famille des Tabanidae. Dans le jargon populaire, on appelle les membres de cette famille mouche à chevreuil, taon ou frappe-à-bord. Naturellement, sachant ceci, vous aurez sans doute deviné que le rostre (appendice buccal) de cette mouche sert… à sucer votre sang!

Fait intéressant, les insectes que l’on connaît bien pour leur appétit pour notre sang font tous partie de l’ordre des diptères (mouches). À part les « mouches à chevreuil », on retrouve notamment les maringouins (famille des Culicidae), les mouches noires (famille des Simuliidae) et les brûlots (famille des Ceratopogonidae). Dans tous les cas, ce sont exclusivement les femelles qui se nourrissent de notre sang, dans le but louable de permettre à leurs œufs de survivre. Autre fait notable : les larves de tous ces groupes évoluent dans les milieux aquatiques ou semi-aquatiques. Ce n’est pas pour rien que je leur voue un certain intérêt!

Comme le suggère le titre de la présente chronique, je vais tenter de vous brosser un bref portrait de ces quatre familles de diptères piqueurs. Le tout afin de vous permettre, dans le futur, de répondre à la question « quelle mouche t’a piqué »!

Amorçons donc avec les brûlots, les moins connus à cause de leur très petite taille. Avez-vous déjà eu l’impression d’être mordus par un insecte, regarder la région affectée et… ne rien voir du tout? Si oui, vous vous êtes fort probablement fait mordre par un brûlot. Ces mouches sont effectivement minuscules : de 0,8 à 3 millimètres (voir cette photo). D’ailleurs, un de leur nom commun en anglais est « No-See-Ums » (ceux-que-l’on-ne-voit-pas)! Les larves, que l’on retrouve dans les milieux aquatiques calmes ou à courant lent, sont filiformes et ne présentent pas de traits distincts (photo). Déjà à ce stade, plusieurs espèces démontrent un goût pour le sang, se nourrissant d’autres diptères (chironomes, notamment) et insectes aquatiques.

Chez les adultes, les femelles s’attaquent typiquement aux mammifères et aux oiseaux. Certaines espèces parasitent également les reptiles, les amphibiens et même les gros insectes. Les brûlots sont dérangeants, car ils sont capables de se faufiler à travers moustiquaires et filets. Toutefois, ils ne représentent pas de danger en ce qui concerne la santé humaine: sous nos latitudes, ils ne transmettent pas de maladies chez les humains (ce qui n’est cependant pas le cas pour le bétail). Comme ils sont petits, la morsure, quoique désagréable, enfle et pique beaucoup moins que celle des prochaines familles dont je vais vous entretenir.

Simuliidae et Caro
Une DocBébitte assaillie par des mouches noires (voir autour de ma tête)

Augmentons en taille légèrement et parlons des mouches noires! Les amateurs de plein air et de pêche en région boisée (pensons aux Laurentides) savent qu’il ne faut pas sortir sans protection pendant les mois de mai et de juin. Autrement, ils se retrouveront assaillis par un vaste nuage de mouches noires. C’est effectivement par leur nombre que les mouches noires posent problème. Elles vous repèrent et vous mordent par dizaines. Certaines personnes – comme moi – sont particulièrement sensibles aux morsures de ces mouches et se retrouvent avec de multiples boursouflures qui démangent à s’en rendre presque fou! Heureusement, en Amérique du Nord, les mouches noires ne sont pas un vecteur de maladies pour les humains. Elles le sont ailleurs dans le monde (Afrique et Amérique du Sud), où elles transmettent une maladie connue sous le nom de « river blindness » (onchocerciasis).

Les larves de mouches noires évoluent dans les cours d’eau, où elles peuvent atteindre de si fortes densités qu’elles en tapissent parfois le fond. Elles s’accrochent aux roches à l’aide de petites épines situées à la base de leur abdomen élargi. Elles sont aussi munies d’éventails situés de chaque côté de leur bouche, qu’elles utilisent pour capturer des débris de toutes sortes dont elles se nourrissent. Leur forme est caractéristique et il est facile de les reconnaître (voir cette photo).

Qui ne connaît pas les maringouins (moustiques)? Tout comme les organismes précédents, leurs larves croissent dans les milieux aquatiques… Ou devrais-je dire sous l’eau. Dans les faits, un trou d’eau persistant quelques jours peut être suffisant pour soutenir une population de larves de maringouins. C’est ce qui en fait leur force. Les maringouins profitent en effet des habitats que nous créons autour de nos habitations : vieux pneus ou contenants qui traînent et dans lesquels l’eau de pluie s’accumule. Une fois émergées, les femelles s’en prennent à nous! Ces dernières recherchent effectivement un bon repas protéiné avant de pondre leurs œufs.

Culicidae larve 2
Larve de maringouin

La réaction à la morsure des maringouins varie d’un individu à l’autre. Pour ma part, comme je suis assez sensible, je tends à arborer une jolie enflure de la taille d’un dix cents. Malheureusement, les maringouins transmettent plusieurs maladies, mondialement parlant. Au Québec, c’est le virus du Nil occidental qui est sous surveillance.

Pour couronner le tout, terminons par les mouches à chevreuil. Ces mouches peuvent atteindre une longueur de 3 centimètres, selon l’espèce. Pour un animal qui se nourrit de sang humain, cela commence à être plutôt gros! En faisant des recherches sur Internet, je suis tombée sur cette vidéo prise par un valeureux internaute qui s’est laissé mordre par une espèce de Tabanidae. On voit bien comment la femelle s’y prend pour cisailler la peau, puis s’abreuver. Le principe est le même que pour les autres diptères piqueurs : la femelle utilise ce sang pour nourrir les œufs qu’elle porte. Naturellement, comme ces mouches sont assez grosses, leur morsure est fort désagréable. Pour reprendre une de mes sources « they have a very nasty bite » (Voshell 2002). J’approuve. Au moins, elles ne sont pas un vecteur de maladies humaines au Québec.

Chrysops lateralis
Espèce de Tabanidae (Chrysops lateralis)

Tout comme les adultes, les larves sont assez massives (photo) et peuvent mesurer jusqu’à 60 millimètres de long. Lorsque je faisais du terrain, j’en capturais régulièrement dans les fonds graveleux des rivières. Plusieurs espèces sont prédatrices et se nourrissent d’autres invertébrés aquatiques. Elles utilisent leurs pièces buccales, formées de deux longs « crocs », afin de percer des trous dans le corps de leurs proies. Elles consomment ensuite les fluides et les tissus plus mous.

Comme la chronique tire à sa fin, je réalise qu’il y aurait encore beaucoup à dire sur chacune de ces familles. Au retour de l’été – et idéalement avec quelques photographies de plus à l’appui – je pourrai vous en parler davantage! Ce n’est pas comme si ces insectes étaient difficiles à trouver. Ce sont généralement eux qui nous trouvent en premier!

 

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Des maringouins géants?

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Tipule (Tipula sp.)

Vous les avez sans doute vues, lors de chaudes soirées d’été, se balader autour de vous et des lumières que vous aviez laissé allumées. Vous avez aussi sans doute cru, comme plusieurs, qu’il s’agissait de maringouins géants, prêts à vous piquer. Détrompez-vous! Il s’agit de tipules (Famille : Tipulidae), des insectes totalement inoffensifs!

Je tiens toutefois à vous rassurer : vous n’êtes pas entièrement « dans les patates »! S’il y a un air de famille entre les tipules et les maringouins, c’est que ces deux familles d’insectes appartiennent au même grand groupe : l’ordre des diptères (mouches, moustiques et compagnie!).

Comme les maringouins, plusieurs des larves de tipules naissent et grandissent sous l’eau. C’est d’ailleurs en étudiant les invertébrés aquatiques que j’ai connu cette famille d’insecte. Toutefois, contrairement à d’autres groupes d’insectes qui se développent en milieu aquatique et dont j’ai déjà parlé (plécoptères, odonates, éphémères ou mégaloptères), les larves de tipules ne possèdent pas de pattes, ni de têtes visibles (ces dernières étant rétractées) : elles ressemblent à de gros vers! Vous pouvez voir une larve de tipule sur cette photo, par exemple.

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Tipule tigrée (Nephrotoma sp.)

Les larves vivent non seulement en milieu aquatique, mais on les retrouve aussi en milieu semi-aquatique et terrestre. Elles affectionnent les endroits humides, tels les zones boueuses et la mousse aux abords des cours d’eau, les amas de feuilles mortes, ou encore les troncs morts remplis d’humidité. Elles se nourrissent d’aliments variés. Certaines décomposent la matière organique laissée au sol (feuilles, plantes et bois mort), alors que d’autres sont prédatrices d’invertébrés. Vous vous demandez sans doute comment une larve dépourvue de pattes arrive à capturer et maîtriser une proie? Eh bien, les individus du genre Hexatoma, en milieu aquatique, ont trouvé une solution : ils enflent la portion inférieure de leur corps, qui leur sert de point d’ancrage (voir ces photos). Lorsqu’ils s’élancent sur une proie, ils arrivent ainsi à la maintenir en place, dans leurs mandibules!

En me documentant pour la présente chronique, j’ai appris que certaines larves de tipules terrestres étaient des pestes en agriculture. Celles-ci s’attaquent à différentes plantes fourragères et céréales, ainsi qu’au canola, au maïs et au soja. Elles se nourrissent à la fois des racines (pendant le jour) et du feuillage (pendant la nuit), ce qui ne fait pas d’elles de bonnes amies du jardinier!

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Tipule géante (Tipula abdominalis)

Les adultes, quant à eux, sont complètement inoffensifs. Ils ne se nourrissent absolument pas de sang, même s’ils sont munis d’une sorte de rostre, ou long « museau » (quoique court comparativement aux maringouins; voir cette superbe photo). Ils l’utilisent plutôt pour siroter le nectar des fleurs. Certains sont de très grande taille, comme les tipules géantes (Tipula abdominalis; voir les photos ci-dessous, dans la présente chronique). Toutefois, certaines espèces sont plus petites, tout juste un peu plus grosses qu’un maringouin. Il n’est donc pas surprenant de les confondre avec leurs cousins quelque peu plus dérangeants!

Les tipules comprennent une espèce très particulière, dépourvue d’ailes, que l’on peut observer déambulant sur la neige lors de « chaudes » journées d’hiver (ou journées « moins froides », selon votre préférence!). En voyant les photos de cette espèce dans un de mes livres, j’ai tout de suite reconnu l’insecte qui figurait sur une photo qu’une de mes tantes m’avait transmise l’hiver dernier. Il s’agissait d’un étrange insecte se promenant sur la neige, tout au sommet du Mont Mégantic, et qui ne semblait pas muni d’ailes. Voilà, j’ai trouvé : il s’agit d’une tipule appartenant au genre Chionea! Cette photo d’un internaute vous donnera une idée de l’individu en question. Fait étonnant, le cliché a également été pris au Mont Mégantic – à croire qu’il y a toute une population de ce genre de tipule là-haut!

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Tipule géante à côté de ma main, pour apprécier sa taille!

J’espère vous avoir fait découvrir un nouveau groupe d’insectes – que vous preniez peut-être auparavant pour des maringouins géants! Ainsi, la prochaine fois que vous verrez une tipule, vous saurez qu’elle ne cherche pas à vous vider de votre sang et pourrez l’épargner!

 

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Ça pique ou ça mord?

Si vous êtes amateur de films de science fiction, vous avez sûrement vu la trilogie du Seigneur des anneaux. Vous rappelez-vous quand Frodon lutte contre une immense araignée et que cette dernière le pique à l’aide d’un appendice venimeux situé à l’extrémité de son abdomen, le paralysant? Peut-être était-ce voulu pour mousser l’action, mais il y a une erreur dans ce portrait : les araignées ne piquent pas, elles mordent!

Araignée_Crocs
Les araignées possèdent des crocs

Dépendamment du type d’invertébré concerné, celui-ci aura le potentiel de piquer ou de mordre – bien que certains soient tout simplement inoffensifs! Dans la présente chronique, je vais tenter de vous démystifier les différents types de morsures et de piqûres, question également de vous aider à savoir comment manipuler les invertébrés sans vous faire pincer!

Commençons par les piqûres réalisées à l’aide de dards. Les membres de l’ordre des hyménoptères (guêpes, abeilles, bourdons) vous viennent sans doute déjà à l’esprit. En fait, les dards ne sont pas que l’apanage des hyménoptères, bien que ces derniers remportent la palme. Outre ceux-ci, seuls quelques autres organismes possèderaient des dards : scorpions, raies à aiguillon et ornithorynques. Selon le Petit Robert, un dard, c’est un organe pointu et creux qui sert à inoculer un venin. Ce n’est donc pas surprenant que la douleur soit aigüe et persistante.

Fait étonnant, il existe une échelle mesurant la pénibilité des piqûres d’insectes! C’est Justin O. Schmidt, un entomologiste américain qui a eu la joyeuse idée de se faire piquer par de nombreuses espèces d’hyménoptères, qui est à l’origine de cette échelle (que vous pouvez visionner ici).

Pour m’être faite piquer par une abeille, je peux vous confirmer que je n’ai absolument aucune envie de recommencer! Dans mon cas, j’avais eu l’infortune de mettre le pied à côté d’un nid, alors que je me déplaçais à pied le long d’une rivière que j’échantillonnais.

Côté manipulation, la meilleure façon d’éviter la piqûre d’un hyménoptère, c’est naturellement de le laisser tranquille. Cependant, il m’arrive à l’occasion d’en extirper de ma piscine, alors qu’ils se noient. Habituellement, je me sers d’un bout de bois ou d’une feuille pour ne pas les toucher directement. Il m’arrive cependant d’attraper les plus petits spécimens en les faisant monter sur mon ongle de pouce (s’ils décident de piquer, c’est moins risqué)!

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Les hyménoptères, comme ce bourdon, possèdent des dards

La deuxième catégorie porte sur les « piqûres » effectuées à l’aide de rostres. On pourrait parler également de morsure – ce qui me semble d’ailleurs plus juste, car les rostres sont les pièces buccales de certains insectes. On retrouve dans cette catégorie les hémiptères, dont la punaise d’eau géante (Famille : Belostomatidae). Cette dernière a le potentiel d’infliger une morsure fort désagréable qui, semble-t-il, excéderait le dernier niveau de l’échelle de pénibilité de M. Schmidt. Toutefois, comme le rostre est situé à l’avant et que le corps est rigide (ne plie pas comme le corps d’une abeille, par exemple), la punaise d’eau géante peut être manipulée de sorte à éviter la pénible morsure. Vous pouvez d’ailleurs visionner ce film sur YouTube, dans lequel une punaise d’eau géante est manipulée (voir vers 4 minutes 25 secondes).

Un autre insecte que vous connaissez bien et qui est muni d’un rostre – bien qu’il ne fasse pas partie des hémiptères – est le maringouin (Famille: Culicidae). C’est la femelle qui est responsable des redoutables morsures. Bien que nous n’apprécions guère cette attention que nous portent les maringouins, la cause est noble : le sang procure aux œufs portés par les femelles les protéines nécessaires pour se développer! C’est ainsi que ces dernières assurent un futur à leurs rejetons!

Troisièmement, on retrouve les morsures réalisées à l’aide de crocs ou de mandibules. Ceci nous ramène à l’exemple de l’araignée dont je parlais en début de chronique. Les araignées sont dotées de deux crocs dont elles se servent pour mordre leurs proies et y injecter leur venin. On les perçoit bien sur cette illustration. Il n’y a pas vraiment de façon que je connaisse pour manipuler une araignée manuellement (sans outils) de sorte à éviter ses crocs. Or, jusqu’à maintenant, je n’ai pas été mordue par les araignées que j’ai manipulées. Si elles ne se sentent pas menacées, les chances qu’elles mordent sont faibles. De toute façon, la plupart des gens ne font pas particulièrement de détour pour prendre des araignées dans leurs mains!

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Les hémiptères, comme cette punaise assassine, peuvent se servir de leur rostre pour nous piquer

Certains insectes, dont quelques espèces présentées dans de précédentes chroniques (cicindèles et corydales, par exemple), sont munis de larges et puissantes mandibules qui peuvent causer de sérieux dommages – en particulier si on est un autre insecte! Bien sûr, ces mandibules peuvent aussi servir à mordre des doigts inquisiteurs, d’où l’intérêt de manipuler les organismes qui les arborent avec prudence! Encore une fois, si les insectes ne se sentent pas menacés, les probabilités qu’ils mordent sont faibles. Je peux d’ailleurs dire avec confiance que j’ai manipulé plus d’un insecte doté de large mandibules sans subir de fâcheuses conséquences!

En somme, il est facile d’éviter la piqûre ou la morsure de plusieurs invertébrés lorsqu’on prend soin de les manipuler avec prudence. En cas de doute, on porte des gants, on utilise des « outils » (branches, etc.) ou on fait de notre mieux pour les éviter!

 

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Un écosystème dans ma piscine – Partie 1

Je ne vous apprends sans doute rien de nouveau si je vous dis qu’il existe une faune variée habitant le fond des lacs et des rivières (surtout si vous me connaissez)! Lors de précédentes chroniques, j’ai effectivement parlé de certains insectes dont les larves subsistent et se développent en milieu aquatique (mégaloptères, éphémères, odonates). Les adultes de ces insectes sont terrestres et volent. Ils ont, par conséquent, l’aptitude de coloniser de tous nouveaux milieux, en y pondant leurs œufs.

En revanche, d’autres insectes passent la majeure partie de leur cycle de vie – incluant le stade adulte – en milieu aquatique. Ils ont tout de même la capacité de se déplacer à l’extérieur de l’eau et se retrouvent fréquemment à vagabonder d’un site à l’autre, à la recherche d’abri et de nourriture.

Ainsi, il ne suffit que d’avoir un milieu aquatique favorable à la vie pour le voir se peupler rapidement par un bon nombre d’insectes.

Ce milieu peut s’avérer être une piscine que l’on tarde à démarrer, parce qu’on doit y effectuer certaines réparations. C’est ce qui nous est arrivé cette année, pour une seconde fois depuis que nous avons notre maison. Vous ne serez pas surpris si je vous dis que j’en ai profité pour étudier l’écosystème qui se formait peu à peu dans ma piscine!

Culicidae Larve
Larve de maringouin (culicidae)

Le mot écosystème est juste, puisqu’on y retrouve une chaîne alimentaire complète : algues, matière en décomposition (feuilles d’arbres qui tombent dans la piscine, etc.), insectes herbivores (se nourrissent d’algues et de détritus) et insectes carnivores. À noter que j’utilise ici des classifications générales, pour fins de vulgarisation, puisque des espèces appartenant à certains des grands groupes d’organismes dont je vais parler ci-dessous se nourrissent à plus d’un niveau dans la chaîne alimentaire.

Les herbivores incluent des larves de chironomes (chironomidae) et de maringouins (culicidae).  Il s’agit d’organismes appartenant à l’ordre des diptères (mouches). Dans les deux cas, les larves ressemblent à des vers, ne possédant pas de pattes élaborées. Vous connaissez bien les adultes. Les chironomes adultes sont de petites mouches noires ou verdâtres qu’on aperçoit souvent en essaim près des lacs ou au-dessus de nos pelouses, lors de chaudes soirées d’été. On les retrouve également souvent agrippés à nos moustiquaires. Les mâles sont dotés de grandes antennes bien visibles. Quant aux maringouins, je ne crois pas qu’une description soit nécessaire! Ils sont effectivement bien connus des gens qui ont du « bon sang »!

Dytique et chironome
Larve de dytique (gauche) et larve de chironome (droite)

Les carnivores, quant à eux, comprennent des larves de dytiques (coléoptères), ainsi que des coléoptères et des hémiptères adultes. En ce qui concerne les dytiques, j’ai retrouvé à la fois des larves et des adultes dans ma piscine. Je parlerai d’abord des larves de dytiques, puis discuterai des insectes adultes lors de ma prochaine chronique.

Les larves de dytiques sont strictement aquatiques et proviennent des œufs pondus par les adultes. Leur forme est étonnante; on les reconnaît par leur tête ronde dotée de grosses mandibules, ainsi que par le V inversé à la base de leur abdomen. Le « V » consiste en fait en deux tubes dont se servent les larves pour respirer sous l’eau. Elles se tiennent donc tête en bas, avec les pointes de ces tubes respiratoires frôlant la surface de l’eau, afin de retirer un peu d’oxygène de l’air ambiant.

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Deux larves de dytique, dont une se nourrissant d’une larve de chironome; on voit également une larve de maringouin à gauche du chironome

J’ai pu observer les larves de dytiques se nourrir de larves de chironomes dans ma piscine. Ils ont une façon bien particulière de se nourrir : ils percent le corps de leurs proies à l’aide de leurs mandibules, puis injectent un fluide qui liquéfie les tissus des victimes. Une fois l’intérieur des proies réduit à un état liquide, ils aspirent les fluides pour ne laisser à la fin qu’une coquille vide! Ces larves sont de voraces prédateurs et peuvent se nourrir d’une vaste gamme d’invertébrés, ainsi que de petits vertébrés tels des poissons, salamandres et têtards.

Les adultes s’avèrent également être de redoutables prédateurs, tout comme certains hémiptères adultes que j’ai observés. Je vais vous parler de ces adultes dans la prochaine chronique, puisque j’ai encore beaucoup de choses à vous raconter sur le sujet!

 

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