Des insectes à la pelletée : les scarabées japonais

La semaine dernière, vous avez pu apprécier une photographie prise par mon frère qui habite au sud-ouest du Québec. Il s’agissait de plusieurs dizaines de scarabées japonais capturés dans un piège spécialement conçu pour attirer les mâles à l’aide de phéromones. De toute évidence, ces derniers ont répondu à l’appel en grand nombre. Depuis le moment où cette photographie fut prise – il y a un peu plus d’un mois –, mon frère m’a indiqué en capturer autant tous les trois jours. Ce n’est pas peu dire!

Scarabée japonais
Un scarabée japonais et les dommages associés sur un framboisier

Déjà l’été passé, plusieurs parents demeurant dans le sud du Québec m’avaient parlé des ravages faits par ces scarabées, qui constituent une espèce introduite et envahissante. Une collègue à Trois-Rivières m’a envoyé des photos de ces individus pas plus tard que la semaine dernière (vous pouvez d’ailleurs apprécier une des ces photographies dans la présente chronique). À Québec, nous ne semblons pas encore ensevelis sous cette espèce – quoique des spécimens aient été observés à Lévis et Québec selon le Guide d’identification des Scarabées du Québec (Hardy 2014). Ce n’est sans doute qu’une question de temps.

Le scarabée japonais aurait effectivement étendu rapidement son aide de répartition. Retrouvé uniquement à l’extrême sud du Québec il y a quelques années, il semble maintenant rendu aux portes de Québec. Cette espèce a été introduite en Amérique du Nord – plus précisément au New Jersey – en 1916. On l’a signalée au Canada pour la première fois en 1939.

Scarabée japonais_MAF
Accouplement de scarabées observé à Trois-Rivières

Ces scarabées constituent une menace, car ils sont susceptibles de causer des dommages à différents moments de leur cycle de vie. Les larves vivent sous terre et s’attaquent aux racines de gazon et de plantes (surtout des graminées, mais aussi des plantes potagères et des légumineuses). À l’instar des larves de hanneton, elles ressemblent à de gros vers blancs (voir cette photo). Les adultes, quant à eux, se délectent de feuilles de nombreuses espèces de plantes, d’arbustes et d’arbres. Quelque 300 espèces végétales seraient à leur menu, incluant l’érable, l’orme, le pommier, le cerisier, le rosier, le framboisier, etc. Bref, les scarabées japonais transforment rapidement toute feuille en passoire!

Si vous croyez être aux prises avec des scarabées japonais, examinez bien leurs caractéristiques. Les élytres sont de coloration rouge-orangé (je dirais même plutôt brun rouille) à reflets métalliques. Le pronotum (partie supérieure du corps située entre la tête et les élytres) est vert foncé métallique. Aussi, il y a présence de taches blanches formées de soies visibles sur le côté de l’abdomen (cinq sur le côté et deux plus grosses sur l’arrière-train).

Devinette 2014-08-04
La photo qui m’a inspirée pour la présente chronique

En ce qui concerne leur gestion, vous me connaissez, je suis de l’école « solutions écologiques » ou peu interventionnistes. Toutefois, face à une espèce introduite et envahissante, il semble que des actions musclées soient souvent nécessaires… et à recommencer année après année. En effet, les organismes capables de survivre aux étapes conduisant à leur introduction sont généralement résilients et il est difficile de s’en débarrasser une fois qu’ils se sont installés. Il faut donc s’armer de patience. De plus, il est typique pour une espèce envahissante de présenter un important pic d’abondance dans les débuts de son introduction. Souvent – mais pas tout le temps –, les populations finissent par se réguler et présenter des densités moins effarantes au fil du temps. Avec un peu de chance, les prédateurs naturels les découvrent et se mettent à en consommer. Espérons avec le temps que les populations de scarabées japonais au Québec seront davantage « sous contrôle »!

Néanmoins, si vous souhaitez gérer les populations de scarabées japonais autour de votre domicile, voici quelques recommandations que j’ai dénichées et qui n’impliquent pas d’utiliser de pesticides :

  • Élimination manuelle (récolte) des adultes;
  • Capture des adultes par des pièges utilisant des leurres associés à la nourriture et également composés de phéromones sexuelles (cas du piège utilisé par mon frère et qui semble très efficace);
  • Garder la pelouse haute pour rendre la ponte des œufs plus difficile;
  • Sarcler au début du printemps et à l’automne lorsque les larves sont près de la surface;
  • Attirer les prédateurs des larves, comme les oiseaux;
  • Utiliser des nématodes entomophages.

Pour terminer, si vous ne voulez pas allouer énormément de temps à la lutte aux scarabées japonais, le plus important, c’est de tolérer d’avoir quelques plantes « trouées » et une pelouse imparfaite!

 

Pour en savoir plus

Capsule : des insectes à la pelletée!

Dans la prochaine chronique, je vous entretiendrai d’une espèce d’insectes introduite au Québec et qui fait des ravages dans les pelouses et les arbustes.

Elle est présente en si grande quantité par endroits qu’un seul piège peut en capturer des dizaines par nuit. C’est ce que l’on peut observer sur la photographie ci-dessous.

De quelle espèce s’agit-il? Comme à l’habitude, vous êtes invités à inscrire vos réponses à cette devinette sur la page Facebook de DocBébitte. Pour ceux qui ne possèdent pas de compte Facebook, vous pouvez aussi répondre dans la section « Laisser un commentaire » à gauche de la présente chronique!

Devinette 2014-08-04
Ces insectes capturés en une seule nuit font bien des ravages (cliquer sur la photo pour l’agrandir)

Une maison pour emporter!

Lors du dernier congrès de l’Association des Entomologistes Amateurs du Québec (AEAQ), j’ai eu la chance d’aller au Camp l’ERE de l’Estuaire situé à Port-au-Saumon. Quel ne fut pas mon plaisir de constater qu’il y avait un joli petit ruisseau cascadant vers l’estuaire! Naturellement, je ne pus m’empêcher d’aller y inspecter quelques roches, à la recherche d’invertébrés aquatiques.

Trichoptère Limnephilidae
Un trichoptère porte-case de la famille Limnephilidae

En particulier, nous avons eu quelques heures libres dévolues justement à la chasse aux insectes. Je me retrouvai avec d’autres participants, à la fois intéressés par la fraîcheur des eaux du ruisseau (il faisait chaud) et par la découverte de quelques bêtes invertébrées. Le petit groupe avec lequel je remontai le ruisseau était composé de gens bien avertis : on m’indiqua rapidement la présence d’étranges petits fourreaux en pierre et en matière végétale au fond de l’eau. Il faut dire que j’étais plus loin derrière le groupe, en pleine séance de photographie (ce qui n’est pas surprenant si vous me connaissez)! Ces fourreaux étaient, en fait, de petites maisons conçues par nul autre qu’un ordre d’insectes : les trichoptères.

Le terme trichoptère signifie « ailes en poils ». Son origine provient du fait que les ailes sont constituées de poils et non d’écailles, comme c’est le cas pour les lépidoptères (papillons). L’ordre des trichoptères est d’ailleurs un groupe apparenté aux lépidoptères. C’est sans doute pour cette raison qu’on peut facilement les méprendre pour des papillons.

Trichoptères fourreaux
Deux types de fourreaux que nous avons trouvés dans le ruisseau à Port-au-Saumon

Les larves de trichoptères, comme vous l’avez sans doute deviné, naissent et évoluent sous l’eau. Ce ne sont pas toutes les larves qui bâtissent des fourreaux : certaines tissent des retraites munies de filets, un peu comme les araignées, alors que d’autres se déplacent librement sur le substrat rocheux. Dans les prochains paragraphes, je compte toutefois vous parler des larves qui bâtissent des fourreaux.

Plusieurs familles de trichoptères ont opté pour cette stratégie. La forme et les matières utilisées pour construire les fourreaux varient d’une famille à l’autre. Elles peuvent par conséquent servir de critère d’identification. En effet, les hélicopsychidés (Helicopsychidae), comme leur nom le suggère, possèdent des fourreaux de forme hélicoïdale (voir cette photo). Ils ressemblent à des coquilles de petits escargots, exception faite qu’ils sont constitués de minuscules grains de sable. Les fourreaux des brachycentridés (Brachycentridae), quant à eux, sont de forme carrée et constitués de brindilles (voir cette photo). Certains membres de la famille des limnephilidés (Limnephilidae) incorporent à leur demeure de petites branches sur le sens de la longueur qui dépassent de l’extrémité postérieure du fourreau (voir la photo ci-dessus). Ces demeures sont également d’assez bonne dimension. C’est ainsi que je reconnus un des spécimens trouvés dans le ruisseau à Port-au-Saumon. Je me permis d’ailleurs de prendre quelques vidéos, dont deux sont présentées à la fin de cette chronique.

Trichoptère adulte
Les adultes trichoptères ressemblent à des papillons de nuit; notez cependant les très longues antennes

Les trichoptères porte-case (c’est le nom que l’on attribue aux individus qui construisent et traînent leur demeure avec eux) utilisent de la soie qu’ils produisent afin d’agglutiner les matériaux composant leur fourreau les uns avec les autres. Fait intéressant, certains bijoutiers profitent de la propension des trichoptères à faire des fourreaux à partir de toutes sortes de petits objets pour leur faire faire… des bijoux! La méthode est simple : il s’agit d’élever des larves de trichoptères dans un petit cours d’eau artificiel et de les alimenter en petites pierres précieuses. Ces dernières construiront de jolis fourreaux en or, argent, ou toute autre couleur fournie. Si vous êtes curieux de voir le résultat, vous pouvez consulter cette page Internet.

Les trichoptères – qu’ils soient porte-case ou non – sont très abondants dans les cours d’eau québécois. Il est par conséquent facile de les observer. Une façon simple est d’examiner le dessus et le dessous des roches. Si vous détectez de petits objets faits de roches ou de brindilles agglutinés, il est fort à parier que vous aurez trouvé une espèce de trichoptère! Bonne chasse!

 

Pour en savoir plus

 

Vidéo 1. Larve de limnephilidae qui se hisse dans ma main. Remarquez sa force.

 

Vidéo 2. Quelques autres larves en mouvement (probablement une autre espèce de limnephilidae).

 

Le croissant nordique : un joli petit papillon commun

Voici revenu le temps de l’année où de nombreux petits papillons de couleur orange et brune sillonnent mes plates-bandes. Peut-être les avez-vous observés également? Il s’agit de croissants nordiques.

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Le joli croissant nordique

Ce papillon d’assez petite envergure (entre 3,2 et 3,8 centimètres) fait partie de la famille des nymphalidés, qui comprend d’autres espèces communes comme le monarque, la belle dame, le vulcain, ainsi que l’amiral (qui avait fait l’objet d’une de mes premières chroniques; suivre ce lien). Il peut être facile de le confondre avec quelques autres espèces de croissants et de damiers; voilà pourquoi il faut être attentif au motif alaire, qui présente de fines (mais distinguables) variations. Le bout des antennes, d’un orange vif, aide aussi à le distinguer du croissant perlé et du croissant fauve retrouvés à l’extrême sud de la province. Les antennes de ces derniers sont seulement noires et blanches.

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Croissant nordique, vue ventrale
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Croissant nordique dans mes marguerites
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Croissant nordique dans une espèce de sédum

On retrouve le croissant nordique dans divers types d’habitats, en particulier là où poussent des asters, la plante-hôte des chenilles. Ce n’est donc pas une surprise si j’en vois en grande quantité dans mes plates-bandes : j’habite à la lisière d’un boisé et beaucoup d’asters poussent au travers de mes hostas et autres végétaux! De plus, la femelle pond ses œufs – environ une quarantaine – sous les feuilles des asters. Vous pouvez compter sur moi pour examiner mes asters de plus près, désormais!

Les croissants qui butinent présentement dans mes fleurs (je les vois beaucoup dans mes marguerites) font partie d’une première de deux générations. En effet, ce papillon a deux générations par année au Québec (parfois trois, selon Leboeuf et Le Tirant 2012) : de la fin mai à la mi-juillet et de la mi-juillet à la mi-septembre. C’est donc dire que nous aurons la chance d’observer ce joli petit papillon tout au long de l’été!

 

Pour en savoir plus

 

Un piercing avec ça?

Connaissez-vous les perce-oreilles? Le mythe veut qu’ils soient assez forts pour percer le bout de nos oreilles à l’aide des appendices aiguisés situés au bout de leur abdomen. D’autres prétendent qu’ils peuvent se faufiler dans nos oreilles pendant la nuit. Qu’en est-il vraiment?

Perce-oreille entier
Perce-oreille

Premièrement, l’appendice en forme de pinces qu’arborent les perce-oreilles s’appelle des cerques. Je confirme que ces insectes possèdent suffisamment de force pour pincer les doigts inquisiteurs… mais certes pas pour passer au travers de la peau! Pour ce qui est de la peur voulant qu’ils puissent se faufiler sous nos draps et dans nos oreilles pendant notre sommeil, elle provient peut-être de leur mode de vie. Ils ont une affinité pour les lieux humides et sombres et tendent, par conséquent, à se déplacer davantage pendant la nuit. Peut-être est-il déjà arrivé qu’un d’entre eux se balade en pleine nuit sur le visage d’une personne endormie, la réveillant… et pouf! Un mythe est né!

Les perce-oreilles trouvent leur chemin dans nos demeures bien malgré eux. Comme ils affectionnent les lieux humides, ils se retrouvent dans nos vêtements, étendus sur les cordes à linge, ou encore dans divers objets et plantes procurant un abri d’intérêt. À titre d’exemple, j’avais décroché un emploi dans les cuisines du St-Hubert (bon appétit!) à la fin de mon adolescence. Une fois de retour à la maison, je lavais mes souliers, enduits de gras de cuisine, puis les laissais sécher dehors. Ce milieu humide – qui devait également encore dégager quelque odeur de friture – était très apprécié par ces amis opportunistes. Ainsi, une fois secs, je devais secouer énergétiquement mes souliers avant de les rentrer à l’intérieur. Je voyais régulièrement tomber un ou deux perce-oreilles au sol.

Perce-oreilles Fleur
Une bonne cachette pour un groupe de perce-oreilles

Les perce-oreilles font partie de l’ordre des dermaptères, ce qui signifie « ailes en peau ». Plusieurs familles appartiennent à ce groupe, mais l’espèce la plus connue est sans contredit le forficule forficula auricularia (Famille : Forficulidae). En particulier, l’introduction de cette espèce, provenue d’Europe, puis son expansion rapide au Québec ont propulsé cet ordre autrefois moins connu au palmarès des insectes indésirables.

Aussi, rassurez-vous, ces insectes ne se nourrissent pas de cire d’oreilles… bien qu’il s’agisse d’omnivores capables de se nourrir d’une variété d’aliments. Les ouvrages que j’ai consultés citent de nombreuses sources de nourriture, incluant des détritus (bois mort, végétaux en décomposition), des fleurs, plantes et légumes frais du jardin, ainsi que d’autres invertébrés. Les jardiniers les apprécient généralement moins, puisqu’ils peuvent effectivement s’attaquer à leurs plantes chéries (choux, laitues, fraises et framboises sont entre autres nommés) et à différentes fleurs comme les dahlias. En revanche, ils peuvent se nourrir d’invertébrés nuisibles comme les pucerons et les acariens et ainsi contribuer à nettoyer votre jardin.

Bref, sont-ils des ennemis ou des amis? Selon deux références (Brisson et al. 1992 et Smeesters et al. 2005), les perce-oreilles devraient être considérés davantage comme des alliés du jardinier. En effet, 72% de la diète du forficule serait composée d’invertébrés nuisibles. De plus, ce serait plutôt quand les autres aliments préférés par ce dernier (invertébrés et détritus) se font plus rares qu’il se met à grignoter nos fruits et légumes. Un conseil pratique et écologique est donc de laisser du paillis et des détritus dans vos plates-bandes. Ne visez pas des plates-bandes parfaites sans aucun débris! Laissez-y des feuilles mortes… Tous ces détritus pourront servir, d’une part, de source de nourriture aux perce-oreilles, mais aussi, d’autre part, de refuge à leurs prédateurs qui se chargeront de garder les populations sous contrôle!

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Cerques du perce-oreille femelle
Perce-oreille mâle
Cerques du perce-oreille mâle

Fait intéressant, les mâles et les femelles peuvent être aisément distingués. Il suffit d’examiner la forme de leurs cerques. Chez les mâles, ils sont incurvés et plus robustes. Ils possèdent aussi de petites dents à la base. Les cerques des femelles, quant à eux, sont plus droits et moins robustes.

Pour terminer, je vous avais récemment parlé de soins parentaux chez les invertébrés pour la fête des Mères et la fête des Pères. Les perce-oreilles ne sont pas exclus! Les femelles prennent grand soin de leurs œufs et des jeunes larves. Elles demeurent dans le terrier avec ces derniers dans le but de les protéger de tout intrus. De plus, elles lèchent et déplacent leurs œufs sur une base régulière afin d’empêcher tout champignon indésirable de s’y former. Lorsque les œufs sont prêts à éclore, elles les réorganisent en une seule couche afin de faciliter l’émergence des larves.

Malgré la réaction de dégoût souvent déclenchée par le  fait de trouver des perce-oreilles dans la maison ou dans le jardin, il semble que ce type d’insecte soit plus bénéfique et inoffensif que généralement perçu. Pour ma part, lorsque j’en retrouve dans la maison, je prends soin de les transporter vers l’extérieur. Il n’y a pas de risque à les manipuler et vous n’avez pas à vous inquiéter de vous retrouver avec un tout nouveau piercing!

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Loiselle, R. et D.J. Leprince. 1987. L’entomologiste amateur. 143 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.
  • BugGuide. Forficula auricularia. http://bugguide.net/node/view/23281
  • Wikipedia. Forficula auricularia. http://en.wikipedia.org/wiki/Forficula_auricularia