Certains invertébrés sont munis d’organes ressemblant à des objets que nous utilisons. Le présent insecte possède une structure qui fait penser à des forceps ou encore à des pinces. Saurez-vous deviner de qui il s’agit avant la chronique de la semaine prochaine?
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En nettoyant mes plates-bandes en fin de semaine, je suis tombée sur de nombreux individus de cette espèce, cachés sous la litière de feuilles. Tous vêtus de vert, certains étaient prêts à s’envoler pour amorcer le printemps. D’autres, comme l’individu photographié sous la loupe de mon appareil binoculaire, n’avaient pas survécu à l’hiver et feront partie de ma collection.
La semaine prochaine, je vous entretiendrai sur quelques groupes d’invertébrés que l’on peut retrouver au printemps abrités sous l’épaisse couverture de feuilles.
Entre temps, je vous pose la question suivante : saurez-vous deviner qui est notre insecte mystère de la semaine? Comme à l’habitude, vos suggestions sont les bienvenues (page Facebook DocBébitte ou ici même sur Docbebitte.com)!
L’ordre des hyménoptères constitue un groupe d’insectes à la fois très commun, mais également méconnu. Les hyménoptères sont omniprésents dans nos plates-bandes et nos cours. Ils jouent d’importants rôles dans les écosystèmes terrestres. En revanche, ils sont très nombreux et fort diversifiés. Nous n’en connaissons qu’une infime partie. Il me semble en effet plus facile de se procurer des livres et des guides sur les flamboyants papillons ou coléoptères, alors que les hyménoptères demeurent davantage dans l’ombre.
Bourdon se délectant de nectar
La question que certains d’entre vous vous posez est sans doute « qui sont les hyménoptères »? Tout d’abord, sachez que le terme hyménoptère signifie « ailes membraneuses» ou « ailes mariées », selon les sources. Ce nom fait référence au fait que les deux paires d’ailes des hyménoptères sont liées par de petits crochets, en plus d’être membraneuses et faiblement veinées. C’est notamment en observant la présence de ces deux paires d’ailes que l’on peut distinguer les hyménoptères de certaines mouches (diptères) qui prennent plaisir à les imiter (voir cette chronique). Les mouches ne possèdent effectivement qu’une seule paire d’ailes.
Ce n’est toutefois pas par les ailes que l’on reconnaît habituellement la majorité des hyménoptères, mais plus souvent par leur forme. En effet, beaucoup d’hyménoptères (ceux appartenant au sous-ordre Apocrita) ont une fine taille créée par une dépression entre le deuxième et le troisième segment abdominal (le premier étant fusionné au thorax) – d’où l’expression avoir une taille de guêpe. Les familles qui possèdent ces attributs et qui nous sont les plus familières sont les vespidae (guêpes), les formicidae (fourmis), ainsi que les apidae (abeilles et bourdons). Ce groupe inclut aussi les pélécinides (pelecinidae), qui ont fait l’objet d’une précédente chronique, ainsi que moult individus moins connus.
Abeille cotonnière (Famille : Megachilidae)
Le second sous-ordre (Symphyta) comprend bon nombre d’individus avec lesquels nous sommes généralement moins familiers. Bien qu’ils ne possèdent pas de taille plus fine, ils ressemblent tout de même à de petites abeilles ou guêpes. Les femelles appartenant à ce groupe sont munies d’un ovipositeur dont elles se servent pour pondre leurs œufs dans des plantes et des arbres. Les larves, qui ressemblent à des chenilles, se nourrissent de ces plantes-hôtes. C’est à cause de ce comportement que certaines d’entre elles sont d’ailleurs considérées comme des pestes. Un groupe sans doute connu des jardiniers (je pense à quelques membres de ma famille qui ont notamment des rosiers!) et appartenant au sous-ordre Symphyta est celui des tenthrèdes.
Les espèces comprises dans le sous-ordre Apocrita, quant à elles, présentent une plus grande variété dans leurs comportements et préférences alimentaires : on y retrouve des prédateurs, des parasitoïdes et des pollinisateurs.
Guêpe-coucou, un petit parasitoïde d’un joli bleu-vert métallique
Plusieurs familles d’Apocrita sont des parasitoïdes externes ou internes d’autres invertébrés. Les pélécinides en sont un bon exemple. Les femelles parviennent à atteindre les larves de hanneton, enfouies sous la terre, à l’aide de leur long ovipositeur pour y pondre leurs œufs. Les larves de pélécinides qui s’y développent se nourrissent de la chair des larves de hannetons. Les ichneumonidés, une autre famille qui a adopté cette stratégie, sont également très impressionnants (voir cette photo en exemple). Ils sont munis d’un très long ovipositeur servant à percer l’écorce des arbres afin de rejoindre les larves de divers insectes, incluant celles d’hyménoptères du sous-ordre Symphyta.
Plusieurs espèces de guêpes et de fourmis sont des prédateurs. Certaines guêpes, par exemple, rapportent au nid des insectes variés et servent une recette d’insectes prémâchés à leurs larves. Ces guêpes et fourmis peuvent parfois compléter leur régime avec du pollen ou encore avec du miellat, une substance collante et sucrée produite par les pucerons. J’avais déjà parlé plus en détail de l’association entre des fourmis et des pucerons (à cause du miellat) dans cette précédente chronique. Certaines fourmis ont aussi développé l’art de cultiver des champignons, quoiqu’on ne les retrouverait pas tout à fait jusqu’ici (la littérature parle d’une limite nordique dans les environs de New York).
Guêpe à taches blanches, un hyménoptère prédateur bien répanduFourmi noire
Les abeilles et les bourdons, quant à eux, se nourrissent de pollen. Ce sont des pollinisateurs par excellence et c’est pourquoi ils jouent un rôle très important dans les écosystèmes terrestres. Sans eux, beaucoup de fruits, de légumes et de céréales que nous mangeons ne seraient tout simplement pas (ou beaucoup moins) fertilisés.
L’ordre des hyménoptères comprend plusieurs insectes sociaux, qui vivent en colonies complexes. C’est le cas de plusieurs espèces de guêpes, d’abeilles, de bourdons et de fourmis. Ces sociétés invertébrées sont matriarcales. La reine fonde la colonie : elle donne naissance à des femelles stériles dont les rôles peuvent varier. Bon nombre sont des ouvrières qui se chargent notamment de prendre soin des rejetons, de trouver de la nourriture et de faire l’entretien de la colonie. Chez certaines espèces, l’on retrouve également des soldats dont le rôle est de défendre la colonie.
En somme, l’ordre des hyménoptères est très diversifié et je dois bien humblement avouer que j’en connais moi-même très peu à leur sujet. Les lectures que j’ai effectuées afin de préparer la présente chronique m’ont convaincue que j’avais encore beaucoup de choses à vous raconter. Je compte donc bel et bien vous faire le portrait de certains individus au fur et à mesure que je les rencontrerai! On se dit donc « à suivre »!
Pour en savoir plus
Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
Afin de souligner la fête du « Poisson d’avril » qui a lieu cette semaine, j’ai jugé bon vous parler d’un poisson. Bien sûr, il ne s’agit pas de n’importe quel poisson, puisque ma chronique cible principalement les invertébrés. En fait, je vais vous entretenir au sujet des poissons d’argent.
Lépisme (lepisma saccharina), communément appelé poisson d’argent
Le poisson d’argent est un lépisme (lepisma saccharina), faisant partie de l’ordre des zygentomes (Zygentoma). On le surnomme poisson d’argent, car il fait penser à un poisson : son corps est plat, en forme de carotte, sans ailes et muni de multiples écailles grises. Comme vous pouviez également l’observer dans la capsule de la semaine dernière, son abdomen se termine par trois longs appendices (1 filament médian et deux cerques latéraux).
Ce lépisme, qui mesure entre 10 et 15 millimètres, possède de tout petits yeux. Il est, de toute évidence, adapté à la vie dans le noir. C’est d’ailleurs le soir qu’il sort de sa cachette, à la recherche d’un bon repas.
On le retrouve fréquemment dans les coins sombres et humides des habitations. Les lépismes sont effectivement très à l’aise dans nos demeures, puisqu’ils s’y nourrissent d’une vaste variété de résidus : « restes » alimentaires, poussière et cheveux laissés au sol, colle à tapisserie ou à reliures de livres, moisissures, exosquelettes d’acariens, etc. Bref, ils nous aident à faire le ménage dans les recoins inatteignables!
Avec son profil aplati, le lépisme peut se faufiler dans de toutes petites fentes
Bien qu’ils soient inoffensifs, certains les considèrent comme des pestes du fait qu’ils sont présents dans les habitations pendant toute l’année. En réalité, ce sont surtout pour les bibliothèques ou les services d’archives qu’ils ont le potentiel d’être nuisibles, puisqu’ils peuvent effectivement s’attaquer aux reliures de livres, ainsi qu’à certains types de papier.
Le corps du lépisme est muni d’écailles grises, comme en témoigne cette photo
La reproduction des lépismes est sexuée, c’est-à-dire que la femelle doit être fécondée par un mâle. Toutefois, les lépismes ne s’adonnent pas à « la chose » comme on pourrait le croire. En effet, le mâle dépose plutôt son spermatophore (un petit colis qui contient son sperme) au sol. Celui-ci est ensuite recueilli par une femelle réceptive, qui l’introduit dans son orifice génital afin d’être fécondée. Cette dernière pond ses œufs en lieu discret, généralement dans de petites fentes ou dans les murs des maisons. Les larves sont faciles à reconnaître, puisqu’elles ressemblent aux adultes. Elles se nourrissent également des mêmes aliments que ces derniers.
La prochaine fois que vous verrez un poisson d’argent, n’hésitez pas à l’observer de près ou à le manipuler. J’en ai souvent pris dans mes mains et ils sont inoffensifs. Ils sont cependant très rapides et se faufilent… comme un poisson dans l’eau!
Pour en savoir plus
Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
Chaumeton, H., Directeur. 2001. Insectes. 384 p.
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
Le monde des insectes est vaste et grand. Certains d’entre eux, très communs, peuplent abondamment nos cours et nos maisons. D’autres paraissent plus élusifs. C’est le cas, me semble-t-il, des chrysopes. Pour ma part, du moins, je ne vois tout au plus qu’un individu par été. Avez-vous eu plus de chance que moi?
Chrysope observée dans ma cour en 2012Ailes d’une chrysope que j’ai trouvée séchée dans une toile d’araignée
Les chrysopes font partie de l’ordre des neuroptères (Neuroptera; famille des Chrysopidae). Vêtues de vert vif, elles sont faciles à reconnaître. Elles se distinguent également par de longues ailes translucides et fortement nervurées, qu’elles maintiennent en toit au-dessus de leur abdomen lorsqu’au repos. D’ailleurs, le terme « neuroptère » réfère aux nombreuses nervures qu’arborent les ailes. De plus, les chrysopes sont munies de grands yeux globuleux et iridescents, fréquemment dans les teintes de jaune ou de rouge métallique.
On retrouve les chrysopes un peu partout en Amérique du Nord, comme le témoigne une de mes photographies prise à Badwater basin, à Death Valley en Californie. Il s’agit de l’endroit le plus bas en Amérique du Nord, situé 282 pieds sous le niveau de la mer. Les quelques autres fois où j’ai pu en observer, c’était ici à Québec (un peu moins exotique, je sais!).
Les chrysopes sont des insectes bénéfiques. Les larves, en particulier, constituent de voraces prédateurs. Les adultes pondent les œufs au printemps, habituellement à proximité d’une source de nourriture (par exemple, une colonie de pucerons). Les œufs ont une curieuse apparence : tous blancs, ils sont suspendus à une tige rigide et mince, de sorte à être hors d’atteinte des prédateurs – notamment leurs propres frères et sœurs. Ils ressemblent en quelque sorte à une moitié de Q-tips miniature (voir cette photographie).
Comme mentionné, les larves ont un appétit tellement vorace qu’elles sont susceptibles de manger leurs propres parents. Elles ne font pas la fine bouche et consomment aussi une myriade d’autres invertébrés : pucerons, mites, thrips, larves de mouches et divers invertébrés au corps mou. Ce sont de vraies gloutonnes : selon les sources consultées, elles peuvent consommer 10 pucerons à l’heure, 30 à 50 acariens rouges du pommier à l’heure, jusqu’à 200 insectes par semaine, ou encore 200 à 500 individus pendant la durée de leur stade larvaire (environ dix-huit jours). Imaginez-les débarrasser vos plantes de leurs pucerons à la vitesse de l’éclair!
Les larves ont une allure bien particulière qui me fait penser à une sorte de dragon miniature (photographie à l’appui). Elles sont notamment dotées de fines mandibules allongées dont elles se servent pour injecter des enzymes digestifs dans leurs proies. Elles n’ont ensuite qu’à siroter les tissus liquéfiés! Une de mes sources précise que ce « venin », également produit par les adultes, est suffisamment fort pour induire des démangeaisons, voire des douleurs chez les humains. Doigts trop curieux s’abstenir! Étrangement, certaines larves agglutinent les exosquelettes de leurs proies et/ou divers débris sur leur dos, de sorte à se camoufler. Elles se retrouvent ainsi incognito, au beau milieu de leur garde-manger! À cet effet, je vous recommande d’aller voir cette première photographie, ainsi que cette seconde. Impressionnant, n’est-ce pas?
Chrysope observée à Death Valley, en CalifornieChrysope observée dans ma cour en 2009
Les adultes, de leur côté, adoptent une diète plus variée. Certains sont prédateurs (ils aiment bien les pucerons en particulier), alors que d’autres se délectent de nectar et de pollen. Certaines espèces optent pour les deux! D’ailleurs, selon le livre Solutions écologiques en horticulture, on peut attirer les chrysopes adultes dans notre cours en y laissant pousser des fleurs riches en nectar et en pollen (camomille, échinacée, pissenlit et tournesol, pour n’en nommer que quelques-unes), ainsi qu’en prévoyant la présence d’un point d’eau comme un bain d’oiseau. Évidemment, la présence de colonies de pucerons ne nuit pas… quoiqu’on ne fasse habituellement pas exprès pour encourager leur prolifération!
Fait intéressant, les sources que j’ai consultées indiquent que les chrysopes adultes sont susceptibles de dégager une odeur désagréable lorsqu’elles sont manipulées. Cela ne s’est pas produit pour ma part. Est-ce parce qu’elles sont à l’aise avec mon approche? Il faut préciser que je ne les capture pas au sens propre : je les laisse simplement grimper sur mes doigts. D’un autre côté, est-ce parce que je n’ai pas un bon odorat? Je ne suis pas en mesure de vous le confirmer à ce point, mais je serais ravie de vous entendre sur vos expériences en la matière!
Pour terminer, les sources consultées mentionnent que les adultes seraient plutôt nocturnes. Certains d’entre eux seraient d’ailleurs en mesure de détecter les ultrasons émis par les chauves-souris à l’aide de veines ultrasensibles situées sur leurs ailes! Bref, le mode de vie nocturne des chrysopes expliquerait sans doute pourquoi je n’ai pas eu la chance d’en observer fréquemment. Vous pouvez compter sur moi pour commencer à attirer et observer des insectes nocturnes l’été prochain. Peut-être tomberais-je sur l’élusive chrysope et d’autres découvertes du genre!
Pour en savoir plus
Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
Brisson, J.D. et al. 1992. Les insectes prédateurs : des alliés dans nos jardins. Fleurs Plantes et Jardins : Collection no. 1. 44 p.
Chaumeton, H., Directeur. 2001. Insectes. 384 p.
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
Smeesters, E. et al. 2005. Solutions écologiques en horticulture. 198 p.