Escale nature dans le Sud-ouest américain – Partie 1

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Joshua Tree National Park offre de beaux paysages typiques du Sud-ouest américain

Vous avez sans doute remarqué la trêve de chroniques DocBébitte des dernières semaines. La raison était fort simple : j’étais à l’extérieur du pays, affairée à visiter quelques recoins du Sud-ouest américain où demeurent mes neveux.

Bien que le voyage en soi n’en était pas un de nature entomologique, vous vous doutez sans doute que j’en ai profité pour observer – et photographier lorsque cela était possible – quelques invertébrés locaux. Armée de mon appareil photo, il m’est donc souvent arrivée de m’arrêter afin de prendre des clichés de quelques spécimens… au grand dam de mon conjoint et de mes neveux qui ont dû patienter à quelques reprises!

Notre premier arrêt fut à Joshua Tree National Park, un parc de toute beauté où se côtoient de jolies formations rocheuses et des « forêts » du fameux Joshua tree – un végétal qui a donné son nom au parc et dont l’apparence se situe à mi-chemin entre un arbre décidu et un cactus.

Trimerotropis pallidipennis_2
Une de mes premières observations entomologiques
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Dans ce secteur du parc, de très nombreux arbres étaient couverts de ces tentes, dans lesquelles on voyait encore certains individus
Malacosoma sp. 3
Chenille Malacosoma sp. rampant sur une roche

Lors de notre séjour dans ce parc, nous pûmes observer à plusieurs reprises de grosses fourmis sillonnant le sol. Aux dires de mes neveux, il s’agissait des fameuses « fire ants », des fourmis reconnues pour leur piqûre intense et irritante. Par conséquent, je pris mes précautions, évitant de m’agenouiller en plein milieu de leur chemin lorsque vint le temps de les examiner de plus près – contrairement à ce que j’aurais fait si j’avais été dans la même situation au Québec! Ce n’est qu’à mon retour au Québec que j’appris que le terme « fire ant » semble être utilisé surtout pour un genre de fourmis (Solenopsis), alors que les fourmis que j’avais photographiées s’avéraient plus probablement du genre Pogonomyrmex (des « Harvester Ants »). C’est leur forme et leur coloration, ainsi que la forme du nid qui ressemble à un cratère autour duquel la végétation est absente (selon les sources consultées), qui m’ont mise sur cette piste. « Fire ant » ou non, il n’en demeure pas moins que ce genre est, lui aussi, susceptible d’infliger une piqûre douloureuse. J’ai donc sans doute bien fait d’éviter de m’installer sur leur chemin!

Fait intéressant, le nom « harvesting ant » (« fourmi qui récolte » selon ma libre traduction) vient du fait que les ouvrières du genre Pogonomyrmex ont l’habitude de récolter les graines des plantes situées à proximité de leur nid pour les y ramener. Elles se nourrissent en grande partie de ces graines, mais aussi d’autres matières comme des invertébrés ou encore des restes d’animaux morts. Une fourmi que j’ai suivie ramenait même vers le nid ce qui ressemblait à une crotte d’oiseau séchée. Bref, toute matière organique semble bonne!

Toujours dans le parc, tout près de notre point de départ lors de la première journée, un criquet que je ne connaissais pas se prélassait au soleil. Je pus en prendre également plusieurs clichés, ce qui me permit de l’identifier comme étant fort probablement un Trimerotropis pallidipennis, le Pallid-winged grasshopper (voir addenda dans la chronique du 14 avril à cet effet: il s’agirait finalement d’un individu du genre Anconia). Il s’agit encore une fois d’une espèce associée aux zones désertiques, en particulier aux secteurs parsemés de petits buissons et de graminées. La coloration tachetée de brun et de beige de cet orthoptère le rend assez difficile à voir contre le sol graveleux et rocheux du désert américain. Heureusement pour moi, l’individu observé était confortablement installé en plein milieu d’un sentier pédestre asphalté, tout près du pavillon des visiteurs.

Dans un autre secteur du Joshua Tree National Park qui était parsemé de petits arbustes, je découvris que lesdits arbustes étaient jonchés de tentes en soie fabriquées par nulle autre que des chenilles du genre Malacosoma, un groupe comprenant plusieurs espèces connues pour leur capacité à fabriquer des abris de soie et pour dévorer les feuilles des arbres environnants! Des chenilles étaient encore visibles dans certains de ces abris, alors que quelques individus déambulaient sur des roches avoisinantes.

Des chenilles du genre Malacosoma sont retrouvées au Québec, notamment la livrée d’Amérique (M. americanum) qui est bien connue pour ses tentes en soie qu’elle tisse sur les arbres dont elle se nourrit. Bien que j’aie d’abord cru que les individus observés étaient eux aussi des M. americanum, je réalisai en consultant mes livres et diverses sources Internet qu’il était plus probable qu’il s’agisse d’espèces plus abondantes dans le sud-ouest des États-Unis comme M. californicum ou encore M. incurva. Ces espèces se ressemblant beaucoup, je n’étais pas certaine au moment de la rédaction de la présente chronique des façons de les différencier. Si vous avez des conseils à cet effet, n’hésitez pas à les écrire dans la section « Commentaires »!

Lézard U. stansburiana
Les lézards de toutes sortes étaient très abondants comme ce joli « Side-blotched lizard » (Uta stansburiana)

Les invertébrés n’étaient pas les seuls au rendez-vous dans le Joshua Tree National Park et nous avons également fait la rencontre de plusieurs oiseaux et reptiles, dont plusieurs espèces qui se gavaient sans doute des nombreux invertébrés visibles ou cachés sous les roches. En particulier, nous avons fréquemment croisé des lézards et des passereaux le long des sentiers de randonnée et, à mon grand plaisir, plusieurs d’entre eux se laissèrent prendre allègrement en photo. Si vous êtes passionnés d’invertébrés, mais aussi de nature et de petits animaux de toutes sortes, je vous recommande fortement une sortie dans ce parc national au printemps (à l’été, c’est beaucoup trop chaud) : vous pourriez même avoir l’occasion d’assister à des floraisons de fleurs et d’arbres du désert, ainsi que de cactus. J’agrémente d’ailleurs la présente chronique de quelques photographies et vidéos supplémentaires sur le sujet, question de vous mettre l’eau à la bouche! Voir à la suite de la section « Pour en savoir plus » ci-dessous.

Pour terminer, les autres observations entomologiques réalisées pendant notre voyage ont été effectuées en milieu plus urbanisé. Je poursuivrai mon récit de voyage à cet effet lors de la prochaine chronique!

 

Pour en savoir plus

 

Vidéo 1. Colonie de fourmis (Pogonomyrmex sp.) – celles-ci étaient nombreuses au Joshua Tree National Park.

 

Vidéo 2. Iguane du désert (Dipsosaurus dorsalis)

 

Vidéo 3. Bruant à gorge noire (Amphispiza bilineata)

 

Photographies

Bruant gorge noire
Les passereaux comme ce bruant à gorge noire brisaient le silence du désert de leurs chants
49 palms oasis
Une oasis dans le désert… une des randonnées possibles dans le parc
Fleurs du désert
Floraison en plein désert
Cactus en fleur
Cactus en fleur entouré d’une « forêt » d’autres cactus

L’araignée qui se prend pour une fourmi

Aviez-vous deviné ce qui figurait sur la photographie-mystère de la semaine dernière? Un abdomen de fourmi, certains diront-ils? Si tel est le cas, vous avez été dupés par une araignée qui appartient à une famille habile dans les déguisements : les Corinnidae.

C. cingulata
Castianeira cingulata femelle sous la loupe de mon stéréomicroscope
C. cingulata_2
C. cingulata que j’avais retrouvé dans mon sous-sol; je l’ai libéré dans ma cour

En particulier, l’araignée en question est dite myrmécomorphe, c’est-à-dire qu’elle adopte une apparence qui ressemble à une fourmi. Comme l’indique Paquin et Dupérré (2003), c’est le cas des Corinnidae du genre Castianeira, dont fait partie l’invertébré examiné cette semaine.

L’individu observé sous la loupe de mon stéréomicroscope s’avère plus spécifiquement être une femelle de l’espèce Castianeira cingulata que j’ai trouvée morte dans ma piscine. Cette espèce peut également se reconnaître facilement à partir de photographies, sans examen détaillé sous le microscope. En effet, la première partie de son abdomen, située immédiatement après le céphalothorax, est munie de deux bandes blanches, alors que les autres espèces en portent plus de deux ou aucune. Son nom anglais est d’ailleurs le Twobanded antmimic, soit l’imitateur de fourmis à deux bandes (traduction maison)! C’est ainsi que j’ai pu confirmer que j’avais aussi quelques clichés de spécimens de C. cingulata dans ma banque – tous observés également dans ma cour. Visiblement, il semble que ma cour soit un environnement d’intérêt pour cette espèce!

Cela n’est pas surprenant pour deux raisons : la première concerne l’habitat et la seconde, le fait que j’ai beaucoup de fourmis sur mon terrain… l’une n’excluant sans doute pas l’autre!

Côté habitat, la documentation que j’ai consultée indique que les Castianeira se retrouvent au sol, dans les forêts et les champs, arpentant la litière de feuilles et les pierres. Étant donné que nous avons un boisé dans notre cour et que les parois de nos plates-bandes sont faites de centaines de pierres naturelles empilées les unes sur les autres, il semble que cet habitat soit tout à fait convenable pour nos jolies araignées.

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C. cingulata rescapé de ma piscine – dans ma main, pour un ordre de grandeur
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Autre vue sur C. cingulata rescapé de ma piscine

Par ailleurs, nous retrouverons beaucoup de nids de fourmis dans nos plates-bandes et notre terrain est constamment sillonné par ces dernières. Difficile de se faire dorer au soleil, couchés au sol, sans se faire chatouiller par d’innombrables petites fourmis! Selon Paquin et Dupérré (2003), les Castianeira sont fréquemment observés en compagnie de fourmis. Ils ne se contentent pas de les imiter sur le plan morphologique : ils adoptent aussi un comportement faisant penser à des fourmis. En effet, nos arachnides imitent même les faits et gestes des fourmis : ils effectuent des déplacements rapides et saccadés, en changeant brusquement de direction, à la manière d’une fourmi. De plus, ils poussent la ruse jusqu’à étirer et onduler leurs pattes au-dessus de leur tête, de sorte qu’elles ressemblent à des antennes!

Pourquoi, vous demandez-vous sans doute, est-ce que ces araignées ont « choisi » de ressembler à des fourmis? L’hypothèse la plus probable, selon Paquin et Dupérré (2003), est que les araignées diminuent ainsi le risque de prédation. Selon l’espèce en cause, les fourmis peuvent mordre, piquer ou encore éjecter un acide – appelé acide formique – qui n’a pas particulièrement bon goût. Bref, c’est une bonne idée de ressembler à une fourmi si l’on ne veut pas se retrouver sur le menu d’un prédateur!

En regardant les photographies que j’ai prises de ce groupe d’araignées, je n’ai pas l’impression qu’elles ressemblent tant à des fourmis. Toutefois, en effectuant des recherches sur Internet, je suis tombée sur quelques clichés de Corinnidae (pas nécessairement C. cingulata, cependant) qui étaient plutôt éloquents. Voir notamment cette photographie tirée de PBase. L’araignée se mêle fort bien aux fourmis, ne trouvez-vous pas?

Dernier fait intéressant : en 2003, Paquin et Dupérré écrivaient que C. cingulata était une espèce connue seulement de l’extrême sud de la province de Québec. Je ne sais pas si « l’extrême sud » signifiait aussi loin que la région de Québec, mais je peux confirmer que, en 2014 (date de collecte et de prise de mes photos), il y avait déjà plusieurs individus sillonnant une cour boisée dans le secteur ouest de la ville de Québec! Peut-être, après la lecture de la présente chronique, réaliserez-vous également que vous avez observé, près de chez vous, cette jolie araignée qui se prend pour une fourmi!

 

Vidéo 1. Courte vidéo d’un individu C. cingulata que j’ai rescapé de ma piscine. Si vous êtes fins observateurs, vous noterez que la vidéo s’arrête brusquement lorsque je réalise que l’araignée court très vite pour remonter le long de mon bras vers mon cou. Je l’avoue, bien que j’aime manipuler ces bêtes, je souffre d’une arachnophobie modérée et je les préfère quand je suis en mesure de les voir!

 

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Bug Guide. Species Castianeira cingulata – Twobanded Antmimic. http://bugguide.net/node/view/39889
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Paquin, P. et N. Dupérré. 2003. Guide d’identification des araignées (Araneae) du Québec. 251 p.
  • Wikipédia. Castianeirahttps://fr.wikipedia.org/wiki/Castianeira

Avoir une taille d’hyménoptère

L’ordre des hyménoptères constitue un groupe d’insectes à la fois très commun, mais également méconnu. Les hyménoptères sont omniprésents dans nos plates-bandes et nos cours. Ils jouent d’importants rôles dans les écosystèmes terrestres. En revanche, ils sont très nombreux et fort diversifiés. Nous n’en connaissons qu’une infime partie. Il me semble en effet plus facile de se procurer des livres et des guides sur les flamboyants papillons ou coléoptères, alors que les hyménoptères demeurent davantage dans l’ombre.

Bourdon_Pollinisateur
Bourdon se délectant de nectar

La question que certains d’entre vous vous posez est sans doute « qui sont les hyménoptères »? Tout d’abord, sachez que le terme hyménoptère signifie « ailes membraneuses» ou « ailes mariées », selon les sources. Ce nom fait référence au fait que les deux paires d’ailes des hyménoptères sont liées par de petits crochets, en plus d’être membraneuses et faiblement veinées. C’est notamment en observant la présence de ces deux paires d’ailes que l’on peut distinguer les hyménoptères de certaines mouches (diptères) qui prennent plaisir à les imiter (voir cette chronique). Les mouches ne possèdent effectivement qu’une seule paire d’ailes.

Ce n’est toutefois pas par les ailes que l’on reconnaît habituellement la majorité des hyménoptères, mais plus souvent par leur forme. En effet, beaucoup d’hyménoptères (ceux appartenant au sous-ordre Apocrita) ont une fine taille créée par une dépression entre le deuxième et le troisième segment abdominal (le premier étant fusionné au thorax) – d’où l’expression avoir une taille de guêpe. Les familles qui possèdent ces attributs et qui nous sont les plus familières sont les vespidae (guêpes), les formicidae (fourmis), ainsi que les apidae (abeilles et bourdons). Ce groupe inclut aussi les pélécinides (pelecinidae), qui ont fait l’objet d’une précédente chronique, ainsi que moult individus moins connus.

Abeille cotonnière
Abeille cotonnière (Famille : Megachilidae)

Le second sous-ordre (Symphyta) comprend bon nombre d’individus avec lesquels nous sommes généralement moins familiers. Bien qu’ils ne possèdent pas de taille plus fine, ils ressemblent tout de même à de petites abeilles ou guêpes. Les femelles appartenant à ce groupe sont munies d’un ovipositeur dont elles se servent pour pondre leurs œufs dans des plantes et des arbres. Les larves, qui ressemblent à des chenilles, se nourrissent de ces plantes-hôtes. C’est à cause de ce comportement que certaines d’entre elles sont d’ailleurs considérées comme des pestes. Un groupe sans doute connu des jardiniers (je pense à quelques membres de ma famille qui ont notamment des rosiers!) et appartenant au sous-ordre Symphyta est celui des tenthrèdes.

Les espèces comprises dans le sous-ordre Apocrita, quant à elles, présentent une plus grande variété dans leurs comportements et préférences alimentaires : on y retrouve des prédateurs, des parasitoïdes et des pollinisateurs.

Chrysididae
Guêpe-coucou, un petit parasitoïde d’un joli bleu-vert métallique

Plusieurs familles d’Apocrita sont des parasitoïdes externes ou internes d’autres invertébrés. Les pélécinides en sont un bon exemple. Les femelles parviennent à atteindre les larves de hanneton, enfouies sous la terre, à l’aide de leur long ovipositeur pour y pondre leurs œufs. Les larves de pélécinides qui s’y développent se nourrissent de la chair des larves de hannetons. Les ichneumonidés, une autre famille qui a adopté cette stratégie, sont également très impressionnants (voir cette photo en exemple). Ils sont munis d’un très long ovipositeur servant à percer l’écorce des arbres afin de rejoindre les larves de divers insectes, incluant celles d’hyménoptères du sous-ordre Symphyta.

Plusieurs espèces de guêpes et de fourmis sont des prédateurs. Certaines guêpes, par exemple, rapportent au nid des insectes variés et servent une recette d’insectes prémâchés à leurs larves. Ces guêpes et fourmis peuvent parfois compléter leur régime avec du pollen ou encore avec du miellat, une substance collante et sucrée produite par les pucerons. J’avais déjà parlé plus en détail de l’association entre des fourmis et des pucerons (à cause du miellat) dans cette précédente chronique. Certaines fourmis ont aussi développé l’art de cultiver des champignons, quoiqu’on ne les retrouverait pas tout à fait jusqu’ici (la littérature parle d’une limite nordique dans les environs de New York).

Dolichovespula maculata
Guêpe à taches blanches, un hyménoptère prédateur bien répandu
Fourmi 2
Fourmi noire

Les abeilles et les bourdons, quant à eux, se nourrissent de pollen. Ce sont des pollinisateurs par excellence et c’est pourquoi ils jouent un rôle très important dans les écosystèmes terrestres. Sans eux, beaucoup de fruits, de légumes et de céréales que nous mangeons ne seraient tout simplement pas (ou beaucoup moins) fertilisés.

L’ordre des hyménoptères comprend plusieurs insectes sociaux, qui vivent en colonies complexes. C’est le cas de plusieurs espèces de guêpes, d’abeilles, de bourdons et de fourmis. Ces sociétés invertébrées sont matriarcales. La reine fonde la colonie : elle donne naissance à des femelles stériles dont les rôles peuvent varier. Bon nombre sont des ouvrières qui se chargent notamment de prendre soin des rejetons, de trouver de la nourriture et de faire l’entretien de la colonie. Chez certaines espèces, l’on retrouve également des soldats dont le rôle est de défendre la colonie.

En somme, l’ordre des hyménoptères est très diversifié et je dois bien humblement avouer que j’en connais moi-même très peu à leur sujet. Les lectures que j’ai effectuées afin de préparer la présente chronique m’ont convaincue que j’avais encore beaucoup de choses à vous raconter. Je compte donc bel et bien vous faire le portrait de certains individus au fur et à mesure que je les rencontrerai! On se dit donc « à suivre »!

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • Wikipédia. Hymenoptera. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hymenoptera

Des insectes propres propres

Parmi les tâches quotidiennes que nous exécutons, quoi de plus coutumier que de se laver? Plus ou moins chaque jour (selon nos critères de propreté!), nous prenons douches et bains, dans l’objectif louable de désincruster notre peau et nos cheveux des impuretés qu’ils ont recueillies pendant la journée. De façon similaire, nous voyons souvent nos chats, chiens ou oiseaux domestiques prendre le temps de se nettoyer.

Les insectes ne sont pas en reste! Eux aussi accordent beaucoup d’importance à leur hygiène corporelle. Le fait de se laver leur apporte en effet plusieurs bienfaits.

Mouche lave
Les mouches passent beaucoup de temps à se laver – Celle-ci se frotte les pattes l’une contre l’autre
Coccinelle asiatique lave
Coccinelle asiatique qui se lisse les antennes

Tout d’abord, les insectes sont munis d’organes sensoriels délicats qui, s’ils sont sales, n’opèrent pas convenablement. À titre d’exemple, leurs antennes peuvent servir à de multiples fins (odorat, goût, texture, température, etc.) et doivent par conséquent être dépourvues d’impuretés. Sans un nettoyage régulier des antennes, il devient difficile pour les insectes de trouver leur nourriture, éviter les prédateurs ou encore trouver un partenaire. De même, le nettoyage permet aux insectes volants de lisser leurs écailles de sorte à diminuer la friction lorsqu’ils sont en vol.

Le nettoyage quotidien permet aussi de se débarrasser des organismes pathogènes et des parasites qui pourraient autrement devenir trop abondants et altérer la qualité de vie de l’insecte qui en est porteur. De plus, certains insectes profitent des séances de nettoyage pour se badigeonner le corps de sécrétions corporelles. Ces dernières sont souvent utiles pour s’identifier entre espèces et dénicher un partenaire intéressant.

Fait étonnant, une des sources que j’ai consultées suggère que, tout comme chez plusieurs mammifères et oiseaux, le comportement conduisant les insectes à se « nettoyer » peut être induit par le stress. Qui aurait cru qu’un insecte stressé puisse développer la manie de se laver?

Les tactiques de nettoyage sont nombreuses et variées. Afin d’atteindre les différentes parties de leur corps, les insectes se frottent avec leurs pattes, se grattent ou se lèchent avec leurs pièces buccales, s’étirent et se secouent les ailes et « gigotent » dans tous les sens. Certains insectes pratiquent également le « nettoyage communautaire ». Par exemple, les abeilles et les termites se servent de leurs pièces buccales afin d’enlever tout débris ou parasite du corps de leurs consœurs. Chez les fourmis, une étude récente a permis d’observer que la fourmi noire des jardins nettoie ses larves afin de les débarrasser de spores nocives pour la communauté. Elle prélève ces spores avec sa bouche, puis les recrache ensuite plus loin sous forme de boulettes.

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Cette scuddérie utilise sa bouche pour se nettoyer les pattes

Quoi de mieux pour illustrer certaines tactiques utilisées par les insectes que des vidéos que j’ai prises l’été dernier? Une image vaut mille mots, dit-on! Ces vidéos, que vous pourrez visionner ci-dessous, présentent en un premier temps une cicindèle à six points. J’avais rescapé cette dernière de ma piscine. On la voit se frotter frénétiquement les pattes et les ailes. La seconde vidéo présente un autre insecte que j’avais également retrouvé dans ma piscine. Il s’agit d’un petit hyménoptère bleu que je n’ai malheureusement pas encore identifié. Il utilise notamment ses pattes afin de lisser et de nettoyer ses antennes. Pour terminer, on voit un syrphe (mouche à fleurs) qui se nettoie les yeux à l’aide de ses pattes, pour ensuite les ramener vers ses pièces buccales.

Voilà ce qui vous prouvera que les insectes, quoiqu’on en pense, accordent beaucoup d’importance à la propreté! Selon une de mes sources, ils seraient même pires que des adolescents imbus d’eux-mêmes, tellement ils passent de temps à se nettoyer!

Bon visionnement!

 

1 – Vidéo de la cicindèle à six points

 

2- Vidéo de l’hyménoptère bleu

 

3- Vidéo du syrphe

 

Pour en savoir plus

Une armée de pucerons

Pucerons fourmis
Pucerons envahissant mon aubépine et fourmis associées

Que vous soyez fin jardinier ou que vous appréciez tout simplement avoir un peu de verdure autour de votre maison, vous n’êtes pas sans connaître les pucerons!

Comme tout hémiptère qui se respecte, les pucerons sont dotés d’un rostre dont ils se servent pour drainer la sève des plantes. Leur arme secrète? Ils s’attaquent à vos plantes par centaines!

C’est à la suite du constat que mon aubépine arbustive était envahie de pucerons – et quand je parle d’envahie, c’est que je ne trouve pas un pouce carré de l’arbuste qui n’est pas affecté – que j’ai décidé de vous parler de ce groupe d’insecte. Mon aubépine est effectivement en état de siège non seulement par des pucerons, mais par une armée de fourmis qui les protège. J’ai d’ailleurs pu prendre plusieurs photographies qui témoignent de ce fascinant partenariat.

Pucerons fourmis 2
Autre branche, même histoire!

Mais pourquoi donc les fourmis protègent-elles de simples pucerons? La réponse réside dans ce que les pucerons éjectent de leur arrière-train : le miellat. Le miellat est un liquide sucré sécrété par les pucerons dont les fourmis raffolent. Ces dernières font d’ailleurs, en quelque sorte, l’élevage des pucerons, afin de pouvoir profiter au maximum de cette denrée.

Et gare aux intrus! Les fourmis les mordront et les attaqueront sans hésiter! C’est d’ailleurs parce que je me suis fait mordre par des fourmis, alors que je nettoyais la plate-bande située à côté de mon aubépine, que j’ai découvert le pot aux roses!

Revenons à nos pucerons! Sur les photographies où l’on voit les pucerons et les fourmis, on ne voit que des pucerons aptères (ne possédant pas d’ailes). Toutefois, certains individus sont dotés d’ailes et peuvent se déplacer, assurant ainsi la dissémination de l’espèce. Un fait étonnant que j’ai appris en faisant des recherches pour la présente chronique, c’est que les femelles ne sont fécondées qu’une seule fois à l’automne. Elles pondent des œufs et donnent ainsi naissance à des femelles dites vivipares, c’est-à-dire qui produisent des individus sans fécondation, un peu comme des clones. Ce sont ces femelles qui produiront des rejetons tout l’été suivant, jusqu’à une nouvelle fécondation à l’automne. Étrangement, alors que ces « clones » sont encore à l’intérieur du ventre de leur mère, ils commencent déjà à former leurs propres clones. Bref, chaque femelle peut se retrouver à porter plusieurs générations à la fois! Pas difficile de croire qu’elles peuvent coloniser rapidement toute plante!

Puceron ailé
Puceron ailé tenant sur le bout de mes doigts

Comme je l’ai mentionné en début de chronique, les pucerons ont pour principale occupation de s’agglomérer en colonies afin d’aspirer la sève des plantes. Herbacées, arbustes, arbres, rien de les arrête… ou presque! En effet, nous avons heureusement quelques alliés dans le monde animal qui se nourrissent de pucerons, entre autres les chrysopes, les coccinelles et leurs larves, ainsi que les larves de syrphes (voir cette précédente chronique).

Outre la lutte biologique, plusieurs solutions dites écologiques existent pour faire face à une armée de pucerons. Plusieurs concoctions à base de savons doux, vinaigre ou autres peuvent être trouvés sur Internet ou dans les livres d’horticulture. Quant à leur efficacité ou encore leur impact sur les plantes-hôtes et les autres espèces d’invertébrés, je ne pourrais vous en dire plus. La meilleure solution est d’y aller avec parcimonie et, comme le suggère le jardinier paresseux, si une plante est trop problématique, c’est peut-être signe qu’elle n’est pas la bonne pour vous ou pour sa localisation géographique!

 

Pour en savoir plus