De bonnes mamans!

En cette semaine précédant la Fête des Mères, quoi de mieux qu’une chronique offrant une ode aux mamans… qu’elles soient vertébrées ou non? En effet, prodiguer des soins parentaux à sa progéniture afin de lui assurer un avenir adéquat n’est pas que l’apanage des humains. Non seulement de nombreux autres vertébrés prennent soin de leurs rejetons (mammifères, oiseaux, reptiles et poissons), mais plusieurs invertébrés le font également.

Le premier exemple qui vient à l’esprit est celui des araignées. N’avez-vous pas déjà aperçu une maman araignée protégeant son nid (prenant souvent la forme d’une boule ou d’une masse de soie remplie d’œufs)? Certaines araignées vont non seulement veiller sur leurs œufs, mais aussi les transporter partout avec elles. C’est notamment le cas des araignées-loup (Lycosidae), qui accrochent leurs œufs – une grosse boule de soie – à la base de leur abdomen.

Lycosidae et oeuf
Araignée-loup traînant ses oeufs au bout de son abdomen

Un second exemple de mère exemplaire provient d’une recherche récente qui a observé que certaines mères chrysomèles (coléoptère de la sous-famille des Chrysomelinae) protègent farouchement leurs œufs et leurs larves. La mère attaque tout ce qui s’approche de la feuille où se situent ses rejetons. Elle suit également ses larves de près, les empêchant de s’éloigner et de s’éparpiller. Plusieurs cas similaires existent : punaises à dentelle (hémiptère de la famille des Tingidae), mouches à scie (hyménoptère du sous-ordre Symphyta), cassides (coléoptère de la sous-famille des Cassidinae), etc. Dans tous ces cas, les mères défendent leur progéniture, souvent contre des ennemis plus puissants. Elles ne survivent donc pas nécessairement à l’attaque, mais offrent quelques précieuses minutes à leurs rejetons afin qu’ils trouvent un abri sûr.

En plus de protéger leurs jeunes, d’autres insectes se chargent également de les nourrir. Chez l’espèce cryptocerus punctulatus, une sorte de coquerelle vivant dans le bois mort, les deux parents protègent leur progéniture et assurent leur alimentation. En effet, étant donné que l’aliment de base (le bois) est difficile à digérer et peu riche en nutriments, les parents nourrissent les larves directement… à partir du contenu de leur anus! Les larves reçoivent ainsi une nourriture prétraitée et additionnée d’éléments nutritifs et de bactéries facilitant la digestion! Les mères perce-oreilles, quant à elles, mâcheraient la nourriture de leurs nouveau-nés et la régurgiteraient à leur intention. Ces insectes en font donc beaucoup pour assurer que leurs enfants soient bien nourris et en santé. On peut remercier nos parents de ne pas être allés tout à fait jusque là!

Araignée et oeufs
Araignée protégeant ses oeufs

Du côté des invertébrés marins (je n’en parle pas souvent, mais ce sont bien des invertébrés, eux aussi!), la pieuvre géante du Pacifique est un exemple extrême de soin maternel. La femelle s’isole dans une caverne sous-marine avec ses œufs. Elle s’assure en constance qu’ils sont protégés, bien aérés et exempts d’impuretés. Elle ne bougera, ni ne s’alimentera pendant toute cette période (cinq à six mois) et ira jusqu’à en mourir, sacrifice ultime pour s’assurer que ses rejetons aient toutes les chances devant eux. Je vous recommande de jeter un coup d’œil à cette vidéo à cet effet.

En outre, les mamans invertébrées mettront beaucoup d’énergie pour favoriser la survie de leurs petits. Elles méritent, comme nos mamans vertébrées à nous, qu’on leur souhaite « Bonne Fête des Mères »!

Pour couronner le tout, je profite de cette tribune pour souhaiter une « Bonne Fête des Mères  » toute spéciale à ma maman vertébrée à moi, qui m’a toujours encouragée à m’épanouir et à faire ce que j’aime dans la vie… même si cela signifie entre autres de parler de bébittes incessamment! Merci maman pour tout!

 

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Un écosystème dans ma piscine – Partie 2

La semaine dernière, je vous ai parlé de quelques insectes qui se sont installés dans ma piscine lorsque nous avons été contraints de laisser l’eau y stagner, avant de la réparer. J’ai présenté les formes larvaires de certains insectes herbivores et d’un insecte carnivore. Cette semaine, je vous parle des insectes adultes que j’y ai retrouvés.

Dytique adulte
Dytique adulte

Le premier d’entre eux est le dytique. Le dytique est un coléoptère et, comme je l’ai mentionné dans la chronique de la semaine dernière, la larve est entièrement aquatique. L’adulte, quant à lui, a la capacité de se déplacer hors de l’eau et colonise ainsi de nouveaux milieux. Il aime bien, cependant, passer beaucoup de temps submergé sous l’eau. C’est en emprisonnant l’air sous ses ailes, à l’extrémité de son abdomen, que celui-ci arrive à respirer sous l’eau. Il traine donc son air avec lui, comme le ferait un plongeur avec une bonbonne d’oxygène. Bref, nous n’avons rien inventé! Sur la photographie que j’ai prise, on voit d’ailleurs une bulle d’air dépasser du bout de l’abdomen du dytique.

Tout comme les larves, les dytiques adultes sont des prédateurs. Ils ne sont pas capricieux et se nourrissent d’invertébrés et de petits vertébrés de toutes sortes, en autant qu’ils soient de taille à être maîtrisés. Ils sont aussi charognards et un bon filet de poisson mort fait tout autant leur affaire! Ils sont dotés de mandibules qu’ils utilisent pour déchiqueter les proies qu’ils attrapent. Ils peuvent également s’en servir lorsque qu’ils se retrouvent manipulés sans leur consentement! Je me suis effectivement déjà fait mordre un doigt par un dytique (celui sur la photo!). Rien de bien grave, quoiqu’un peu saisissant!

Gerridae
Gerridé (cette photo a été prise dans mon étang plutôt que dans ma piscine)

Les deux autres insectes adultes que j’ai retrouvés dans ma piscine étaient des hémiptères : le gerridé (famille des gerridae) et le notonecte (famille des notonectidae). Vous connaissez bien le gerridé, communément appelé « araignée d’eau » ou « patineur ». Il ne s’agit bien sûr pas d’une araignée! Le gerridé vit à la surface de l’eau, contrairement au dytique. Il « patine » tout bonnement sur l’eau, puisque ses pattes sont équipées de fins poils hydrofuges lui permettant de flotter et de se mouvoir aisément à la surface de l’eau. Il s’agit également d’un prédateur. Lorsqu’il sent des vibrations générées par un insecte en détresse (venant de tomber dans l’eau), il se précipite sur ce dernier afin de s’en nourrir. Il saisi ses proies à l’aide de ses courtes pattes de devant. De plus, comme tous les hémiptères, il possède un rostre, dont il se sert pour « percer » l’exosquelette de ses proies et y aspirer les fluides.

Les gerridés ne sont pas, eux non plus, très capricieux quand vient le temps de s’alimenter. Ils se délectent d’organismes aquatiques ou terrestres, invertébrés ou vertébrés, ainsi que vivants ou morts. Il arrive parfois que plusieurs gerridés se précipitent sur une même proie afin d’en faire un festin, comme le montre cette photo.

Tout comme les gerridés, les notonectes vivent près de la surface de l’eau, à l’affût d’une proie. Toutefois, au lieu d’être sur l’eau, ils se maintiennent sous l’eau, tête en bas! Ils sont d’ailleurs appelés « backswimmers » en anglais. Carnivore vorace, le notonecte attend qu’une proie malchanceuse tombe à l’eau. Comme il vit sous l’eau, il se nourrit aussi d’organismes aquatiques tels que des crustacés, des poissons et des têtards. Il est muni d’un rostre et, au même titre que le gerridé, transperce ses proies pour en extraire les fluides.

Notonecte
Notonecte

Les pattes antérieures du notonecte sont très longues et munies de nombreux poils. Elles ressemblent à des rames ou à de longues palmes. Le notonecte les maintient typiquement en position « ouverte », ce qui lui permet de se mouvoir rapidement, d’un simple coup de pattes. On voit bien comment il s’en sert sur cette vidéo. Le notonecte peut respirer sous l’eau en emprisonnant une bulle d’air au bout de son abdomen, tout comme le fait le dytique adulte. D’ailleurs, le dytique adulte est lui aussi muni de longues pattes qu’il utilise comme des rames. Toutefois, le dytique est un coléoptère, alors que le notonecte est un hémiptère. Il est fascinant de voir à quel point deux groupes taxonomiques différents en sont venus à une telle ressemblance physique. Il faut croire qu’il s’agit d’une technique évolutive gagnante!

Sur ces sages mots, j’espère que vous en saurez un peu plus sur les organismes qui sont en mesure de coloniser des milieux aquatiques aussi surprenants qu’une piscine brisée! Qui sait, vous pourriez aussi vous amuser à vous prendre pour un dytique ou un notonecte la prochaine fois que vous ferez de la plongée sous marine, armés de palmes et d’une bonbonne d’oxygène!!!

 

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