Escale nature dans le Sud-ouest américain – Partie 2

La semaine dernière, je vous parlais d’une première partie de voyage dans le Sud-ouest américain dans le cadre duquel j’avais eu la chance d’observer quelques insectes.

Coquerelle Nevada
Coquerelle mal en point retrouvée sur le sol
Coquerelle Disneyland
Cette photographie médiocre est simplement pour témoigner de mon observation d’une coquerelle à Disneyland

Je commence par une petite rectification : on m’a informée que le criquet que j’avais observé était vraisemblablement un individu du genre Anconia (possiblement même A. integra, mais à confirmer) plutôt que T. pallidipennis. Bien que les motifs et la coloration soient similaires, ce sont les yeux et la forme de la tête entre ces deux individus qui présentent quelques différences. Les yeux du genre Anconia sont de plus grande taille, alors que la tête de T. pallidipennis est plus large et ne présente pas, ou peu, de déclivité (merci à Jean-Philippe pour ces précisions!).

Refermons cette petite parenthèse et poursuivons notre périple!

La seconde partie de notre voyage s’est effectuée en milieu plus urbain. En fait, nous avons passé du temps en banlieue de Las Vegas, ainsi qu’en Californie, à Disneyland. Nous n’étions pas en pleine nature, visiblement. Cela ne m’a pas empêchée d’observer quelques invertébrés dont un groupe en particulier qu’il m’était surprenant de voir ainsi aussi facilement en plein air : des coquerelles! De très grosses coquerelles.

Ma première rencontre fut à un endroit inattendu. Près d’un manège à Disneyland alors que nous n’étions pas encore aux heures de pointe, j’entendis un de mes neveux s’exclamer et m’appeler immédiatement pour venir voir ce qu’il avait trouvé. Il s’agissait d’une grosse coquerelle qui déambulait sur le bord d’une clôture dans un secteur muni de jeux divers. Je dois avouer que je ne m’y attendais pas! La photo que je pris avec mon iPhone n’est vraiment pas terrible, mais je vous la présente tout de même. La coquerelle faisait au moins 3 centimètres de long! Moi qui croyais que ces bêtes se cachaient dans des petits recoins reculés pour ne sortir que la nuit! Je ne pensais pas voir une coquerelle en plein jour dans un parc d’attractions majeur!

Ma seconde observation se fit dans une rue près d’où nos neveux demeurent. La coquerelle en question avait dû être blessée et gisait sur le dos, bougeant lentement des pattes. Je pris une vidéo que vous pourrez visionner ci-dessous. Encore une fois, la bête était de bonne taille. J’ai rapporté cette observation à ma belle-sœur qui m’indiqua que les coquerelles sont tellement communes qu’elles sont facilement visibles : dès que le soleil se couche, elles ne se gênent pas pour ramper à côté de vous si vous êtes confortablement installés à l’extérieur. Malheureusement, ces insectes cherchent également à entrer dans les maisons lors des changements de saison. À ce qu’il semble, les exterminateurs sont bien occupés dans ce coin de pays au printemps et à l’automne.

Veuve noire
Le plus près que j’ai été (du moins consciemment) d’une veuve noire
Mygale Nevada
Mygales et autres araignées peuvent être examinées en sécurité pour ceux qui préfèrent éviter les morsures!

Ce ne sont pas toutes les espèces de coquerelles qui cherchent à entrer dans les maisons. Bien au contraire, la majorité des coquerelles nord-américaines seraient plutôt associées aux régions boisées et non habitées et ne seraient donc pas considérées comme des pestes. Les coquerelles sont des omnivores opportunistes et vont par conséquent se nourrir d’une très vaste variété d’aliments. C’est malheureusement aussi ce qui en fait des vecteurs de maladies lorsqu’elles se retrouvent étroitement associées aux humains. En effet, celles-ci peuvent se nourrir de restes en décomposition, incluant des cadavres d’animaux et des déchets variés. Ainsi, quand elles entrent dans nos demeures, elles peuvent transporter avec elles divers pathogènes, surtout si elles se retrouvent à proximité de nos propres sources de nourriture. Selon Stewart (2011), les coquerelles liées aux habitations humaines sont susceptibles d’être vecteur d’une vaste quantité de pathogènes incluant l’E. coli, la salmonellose, la lèpre, la fièvre typhoïde, la dysenterie, la peste, les ankylostomes, l’hépatite, les staphylocoques et les streptocoques. Oui oui, « beurk » semble une réaction appropriée en réponse à cette énumération! En outre, c’est la raison pour laquelle vous aurez noté que je ne manipule pas l’individu que j’ai filmé sur la vidéo!

Ce qui m’amène à vous parler de quelques invertébrés venimeux retrouvés dans ce secteur de l’Amérique du Nord. Contrairement à ce que je fais quand je suis au Québec, je m’abstiens de soulever des roches et de manipuler trop abondamment toutes sortes d’espèces d’invertébrés lorsque nous allons visiter le Sud-ouest américain. Cette portion de l’Amérique du Nord (Nevada, Arizona, Utah et compagnie!) recèle de bons nombres de créatures venimeuses susceptibles d’infliger des morsures douloureuses, voire dangereuses pour les humains. Au menu figurent notamment scorpions, veuves noires, mygales et serpents à sonnettes. Bref, en tant que simple entomologiste amateur qui ne connaît pas en profondeur toutes ces espèces, je préfère m’abstenir et laisser la manipulation aux professionnels!

De toutes les visites effectuées dans ce secteur, je n’ai pas encore eu la chance – ou la malchance – de faire la rencontre de tels individus en pleine nature. Bien sûr, les centres nature du coin permettent de voir en toute sécurité la majorité de ces animaux. Pour les plus téméraires, il serait sans doute facile de soulever quelques roches ici et là pour voir ce qui s’y cache. Pour ma part, je préfère réaliser mes observations sagement en toute sécurité et garder le soulèvement de roches pour « mes » rivières québécoises!

Abeille flaque eau_Nevada
Les points d’eau comme les piscines ou les flaques attirent toujours abeilles, guêpes et mouches

Finalement, comme plusieurs plantes du désert étaient en fleur à cette époque de l’année, je pus voir plusieurs hyménoptères (abeilles et guêpes), ainsi que des mouches en pleine séance de pollinisation. Nous observâmes également ces mêmes groupes d’insectes près de points d’eau, comme la piscine du quartier où de jolies grosses guêpes venaient s’abreuver à la surface de l’eau. Je n’avais malheureusement pas mon appareil photo à ce moment (j’avais prévu me baigner!), mais je pus tout de même photographier un peu plus tard quelques autres individus dans une flaque d’eau qui semblait provenir d’une toute petite résurgence souterraine.

Pour terminer, les invertébrés n’étaient pas les seuls au rendez-vous, comme je l’ai précisé dans la chronique de la semaine dernière. Oiseaux, reptiles et quelques petits rongeurs du désert se sont présenté le bout du nez. Par ailleurs, le Sud-ouest américain recèle d’une vaste quantité de parcs nationaux tout aussi beaux les uns que les autres. Je recommande au moins une escale dans ce coin de pays à ceux d’entre vous qui aiment voyager!

 

Vidéo 1. Coquerelle mal en point qui s’agitait sur le sol. C’était ma deuxième observation et j’étais surprise par la taille des individus – voir mon pied en comparaison dans la vidéo.


Pour en savoir plus

  • Alden, P. et P. Friederici. 2012. National Audubon Society Field Guide to the Southwestern States. 447 p.
  • Bug Guide. Order Blattodea – Cockroaches and Termites. http://bugguide.net/node/view/342386
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Stewart, A. 2011. Wicked bugs. 272 p.
  • Wikipedia. Cockroach. https://en.wikipedia.org/wiki/Cockroach

Escale nature dans le Sud-ouest américain – Partie 1

Joshua Tree_1
Joshua Tree National Park offre de beaux paysages typiques du Sud-ouest américain

Vous avez sans doute remarqué la trêve de chroniques DocBébitte des dernières semaines. La raison était fort simple : j’étais à l’extérieur du pays, affairée à visiter quelques recoins du Sud-ouest américain où demeurent mes neveux.

Bien que le voyage en soi n’en était pas un de nature entomologique, vous vous doutez sans doute que j’en ai profité pour observer – et photographier lorsque cela était possible – quelques invertébrés locaux. Armée de mon appareil photo, il m’est donc souvent arrivée de m’arrêter afin de prendre des clichés de quelques spécimens… au grand dam de mon conjoint et de mes neveux qui ont dû patienter à quelques reprises!

Notre premier arrêt fut à Joshua Tree National Park, un parc de toute beauté où se côtoient de jolies formations rocheuses et des « forêts » du fameux Joshua tree – un végétal qui a donné son nom au parc et dont l’apparence se situe à mi-chemin entre un arbre décidu et un cactus.

Trimerotropis pallidipennis_2
Une de mes premières observations entomologiques
Malacosoma sp. 4
Dans ce secteur du parc, de très nombreux arbres étaient couverts de ces tentes, dans lesquelles on voyait encore certains individus
Malacosoma sp. 3
Chenille Malacosoma sp. rampant sur une roche

Lors de notre séjour dans ce parc, nous pûmes observer à plusieurs reprises de grosses fourmis sillonnant le sol. Aux dires de mes neveux, il s’agissait des fameuses « fire ants », des fourmis reconnues pour leur piqûre intense et irritante. Par conséquent, je pris mes précautions, évitant de m’agenouiller en plein milieu de leur chemin lorsque vint le temps de les examiner de plus près – contrairement à ce que j’aurais fait si j’avais été dans la même situation au Québec! Ce n’est qu’à mon retour au Québec que j’appris que le terme « fire ant » semble être utilisé surtout pour un genre de fourmis (Solenopsis), alors que les fourmis que j’avais photographiées s’avéraient plus probablement du genre Pogonomyrmex (des « Harvester Ants »). C’est leur forme et leur coloration, ainsi que la forme du nid qui ressemble à un cratère autour duquel la végétation est absente (selon les sources consultées), qui m’ont mise sur cette piste. « Fire ant » ou non, il n’en demeure pas moins que ce genre est, lui aussi, susceptible d’infliger une piqûre douloureuse. J’ai donc sans doute bien fait d’éviter de m’installer sur leur chemin!

Fait intéressant, le nom « harvesting ant » (« fourmi qui récolte » selon ma libre traduction) vient du fait que les ouvrières du genre Pogonomyrmex ont l’habitude de récolter les graines des plantes situées à proximité de leur nid pour les y ramener. Elles se nourrissent en grande partie de ces graines, mais aussi d’autres matières comme des invertébrés ou encore des restes d’animaux morts. Une fourmi que j’ai suivie ramenait même vers le nid ce qui ressemblait à une crotte d’oiseau séchée. Bref, toute matière organique semble bonne!

Toujours dans le parc, tout près de notre point de départ lors de la première journée, un criquet que je ne connaissais pas se prélassait au soleil. Je pus en prendre également plusieurs clichés, ce qui me permit de l’identifier comme étant fort probablement un Trimerotropis pallidipennis, le Pallid-winged grasshopper (voir addenda dans la chronique du 14 avril à cet effet: il s’agirait finalement d’un individu du genre Anconia). Il s’agit encore une fois d’une espèce associée aux zones désertiques, en particulier aux secteurs parsemés de petits buissons et de graminées. La coloration tachetée de brun et de beige de cet orthoptère le rend assez difficile à voir contre le sol graveleux et rocheux du désert américain. Heureusement pour moi, l’individu observé était confortablement installé en plein milieu d’un sentier pédestre asphalté, tout près du pavillon des visiteurs.

Dans un autre secteur du Joshua Tree National Park qui était parsemé de petits arbustes, je découvris que lesdits arbustes étaient jonchés de tentes en soie fabriquées par nulle autre que des chenilles du genre Malacosoma, un groupe comprenant plusieurs espèces connues pour leur capacité à fabriquer des abris de soie et pour dévorer les feuilles des arbres environnants! Des chenilles étaient encore visibles dans certains de ces abris, alors que quelques individus déambulaient sur des roches avoisinantes.

Des chenilles du genre Malacosoma sont retrouvées au Québec, notamment la livrée d’Amérique (M. americanum) qui est bien connue pour ses tentes en soie qu’elle tisse sur les arbres dont elle se nourrit. Bien que j’aie d’abord cru que les individus observés étaient eux aussi des M. americanum, je réalisai en consultant mes livres et diverses sources Internet qu’il était plus probable qu’il s’agisse d’espèces plus abondantes dans le sud-ouest des États-Unis comme M. californicum ou encore M. incurva. Ces espèces se ressemblant beaucoup, je n’étais pas certaine au moment de la rédaction de la présente chronique des façons de les différencier. Si vous avez des conseils à cet effet, n’hésitez pas à les écrire dans la section « Commentaires »!

Lézard U. stansburiana
Les lézards de toutes sortes étaient très abondants comme ce joli « Side-blotched lizard » (Uta stansburiana)

Les invertébrés n’étaient pas les seuls au rendez-vous dans le Joshua Tree National Park et nous avons également fait la rencontre de plusieurs oiseaux et reptiles, dont plusieurs espèces qui se gavaient sans doute des nombreux invertébrés visibles ou cachés sous les roches. En particulier, nous avons fréquemment croisé des lézards et des passereaux le long des sentiers de randonnée et, à mon grand plaisir, plusieurs d’entre eux se laissèrent prendre allègrement en photo. Si vous êtes passionnés d’invertébrés, mais aussi de nature et de petits animaux de toutes sortes, je vous recommande fortement une sortie dans ce parc national au printemps (à l’été, c’est beaucoup trop chaud) : vous pourriez même avoir l’occasion d’assister à des floraisons de fleurs et d’arbres du désert, ainsi que de cactus. J’agrémente d’ailleurs la présente chronique de quelques photographies et vidéos supplémentaires sur le sujet, question de vous mettre l’eau à la bouche! Voir à la suite de la section « Pour en savoir plus » ci-dessous.

Pour terminer, les autres observations entomologiques réalisées pendant notre voyage ont été effectuées en milieu plus urbanisé. Je poursuivrai mon récit de voyage à cet effet lors de la prochaine chronique!

 

Pour en savoir plus

 

Vidéo 1. Colonie de fourmis (Pogonomyrmex sp.) – celles-ci étaient nombreuses au Joshua Tree National Park.

 

Vidéo 2. Iguane du désert (Dipsosaurus dorsalis)

 

Vidéo 3. Bruant à gorge noire (Amphispiza bilineata)

 

Photographies

Bruant gorge noire
Les passereaux comme ce bruant à gorge noire brisaient le silence du désert de leurs chants
49 palms oasis
Une oasis dans le désert… une des randonnées possibles dans le parc
Fleurs du désert
Floraison en plein désert
Cactus en fleur
Cactus en fleur entouré d’une « forêt » d’autres cactus

Un maître chanteur nocturne

S. septentrionalis 1
Mâle Scudderia septentrionalis
S. septentrionalis 2
Même mâle, vue dorsale

Au début du mois d’août cette année, j’eus le plaisir d’avoir la visite répétée d’un maître chanteur nocturne. Ledit visiteur daigna se présenter à ma vue deux soirs d’affilée, exactement de la même façon, me laissant croire qu’il s’agissait du même individu. J’entendis d’abord son chant provenant d’un bosquet d’hostas situé le long de ma maison. Puis, je le vis se poser tout près de moi, là où luisait une forte lumière (un « spot », en bon français!) éclairant ma cour.

De qui s’agissait-il?

À la fois le chant et les caractéristiques morphologiques du joli mâle qui me faisait la sérénade me permirent de l’identifier : Scudderia septentrionalis, la sauterelle septentrionale. Cette espèce de scuddérie fait partie de la famille Tettigoniidae, les « vraies » sauterelles (voir cette chronique sur les différents groupes d’orthoptères).

Le mâle de cette espèce émet un chant bien distinct, que Himmelman (2009) évalue comme étant complexe pour les membres du genre Scudderia. Il s’agit d’une série de « clicks » sonores, suivis de ce que je qualifierais de plusieurs « tsréé, tsréé, tsréé » (Himmelman parle de « Dsee ») – pour ma part, j’en comptai six de suite chez « mon » mâle chanteur. Vous pouvez entendre un extrait de ce chant en suivant ce lien.

La sauterelle septentrionale mâle se distingue aussi des autres scuddéries par une plaque supra-anale réduite (voir cet exemple), caractéristique que je pus confirmer sur mes photographies. Chez les autres espèces de scuddéries, la plaque supra-anale est dotée d’une structure plus élaborée (comme dans cet exemple d’un mâle Scudderia furcata).

S. septentrionalis 3
C’est la forme de la plaque supra-anale située tout au bout de l’abdomen qui aide à distinguer les espèces de scuddéries
S. septentrionalis 4
Plan rapproché sur la plaque supra-anale

Ce joli insecte d’un vert vif se rencontre au sud du Canada, ainsi qu’aux États-Unis, jusqu’en Caroline du Sud. Il affectionne les buissons bordant les boisés, ainsi que les arbres matures des forêts décidues. Nous avons un boisé dans notre cour qui est majoritairement constitué d’espèces feuillues (érables, chênes, bouleaux et frênes), ce qui correspond bel et bien à un habitat approprié pour la sauterelle septentrionale. Après ma découverte initiale, j’entendis d’ailleurs d’autres individus chanter à la brunante dans le quartier.

Mon mâle scuddérie était visiblement attiré par les lumières extérieures et ne s’avérait pas particulièrement farouche. Cela me permit de prendre plusieurs photos et vidéos, ainsi que de le manipuler allègrement.

Bref, si vous voyez de belles grosses sauterelles très vertes la nuit tombant, soyez attentifs au chant émis. Si vous êtes munis d’une caméra, tentez de photographier – entre autres – l’arrière-train de la bête. Ces observations vous seront très aidantes pour confirmer l’espèce que vous avez entre les mains! Vous pouvez par ailleurs manipuler – avec soin bien sûr! – les individus qui sont somme toute assez dociles. Finalement, si vous êtes de nature contemplative, vous pouvez simplement vous installer à l’extérieur et vous laisser bercer par leurs mélodies nocturnes!

 

Vidéo 1. Mon visiteur qui se fait coquet.

 

Vidéo 2. Même mâle scuddérie. Il n’est pas très nerveux et se laisse filmer aisément.

 

Pour en savoir plus

 

Gagnants du concours de photo 2014 – Partie 1 : Le mélanople birayé de France St-Aubin

Vous l’avez appris la semaine dernière : trois photographies candidates au concours amical de photographie 2014 ont été élues gagnantes ex aequo par les lecteurs de DocBébitte. Par conséquent, les trois prochaines chroniques viseront à vous brosser un portrait des individus retrouvés sur chacune de ces photographies, respectivement.

Cette semaine, nous amorçons avec un insecte bien connu de tous : le mélanople birayé.

F. St-Aubin_2
En vedette, le joli cliché d’un mélanople birayé par France St-Aubin, une des trois photos gagnantes

Le mélanople birayé est sans contredit l’un des plus communs représentants des orthoptères (grillons, criquets, sauterelles et compagnie!) qui peuplent nos cours et nos jardins. Ce n’est donc pas une surprise s’il s’est retrouvé sur plusieurs photos soumises lors des deux concours de photographie en 2013 et 2014.

Bien qu’on le nomme communément « sauterelle », cette appellation n’est pas exacte. Le terme « sauterelle » réfère effectivement à d’autres membres de l’ordre des orthoptères : les tettigonies (notamment les scuddéries; voir cette précédente chronique pour plus de détails sur l’identification de ces groupes). Le mélanople, qui appartient à la famille Acrididae, devrait plutôt être qualifié de « criquet »… À distinguer cependant du terme « cricket » en anglais, qui réfère aux grillons! Tout pour nous confondre, quoi!

On reconnaît le mélanople birayé à… ses rayures! Il arbore effectivement une rayure jaune bien visible qui passe au-dessus de l’œil et qui s’étend le long de son pronotum (premier segment dorsal du thorax, situé immédiatement après la tête). Il s’agit également d’une espèce qui atteint une longueur appréciable s’étalant de 30 à 55 millimètres.

Dans une précédente chronique, je vous avais parlé d’invasions historiques et notables de criquets qui les avaient propulsés au rang de « fléau »! Les mélanoples birayés ne sont pas en reste : ils sont considérés comme étant des pestes de différentes cultures incluant la luzerne, le maïs, le tabac et les céréales. Ils ne font pas la fine bouche et peuvent aussi se délecter d’un grand nombre de plantes ornant nos plates-bandes. D’ailleurs, une autre photographie soumise au concours de photo 2014 présentait un mélanople birayé en flagrant délit de gourmandise sur une feuille d’hosta.

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Cette autre photo candidate au concours 2014 présente un mélanople birayé en flagrant délit de gourmandise

De plus, je vous avais déjà vanté les aptitudes de certains orthoptères – en particulier les scuddéries et les grillons – à composer des chants dignes de virtuoses (suivre ce lien). Malheureusement, les criquets n’ont pas hérité de ce don. Bien qu’ils soient aptes à produire certains sons, ces derniers sont considérés comme étant beaucoup moins riches que ceux de leurs cousins. En outre, leur chant est qualifié de « sec » et s’apparentant à deux bouts de papier sablé que l’on frotte l’un contre l’autre. Pas une représentation digne d’une ovation, quoi!

Par ailleurs, la façon de produire le chant, de même que de le capter, diffère entre ces deux grands groupes d’orthoptères. Chez le premier groupe – le sous-ordre Ensifera –, une vaste variété de sons est produite par le frottement des ailes les unes contre les autres. De plus, leurs organes récepteurs – en quelque sorte leurs oreilles – sont situés sur les tibias. En revanche, chez le second groupe – le sous-ordre Caelifera, qui inclut les mélanoples – les individus génèrent typiquement leur « chant » en frottant la partie intérieure de leurs fémurs sur la surface extérieure de leurs ailes. Ils peuvent aussi produire un son qualifié de « crépitation » en ouvrant rapidement leurs ailes. Les « oreilles », quant à elles, sont situées sur l’abdomen.

Les femelles ne possèdent pas d’ovipositeur long et protubérant comme leurs cousines scuddéries, grillons ou camellines. Afin de pondre leurs œufs, elles tendent plutôt à enfouir la totalité de leur abdomen dans le sol. Je me souviens encore de cette fois – ce devait être en 2002 ou 2003 – où j’étais allée faire une randonnée dans un sentier pédestre constitué de gravier et longeant la rivière Saint-Charles à Québec. J’avais aperçu un énorme mélanople, immobile, dont l’extrémité de l’abdomen était enfouie dans le gravier. En tentant de le prendre, j’avais été surprise de voir à quel point l’abdomen était enflé. Je pensais que l’individu était malade! Je n’avais pas réalisé, à ce moment, qu’il s’agissait vraisemblablement d’une femelle en train de pondre.

C’est malheureusement sans doute cette habitude – et peut-être l’envie de se faire chauffer au soleil – qui fait en sorte que les criquets se retrouvent en plein milieu de sentiers pédestres ou cyclables et, bien malgré eux, sous nos roues et nos souliers. Par chance, il y a des entomologistes qui tendent à regarder au sol en marchant (devinez pourquoi!) et qui sauront les éviter!

 

Pour en savoir plus

Concerto pour demoiselle orthoptère

Scuddérie_Organe
Les organes sur les tibias des scuddéries sont leurs oreilles!

Dans la capsule de la semaine dernière, je vous demandais de deviner à quoi sert l’organe situé sur le tibia d’une espèce de scuddérie (sauterelle). Aviez-vous deviné qu’il s’agissait… de ses oreilles?

Je vous ai déjà glissé quelques mots dans de précédentes chroniques à l’effet que certains orthoptères étaient des virtuoses du chant. Il n’est donc pas surprenant de réaliser que ces derniers sont bien équipés pour transmettre des sons et les recevoir… Même si les organes qui y sont associés sont situés à de bien drôles d’endroits!

Ce ne sont pas tous les orthoptères qui sont de bons chanteurs. C’est pourquoi je mettrai l’accent dans cette chronique sur deux grands groupes, ceux que l’on entend habituellement nous faire de jolis concerts lors de douces soirées d’été : les tettigonies ou sauterelles (famille des Tettigoniidae) et les grillons (famille des Gryllidae).

Himmelman livre
Livre qui a inspiré la présente chronique

Tout d’abord, j’aimerais souligner que l’envie de vous parler des chants de certains orthoptères a été déclenchée par un cadeau que j’ai reçu à Noël. Il s’agit d’un guide visuel sur les insectes chanteurs nocturnes, qui est accompagné d’un CD sur lequel on retrouve les chants en question (Himmelman 2009). Fait intéressant, il existe aussi un site Internet permettant d’écouter les chants de différents insectes (orthoptères et cigales – suivre ce lien). Il est donc non seulement possible de tenter d’identifier ces insectes à partir de photographies ou de guides visuels, mais également à partir des sons qu’ils émettent.

Et justement, les orthoptères chanteurs sont généralement assez discrets, visuellement parlant. Il est souvent plus facile de les repérer au son! C’est pourquoi les scuddéries, par exemple, ressemblent aux feuilles vertes et tendres parmi lesquelles elles se cachent. Il en est de même pour les grillons, qui vivent au sol, cachés sous les roches, les feuilles mortes et les brindilles. Ces derniers arborent des couleurs sombres et ont un corps aplati, parfait pour passer inaperçu.

C’est généralement lorsque la journée achève – quoique plusieurs orthoptères chantent aussi le jour – que les sauterelles et les grillons dévoilent leur présence. S’élève ainsi toute une chorale de cri-cri-cri et chiiiiirp chiiiiirp déferlant du sol à la cime des arbres.

Grillon
Les grillons aussi produisent des stridulations avec leurs ailes – Il s’agit cependant ici d’une femelle
Scuddérie_2
Femelle scuddérie – A-t-elle déjà répondu au chant d’un mâle?

Naturellement, cette jolie chorale a pour objectif d’attirer un partenaire. J’en ai d’ailleurs glissé un mot dans cette chronique de la Saint-Valentin. Or, comment les orthoptères produisent-ils ces sons?

Les tettigonies et les grillons produisent une vaste variété de sons en frottant leurs ailes les unes contre les autres. Plus précisément, la base des deux ailes (près de la tête) est pourvue d’une section plus dure, formant une sorte de crête. C’est ce qui est appelé l’organe ou la surface stridulatoire. Pour l’une des deux ailes, la crête est dentelée (voir cette photo), alors qu’elle est lisse pour la seconde. Vous pouvez donc vous imaginer comment le son est produit! Une des sources que j’ai consultée compare d’ailleurs le frottement produit à un ongle qui frotte contre une fermeture éclair.

En frottant ces deux surfaces à différentes vitesses, les tettigonies et les grillons parviennent à produire des « chirp » plus ou moins prononcés et plus ou moins longs. De plus, les caractéristiques de l’organe stridulatoire, comme sa dureté, l’espacement entre les « dents » ou l’épaisseur de ces dernières, vont également moduler le son. Le tout est amplifié par une « caisse de résonnance » située à proximité de l’organe stridulatoire.

J’ai trouvé plusieurs vidéos sur Internet où l’on peut observer des grillons ou des tettigonies en pleine campagne de stridulation! Voici quelques recommandations (cliquer sur le titre en caractère gras) :

  • Vidéo d’un grillon – on peut entendre les « cri-cri-cri » incessants de ce dernier. Notez comment les ailes bougent! On parle ici de « cricket » en anglais, mais il ne faut pas confondre avec « criquet » en français qui réfère plutôt aux membres de la famille des acrididae (voir cette précédente chronique).
  • Vidéo d’une tettigonie – cette dernière fait des « clics-clics-clics ». Regardez la vidéo à partir de la minute 2 :40 et vers la minute 5 :15. Vous pourrez voir les ailes qui bougent au fur et à mesure que l’on entend les « clics ». Attention, la qualité visuelle est limitée; la vidéo donne tout de même une idée de ce type de chant.
  • Vidéo d’une autre tettigonie – celle-ci produit plutôt des « screech screech »!

Cela dit, si vous souhaitez en savoir plus sur ces orthoptères chanteurs, je vous invite à vous acheter le guide de Himmelman (2009) ou encore vous connecter sur la page Internet du guide de Walker et Moore – tous deux cités ci-dessous. Ainsi, lors des prochaines soirées d’été, vous serez en mesure d’identifier quelle vedette, au juste, est en train de vous faire un concert!

Pour en savoir plus