Le 8e fléau (ou l’histoire des orthoptères)

Il est probable – tout comme moi – que votre catéchisme remonte à de nombreuses années. Il n’en demeure pas moins que vous avez sans doute été marqués par l’histoire rapportant les dix plaies d’Égypte : grenouilles qui tombent du ciel, maladies et mortalités inexpliquées et… sauterelles dévorant toutes les plantes et les fruits!

Criquet_CB
Espèce très commune de criquet (mélanople birayé)

Me connaissant bien, vous vous doutez que je ne suis aucunement habilitée à vous faire une séance de catéchèse. Toutefois, je me prétends suffisamment « digne » pour vous entretenir sur les principaux responsables de la 8e plaie d’Égypte qui appartiennent à un groupe d’insecte bien connu de tous : les orthoptères.

L’ordre des orthoptères se compose de plusieurs groupes d’individus assez variés. D’ailleurs, dans les prochains paragraphes, je vous brosserai un portrait de quatre grands groupes communs d’orthoptères.

Oedipode
Un oedipode, appartenant au groupe des criquets et locustes

Premier point important en ce qui concerne les « sauterelles » impliquées dans la 8e plaie: ce que nous avons l’habitude d’appeler des sauterelles sont généralement des criquets. Plus précisément, les criquets et les locustes forment la famille des Acrididae. Il s’agit d’orthoptères munis d’antennes relativement courtes (plus courtes que leur corps) que l’on observe très communément autour de nos maisons et dans les champs. Ce groupe comprend notamment les oedipodes, dont les ailes bien développées sont parfois teintées de noir, de jaune ou d’orangé. En vol, on pourrait les méprendre pour des papillons!

Scuddérie
Une scuddérie, une « vraie » sauterelle (tettigoniidae)

Les « vraies » sauterelles, cependant, existent bel et bien. Elles appartiennent à la famille des Tettigoniidae et on les appelle tettigonies ou sauterelles vertes – quoique certaines soient brunes si l’on se fie à cette page provenant du site Internet Insectes du Québec. Contrairement aux criquets, ces dernières possèdent de longues antennes, pratiquement aussi longues (parfois plus) que leur corps. Il s’agit de virtuoses du chant et l’on peut entendre leurs stridulations à différents moments de la journée, selon l’espèce.

Les camellines constituent un autre groupe d’orthoptères. Elles sont reconnaissables par leurs longues antennes, leur dos courbé et l’absence d’ailes. Elles sont plus réservées que leurs cousins criquets et vivent principalement dans les milieux sombres et humides. J’ai déjà parlé des camellines dans cette chronique.

Finalement, l’ordre des orthoptères comprend les grillons (Famille : Grillydae). Vous en avez sans aucun doute déjà vu ramper dans vos plates-bandes, ou entendu chanter à la brunante. Peut-être avez-vous également vu des représentants de cette famille en vente à l’animalerie, puisqu’ils servent de repas pour plusieurs animaux domestiques. Ils sont habituellement plus aplatis et compacts que les autres orthoptères. J’en ai d’ailleurs perdu plusieurs de vue, alors que je les poursuivais : ils parvenaient à trouver refuge dans de toutes petites fissures!

Camelline mâle
Une camelline, sans ailes et avec le dos courbé

Tous ces orthoptères sont omniprésents autour de nos maisons. Si vous êtes attentifs, vous pourrez facilement les apercevoir. Ils sont faciles à distinguer des autres insectes, leur caractéristique-clé étant leurs grandes et fortes pattes arrière. Si vous ne les voyez pas, vous pourrez minimalement apprécier leur chant lors de douces soirées d’été. À cet effet, j’ai demandé au Père Noël un livre sur les chants d’orthoptères. Je pourrai sans doute vous en parler davantage après les fêtes!

Pour terminer, pourquoi parler de plaie lorsque l’on réfère aux orthoptères? Et bien, certains d’entre eux sont reconnus pour avoir un appétit vorace, se nourrissant de nombreuses sortes de plantes. Des invasions de « sauterelles » (des criquets, en fait) ont été recensées à plusieurs moments dans l’histoire. Celles-ci étaient synonymes de dévastation, les criquets mangeant pratiquement toutes les plantes sur leur passage. En particulier, la 8e plaie d’Égypte serait expliquée par une invasion massive du criquet pèlerin, dont la plus importante aire de regroupement se situerait autour de la mer Rouge.

Grillon
Un grillon, plus trapu

Ces invasions notables ne sont pas qu’anciennes. En fouillant davantage sur Internet, j’ai effectivement mis la main sur plusieurs articles parlant d’une invasion en Israël, ainsi que d’une autre à Madagascar au printemps 2013. À ce qu’il semble, la population de criquets à Madagascar était tellement effarante qu’elle formait un essaim long de 15 km se déplaçant à quelques mètres du sol! Je vous recommande entre autres de jeter un coup d’œil à cette vidéo, qui démontre l’ampleur de la situation. Bref, une nuée de criquets n’annonce rien de bon pour les cultivateurs des pays touchés.

Faut-il craindre les orthoptères pour autant? La réponse est non, bien sûr. Bien que les essaims de criquets puissent s’avérer dévastateurs, nombreux sont les différents orthoptères grouillant dans vos plates-bandes. Pourtant, leur impact sur la végétation autour de votre maison demeure tout à fait modeste. Amusez-vous plutôt à les observer ou laissez-vous bercer en écoutant leur doux chant les soirs d’été!

 

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Cette chose pique-t-elle?

Avez-vous déjà vu un pélécinide? Si tel est le cas, vous risquez encore de vous en souvenir.

Pélécinide 3
Femelle pélécinide

En effet, les femelles pélécinides – qui appartiennent à l’ordre des hyménoptères (abeilles, guêpes et fourmis) – sont munies d’un très, très long appendice en guise d’abdomen. S’en servent-elles pour piquer? Heureusement, non! Nous n’avons rien à craindre, sauf si nous sommes une larve de hanneton (c’est-à-dire un ver blanc).

L’appendice en question est un ovipositeur. La femelle s’en sert pour atteindre les larves de hanneton, enfouies sous la terre, et y pondre ses œufs. Les larves de hanneton causent des dommages aux pelouses. Par ce fait, les pélécinides, malgré leur apparence menaçante, s’avèrent être des insectes bénéfiques pour l’humain. Il s’agit de bons amis du jardinier!

En particulier, la femelle localise les larves de hanneton à l’aide de son ovipositeur. Une fois qu’elle a trouvé une larve, elle y pond un œuf. Lorsque l’œuf éclot, la larve de pélécinide commence à se nourrir des tissus internes de la larve de hanneton. Bien sûr, cette dernière ne survit pas à l’assaut. Une fois à terme, la larve de pélécinide finit sa métamorphose pour sortir de sa cachette sous la forme d’un adulte ailé.

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Femelle pélécinide

Bien que les larves soient des parasites, les adultes, eux, se nourrissent principalement de nectar. Ces derniers me semblent plutôt élusifs. Je n’ai pas souvent eu la chance d’en observer. D’ailleurs, mon enthousiasme de pouvoir en photographier un cet été a fait l’objet de quelques taquineries de la part de mes proches. Voyant un pélécinide bien perché sur une branche dans ma cour, je me précipitai dans la maison pour saisir ma caméra. En entrant, en trombe, j’ai mentionné vivement le fruit de mon excitation… pour ressortir aussitôt dehors, afin de prendre la bête d’assaut (en termes de prise de clichés, bien sûr!). Un peu plus tard, j’ai pu lire sur Facebook, la phrase suivante écrite par mon conjoint : « Ma blonde entre dans la maison en courant en s’exprimant: il y a un télécénide (orthographe approximative). Elle va chercher sa caméra »… le tout suivi d’exclamations variées de la part de ses lecteurs. Bref, je suis toujours à l’affût de bestioles susceptibles de faire de jolis clichés et je ne m’en cache pas!

Selon les sources consultées, les mâles sont encore plus rares que les femelles. Ils ne possèdent pas de long ovipositeur et sont de taille plus modeste. Leur abdomen serait le tiers de celui de la femelle. De plus, ils sont suffisamment rares que les femelles se reproduiraient fréquemment par parthénogenèse. C’est-à-dire qu’elles n’ont pas besoin d’être fécondées par un mâle pour produire des rejetons. Pratique en cas de pénurie, n’est-ce pas?

Pélécinide et main
Pélécinide qui a grimpé sur ma main après l’avoir sauvé de la noyade

Cela dit, j’avais déjà rescapé une femelle pélécinide de la noyade dans ma piscine il y a quelques années. L’insecte avait rampé jusqu’à mon doigt (photo à l’appui!) et, à cette époque, je n’avais pas été très brave. Je m’étais dépêchée pour trouver une feuille sur laquelle la déposer. Il ne s’était rien passé, mais je ne faisais pas trop confiance à ce long appendice! Fait intéressant, deux des sources que j’ai consultées mentionnent que les femelles pélécinides peuvent faire mine de vouloir vous piquer avec leur ovipositeur si elles sont perturbées. Bien qu’elles ne puissent causer aucun dommage, je dois avouer qu’il s’agit d’une bonne technique pour se faire ficher la paix!

 

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Oh, carabes! Comme vous avez de grandes dents!

La capsule de la semaine du 18 novembre présentait un insecte doté de fort larges mandibules. Aviez-vous deviné qu’il s’agissait d’une sorte de coléoptère?

Plus particulièrement, notre individu est un carabe bronzé et il fait partie de la famille des carabidés (sous-famille: carabinae). Comme le suggère la taille de ses mandibules, il s’agit d’un féroce prédateur. Il est d’ailleurs apparenté à un autre groupe de coléoptères aussi connu pour sa voracité : les cicindèles (voir cette précédente chronique).

Microscope - 18Nov
« Qui suis-je » de la semaine dernière! Il s’agit d’un carabe bronzé.

Cette sorte de carabe chasse habituellement au sol. Plusieurs des sources que j’ai consultées indiquent qu’il est surtout nocturne, bien que cette page française mentionne que certaines populations puissent également être diurnes. Bref, il n’en demeure pas moins qu’il lui arrive, au moins à l’occasion si ce n’est pas plus souvent, de sortir de sa cachette pendant le jour, ce qui nous permet de l’observer et d’apprécier sa taille. C’est d’ailleurs de cette façon que mes parents ont pu prendre deux superbes individus en photo (qui accompagnent la présente chronique!). Pour ma part, je n’ai pu observer que des individus qui s’étaient noyés dans ma piscine. C’est ainsi que j’ai mis la main sur le spécimen examiné de plus près sous la loupe de mon microscope!

Les carabes sont des « chasseurs actifs ». Ils tendent à se déplacer constamment à la recherche de proies, faisant en sorte qu’ils se retrouvent fréquemment dans des conteneurs expédiés vers d’autres pays. Ainsi, plusieurs espèces de carabes ont été introduites dans divers endroits du monde. C’est le cas du carabe bronzé, qui est indigène à l’Europe, mais qui constitue une espèce introduite en Amérique du Nord.

Carabe bronzé 1
Carabe bronzé

Les carabes se délectent de nombreux invertébrés retrouvés dans les plates-bandes. Ils ont d’ailleurs une préférence pour les invertébrés à corps mou tels que les chenilles et les limaces. Il s’agit donc, de toute évidence, d’un puissant allié du jardinier!

À cet effet, ils sont utilisés comme indicateurs de l’état de la biodiversité en milieu agricole. En effet, comme ils se nourrissent d’autres invertébrés, il est possible qu’ils accumulent les contaminants utilisés dans les champs de culture dite conventionnelle. Certaines espèces de carabes retrouvées en France, par exemple, sont plus souvent recensées dans les zones d’agriculture biologique que dans celles où l’agriculture intensive est pratiquée.

Carabe bronzé 2
On voit d’où le carabe bronzé tire son nom! Voyez les jolies couleurs miroiter!

Je termine avec une question qui vous brûle sans doute les lèvres: est-ce que les carabes sont susceptibles de mordre les humains avec ces larges mandibules? Cela est fort possible, quoique je n’aie jamais eu l’occasion de le tester! Si cette possibilité vous inquiète, rappelez-vous que les insectes préféreront habituellement fuir s’ils en ont la chance! En cas de doute, abstenez-vous de les manipuler à mains nues… et évitez de faire comme dans cette vidéo que j’ai trouvée sur YouTube!!!

 

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Danger : chenilles ?!?

Qui aurait cru que l’on puisse associer les mots « chenille » et « danger »? Malheureusement, avec la venue de la chenille processionnaire (dite processionnaire du pin), cela semblait être le cas.

Cet article récent du Journal de Montréal, qui parlait de l’arrivée de la chenille processionnaire au Québec, a beaucoup circulé cet automne. Il a suscité maintes inquiétudes dans la population. Vous êtes d’ailleurs plusieurs lecteurs à m’avoir interrogée à cet effet.

Isia Isabella
Une chenille Isia isabelle (Pyrrharctia isabella) sur ma main

Je comptais vous dresser un portrait de cette fameuse chenille dans le cadre d’une de mes chroniques hebdomadaires. Or, comme il s’agissait d’une espèce nouvellement introduite, je ne trouvais rien à son sujet dans mes livres. J’ai donc entrepris de trouver le plus d’information possible sur l’Internet.

Or, coup de théâtre, mes recherches m’ont conduite vers des informations contradictoires sur la venue de cette chenille au Québec. On allait même jusqu’à complètement réfuter sa présence. Afin de vous fournir un portrait le plus juste possible de la situation, je me suis donc lancée dans des recherches plus approfondies.

Plus précisément, j’ai pris l’initiative de contacter des experts québécois en entomologie. Ce sont deux experts, M. Yves Dubuc, qui est notamment auteur du livre « Les insectes du Québec » (un livre dont je recommande l’achat pour Noël dans cette chronique!), ainsi qu’un spécialiste de l’Insectarium de Montréal, qui m’ont gentiment informée sur la situation réelle.

Alors voici le constat: n’ayez crainte, la chenille processionnaire n’a pas encore « débarqué » au Québec! Toutefois, oui, il existe bel et bien des chenilles québécoises susceptibles d’être à la source de réactions allergiques plutôt désagréables telles que celles dépeintes par les médias cet automne.

Diacrisie sur bras
Une chenille du Diacrisie de Virginie (Spilosoma virginica) grimpant le long de mon bras

Ce qu’il faut savoir, c’est que l’apparition de poils est l’une des multiples tactiques évolutives développées par les chenilles afin d’échapper aux prédateurs. Le fait d’être munies de poils les rend effectivement moins attrayantes. Essayez de manger quelque chose qui vous pique les babines… Pas très intéressant! De plus, certains individus ont poussé cette stratégie jusqu’à se munir de poils urticants, voire « venimeux ». Selon Wagner (2005), les poils creux de certaines espèces tropicales posséderaient suffisamment de poison pour tuer un humain!

Mais revenons à notre cas : le Québec.

Comment reconnaître les individus qui peuvent poser problème de ceux qui sont totalement inoffensifs? Un conseil que m’a donné le spécialiste de l’Insectarium est le suivant : « les chenilles poilues et/ou aux couleurs vives ne devraient pas être manipulées à moins de les connaître et de savoir qu’il n’y a pas de risque ». La couleur vive peut être un bon indice de la toxicité d’un organisme, bien que certaines chenilles non toxiques ou non urticantes puissent aussi présenter de telles couleurs (cas de mimétisme). À l’inverse, certaines chenilles poilues au « pelage » sobre peuvent également susciter des réactions.

Bref, la consigne est « si l’on ne connaît pas, on ne touche pas »!

Avant l’épineuse (!!) question de la chenille processionnaire, j’avais déjà lu que certaines chenilles étaient susceptibles de causer des démangeaisons et/ou des réactions variables selon les individus. C’était donc avec prudence que je manipulais toute nouvelle chenille poilue, en gardant l’œil ouvert sur tout symptôme potentiel. Je ne me souviens pas de toutes les chenilles que j’ai manipulées (il y a une époque où je ne possédais pas l’équipement pour les identifier), mais chose certaine, la Isia isabelle (woolly bear en anglais) et la Diacrisie de Virginie (yellow bear; voir cet article DocBébitte) n’ont suscité aucune réaction chez moi. Il s’agit de deux chenilles très communes que vous avez sans doute déjà vues. Bien sûr, je dois avouer ne pas avoir essayé de les mettre dans ma bouche. J’aime bien les insectes, mais pas à ce point!

Acronicta superans
Une chenille de la famille des noctuidés (Acronicta superans) sur le bout de mon doigt

Lors de mes recherches, j’ai trouvé quelques autres chenilles identifiées comme n’étant pas problématiques – pourvu qu’on ne les mette pas dans notre bouche – dont la chenille épineuse de l’orme. En revanche, ce billet de l’Insectarium de Montréal offre une liste d’espèces pour lesquelles il est préférable de prendre des précautions. Il ajoute que certaines chenilles, incluant la Isia isabelle dont j’ai parlé ci-dessus, ne sont généralement pas problématiques, mais que certaines personnes plus sensibles peuvent réagir à leur contact.

Si vous avez manipulé des chenilles poilues sans ressentir d’effets négatifs, j’apprécierais si vous pouviez partager votre expérience, ici ou sur la page Facebook DocBébitte (le nom et/ou la photographie). C’est en échangeant sur nos expériences que l’on pourra prévenir plutôt que guérir!

Pour terminer, je vous propose de passer le mot : il n’y a pas de chenilles processionnaires au Québec… mais on y retrouve quand même quelques espèces qu’il faut au minimum éviter de se mettre dans la bouche et – dans la mesure du possible – connaître avant de manipuler! En cas de doute, vous n’êtes tout de même pas obligés de ne vous empêcher de les observer: prenez-les à l’aide d’un bâton, d’une branche ou de tout ce qui peut remplacer vos doigts!

 

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Dans l’œil de mon microscope : 5) Comme vous avez de grandes dents!

L’insecte-mystère de cette semaine a de très, très grandes mandibules. S’en sert-il pour mordre les doigts trop inquisiteurs? S’agit-il, à l’instar du loup dans le petit chaperon rouge, d’un redoutable prédateur?

La réponse, dans une prochaine chronique!

Vous voulez tenter de deviner de quel insecte il s’agit? Joignez-vous à la page Facebook de Docbébitte: https://www.facebook.com/Docbebitte

Microscope - 18Nov
Saurez vous deviner à quel grand groupe appartient cet insecte?