Un estomac sur pied!

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Jolie photographie d’un escargot soumise lors du concours de photographie 2013

Avec un tel titre, vous vous demandez sans doute de quelle sorte de bestiole je compte vous entretenir cette semaine. Non, il ne s’agit pas du légendaire glouton qui, de toute façon, n’est pas un invertébré! Il s’agit plutôt des gastéropodes.

Le terme gastéropode (classe Gastropoda) signifie littéralement « estomac sur pied ». Ce groupe comprend notamment les escargots et les limaces – tous des mollusques. Il prend son sens lorsque l’on observe de plus près les individus qui en font partie : leur corps est essentiellement composé d’un gros pied plat musculaire et d’une tête munie de longs yeux. Plus précisément, une partie du système digestif prendrait naissance dans ce protubérant pied, d’où le nom de cette classe d’invertébrés.

Afin de se déplacer, le pied des gastéropodes sécrète un mucus sur lequel ils glissent. Pour avoir manipulé à main nue quelques gastéropodes, je peux vous confirmer que cette substance en question a une viscosité variable selon l’espèce. Par exemple, ayant manipulé quelques escargots qui laissaient peu de traces, je décidai de prendre une limace dans mes mains. Quelle erreur! Je dus me laver les mains au moins quatre ou cinq fois avec du savon pour parvenir à me décoller les doigts! Visiblement, donc, le mucus de certains individus contient plus de « colle » que d’autres!

Les escargots, par opposition aux limaces, portent une coquille. Il existe quelques cas confondants (limaces portant une coquille rudimentaire et escargots possédant une coquille incomplète), mais cette règle semble en général assez aidante. On retrouve les escargots tant en milieu terrestre qu’en milieu aquatique. Dans les deux cas, les individus sont souvent phytophages, c’est-à-dire qu’ils se nourrissent de végétaux. Ils ne sont donc pas toujours appréciés des jardiniers, car ils peuvent s’attaquer à certaines plantes bien-aimées. Toutefois, selon le livre Solutions écologiques en horticulture, les escargots du Québec ne seraient pas une grande menace pour nos jardins comparativement aux limaces. Dans les milieux aquatiques d’eau douce, les escargots sont vus comme étant bénéfiques, puisqu’ils broutent notamment les algues jugées indésirables qui poussent sur les roches en bordure des lacs (on appelle ces algues « périphyton »).

Escargot proche
Escargot
Limace Pays-bas
Gigantesque limace observée lors d’un voyage aux Pays-Bas

Les escargots qui vivent sous l’eau optent pour l’une ou l’autre de deux tactiques afin de « respirer ». Certains sont munis d’une branchie cachée à l’intérieur de leur coquille. Elle leur permet de prélever l’oxygène dissous dans l’eau. D’autres possèdent des poumons. Ils respirent sous l’eau en emprisonnant de l’oxygène dans une cavité de leur coquille, tel un plongeur traînant sa bonbonne d’oxygène. Ils doivent conséquemment faire des allers-retours vers la surface de l’eau afin de renouveler leurs réserves d’air. Certains escargots munis de poumons seraient toutefois capables de respirer sous l’eau, en puisant l’oxygène directement de l’eau à l’aide de poumons… remplis d’eau! Étrange!

La coquille des escargots, qui est composée de carbonate de calcium, est sécrétée par ces derniers. Cela fait en sorte que les escargots ont besoin d’une alimentation riche en calcium. Lorsque j’étudiais des rivières au Québec, j’avais pu observer que l’on retrouvait peu d’escargots et de moules dans certaines rivières du Bouclier canadien, où les concentrations en calcium étaient moins élevées. La coquille des escargots varie en taille, forme et épaisseur, trois facteurs qui permettent de distinguer les différentes familles. Fait intéressant, certaines familles sont gauchères, alors que d’autres sont droitières! En effet, lorsque l’on examine la coquille, pointe dirigée vers le haut, le fait que l’ouverture soit à gauche ou à droite nous donne une information supplémentaire sur l’identité de l’individu.

Les limaces sont également des bêtes bien connues, en particulier des jardiniers. Souvent phytophages, ces dernières se délecteront de vos hostas, ou pire, de vos choux et salades! Chez moi, j’en retrouve beaucoup dans mon compost. Il faut croire qu’elles apprécient donc aussi les fruits et légumes moins frais! Bien qu’elles ne possèdent pas de coquille comme les escargots, leurs caractéristiques sont fort similaires : puissant pied, tête munie de grands yeux tentaculaires et… sécrétion de mucus pour se déplacer! À ce qu’il semble, les limaces sont susceptibles de produire un surplus de mucus lorsque soumises à une agression… de quoi à les rendre difficilement manipulables par tout prédateur, humain inclus!

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Coquille d’un escargot
Escargot aquatique
Escargot entre deux eaux : il peut tirer l’air de l’atmosphère, tout en se nourrissant des algues nutritives

En matière de sexualité, les gastéropodes se sont donné le choix : alors que certains ont des sexes séparés (mâle ou femelle, respectivement), nombreux sont hermaphrodites. Ils peuvent s’interféconder ou même s’autoféconder. Les œufs des escargots terrestres et des limaces ressemblent à de petites boules blanchâtres ou semi-transparentes (voir cette photographie). Les œufs des escargots d’eau douce, quant à eux, ressemblent à une masse gélatineuse, que l’on retrouve régulièrement collée sous les roches.

Plusieurs prédateurs se nourrissent d’escargots et de limaces : écrevisses, carabes, poissons, oiseaux, crapauds et grenouilles, petits rongeurs, etc.! Je n’ai pas de difficulté à croire que les carabes puissent être de voraces prédateurs de gastéropodes (voir cette chronique). D’ailleurs, cette fin de semaine, je suis allée aider ma belle-sœur à amorcer le nettoyage de ses plates-bandes. Ces dernières étaient envahies par un très grand nombre d’escargots. Quelle ne fut pas ma joie de découvrir, en creusant, trois carabes bronzés, ainsi qu’un crapaud d’Amérique en peu de temps! Buffet ouvert pour tous!

Pour terminer, certains d’entre vous sont peut-être aussi prédateurs de gastéropodes. Je pense à certains parents qui se délectent d’escargots à l’ail. Pour ma part, ce mets me fait un peu trop penser aux bêtes que je disséquais en laboratoire. Je préfère passer mon tour! Néanmoins, bon appétit pour les autres!

 

Vidéo d’escargot se promenant sur mon gant de jardinage.

 

Pour en savoir plus

L’arachnophobie ou les grosses bébittes qui ont peur des petites!

J’avoue. Je le confesse. Je le jure. Moi, Doc Bébitte, je souffre d’arachnophobie modérée. Pour une personne qui adore les invertébrés, c’est plutôt honteux, je le sais.

Je suis cependant loin d’être la seule à être affligée par cette phobie conduisant à avoir peur d’invertébrés non seulement beaucoup plus petits que moi, mais généralement très utiles dans les écosystèmes terrestres. Wikipédia souligne d’ailleurs que ce serait 50% des femmes et 10% des hommes (ou 18% selon une autre source) qui souffriraient d’arachnophobie, prise au sens large. Pour ma part, je connais suffisamment d’hommes craignant les araignées pour remettre ce second chiffre en question, n’est-ce pas messieurs? Pour cette raison, mais également parce que je veux apprendre à maîtriser ma peur des arachnides, j’ai décidé de plonger au cœur de ce mystère : qu’est-ce qui peut bien nous faire aussi peur chez les araignées?

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Malgré les apparences, j’éprouve une certaine peur envers les araignées

J’ai quelques hypothèses en tête. Premièrement, l’arachnophobie est-elle une peur culturelle? N’y a-t-il pas des endroits dans le monde où les araignées sont vénérées? Deuxièmement, pourquoi cette peur des araignées en particulier – par rapport à d’autres insectes qui sont bien plus néfastes? Est-ce leur forme (huit pattes plutôt que six) ou leur fonction dans la chaîne alimentaire (voraces prédateurs) qui leur nuit? Ou encore, est-ce le fait que certains individus sont venimeux et donc dangereux pour l’être humain? C’est avec ces hypothèses en tête que je nous lance à la découverte du fabuleux monde des araignées!

Ma recherche m’a tout d’abord conduite à examiner quelques pages du dictionnaire des symboles (Chevalier et Gheerbrant 1982) qu’un collègue avait numérisées à mon intention. Cet ouvrage souligne à quel point les araignées ont été vénérées par différentes cultures dans l’histoire. Ainsi, chez certains peuples d’Afrique occidentale, l’araignée Anansé aurait préparé la matière des premiers hommes, créé le soleil, la lune et les étoiles. En Micronésie, le Seigneur-araignée Nareau aurait été le premier de tous les êtres, un dieu créateur. Chez les Aztèques, les dieux auraient choisi l’insecte et l’arachnide pour se manifester auprès des hommes. Le dictionnaire des symboles recèle d’exemples de ce type, que je ne retranscrirai pas tous ici. C’est dire que l’araignée a occupé une place importante et positive dans l’histoire de nombreux peuples.

Aujourd’hui, plusieurs communautés vivent sans crainte des araignées. Par exemple, certains peuples en Nouvelle-Guinée et en Amérique du Sud ont des araignées au menu. À Madagascar, des femmes prélèvent la soie des Grandes Néphiles (araignées atteignant quelque quinze centimètres de longueur) afin de tisser des vêtements. Au Pérou, on capture les mygales à la main et des artisans se chargent de les préparer pour les vendre à des collectionneurs. Il semble donc que l’arachnophobie soit davantage l’affaire des pays développés.

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Qu’est-ce qui suscite la peur des araignées? Est-ce que ce sont les longues pattes articulées, les chélicères et les crocs développés ou ces huit yeux qui nous regardent?

La seconde thèse est celle suggérant que la peur des araignées est instinctive et qu’il s’agit, à la base, d’un mécanisme de défense. Les araignées sont des prédateurs munis de crocs venimeux. Bien qu’elles soient petites, certaines d’entre elles possèdent un venin suffisamment puissant pour fortement incommoder, voire tuer un humain. Un arachnophobe s’assurera que son entourage est exempt d’araignées, ce qui pourrait être avantageux sur le plan évolutif si ces dernières s’avèrent une source de mortalité.

Au Québec, aucune araignée n’est venimeuse au point d’être un danger pour l’homme. Malgré tout, la crainte des araignées est omniprésente. En particulier, si vous êtes de la région de Québec, vous avez sans doute dernièrement entendu parler d’un citoyen de Donnacona qui s’est retrouvé aux prises avec une araignée très venimeuse dans sa maison, provenant de bananes qu’il avait achetées à l’épicerie. Bien que cette situation ne soit pas fréquente (à ce qu’il semble, il y aurait environ cinq cas recensés par année au Québec), elle frappe l’imaginaire. Une vague d’arachnophobie s’est effectivement manifestée à la suite de la médiatisation de ce cas. Cependant, comme je l’ai mentionné, nos araignées indigènes n’ont aucunement à être craintes.

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Je tente de vaincre progressivement la peur des araignées en manipulant certaines d’entre elles

En dernier lieu, est-ce que l’apparence même des araignées, par rapport à d’autres invertébrés, pourrait être suffisante pour susciter la peur? Avec leurs huit pattes longues et articulées, les araignées semblent prêtes à grimper et à ramper là où l’on ne pourrait les voir (comme dans notre dos!). Rapides, à l’affut d’une proie, elles semblent prêtes à bondir (je pense plus spécifiquement aux araignées que l’on retrouve dans les toiles en forme d’entonnoir). Leurs chélicères et leurs crocs bien développés sont souvent mis en évidence, ce qui s’avère également fort intimidant. Pour terminer, elles sont munies de six à huit grands yeux qui nous surveillent, étrangement. Rien pour nous rassurer!

Pourtant, les araignées sont des êtres bénéfiques. Prédatrices, elles se nourrissent d’une myriade d’insectes, dont plusieurs sont jugés comme étant nuisibles. Aussi, il est rare qu’elles soient envahissantes, contrairement à certains insectes susceptibles d’infester nos maisons (et contrairement à ce que pourrait nous laisser croire le film Arachnophobia!). Finalement, la plupart d’entre elles préféreront se cacher ou feindre la mort si elles sont dérangées. Elles ne mordent pas souvent. J’ai d’ailleurs commencé, l’été dernier, à manipuler des araignées à mains nues. Mon objectif est de réduire tranquillement la peur que je ressens à leur vue et à leur toucher. Je dois avouer être sélective dans les araignées que je manipule, mais, jusqu’à maintenant, je ne me suis pas fait mordre.

En outre, nos araignées québécoises sont bénéfiques et ne sont pas venimeuses au point d’être un danger pour l’homme. L’arachnophobie sous nos latitudes semble donc une crainte non justifiée.  Ne dit-on pas que les petites bébittes ne mangent pas les grosses?

 

Pour en savoir plus

Un piège mortel

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Épeire diadème et sa proie

Si je vous dis les mots « invertébré prédateur », à quoi pensez-vous? Le mot « araignée » vous est-il venu en tête?

Les araignées sont effectivement passées maîtres dans l’art de capturer diverses proies, parfois aussi grosses quelles-mêmes! Plusieurs d’entre elles disposent de l’arme parfaite du crime : la toile!

La capacité des araignées de tisser des toiles de toutes sortes est admirable. Elles utilisent, pour ce faire, une soie qu’elles produisent dans leur abdomen et qui est presque entièrement composée de protéines. Dans le corps des araignées, cette soie se retrouve sous forme liquide. Elle se solidifie toutefois rapidement aussitôt qu’elle est extraite de l’abdomen. Elle forme alors une fibre solide, mais élastique.

Je parle de soie « extraite » de l’abdomen, car cette dernière n’est effectivement pas « projetée » hors du corps de l’araignée. Celle-ci doit soit l’extraire elle-même de façon manuelle, avec ses pattes, ou encore attacher (ou coller) sa soie à un point donné et s’en éloigner. Soulignons toutefois que certaines araignées ont développé une tactique fort étonnante qui consiste à projeter leur soie, et ce, non pas par derrière, mais par leur bouche! Il n’en demeure pas moins que la majorité des araignées ont tout de même adopté la première méthode mentionnée!

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Toile orbiculaire verticale (Épeire diadème)
Orbiculaire
Toile orbiculaire horizontale (Tetragnatha sp.)

Différents types de soie, présentant des propriétés variées, peuvent être produits par les araignées, selon le besoin visé (voir cet article). Ainsi, certaines araignées tissent un fil unique qui les suit partout. Il s’agit en quelque sorte d’une corde de sécurité qui leur permet de se ressaisir si elles perdent pied! Elles peuvent s’en servir aussi si elles sont perturbées : il leur suffit de se jeter en bas de leur promontoire pour échapper à tout danger. Leur corde de sécurité les retiendra! Les araignées se servent également de leur soie pour produire des cocons, soit pour s’y cacher ou encore pour protéger leurs œufs.

Les toiles, quant à elles, correspondent à l’usage le plus spectaculaire que font les araignées de leur soie. Quatre grandes catégories de toiles peuvent être distinguées et chacune est caractéristique d’un ou de quelques groupes d’araignées : toile orbiculaire, toile en entonnoir, toile en hamac et toile-échafaudage.

La toile orbiculaire est la classique toile ronde, composée de rayons, de cercles concentriques et d’une partie centrale où repose l’araignée. Alors que les rayons et la partie centrale sont composés de soie non collante, les cercles, eux, sont humides et collants. Ce sont donc ces derniers qui jouent le rôle principal dans la capture des proies. Comme leur efficacité diminue lorsqu’ils sèchent, les araignées vont détruire et recommencer leur toile sur une base régulière. Cependant, afin d’éviter de perdre toutes ces précieuses protéines, les araignées vont manger leur toile et recycler les protéines qu’elle contient. Même les araignées ont compris que le recyclage était une bonne idée!

Entonnoir
Toile en entonnoir
Toile hamac
Toile en hamac

La toile en entonnoir est également facilement reconnaissable. Pour ceux qui ont des haies de thuyas (je pense à mes parents en particulier!), vous n’êtes pas sans connaître ce type d’araignée! Ces toiles sont généralement composées d’une partie plate horizontale qui conduit à une cachette en forme d’entonnoir. Lorsqu’une proie se retrouve coincée dans la toile, l’araignée sort de sa cachette en un clin d’œil pour s’en emparer.

La toile en hamac peut ressembler à la première partie de la toile en entonnoir, sauf qu’elle ne conduit pas à une cachette. Elle peut se présenter sous différentes formes : plate, en forme de cuvette ou en forme de dôme. L’araignée se tient habituellement sous la toile, tête en bas, prête à saisir toute proie qui s’y collera.

Finalement, la toile-échafaudage ressemble à un amas de fils qui auraient été tissés au hasard. Malgré leur apparence peu soignée, ces toiles sont, en fait, minutieusement construites. Elles constituent un labyrinthe qui est généralement fatal pour toute proie qui s’y aventure. L’araignée profite du fait que les proies sont désorientées pour s’en emparer.

Les toiles d’araignées font l’envie des ingénieurs. Elles sont élastiques et très résistantes – 5 fois plus que l’acier. Imaginez si l’on pouvait concevoir un produit de ce genre à l’échelle humaine!

Malgré leur extraordinaire résistance, elles ne sont toutefois pas à l’abri des différents perturbateurs environnementaux. Certaines études en laboratoire visaient à exposer les araignées à différents composés chimiques. Il en est ressorti que les araignées se mettaient à tisser des toiles anarchiques lorsqu’elles étaient sous l’influence de la caféine, de la marijuana, ainsi que d’autres composés (voir cet article). Cela a de quoi à nous faire réfléchir sur nos propres habitudes de consommation!

 

Galerie vidéo

Épeire diadème en train de « momifier » un bourdon. Notez la largeur de la soie, qui ressemble à un ruban.

 

Autre Épeire diadème qui accroche un bourdon au bout de son abdomen pour le ramener vers sa cachette.

 

Troisième Épeire diadème (oui, ce sont des araignées très communes!), cette fois-ci en train de tisser les rayons composant sa toile.

 

Araignées tisseuses de toile en entonnoir le long de ma maison.

 

 

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Des araignées à grandes pattes?

Ils sillonnent nos plates-bandes et nos jardins. On les voit fréquemment agrippés aux murs de nos maisons. Ils sont surnommés « araignées à grandes pattes ».

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Opilion

Or, bien qu’ils soient dotés de huit pattes – et que de longues pattes il s’agit! – les opilions ne sont pas des araignées proprement dits. Ils y sont toutefois apparentés, puisqu’ils font partie de la classe des arachnides, qui comprend également les scorpions, les acariens et les « vraies » araignées.

On distingue les opilions des araignées par la forme de leur corps. Alors que les araignées possèdent une « taille » qui segmente leur corps – thorax et abdomen – en deux portions (voir sur cette photo), les opilions sont entièrement ronds, comme des ballons! De plus, ils ne possèdent que deux yeux, situés sur une excroissance sur le dessus de leur corps.

Tout comme leurs proches parents scorpions et araignées, les opilions sont également des prédateurs hors pairs. Ils ne refusent pas, par ailleurs, un repas composé d’organismes déjà morts. Ils ne tissent pas de toile et chassent au sol. Bref, on peut compter sur eux pour « nettoyer » nos plates-bandes et éliminer les insectes indésirables!

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Les opilions ne possèdent pas de « taille », contrairement aux araignées

En plus d’être bénéfiques, ils sont inoffensifs. Selon une des références que j’ai consultée, il semblerait que les opilions ne soient pas munis de pièces buccales suffisamment fortes pour traverser la peau d’un humain. Pour avoir manipulé de nombreux opilions, je peux effectivement dire que je ne me suis jamais fait mordre.

Il m’est cependant déjà arrivée de rester aux prises avec une patte d’un opilion que j’étais en train de manipuler. Il s’agit bien sûr d’une tactique de défense : tout comme d’autres invertébrés et certains lézards, les opilions ont la capacité de « perdre » volontairement un membre lorsqu’ils se sentent menacés, question de confondre le prédateur. Le membre en question fini cependant par repousser. Pratique, n’est-ce pas?

 

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L’araignée-caméléon

Je vous ai déjà parlé du mimétisme dans le monde des insectes (ici). Les insectes ne font pas que « mimer » d’autres insectes ou se camoufler pour se protéger des prédateurs… ils ressemblent aussi à des composantes de leur environnement pour mieux attraper leurs proies!

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Araignée-Crabe (misumena vatia) sur une onagre

C’est notamment le cas de l’araignée dont je vais vous parler dans les prochains paragraphes. Je suis tombée sur cet individu l’été dernier, en voulant prendre des photos de mes fleurs. Quelle ne fut pas ma surprise de réaliser qu’il y avait quelque chose qui bougeait au centre d’une d’entre elles. La « chose » en question était une araignée, qui était toute vêtue de jaune… exactement la même couleur que la fleur dans laquelle elle se cachait! Son objectif, rester tapie en plein centre de la fleur, jusqu’à ce qu’une infortunée proie se présente.

Je suis d’ailleurs retournée voir la même fleur à intervalles réguliers. L’araignée semblait très fidèle à ce site, puisqu’elle demeura dans la même plante pendant plusieurs jours consécutifs. J’ai même pu en apercevoir une seconde, dans une fleur avoisinante. Puis, un jour, j’ai aperçu une mouche au centre d’une des fleurs, dans une drôle de position… avant de réaliser qu’il y avait une araignée jaune derrière elle, la tenant dans ses crocs. Le camouflage était tellement parfait que même mes yeux ne détectèrent pas l’araignée immédiatement!

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Même araignée, prise quelques jours plus tard avec une proie entre les crocs

Après avoir pris ces photographies, je ne pouvais m’empêcher d’être intriguée par la couleur parfaitement identique de l’araignée à celle de mes fleurs. Je m’interrogeais sur ce que faisait cette araignée pour se camoufler pendant les moments de l’année où les fleurs jaunes ne dominent pas le paysage.

Ce n’est que récemment que le mystère fut résolu! Je me suis effectivement achetée un livre sur les araignées de l’Amérique du Nord. J’y ai facilement trouvé l’espèce à laquelle appartenait ma belle araignée jaune : il s’agit d’une araignée-crabe (misumena vatia; goldenrod crab spider), de la famille des Thomisidae. Elle détient ce nom à cause de sa posture (pattes avant déployées latéralement), qui fait penser à un crabe. En plus, il s’agit d’une femelle. Les femelles sont en effet beaucoup plus grosses que les mâles – environ deux à quatre fois plus grosses. Elles arborent également plus de couleurs. Fait intéressant – qui répond à mes interrogations – ces araignées sont capables de changer de couleur pour mieux se camoufler parmi les fleurs. Elles peuvent donc passer d’une coloration plutôt blanchâtre (voire vert-blanchâtre) à un jaune vif (comme sur les photos que j’ai prises) et vice-versa.

Bref, cette espèce peut changer de couleur pour se fondre aux fleurs dans lesquelles elle souhaite s’installer, en attente d’une proie. Efficace comme tactique de prédation. Je n’aimerais pas être un petit insecte pollinisateur, moi!

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