Escale nature dans le Sud-ouest américain – Partie 1

Joshua Tree_1
Joshua Tree National Park offre de beaux paysages typiques du Sud-ouest américain

Vous avez sans doute remarqué la trêve de chroniques DocBébitte des dernières semaines. La raison était fort simple : j’étais à l’extérieur du pays, affairée à visiter quelques recoins du Sud-ouest américain où demeurent mes neveux.

Bien que le voyage en soi n’en était pas un de nature entomologique, vous vous doutez sans doute que j’en ai profité pour observer – et photographier lorsque cela était possible – quelques invertébrés locaux. Armée de mon appareil photo, il m’est donc souvent arrivée de m’arrêter afin de prendre des clichés de quelques spécimens… au grand dam de mon conjoint et de mes neveux qui ont dû patienter à quelques reprises!

Notre premier arrêt fut à Joshua Tree National Park, un parc de toute beauté où se côtoient de jolies formations rocheuses et des « forêts » du fameux Joshua tree – un végétal qui a donné son nom au parc et dont l’apparence se situe à mi-chemin entre un arbre décidu et un cactus.

Trimerotropis pallidipennis_2
Une de mes premières observations entomologiques
Malacosoma sp. 4
Dans ce secteur du parc, de très nombreux arbres étaient couverts de ces tentes, dans lesquelles on voyait encore certains individus
Malacosoma sp. 3
Chenille Malacosoma sp. rampant sur une roche

Lors de notre séjour dans ce parc, nous pûmes observer à plusieurs reprises de grosses fourmis sillonnant le sol. Aux dires de mes neveux, il s’agissait des fameuses « fire ants », des fourmis reconnues pour leur piqûre intense et irritante. Par conséquent, je pris mes précautions, évitant de m’agenouiller en plein milieu de leur chemin lorsque vint le temps de les examiner de plus près – contrairement à ce que j’aurais fait si j’avais été dans la même situation au Québec! Ce n’est qu’à mon retour au Québec que j’appris que le terme « fire ant » semble être utilisé surtout pour un genre de fourmis (Solenopsis), alors que les fourmis que j’avais photographiées s’avéraient plus probablement du genre Pogonomyrmex (des « Harvester Ants »). C’est leur forme et leur coloration, ainsi que la forme du nid qui ressemble à un cratère autour duquel la végétation est absente (selon les sources consultées), qui m’ont mise sur cette piste. « Fire ant » ou non, il n’en demeure pas moins que ce genre est, lui aussi, susceptible d’infliger une piqûre douloureuse. J’ai donc sans doute bien fait d’éviter de m’installer sur leur chemin!

Fait intéressant, le nom « harvesting ant » (« fourmi qui récolte » selon ma libre traduction) vient du fait que les ouvrières du genre Pogonomyrmex ont l’habitude de récolter les graines des plantes situées à proximité de leur nid pour les y ramener. Elles se nourrissent en grande partie de ces graines, mais aussi d’autres matières comme des invertébrés ou encore des restes d’animaux morts. Une fourmi que j’ai suivie ramenait même vers le nid ce qui ressemblait à une crotte d’oiseau séchée. Bref, toute matière organique semble bonne!

Toujours dans le parc, tout près de notre point de départ lors de la première journée, un criquet que je ne connaissais pas se prélassait au soleil. Je pus en prendre également plusieurs clichés, ce qui me permit de l’identifier comme étant fort probablement un Trimerotropis pallidipennis, le Pallid-winged grasshopper (voir addenda dans la chronique du 14 avril à cet effet: il s’agirait finalement d’un individu du genre Anconia). Il s’agit encore une fois d’une espèce associée aux zones désertiques, en particulier aux secteurs parsemés de petits buissons et de graminées. La coloration tachetée de brun et de beige de cet orthoptère le rend assez difficile à voir contre le sol graveleux et rocheux du désert américain. Heureusement pour moi, l’individu observé était confortablement installé en plein milieu d’un sentier pédestre asphalté, tout près du pavillon des visiteurs.

Dans un autre secteur du Joshua Tree National Park qui était parsemé de petits arbustes, je découvris que lesdits arbustes étaient jonchés de tentes en soie fabriquées par nulle autre que des chenilles du genre Malacosoma, un groupe comprenant plusieurs espèces connues pour leur capacité à fabriquer des abris de soie et pour dévorer les feuilles des arbres environnants! Des chenilles étaient encore visibles dans certains de ces abris, alors que quelques individus déambulaient sur des roches avoisinantes.

Des chenilles du genre Malacosoma sont retrouvées au Québec, notamment la livrée d’Amérique (M. americanum) qui est bien connue pour ses tentes en soie qu’elle tisse sur les arbres dont elle se nourrit. Bien que j’aie d’abord cru que les individus observés étaient eux aussi des M. americanum, je réalisai en consultant mes livres et diverses sources Internet qu’il était plus probable qu’il s’agisse d’espèces plus abondantes dans le sud-ouest des États-Unis comme M. californicum ou encore M. incurva. Ces espèces se ressemblant beaucoup, je n’étais pas certaine au moment de la rédaction de la présente chronique des façons de les différencier. Si vous avez des conseils à cet effet, n’hésitez pas à les écrire dans la section « Commentaires »!

Lézard U. stansburiana
Les lézards de toutes sortes étaient très abondants comme ce joli « Side-blotched lizard » (Uta stansburiana)

Les invertébrés n’étaient pas les seuls au rendez-vous dans le Joshua Tree National Park et nous avons également fait la rencontre de plusieurs oiseaux et reptiles, dont plusieurs espèces qui se gavaient sans doute des nombreux invertébrés visibles ou cachés sous les roches. En particulier, nous avons fréquemment croisé des lézards et des passereaux le long des sentiers de randonnée et, à mon grand plaisir, plusieurs d’entre eux se laissèrent prendre allègrement en photo. Si vous êtes passionnés d’invertébrés, mais aussi de nature et de petits animaux de toutes sortes, je vous recommande fortement une sortie dans ce parc national au printemps (à l’été, c’est beaucoup trop chaud) : vous pourriez même avoir l’occasion d’assister à des floraisons de fleurs et d’arbres du désert, ainsi que de cactus. J’agrémente d’ailleurs la présente chronique de quelques photographies et vidéos supplémentaires sur le sujet, question de vous mettre l’eau à la bouche! Voir à la suite de la section « Pour en savoir plus » ci-dessous.

Pour terminer, les autres observations entomologiques réalisées pendant notre voyage ont été effectuées en milieu plus urbanisé. Je poursuivrai mon récit de voyage à cet effet lors de la prochaine chronique!

 

Pour en savoir plus

 

Vidéo 1. Colonie de fourmis (Pogonomyrmex sp.) – celles-ci étaient nombreuses au Joshua Tree National Park.

 

Vidéo 2. Iguane du désert (Dipsosaurus dorsalis)

 

Vidéo 3. Bruant à gorge noire (Amphispiza bilineata)

 

Photographies

Bruant gorge noire
Les passereaux comme ce bruant à gorge noire brisaient le silence du désert de leurs chants
49 palms oasis
Une oasis dans le désert… une des randonnées possibles dans le parc
Fleurs du désert
Floraison en plein désert
Cactus en fleur
Cactus en fleur entouré d’une « forêt » d’autres cactus

Joyeuses Pâques 2016!

En cette semaine pascale, je me permets une petite relâche. J’en profite pour vous souhaiter de Joyeuses Pâques! Si le coeur vous en dit, vous pouvez lire cette chronique pascale de l’an dernier… Simplement pour rire un peu!

Je vous offre également ci-dessous quelques photos qui évoquent Pâques, soit par les couleurs portées par les individus photographiés, soit parce qu’elles font penser au printemps!
À bientôt!

Coccinelle à sept points 3
Anisote érable adulte_2
Hymenoptère petite

Les papillons ne fêtent plus…

Chaque printemps, le Centre Jardin Hamel à Québec offre une activité fort sympathique pour les entomologistes amateurs du coin : Papillons en fête!

Je n’avais pas encore eu le temps d’y aller cette année à cause d’un agenda bien chargé.

Je fus surprise et déçue d’apprendre que le centre de jardinage avait été la proie des flammes au début de la présente semaine. De nombreux papillons mais aussi plus d’une centaine d’animaux d’Éducazoo (incluant rongeurs, reptiles et oiseaux pour n’en nommer que quelques-uns) ont péri dans cet incendie.

Je me permets donc, cette semaine, d’offrir un moment de silence à ma façon pour toutes ces petites bêtes en partageant quelques photographies prises lors de l’activité Papillons en fête de l’année 2015.

Je souhaite, du même souffle, transmettre des ondes positives aux gens affectés par cet incendie, dont plusieurs avaient à cœur de sensibiliser les jeunes et les moins jeunes aux petites bêtes ou encore aux bienfaits d’avoir de jolies plantes ornant l’intérieur aussi bien que l’extérieur de notre demeure.

Bon courage.

 

Pour en savoir plus

 Papillons en fête 1 Papillons en fête 2 Papillons en fête 3 Papillons en fête 4 Papillons en fête 5 Papillons en fête 6 Papillons en fête 7

Un coléoptère campagnard

Clyte des champs
Clyte des champs confortablement installé sur une feuille de hosta
Clyte des champs dos
Individu retrouvé mort dans ma piscine : les motifs sur les élytres sont fort jolis!

Les longicornes sont des coléoptères généralement de bonne taille garnis de couleurs variées. Ce n’est pas pour rien qu’ils plaisent à tant d’entomologistes amateurs ou aguerris. Au courant de la dernière semaine, je me suis affairée à étaler et photographier un longicorne que j’avais retrouvé noyé dans ma piscine l’été dernier. Il s’agissait d’un clyte des champs (Clytus ruricola).

Le clyte des champs est un insecte de taille moyenne (10 à 15 millimètres) dont la robe combine à merveille le jaune et le noir. On dit de lui qu’il est vespiforme, soit qu’il fait penser à une guêpe. La vue de côté et de dessous de ce coléoptère peut effectivement donner l’impression que l’on est devant un hyménoptère : ses flancs et son abdomen sont rayés de jaune et de noir. Il s’agit sans aucun doute d’un déguisement permettant à notre longicorne d’échapper à certains prédateurs qui, pensant faire affaire à une guêpe, veulent éviter de se faire piquer!

Selon Evans (2014), les adultes s’observent souvent au printemps et à l’été alors qu’ils sont au repos sur le feuillage de différentes plantes. C’est d’ailleurs de cette façon que j’ai pu observer et photographier mon premier spécimen vivant à l’été 2014 : ce dernier était confortablement installé sur une large feuille d’un de mes plants d’hostas.

De façon plus générale, les clytes des champs se retrouvent, comme leur nom le suggère, dans les champs, mais aussi dans les boisés et les forêts où croissent des feuillus. Les larves de ce longicorne grandissent dans les troncs d’arbre en décomposition et affectionnent particulièrement les essences dures comme l’érable. Il est donc fréquent de rencontrer des clytes des champs dans les érablières. Compte tenu de la présence de nombreux érables dans le boisé bordant ma cour, il n’est pas surprenant que j’aie observé quelques individus à proximité de la maison (dont celui retrouvé dans ma piscine).

Clyte des champs_Close up 2
Motifs sur les élytres du clyte
Clyte des champs_Close up 1
Vue rapprochée des motifs sur les élytres
Clyte des champs dessous 1
Vue latérale – on dirait presque une guêpe
Clyte des champs dessous 2
Vue ventrale

Ce joli coléoptère est bien réparti dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Selon Evans (2014), son aire de répartition s’étale des provinces des maritimes jusqu’au Manitoba (au nord), ainsi que de la Caroline du Sud au Tennessee (au sud).

En effectuant des recherches, j’ai appris qu’une autre espèce de longicorne pouvait ressembler à notre insecte de la semaine : soit l’espèce Xylotrechus insignis dont certaines variantes s’approchent grandement du clyte des champs (voir cette photo tirée de Bug Guide). Il importe donc d’examiner attentivement les motifs sur les élytres afin de s’assurer que l’on fait bien face à un clyte des champs. Cela dit, les recherches que j’ai réalisées suggèrent que l’aire de distribution de X. insignis se situerait plutôt sur la côte ouest de l’Amérique du Nord (Arnett et Jacques 1981), un fait qui peut être fort aidant pour s’assurer de ne pas faire d’erreur sur la personne! Surtout si vos observations sont effectuées au Québec!

Quoi qu’il en soit, cela ne nous empêchera pas de continuer d’observer et d’apprécier les jolies couleurs de nos sympathiques longicornes! Pour terminer la présente chronique, je vous offre plusieurs  photographies prises à partir de mon stéréomicroscope ou encore par le biais d’une « boîte lumineuse » que je me suis confectionnée afin de prendre des photographies macroscopiques des spécimens que je m’amuse à étudier. Les photos ci-présentes constituent mes premiers essais à cet effet! Bon visionnement!

 

Pour en savoir plus