Gagnants du concours de photo 2014 – Partie 2 : La mouche jaune de Sylvie Benoit

Faire un concours de photographie dans le cadre duquel on se commet à écrire une chronique sur l’espèce figurant sur le cliché gagnant peut parfois nous faire sortir de notre zone de confort. Ce n’est pas une mauvaise chose, puisque c’est à coup sûr une bonne façon d’apprendre.

C’est ce que la photographie de Sylvie Benoit a eu pour effet. Comme vous le savez, je suis une entomologiste amateur qui a beaucoup à apprendre du monde des invertébrés. La « mouche jaune » sur la photographie – l’une des trois photos gagnantes ex aequo du concours de 2014 – ne me fut pas évidente à identifier. D’autant plus que je devais le faire à partir d’une photographie, sans individu à regarder sous mon appareil binoculaire. Et que dire de l’ordre en question – des diptères – qui s’avère un ordre composé d’un grand nombre de familles! Merci pour le défi, Sylvie!

 

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L’étrange mouche jaune de Sylvie Benoit, photographie gagnante ex aequo du concours 2014

 

M’attelant à la tâche, je dus feuilleter plusieurs de mes livres d’identification, ainsi que fureter sur l’Internet (Bug Guide étant toujours une source prometteuse). Malgré toutes les informations disponibles, le défi fut difficile à relever. Je demeure avec un doute quant à l’identité de la mouche en question, mais je vous explique ci-dessous les indices pointant vers la famille Lauxaniidae.

C’est le « Peterson Field Guides – Insects » qui me fut d’une plus grande utilité, les autres guides nécessitant que j’aie la bête sous les yeux en chair et en os. Ce guide, qui contient des clés d’identification, contient aussi des images des différentes familles d’invertébrés. Sur ces images sont pointées les caractéristiques-clés de l’espèce. Pour la famille Lauxaniidae, je reconnus plus particulièrement la forme générale du corps, la présence d’un poil distinct au bout du tibia, ainsi que la forme du visage qui semblait correspondre à l’individu photographié par Sylvie. D’autres caractéristiques, qui m’auraient permise de confirmer l’identification, n’étaient cependant pas clairement visibles sur la photographie, d’où mon incertitude.

Les mouches appartenant à la famille Lauxaniidae sont des mouches communes que l’on peut retrouver dans les zones boisées, ainsi qu’où la végétation est présente en bonne densité (haies et jardins denses). Leur taille demeure relativement petite, la plupart des individus atteignant un maximum de 6 à 7 millimètres. Selon l’espèce, leur coloration peut être grise, brune, noire, jaunâtre ou orangée. Les adultes peuvent être observés butinant dans les fleurs de nos plates-bandes. Selon Wikipedia, on peut aussi observer ces mouches au repos, tranquillement assises sur une feuille d’arbre – exactement comme sur la photographie en vedette cette semaine!

Diptères petits
Les petits diptères comme ceux-ci abondent et leur identification nécessite de multiples photographies détaillées

Les larves, quant à elles, croissent à l’abri dans la matière végétale en décomposition. Elles se nourrissent non seulement des feuilles, mais aussi de la communauté bactérienne qui y est associée. À ce qu’il semble, chaque espèce a sa préférence en matière d’essence, même lorsqu’il s’agit de feuilles en décomposition! D’autres milieux peuvent également s’avérer propices à l’évolution des larves, dont les nids d’oiseaux et les « balais de sorcières », ces excroissances que l’on retrouve sur certains arbres.

D’autres familles de mouches peuvent ressembler aux espèces appartenant à la famille Lauxaniidae. Ainsi, si vous voyez de petites mouches jaunâtres, vous pourriez non seulement être devant un Lauxaniidae, mais devant des Drosophilidae, des Sciomyzidae ou des Dryomyzidae. La meilleure façon de les distinguer est de les prendre en photo de tous angles, tous côtés, de sorte à obtenir le plus d’information possible sur la forme de leur visage, la présence de poils sur la tête, le visage et les pattes, ainsi que la texture des ailes. Dites-vous que nous n’avons jamais assez de photographies pour tenter d’identifier un individu! Le prochain défi d’identification n’est sans doute pas bien loin!

 

Pour en savoir plus

 

Gagnants du concours de photo 2014 – Partie 1 : Le mélanople birayé de France St-Aubin

Vous l’avez appris la semaine dernière : trois photographies candidates au concours amical de photographie 2014 ont été élues gagnantes ex aequo par les lecteurs de DocBébitte. Par conséquent, les trois prochaines chroniques viseront à vous brosser un portrait des individus retrouvés sur chacune de ces photographies, respectivement.

Cette semaine, nous amorçons avec un insecte bien connu de tous : le mélanople birayé.

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En vedette, le joli cliché d’un mélanople birayé par France St-Aubin, une des trois photos gagnantes

Le mélanople birayé est sans contredit l’un des plus communs représentants des orthoptères (grillons, criquets, sauterelles et compagnie!) qui peuplent nos cours et nos jardins. Ce n’est donc pas une surprise s’il s’est retrouvé sur plusieurs photos soumises lors des deux concours de photographie en 2013 et 2014.

Bien qu’on le nomme communément « sauterelle », cette appellation n’est pas exacte. Le terme « sauterelle » réfère effectivement à d’autres membres de l’ordre des orthoptères : les tettigonies (notamment les scuddéries; voir cette précédente chronique pour plus de détails sur l’identification de ces groupes). Le mélanople, qui appartient à la famille Acrididae, devrait plutôt être qualifié de « criquet »… À distinguer cependant du terme « cricket » en anglais, qui réfère aux grillons! Tout pour nous confondre, quoi!

On reconnaît le mélanople birayé à… ses rayures! Il arbore effectivement une rayure jaune bien visible qui passe au-dessus de l’œil et qui s’étend le long de son pronotum (premier segment dorsal du thorax, situé immédiatement après la tête). Il s’agit également d’une espèce qui atteint une longueur appréciable s’étalant de 30 à 55 millimètres.

Dans une précédente chronique, je vous avais parlé d’invasions historiques et notables de criquets qui les avaient propulsés au rang de « fléau »! Les mélanoples birayés ne sont pas en reste : ils sont considérés comme étant des pestes de différentes cultures incluant la luzerne, le maïs, le tabac et les céréales. Ils ne font pas la fine bouche et peuvent aussi se délecter d’un grand nombre de plantes ornant nos plates-bandes. D’ailleurs, une autre photographie soumise au concours de photo 2014 présentait un mélanople birayé en flagrant délit de gourmandise sur une feuille d’hosta.

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Cette autre photo candidate au concours 2014 présente un mélanople birayé en flagrant délit de gourmandise

De plus, je vous avais déjà vanté les aptitudes de certains orthoptères – en particulier les scuddéries et les grillons – à composer des chants dignes de virtuoses (suivre ce lien). Malheureusement, les criquets n’ont pas hérité de ce don. Bien qu’ils soient aptes à produire certains sons, ces derniers sont considérés comme étant beaucoup moins riches que ceux de leurs cousins. En outre, leur chant est qualifié de « sec » et s’apparentant à deux bouts de papier sablé que l’on frotte l’un contre l’autre. Pas une représentation digne d’une ovation, quoi!

Par ailleurs, la façon de produire le chant, de même que de le capter, diffère entre ces deux grands groupes d’orthoptères. Chez le premier groupe – le sous-ordre Ensifera –, une vaste variété de sons est produite par le frottement des ailes les unes contre les autres. De plus, leurs organes récepteurs – en quelque sorte leurs oreilles – sont situés sur les tibias. En revanche, chez le second groupe – le sous-ordre Caelifera, qui inclut les mélanoples – les individus génèrent typiquement leur « chant » en frottant la partie intérieure de leurs fémurs sur la surface extérieure de leurs ailes. Ils peuvent aussi produire un son qualifié de « crépitation » en ouvrant rapidement leurs ailes. Les « oreilles », quant à elles, sont situées sur l’abdomen.

Les femelles ne possèdent pas d’ovipositeur long et protubérant comme leurs cousines scuddéries, grillons ou camellines. Afin de pondre leurs œufs, elles tendent plutôt à enfouir la totalité de leur abdomen dans le sol. Je me souviens encore de cette fois – ce devait être en 2002 ou 2003 – où j’étais allée faire une randonnée dans un sentier pédestre constitué de gravier et longeant la rivière Saint-Charles à Québec. J’avais aperçu un énorme mélanople, immobile, dont l’extrémité de l’abdomen était enfouie dans le gravier. En tentant de le prendre, j’avais été surprise de voir à quel point l’abdomen était enflé. Je pensais que l’individu était malade! Je n’avais pas réalisé, à ce moment, qu’il s’agissait vraisemblablement d’une femelle en train de pondre.

C’est malheureusement sans doute cette habitude – et peut-être l’envie de se faire chauffer au soleil – qui fait en sorte que les criquets se retrouvent en plein milieu de sentiers pédestres ou cyclables et, bien malgré eux, sous nos roues et nos souliers. Par chance, il y a des entomologistes qui tendent à regarder au sol en marchant (devinez pourquoi!) et qui sauront les éviter!

 

Pour en savoir plus

Gagnants du concours de photographie 2014 : Les lecteurs ont opté pour plus d’une photo!

Toute une surprise m’attendait cette année dans le cadre du concours amical de photographie d’invertébrés. Ce n’est pas une photo, ni deux, mais trois photos qui se sont retrouvées ex æquo!

Il faut dire que les lecteurs avaient le choix entre vingt-six photographies, fort différentes et aussi belles les unes que les autres. Ils auront eu de la difficulté jusqu’à la toute fin pour trancher pour leur coup de cœur.

Comme une chose promise est une chose due, je n’écrirai pas une chronique, mais bien trois chroniques mettant en vedette, tour à tour, la photographie d’un des gagnants. Ces chroniques dépeindront également le portrait des insectes croqués sur le vif.

Les trois coups de cœur choisis par les lecteurs de DocBébitte sont :

  • Mélanople birayé par France St-Aubin
  • Mouche Lauxaniidae par Sylvie Benoit
  • Duo d’hémiptères (Stenottus binotatus et Homaemus aenifrons) par Jean Soucy

C’est donc un rendez-vous au courant des prochaines semaines pour plus de détails sur chacun de ces insectes!

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Mélanople birayé par France St-Aubin

 

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Mouche jaune (famille Lauxaniidae) par Sylvie Benoit

 

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Duo d’hémiptères (Stenottus binotatus et Homaemus aenifrons) par Jean Soucy

Colorée, cette cicadelle!

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Joli agencement de couleurs sur cette cicadelle

L’ordre des hémiptères, groupe qui inclut notamment les sympathiques punaises terrestres et les cigales, est composé de plusieurs autres familles au sujet desquelles je n’avais pas encore eu l’occasion d’écrire.

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Les cicadelles du genre Graphocephala sont communes dans nos plates-bandes

Une de ces familles est celle des cicadelles (Cicadellidae), de petits insectes sauteurs mesurant généralement moins d’un centimètre. Elle comporte environ 2 500 espèces en Amérique du Nord, dont un individu à la robe colorée que j’ai eu la chance de photographier cet été et qui appartient au genre Graphocephala. Ce genre inclut une espèce nommée « Cicadelle multicolore » (Graphocephala coccinea, non retrouvée au Québec selon le site « Les hémiptères du Québec ») qui porte très bien son nom!

Comme de nombreux hémiptères, les cicadelles se nourrissent des fluides de diverses plantes à l’aide de leur rostre, qui leur sert de « paille ». Ce dernier comporte deux canaux : un premier servant à injecter la salive dans la plante et un second servant à aspirer la nourriture. L’injection de salive peut engendrer des dommages, allant d’une simple décoloration des plantes jusqu’à la mort. D’ailleurs, les habitudes alimentaires des cicadelles peuvent s’avérer être un vecteur de maladies. À l’instar d’une seringue non désinfectée, elles charrient en effet des pathogènes d’une plante à l’autre lorsqu’elles y plongent leur rostre.

Les cicadelles du genre Graphocephala seraient particulièrement attirées – selon l’espèce – par les framboisiers, les rosiers, les rhododendrons, ainsi que d’autres plantes ornementales qui bordent nos maisons. Ce n’est donc pas une surprise d’observer des individus de ce groupe près de nos demeures.

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Les pattes postérieures de cette cicadelle (Osbornellus sp.) sont visibles et munies de rangées d’épines
Cercope aphrophora quadrinotata
Les pattes postérieures de ce cercope (Aphrophora sp.) sont bien cachées sous ses ailes

Les cicadelles et les cercopes (j’ai parlé des nymphes de cercopes dans cette précédente chronique) se ressemblent beaucoup. Une façon de les distinguer est d’examiner leurs pattes. Les pattes des cercopes sont plus discrètes et partiellement cachées sous leurs ailes, alors que celles des cicadelles sont plus apparentes. De plus, les tibias des pattes postérieures des cicadelles sont munis de rangées d’épines bien visibles. En revanche, ceux des cercopes ne possèdent qu’un amas d’épines à leur extrémité.

De même, les cicadelles arborent fréquemment des couleurs vives, par opposition aux cercopes qui portent une robe plus sobre. C’est le cas de notre cicadelle en vedette, dont les bandes vertes et rouges des ailes se marient avec  la couleur jaune de la tête et des pattes. Joli agencement de couleurs, n’est-ce pas?

Fait intéressant, les cicadelles, tout comme les cercopes, n’utilisent que leurs deux premières paires de pattes pour marcher. Elles maintiennent leurs pattes postérieures rangées le long du corps et s’en servent uniquement pour bondir lorsque venu le temps de s’envoler. D’ailleurs, le nom commun anglais des cicadelles est « leafhopper », un nom représentatif de leur propension à bondir à la dernière minute lorsque l’on tente de les approcher… ou de les prendre en photo!

 

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Une punaise pas si verte que ça!

Connaissez-vous la punaise verte (Chinavia hilaris ou, plus anciennement, Acrosternum hilare)? Il est fort à parier que vous avez déjà vu cette belle grosse punaise terrestre, facilement reconnaissable par sa couleur vert flamboyant.

Punaise verte
La punaise verte porte bien son nom lorsque au stade adulte

En revanche, avez-vous déjà observé des nymphes (stade juvénile) de punaise verte? Si oui, ou bien vous ne saviez tout simplement pas de quoi il s’agissait ou bien vous avez fait comme moi et vous avez cherché pendant une bonne demi-heure avant de trouver de quelle espèce il était question! La raison est la suivante : la nymphe de la punaise verte est… tout sauf verte! Elle arbore effectivement de jolies taches de couleur jaune (ou carrément blanche chez les toutes jeunes nymphes, comme sur cette photo) et orange sur fond noir. Les nymphes des stades plus avancés présentent toutefois des teintes de plus en plus vertes sur l’abdomen. C’est le cas de la photographie-mystère de la semaine dernière. Il s’agissait du dos d’une nymphe de punaise verte. Très jolie, mais aussi fort différente de l’adulte.

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Jeune punaise verte (nymphe)
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Nymphe de punaise verte – on voit bien son rostre

La punaise verte est très commune au Québec. On la retrouve couramment dans nos jardins. Elle se délecte de végétaux de toutes sortes : tiges et feuilles de diverses plantes, incluant des arbres fruitiers (pommiers, pêchers), graines en développement (soja, fèves, maïs) et légumes du jardin (tomates, aubergines, etc.). C’est à l’aide de son rostre (long appendice ressemblant à une trompe) qu’elle sirote les fluides de ses aliments préférés. Son comportement alimentaire fait d’elle un insecte pas toujours très apprécié des cultivateurs et des jardiniers.

On me demandait récemment comment je faisais pour savoir si une punaise observée était une nymphe ou un adulte. La réponse est simple : il suffit de regarder son dos! Si celui-ci est muni d’ailes bien développées, il s’agit d’un adulte. En revanche, les nymphes possèdent des ailes peu développées et repliées dans ce que l’on appelle un fourreau allaire. Ce fourreau est noir chez la jeune punaise verte et on peut reconnaître les ailes en devenir en l’examinant de plus près.

Les punaises vertes font partie de la famille Pentatomidae, un groupe riche en individus colorés dont plusieurs espèces sont considérées comme étant bénéfiques (elles ne s’attaquent pas toutes aux plantes). Vous pouvez compter sur moi pour vous en parler à nouveau dans une future chronique! En anglais, le nom commun des punaises appartenant à cette famille est « stink bug ». Celui de la punaise verte en particulier est « green stink bug ». Pourquoi ce nom? À ce qu’il semble, les pentatomidés sont capables d’émettre une odeur désagréable et nauséabonde. Quoi de mieux pour faire fuir les prédateurs qu’un repas qui sent mauvais? Plus précisément, chez la plupart des punaises adultes, ces « mauvaises odeurs » proviendraient de glandes odoriférantes situées sur le thorax. Les nymphes, quant à elles, posséderaient des glandes différentes s’ouvrant sur leur abdomen, mais dont la résultante est la même : puer!

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Nymphe de punaise verte à un stade plus avancé : on devine la coloration de plus en plus verte de l’abdomen

Bien que j’aie manipulé un bon nombre de pentatomidés, il ne m’est jamais arrivée de sentir une odeur déplaisante. Je n’ai pas encore résolu le mystère à savoir si c’est moi qui suis incapable de sentir les composés chimiques qu’ils émettent ou si ils ne me perçoivent simplement pas suffisamment comme une menace pour expulser leurs effluves sous mon nez. Et vous, avez-vous déjà croisé une punaise qui sentait mauvais?

 

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