De quel bois je me chauffe : portrait de quelques insectes xylophages

Larves xylophages
Larves et pupes de xylophages en « démonstration » lors du congrès

Le thème du congrès de l’AEAQ de cette année portait sur les insectes xylophages – c’est-à-dire qui se nourrissent du bois des arbres morts ou vifs. Il s’agit d’un groupe d’insectes que je connais très peu. Jusqu’à maintenant, je n’avais parlé que des longicornes (cette chronique) qui sont considérés comme des xylophages, puisque les larves croissent dans le bois et s’y nourrissent.

Dans le cadre du congrès, j’ai pu apprendre de nombreux faits intéressants au sujet de plusieurs espèces. J’ai choisi de faire un bref survol de trois d’entre elles : le longicorne étoilé ou longicorne asiatique (Anoplophora glabripennis), l’agrile du frêne (Agrilus planipennis) et le tremex (Tremex columba). Ce sont messieurs Jean Lanoie et Serge Laplante qui, pendant le congrès, nous ont entretenus sur ces espèces et plus encore – je tiens donc à les remercier pour ces apprentissages! Naturellement, je me suis aussi permis de fouiller dans mes livres et sur Internet pour en savoir davantage. Alors, je me lance!

Agriles du frêne_Réduit
Agriles du frêne vus de mon stéréomicroscope (gracieuseté de Stéphane Dumont, lors du congrès)
Agrile et longicorne étoilé_Réduit
Cartes qui indiquent la taille et la forme des trous d’émergence de l’agrile du frêne et du longicorne étoilé (mon pouce en référence!)

Le longicorne étoilé est un coléoptère de la famille des Cerambycidae. Ce longicorne constitue une espèce introduite en Amérique du Nord qui suscite maintes inquiétudes. Il est considéré comme envahissant et s’attaque à des arbres en santé, provoquant la mort de populations d’intérêt. En particulier, il affectionne les érables et divers feuillus comme les peupliers, les bouleaux et les saules. Dans le livre « Les insectes du Québec », Yves Dubuc indiquait que l’espèce n’avait pas encore été recensée au Québec au moment de la publication du guide en 2007. Cette dernière est cependant présente en Ontario où des mesures sont prises pour éviter sa propagation. Ce longicorne est assez facile à identifier : tout noir, il est orné de taches blanches qui font penser à des étoiles. À noter que la femelle du longicorne noir lui ressemble passablement. Comme cette dernière est commune au Québec, il faut s’assurer de bien identifier les individus avant de crier au loup! Pour plus de détails, comparez cette photo de longicorne noir (femelle) avec cette photo de longicorne étoilé.

L’agrile du frêne est un autre coléoptère introduit en Amérique du Nord et de nature envahissante. Il fait partie de la famille Buprestidae. Ce joli bupreste porte une robe aux reflets métalliques où le vert domine, mais il ne faut pas se laisser séduire par cette beauté. Il s’agit en effet d’un redoutable xylophage capable de décimer des populations de frênes. Contrairement au longicorne étoilé, l’agrile du frêne a été détecté à plusieurs endroits au Québec (voir cette carte pour les zones réglementées).

Pour éviter la propagation du longicorne étoilé et de l’agrile du frêne, l’Agence canadienne d’inspection des aliments recommande fortement de ne pas déplacer le bois de chauffage. Celui-ci est un vecteur de dispersion de ces deux espèces envahissantes. Ce sont en particulier les larves qui rongent le bois et qui risquent davantage d’être déplacées vers de nouveaux sites à coloniser. Aussi, l’Agence suggère d’être attentif aux signes d’invasion par ces coléoptères. Au congrès de l’AEAQ, on nous a remis deux cartes sur lesquelles on peut voir la forme et la taille du trou taillé dans les arbres par les deux espèces respectives. J’ai photographié ces dernières à titre informatif, mais vous pourrez en savoir plus en consultant le site de l’Agence. Enfin, les ornithologues amateurs seront heureux de savoir qu’ils peuvent encourager les pics à visiter leur terrain, puisque ce sont des prédateurs naturels des larves de xylophages.

Tremex columba
Tremex columba photographié lors du congrès

Finalement, j’ai fait la connaissance de Tremex columba, un hyménoptère à l’allure particulière. Le corps robuste et cylindrique, le tremex  n’a pas l’apparence d’un hyménoptère traditionnel à la taille de guêpe. Il s’agit en fait d’un membre du sous-ordre Symphyta, caractérisé par un abdomen fortement réuni au thorax. Le tremex photographié lors du congrès est une femelle. On voit bien son ovipositeur. C’est de cet appendice que se servent les femelles pour pondre leurs œufs dans le bois. Elles favorisent les feuillus tels les érables, les chênes et les hêtres. Contrairement aux deux individus précédents, le tremex est une espèce native. De plus, il préfère les arbres mourants ou morts. Ces deux caractéristiques font en sorte qu’il ne s’agit pas d’une espèce préoccupante. Elle peut même s’avérer bénéfique, puisqu’elle contribue à la décomposition du bois.

Ce portrait de quelques xylophages est très bref et il y en aurait encore beaucoup à dire… peut-être dans le cadre de prochaines chroniques, qui sait! D’ici là, pour les plus curieux, je vous conseille de jeter un coup d’œil à certaines des sources citées dans la section « Pour en savoir plus ».

 

Pour en savoir plus

 

La piqûre des guêpes communes!

Sans doute êtes-vous plusieurs lecteurs à avoir, tout comme moi, la piqûre des insectes. Il y a deux semaines, mon conjoint a eu la piqûre d’une guêpe commune… littéralement!

Vespula vulgaris 2
Vue latérale de la guêpe qui a piqué mon conjoint
Vespula vulgaris 3
Vue dorsale du même individu

Ce matin-là, ce n’est pas le réveille-matin qui me sortit de mon sommeil, mais bien mon conjoint, un pot Masson à la main. Il souhaitait que j’identifie la bête qu’il venait d’attraper et qui l’avait piqué trois fois plutôt qu’une. Il s’agissait d’une guêpe commune (Vespula vulgaris).

Comment en était-il arrivé à se faire piquer? Alors qu’il était sorti à l’extérieur pour nourrir les poissons (si vous ne le savez pas encore, nous avons un étang à poissons dans lequel j’observe toutes sortes de bestioles), il sentit un insecte le frapper de plein fouet. Pensant que l’insecte était reparti, il revint dans la maison pour éventuellement sentir que la bête en question s’était retrouvée coincée sous son polo et tentait désespérément d’en sortir – en le piquant à plusieurs reprises.

Les guêpes peuvent piquer plus d’une fois, car elles ne perdent pas leur dard contrairement aux abeilles. Pour une abeille, piquer un humain s’avère fatal, puisque son dard est pourvu de barbules qui l’empêchent de ressortir de la peau. En revanche, le dard de la guêpe est lisse.

Pour parvenir à identifier l’espèce de guêpe qui a piqué mon conjoint, je pris plusieurs photos d’angles divers afin d’avoir une bonne vue frontale, dorsale et latérale de l’insecte. Comme les guêpes sont de gros individus, il est assez facile de les identifier à partir de bonnes photographies sans avoir à les préserver dans une collection. Si vous avez des guêpes à identifier, vous pouvez recourir comme moi à l’Atlas électronique d’identification des Vespidae (famille à laquelle appartiennent les guêpes) du Canadian Journal of Arthropod Identification (voir la section « Pour en savoir plus » ci-dessous). Comme certaines espèces possèdent des attributs très similaires, il est préférable d’examiner plusieurs critères avant de confirmer l’identité du spécimen en question.

L’aire de distribution de la guêpe commune est très étendue. Elle est rencontrée dans toutes les provinces canadiennes hormis le Nunavut. On la retrouve aussi ailleurs en Amérique du Nord (États-Unis et Mexique), dans plusieurs pays d’Europe et d’Asie, ainsi qu’en Nouvelle-Zélande et en Australie.

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Cette autre guêpe commune s’est laissé manipuler sans piqûres!
Vespula vulgaris 4
Vue frontale d’une guêpe commune retrouvée morte

Elle est d’assez bonne taille, les ouvrières mesurant de 12 à 17 millimètres, alors que la reine peut atteindre les 20 millimètres de long. Cet insecte est un omnivore et se nourrit non seulement de nectar et de fruits, mais aussi de divers arthropodes qu’ils soient morts ou vifs. Les insectes capturés sont fréquemment rapportés au nid afin de nourrir les larves en développement.

D’ailleurs, la guêpe commune vit au sein d’une colonie fondée par une reine. La reine choisit un endroit propice pour démarrer sa colonie. Il peut s’agir d’un creux dans le tronc d’un arbre, d’un trou au sol (comme un ancien terrier) ou de tout espace convenable associé à des constructions humaines (un creux entre deux murs, par exemple). Les nids peuvent également être aériens (accrochés à des arbres ou à des bâtiments).

L’érection du nid est amorcée par la reine, puis poursuivie par les ouvrières au fur et à mesure qu’elles atteignent le stade adulte. C’est alors que la reine se dévoue uniquement à la ponte et à l’élevage, alors que les ouvrières s’occupent de nourrir les larves, ainsi que de nettoyer et de réparer le nid. Fait intrigant, après tout ce travail – et en particulier après que de nouvelles reines aient été conçues –, la reine meurt pour laisser derrière elle un nid désorganisé. Les ouvrières s’adonnent progressivement au cannibalisme, abandonnent le nid ou meurent simplement gelées en demeurant dans un nid déserté.

Pour terminer, il semble que les capacités d’adaptation de cette espèce de guêpe fassent d’elle un insecte qui côtoie de près les humains et qui est reconnu pour des piqûres fréquentes un peu partout dans le monde. Mon conjoint n’aura donc pas été le seul à avoir la piqûre pour cette jolie guêpe!

 

Pour en savoir plus

 

Une mare à moustiques

Devinette 2015-06-15
Notre insecte-mystère de la semaine passée était une larve de maringouin (Culicidae)
Larve Culex sp.
Le premier segment suivant la tête est renflé et l’on voit bien le siphon respiratoire
Larves Culicidae
Ces larves tiennent leur siphon respiratoire érigé vers la surface de l’eau

Bien que beaucoup de larves d’insectes aquatiques soient méconnues, plusieurs d’entre vous ont reconnu la larve de notre insecte-mystère de la semaine dernière : un maringouin – moustique pour les non-Québécois – en devenir!

Les maringouins forment la famille des Culicidae et appartiennent à l’ordre des diptères. Vous ne serez peut-être pas surpris d’apprendre que d’autres illustres insectes piqueurs (mouches à chevreuil, mouches noires et brûlots) font également partie de cet ordre. J’en ai d’ailleurs parlé dans cette chronique. De plus, tous ces insectes passent leurs premiers stades de vie sous l’eau.

Les jeunes moustiques, donc, prennent vie sous l’eau. La femelle, gorgée d’œufs, part à la quête d’un repas sanglant afin de donner à sa progéniture toutes les chances de survie. Cette quête peut parfois terminer de façon brutale sous un claquement de main! Si, toutefois, la femelle s’en sort indemne, elle sélectionnera ensuite un milieu aquatique approprié qui peut s’avérer être un simple trou d’eau dans un pneu délaissé ou un tronc d’arbre! Les maringouins ne sont pas difficiles et peuvent se satisfaire de n’importe quel habitat où l’eau est stagnante.

Les œufs éclosent éventuellement en de petites larves qui croissent jusqu’à en devenir les redoutables adultes que nous connaissons. Avant d’en arriver à cette fin, la plupart des larves entreprennent leur croissance en aspirant des algues, bactéries et particules de toutes sortes qu’elles trouvent à leur portée. Quelques espèces sont prédatrices, se nourrissant souvent d’autres larves de moustiques.

Les larves peuvent peupler rapidement le milieu où elles se trouvent. C’est d’ailleurs en jetant un coup d’œil dans mon étang, avant d’entreprendre le nettoyage printanier annuel (voir cette chronique pour quelques anecdotes des années dernières), que je réalisai que mon étang était littéralement bourré de larves et de pupes de maringouins. Habituellement, je n’en voyais pas autant. Cela me permit d’examiner quelques larves et pupes sous la loupe de mon stéréomicroscope et de vous présenter les images et les vidéos accompagnant la présente chronique!

Les larves de Culicidae sont particulièrement faciles à identifier. Les segments thoraciques, situés immédiatement après la capsule céphalique (la « tête »), sont fusionnés en un seul segment renflé, ce qui n’est pas le cas des autres larves de diptères. De plus, remarquez-vous d’autres particularités? Est-ce que la larve ressemble à l’adulte?

À moins que vous ne soyez myopes, la réponse à cette question est « non »! Afin d’atteindre le stade adulte, la larve doit franchir une étape intermédiaire. À l’instar de la chenille qui forme une chrysalide avant de se transformer en papillon, le maringouin doit lui aussi subir ce que l’on appelle une métamorphose complète – métamorphose qui fait en sorte que le rejeton subit une transformation majeure modifiant considérablement sa morphologie.

Pupes Culicidae
Les pupes ont de petites « cornes » qui servent à respirer, ainsi que des « palmes » qui leur permettent de se mouvoir sous l’eau
Pupe Culicidae facial
Reconnaissez-vous le redoutable maringouin sous cette peau de pupe?

Toutefois, contrairement à la chrysalide du papillon qui demeure attachée à un substrat et qui bouge peu, la pupe du maringouin est munie de petites « palmes » qui lui permettent de se déplacer sous l’eau. On peut d’ailleurs facilement les observer se mouvoir dans les milieux qu’elles habitent. Elles tendent à se sauver, nageant vers le fond de l’eau, lorsqu’on les approche. Il en est de même pour les larves, qui fuient toute perturbation.

La raison pour laquelle les larves et les pupes se tiennent près de la surface de l’eau est qu’elles y respirent (les larves y mangent aussi). Les larves de nombreuses espèces (mais pas toutes!) possèdent un siphon respiratoire au bout de leur abdomen qu’elles gardent le plus possible en contact avec la surface de l’eau. Les pupes, quant à elles, sont munies de petites « cornes » à l’arrière de leur céphalothorax, nommées « trompettes respiratoires », qui servent aux mêmes fins.

Le développement des larves dure typiquement de sept à dix jours si les conditions sont favorables, alors que celui des pupes est de trois à quatre jours. Ce délai est particulièrement rapide et fait des maringouins des insectes très prolifiques… au grand malheur des humains qui les apprécient un peu moins!

 

Pour en savoir plus

  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Wikipédia. Culicidae. https://fr.wikipedia.org/wiki/Culicidae

 

Vidéo : Larves de maringouins dans mon étang.

 

Vidéo : Deux pupes provenant de mon étang. On voit à quel point elles sont mobiles.

 

Messieurs coléoptères, votre salade de cornouiller est servie!

Altise et Calligraphe
Nos deux acolytes suspects

La semaine dernière, je suis allée marcher le long de la rivière du Cap-Rouge, à Québec. Bien que j’étais déconcentrée par de multiples parulines à croupion jaune qui sautillaient d’une branche à l’autre, je ne pus m’empêcher de remarquer que les feuilles de nombreux arbustes bordant le sentier étaient complètement rongées. Naturellement, je me suis immédiatement dit que cela ne pouvait qu’être l’œuvre d’un insecte! En fait, j’avais tort. Il s’agissait de l’œuvre de deux espèces d’insectes!

En m’approchant des arbustes, j’aperçu effectivement les deux suspects en plein délit : des coléoptères! Le premier, en nombre plus modeste (deux ou trois par plants), était un calligraphe ligné du cornouiller (Calligrapha philadelphica). Tout à fait à propos, puisque les arbustes endommagés étaient des cornouillers! Ce dernier était de taille assez grande – je dirais légèrement plus gros qu’une coccinelle – et de couleur dorée. Difficile de rater ce charmant coléoptère qui s’avérait également orné de jolis motifs plus sombres.

Altise cournouiller probable 2
Altise vue de près
Altise cournouiller probable 1
Les altises qui s’en donnent à cœur joie

Le second insecte, plus petit mais nettement plus abondant (plusieurs dizaines par plants), était une altise (genre Altica), possiblement l’altise du cornouiller (Altica corni) à cause de la plante hôte. Toutefois, mes photographies ne permettent pas de le confirmer hors de tout doute. Si certains experts parmi vous peuvent confirmer l’identité de mon second suspect, n’hésitez pas à me le signaler.

Les deux prévenus appartiennent à la même famille : les chrysomèles (Chrysomelidae). Le nom anglophone de cette famille, Leaf Beetles, en dit long sur leurs habitudes alimentaires. Les espèces qui font partie de ce groupe sont effectivement des phytophages, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent de plantes. Il n’est donc pas surprenant de les observer en train de s’empiffrer de plantes de toutes sortes.

Cela dit, selon plusieurs sources consultées, les chrysomèles sont souvent spécifiques à une espèce de plantes ou à un groupe de plantes apparentées. Dans le cas de nos individus inculpés, je remarquai effectivement que seuls les cornouillers étaient atteints. Le reste de la végétation – tout le long du sentier emprunté – demeurait entièrement intact.

Calligraphe cornouiller 1
Calligraphe ligné du cornouiller
Calligraphe cornouiller 2
Autre calligraphe – qui a amorcé l’expulsion de ses fèces sur ma main

Les feuilles des cornouillers étaient très endommagées. Fait que j’ai trouvé intéressant, Marshall (2009) illustre le dommage fait par les altises en le comparant à des feuilles qui auraient été fusillées. Les feuilles que j’ai aperçues – et photographiées – ressemblaient effectivement à du gruyère suisse!

Les chrysomèles représentent la quatrième plus grande famille de coléoptères en Amérique du Nord. Il est fort à parier que nous pourrons observer, au cours de l’été, d’autres membres de cette famille en délit de gourmandise! Gardez l’œil ouvert pour toute feuille trouée et vous pourriez bien faire de nouvelles découvertes entomologiques!

 

Pour en savoir plus

Queue mouchetée et face blanche!

Certains insectes possèdent des attributs qui les rendent facilement identifiables, même pour les néophytes. Leur nom commun reflète parfois ces caractéristiques, ce qui est d’autant plus aidant. C’est le cas de la Leucorrhine mouchetée (Leucorrhinia intacta), une libellule dont le nom commun anglais est Dot-tailed whiteface – littéralement face blanche à queue mouchetée.

L. intacta_1
Mâle Leucorrhine mouchetée photographié à l’été 2013

Vous l’aurez deviné, l’abdomen de la bête est ponctué d’un point jaune très visible, alors que sa face (hormis les yeux) est toute blanche. Le reste de son corps, cependant, est entièrement noir.

C’est en visitant à deux reprises un cousin de mon conjoint, qui a un joli étang sur sa propriété (tout plein de bestioles!), que je fis la connaissance de cette charmante libellule dont l’aire de répartition couvre une bonne partie de l’Amérique du Nord, incluant le Québec méridional.

Comme ses consœurs libellules, la Leucorrhine mouchetée est un redoutable prédateur et se délecte d’à peu près tout ce qui est de taille à être maîtrisé : moustiques, papillons, éphémères et j’en passe! Je l’ai d’ailleurs vue en pleine action, chassant une des (trop) nombreuses mouches à chevreuil (Tabanidae : Chrysops lateralis) qui sillonnaient les environs de l’étang à la recherche de proies vulnérables… comme une entomologiste amateur concentrée à prendre des photographies de libellules!

Cet odonate préfère les milieux d’eaux calmes comme les étangs et les lacs où la végétation aquatique est abondante. La larve, comme toutes les larves de libellules, vit sous l’eau et attend patiemment qu’une proie passe à proximité pour la dévorer. Il s’agit également d’un vorace prédateur qui se satisfait non seulement d’invertébrés, mais aussi de petits poissons et de têtards.

L. intacta_2
Autre mâle, même endroit, mais cette fois en 2014!

Au Québec, les larves émergent vers la fin du printemps. La saison où les adultes peuvent être observés s’étend, quant à elle, de mai à août. Pour ma part, les deux fois où j’ai pu observer des individus de cette espèce, c’était en plein milieu du mois de juillet.

En période de reproduction, les mâles se promènent à la recherche d’une partenaire. Ils peuvent passer de 15 minutes à 6 heures au même endroit en attente de Madame Parfaite. Selon Paulson 2011, ils ne défendent pas de territoire fixe comme le font d’autres espèces. La copulation dure entre 5 à 25 minutes, ce qui est nettement plus long que la libellule lydienne avec son… trois secondes! Après ces ébats amoureux, la femelle déposera ses œufs en vol, en donnant de petits coups rapides du bout de son abdomen à la surface de l’eau, de préférence dans des secteurs où la végétation aquatique est abondante.

Les femelles matures ressemblent plutôt aux mâles, mais les femelles immatures, quant à elles, sont un peu plus difficiles à identifier (voir cette photo). Qu’à cela ne tienne! Cela ne devrait pas vous empêcher d’apprécier leur grâce! Et rappelez-vous : si vous apercevez une libellule à la face blanche et à la queue mouchetée, vous faites sans aucun doute face à un mâle ou une femelle mature Leucorrhine mouchetée! Bonne observation!

 

Pour en savoir plus