La mouche-scorpion : ni une mouche, ni un scorpion!

panorpe-2013
Première panorpe observée en 2013… dans une voiture!

Certains insectes d’allure étrange sont baptisés en fonction de caractéristiques morphologiques qui s’apparentent à d’autres invertébrés mieux connus. C’est le cas des mouches-scorpions, qui n’appartiennent pourtant ni à l’ordre des diptères (mouches) ni à l’ordre des Scorpiones (scorpions). Ces curieux insectes font partie de l’ordre des mécoptères (Mecoptera). Pourquoi alors les qualifier à la fois de mouche et de scorpion, me direz-vous?

Ce qu’il faut savoir, c’est que les mâles de certaines espèces de mécoptères appartenant à la famille Panorpidae possèdent un appendice ressemblant à s’y méprendre au dard des scorpions. Par ailleurs, bon nombre d’espèces de mécoptères font penser à des mouches – hormis le fait qu’elles sont munies quatre ailes plutôt que deux. C’est notamment le cas des Bittacidae qui pourraient être confondus pour des tipules avec leur long corps et leur long museau (rostre).

Pour ma part, j’ai fait la rencontre d’une panorpe (Panorpidae) pour la première fois en 2013 alors que nous étions en vacances au parc de la Yamaska avec nos neveux. Comme nos neveux viennent du Nevada (voir cette chronique, ainsi que celle-ci), le plus vieux des deux devînt nerveux lorsque je m’exclamai qu’il s’agissait d’une mouche-scorpion… Il faut dire qu’au Nevada, les scorpions sont fréquents et constituent un danger réel. Bref, il ne voulait pas que je m’approche trop de la bête, qui s’était retrouvée coincée dans notre voiture. Je me doutais bien que l’arthropode ne m’injecterait pas de venin mortel, mais je ne savais pas au juste à l’époque à quoi pouvait bien servir ce « dard ». Il s’est avéré que l’appendice en question est l’organe reproducteur du mâle et qu’il ne constitue aucun danger… sauf si vous êtes une femelle panorpe, bien sûr!

panorpe_2
Panorpe attirée par un piège lumineux d’un collègue de l’AEAQ à l’été 2016 – on voit bien son étrange museau au bout duquel on retrouve des pièces buccales

Cela dit, les mâles panorpes courtisent les femelles en leur offrant de la nourriture. Il s’agit habituellement d’insectes morts ou encore de salive que les mâles épandent sur des feuilles – cette dernière prenant une consistance gélatineuse présumément savoureuse  en séchant. À chacun ses goûts! Une fois occupées à s’alimenter, Mesdames se laissent gentiment approcher; les mâles en profitent alors pour copuler. Ces derniers mettent parfois bien des efforts à la recherche de nourriture : certains vont jusqu’à voler les insectes qui se sont retrouvés enchevêtrés dans les toiles d’araignées, y laissant parfois leur peau! À ce qu’il semble, les mâles qui n’arrivent pas à trouver de nourriture ou encore à produire suffisamment de salive se retrouvent penauds… Quelques-uns parviendraient tout de même à attirer des femelles à l’aide de phéromones, mais d’autres prendraient des moyens plus radicaux pour parvenir à disséminer leurs gènes. Ceux-ci se serviraient des pinces situées au bout de leur abdomen pour agripper une femelle et la maintenir en place alors qu’ils s’adonnent à la chose. C’est que Monsieur n’a pas toujours de bonnes manières avec la gent féminine!

Les panorpes se rencontrent principalement dans des milieux boisés caractérisés par un dense couvert végétal près du sol. D’ailleurs, selon Dubuc (2007), ces insectes peuvent être capturés au filet dans les lieux ombragés munis de fougères. Cet été, je pus observer plusieurs panorpes à un piège lumineux lors du congrès annuel de l’Association des entomologistes amateurs du Québec (voir la seconde vidéo ci-dessous). Nous étions situés dans un secteur boisé où l’on retrouvait un mélange d’arbres matures et de pousses végétales (herbacées et jeunes arbres) au sol. C’était seulement la seconde fois que je voyais ce type d’arthropode qui semble pourtant relativement commun si je me fie aux sources consultées aux fins de la présente chronique.

Panorpe
Autre panorpe au même piège lumineux

Les panorpes subissent une métamorphose complexe, c’est-à-dire que la larve qui s’extirpe de l’œuf se transformera d’abord en pupe avant de devenir un adulte ailé (par opposition à la métamorphose simple où la larve – appelée nymphe – se transforme directement en adulte sans former de pupe ou de chrysalide). Dans le cas de la métamorphose complexe, la larve ressemble très peu à l’adulte. Ainsi, à l’instar des papillons qui subissent également une métamorphose complexe, les jeunes panorpes prennent d’abord l’allure de « chenilles », comme en témoigne cette photo dénichée sur Bug Guide et prise au Québec!

La femelle dépose ses œufs dans le bois pourri, la mousse ou encore la litière de feuilles et les débris au sol. Les larves qui en découlent poursuivent leur évolution dans ces milieux. Ce sont des charognards qui ne daignent pas les invertébrés à corps mou morts. Les adultes, quant à eux, se nourrissent également d’invertébrés morts ou moribonds. Ils peuvent aussi occasionnellement se délecter de nectar ou de fruits. Fait intéressant, le comportement alimentaire des panorpes – larves et adultes – fait d’eux d’intéressants sujets d’étude dans le domaine de l’entomologie judiciaire. D’ailleurs, en furetant sur Internet pour me documenter sur les panorpes, je suis tombée sur une photographie où plusieurs panorpes adultes avaient été observées se nourrissant des fluides d’une grenouille morte (ici). Ces derniers sont donc sans doute susceptibles de s’intéresser à d’autres organismes morts hormis les invertébrés.

En résumé, si vous observez un drôle d’insecte qui ressemble à une mouche au long museau, mais qui possède aussi ce qui semble être un dard de scorpion, vous ne faites pas erreur! Il s’agit bel et bien d’une mouche-scorpion… qui, en fin de compte, n’est ni une mouche ni un scorpion!

 

Vidéo 1. La toute première mouche-scorpion que je pus observer. C’était lors d’une averse et l’individu (un mâle) s’était retrouvé coincé dans la voiture.

 

Vidéo 2. À l’été 2016, lors d’une chasse nocturne avec des collègues de l’AEAQ, je filmai ces différents mâles panorpes attirés par les lumières.

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Bug Guide. Family Panorpidae – Common Scorpionflies. http://bugguide.net/node/view/9216
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Loiselle, R. et D.J. Leprince. 1987. L’entomologiste amateur. 143 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Wikipedia. Panorpa. https://en.wikipedia.org/wiki/Panorpa

Concours amical de photographie 2016 : l’heure du vote!

La période de soumission des photos pour le 4e concours amical a maintenant pris fin et c’est l’heure de passer au vote! À nouveau cette année, nos photographes ont su capturer sur le vif des invertébrés de tous genres.

Les concurrents sont variés et incluent tant des entomologistes amateurs qu’aguerris, des jeunes et des moins jeunes (ou disons des jeunes de cœur!), ainsi que des photographes en herbe ou passés maîtres dans le 8e art.

Les clichés en lice sont classés par ordre alphabétique d’ordre d’invertébrés (de Araneae à Odonata) et sont numérotés en conséquence. Retenez bien ce numéro, car oui, chers lecteurs, c’est à vous qu’incombe l’ingrate tâche de trancher pour votre photo « coup de cœur »! Que ce soit pour l’aspect artistique de la photographie ou encore parce que vous avez un faible pour l’invertébré mis en vedette, laissez libre cours à votre cœur!

Chaque personne a droit à un vote. Si vous avez soumis une photographie au concours, vous avez également droit de vote – pourquoi pas, puisqu’il s’agit d’un concours amical! La façon de procéder est simplifiée cette année : vous n’avez qu’à remplir le questionnaire de vote en cliquant sur ce lien : Vote 4e concours de photographie DocBébitte.

Voilà, c’est maintenant à votre tour de jouer! Il ne vous reste plus qu’à admirer les photographies ci-dessous et à me transmettre votre vote. Vous avez jusqu’au dimanche 11 septembre pour voter. La photographie gagnante sera mise en vedette dans une prochaine chronique! Que le meilleur gagne!

 

Cliquez sur les photographies pour les afficher en version « plein écran ». N’oubliez pas de peser sur la flèche « retour arrière » pour revenir sur le site DocBébitte.

 

4e concours amical – Photographies en candidature
#1. Sylvie Benoit. Dolomède, Plaisance, Qc.SBenoit_3Fin #2. Christian Anderson. Cantharide de Pennsylvanie, Salaberry-de-Valleyfield, Qc.CAnderson_3Fin #3. Christian Anderson. Longicorne de l’asclépiade, Salaberry-de-Valleyfield, Qc.CAnderson_1Fin
#4. Mireille Dagenais. Méloé marginé, Austin, Qc.MDagenais_3Fin #5. Ludovic Leclerc. Saperde du pommier, Île d’Orléans, Qc.LLeclerc_1Fin #6. Mireille Dagenais. Accouplement de Bombyliidae, Austin, Qc.MDagenais_1Fin
#7. Julie Cusson. Syrphe, Acton vale, Qc.JCusson_2Fin #8. Christian Anderson. Chasseur masqué, Salaberry-de-Valleyfield, Qc.CAnderson_2Fin #9. Mireille Dagenais. Gerridés, Austin, Qc.MDagenais_2Fin
#10. Jean Barbeau. Nymphe de cicadelle, Montréal, Qc.JBarbeau_1Fin #11. Céline Benoit Anderson. Punaise de l’asclépiade, Salaberry-de-Valleyfield, Qc.CBenoitAnderson3_Fin #12. Sylvie Benoit. Punaises de l’asclépiade, Prévost, Qc.SBenoit_2Fin
#13. Julie Cusson. Punaise embusquée, Acton Vale, Qc.JCusson_1Fin #14. Marie-Andrée Fallu. Rhysse canelle, Notre-Dame-du-Mont-Carmel, Qc.Fallu_1Fin #15. Marie-Andrée Fallu. Rhysse noirâtre, Notre-Dame-du-Mont-Carmel, Qc.Fallu_2Fin
#16. Céline Benoit Anderson. Tenthrède du rosier (larve), Salaberry-de-Valleyfield, Qc.CBenoitAnderson1_Fin #17. Marie-Andrée Fallu. Argynne de l’Atlantique, Parc national de la Mauricie, Qc.Fallu_3Fin #18. Ludovic Leclerc. Papillon lune, Pont-Rouge, Qc.LLeclerc_2Fin
#19. Ludovic Leclerc. Papillon lune (chenille), Québec, Qc.LLeclerc_3Fin #20. Céline Benoit Anderson. Aeschne des pénombres, Salaberry-de-Valleyfield, Qc.CBenoitAnderson2_Fin #21. Sylvie Benoit. Célithèmes géantes en tandem, Plaisance, Qc.SBenoit_1Fin

Une signature visuelle pour DocBébitte!

Roulement de tambour!

C’est avec grand plaisir que je vous dévoile la toute nouvelle signature visuelle DocBébitte!

Je tiens à remercier Joël Lemay pour la conception de cette signature qui vous offre un petit aperçu sur la personne qui se cache derrière DocBébitte. À cet effet, saurez-vous repérer les différents éléments qui constituent la signature et, plus précisément, à quoi ils réfèrent? Indice : il s’agit de choses qui me tiennent toutes à cœur!

Je vous en dirai éventuellement plus à ce sujet, mais je vous laisse d’abord tenter de deviner! Vous pouvez écrire tout commentaire en vous joignant à la Page Facebook DocBébitte ou encore en accédant à la section « Commentaires » de la présente chronique.

Les deux versions de la signature (horizontale et verticale) sont présentées ci-dessous.

Logo_DocBébitte_RGB_Large
Signature horizontale (gracieuseté Joël Lemay)
Logo_DocBébitte_Vertical_RGB_Large
Signature verticale (gracieuseté Joël Lemay)

 

DocBébitte en bref : le chant de la sauterelle septentrionale

S. septentrionalis 2016
Premier mâle S. septentrionalis observé cette année

À pareille date l’an dernier, je vous entretenais au sujet d’un mâle scuddérie (Scudderia septentrionalis) que j’eus le plaisir d’entendre chanter et de manipuler. La semaine dernière, alors que les lumières extérieures étaient allumées dans ma cour, j’entendis à nouveau le refrain d’un mâle de cette espèce. Celui-ci se rapprochait peu à peu de la lumière par vols courts, me permettant de le repérer et de l’observer de plus près. Cette fois-ci, contrairement à l’an dernier, je pus cependant prendre quelques vidéos de l’individu en question alors qu’il était en train se produire en spectacle.

Étonnamment, j’entendis peu après un second mâle s’approcher, émettant lui aussi sa mélodie. Je pus prendre quelques photographies de ce dernier, qui décida toutefois de se taire lors des séances de manipulation. Peut-être était-il plus intimidé par des spectateurs humains?

Les vidéos ci-dessous présentent le premier spécimen en action. Ce ne sont pas des vidéos phénoménales, ayant été prises à l’aide d’un appareil photo et de soir, mais vous pourrez néanmoins apprécier le chant de cette sympathique sauterelle. Qui sait, peut-être cela vous permettra-t-il de comparer ce chant à ceux que vous entendez présentement autour de vos demeures et d’identifier l’émetteur en question!

 

Vidéo 1. Le chant de la sauterelle septentrionale consiste en plusieurs « clicks » suivis de ce qui semble être une série de « tsréé, tsréé, tsréé ».

 

Vidéo 2. Ici, le mâle émet surtout des « clicks » sonores, avant de chanter un peu plus longuement vers la fin de la vidéo. Il se déplace vers la lumière et on peut ainsi le voir davantage. Vous remarquerez que Monsieur daigne même se nettoyer les pieds pendant sa performance! Point de trac!

 

Vidéo 3. Après sa performance, notre sauterelle a bondi dans une toile d’araignée. Elle s’en est sortie indemne – elle est un peu grosse pour nos araignées qui ne semblent pas être une menace pour elle – et tente ici de se défaire des nombreux fils de soie demeurés collés à ses membres.

 

Un scorpion sous l’eau

Il est de ces bêtes qui semblent tout droit sorties d’un film de science-fiction. Je vous dirais que c’est le cas de notre insecte de la semaine : ressemblant à une anodine brindille, il est pourtant muni de pattes antérieures dignes d’un raptor et d’un petit rostre affilé comme un pieu… tous deux conçus pour tuer! Même son surnom ne laisse pas place à interprétation : c’est le scorpion d’eau!

Ranatra 1b
Étrange créature, que cette ranatre
Ranatra 2b
La ranatre a profité de son transit dans un grand bol plein d’autres insectes pour se remplir la panse

En fait, pour être plus précise, je compte vous entretenir au sujet d’un genre en particulier appartenant à la famille Nepidae (ordre des hémiptères), les ranatres (genre Ranatra). Toutefois, ce sont tous les genres de cette famille – Ranatra, Nepa et Curicta pour ceux retrouvés en Amérique du Nord – qui sont appelés scorpions d’eau.

Les ranatres se distinguent des autres genres par leur long corps filiforme qui, lorsqu’elles sont immobiles, ressemble à s’y méprendre aux branches et au feuillage des plantes aquatiques parmi lesquels elles se cachent. Les autres genres sont plus costauds et pourraient être confondus, si l’on ne s’avère pas suffisamment attentif, à une punaise d’eau géante (Belostomatidae). Une bonne façon d’éviter toute erreur d’identification est d’examiner l’abdomen des spécimens : les Nepidae – qu’il s’agisse ou non du genre Ranatra – possèdent deux longs tubes respiratoires parallèles disposés tout au bout de leur abdomen. Ceux-ci se comparent bien au tuba du plongeur et leur permettent de demeurer submerger sous l’eau, à l’affut d’une proie.

Je fis la rencontre d’une ranatre très récemment, à la fin du mois de juillet. Nous avions rendez-vous chez le cousin de mon conjoint pour une fête de famille. À mon grand bonheur, ce cousin possède un étang fort riche en biodiversité au bord duquel j’avais déjà photographié une vaste quantité de libellules lors de précédentes visites. Je savais donc que les eaux de l’étang cachaient sans aucun doute une myriade de naïades d’odonates et leurs proies. Cette fois-ci, cependant, j’avais prévu le coup et j’étais équipée d’un filet troubleau, de souliers d’eau, ainsi que de pots et de bols conçus pour examiner les espèces capturées. Comme je ne collecte aucun invertébré vivant (ma collection est faite de spécimens retrouvés déjà morts), mon objectif principal était de les observer et de prendre autant de photographies que mon appareil – ou plus souvent le temps – me le permet!

Ranatra 3c
Immobile, elle ressemble à une brindille

Les coups de filet que je donnai dans l’eau me permirent d’observer une vaste variété d’invertébrés : zooplancton, éphémères, odonates (anisoptères et zygoptères), dytiques, corises, etc. Or, c’est la vue d’une ranatre qui me fit m’exclamer « yahouuu » haut et fort! Pourquoi donc toute cette excitation? Ce que je dois vous dire, à ma défense, c’est que ce n’était que la deuxième fois que j’en voyais une sur le terrain – la première datant de mes cours d’écologie aquatique en 2000. Aussi, j’étais cette fois-ci armée d’un appareil photo! Bien que j’aie quelque 150 sites d’échantillonnage d’invertébrés aquatiques à mon actif (majoritairement lors de mes études universitaires), il importe de mentionner que j’ai toujours échantillonné dans les zones où le courant est rapide et où les roches affleurent. Cependant, les ranatres préfèrent les milieux où le courant est plus lent. On peut par conséquent les observer cachées parmi la végétation aquatique ou les débris ligneux en bordure des lacs, étangs et cours d’eau lentiques (courant lent), ainsi que dans les zones de déposition situées le long du littoral des rivières à courant plus rapide. La première fois que j’en observai une en 2000, c’était dans un petit ruisseau à courant moyen-faible bondé de plantes aquatiques et situé tout près de la Station de biologie des Laurentides de l’Université de Montréal. Pour le spécimen de cette année, je m’affairais simplement à donner des coups de filet dans des herbiers et dans la vase en bordure d’un étang en banlieue de Sherbrooke.

La morphologie des scorpions d’eau est adaptée à leur environnement et à leur mode de vie. Ce sont des prédateurs peu mobiles passés maîtres dans l’embusquage. Ils attendent patiemment le passage d’une proie et s’en saisissent à l’aide de leurs pattes antérieures qui ressemblent de près à celles des mantes religieuses. Une fois la victime maîtrisée, la ranatre y plonge son rostre et sécrète des sucs digestifs qui ont tôt fait de liquéfier les tissus de sa proie. Ne reste plus qu’à siroter ce délicieux mets! En me documentant aux fins de la présente chronique, je lus dans Voshell (2002) que les membres de la famille Nepidae ont un faible pour les corises (Corixidae). Belle coïncidence : l’individu que je capturai profita de sa proximité avec un tas de petits insectes dans mon bol pour justement se délecter d’une corise (voir les photos et vidéos qui en témoignent)!

Ranatra 4b
Le camouflage est parfait!
Ranatra 5
Les pattes antérieures font penser à celles d’une mante religieuse
Étang 2016
Un habitat riche en invertébrés aquatiques

Excellents prédateurs, on ne peut pas en dire autant pour leurs capacités à se mouvoir sous l’eau. Les ranatres font de piètres nageuses et choisissent généralement de se déplacer lentement, en marchant, entre les feuilles et les branches. Après avoir relâché la ranatre, je pris plusieurs photos et vidéos de celle-ci se déplaçant à la surface de l’eau. Pas facile de naviguer dans un tas de débris lorsque l’on est long et rigide comme un bout de bois! Néanmoins, cette apparence lui permet de se fondre à merveille au reste de l’environnement. Qui plus est, Voshell (2002) mentionne que la ranatre est si peu mobile qu’il lui arrive d’être colonisée par des algues, des protozoaires… et même des œufs de quelques insectes aquatiques comme des trichoptères, des corises et des notonectes! Cela doit ajouter à ses capacités de se camoufler, n’est-ce pas?

Si vous portez attention aux photographies, vous noterez que je ne tiens pas la tête de la ranatre vis-à-vis ma main ou mes doigts. J’ai souvent entendu dire que les ranatres et les nèpes, tout comme les punaises d’eau géantes (Belostomatidae) étaient susceptibles d’infliger une morsure douloureuse à l’aide de leur rostre. Vous en serez avertis!

En documentant la présente chronique, j’ai peiné à trouver des renseignements me permettant de confirmer l’espèce croquée sur le vif. Mes livres d’identification d’invertébrés aquatiques s’arrêtent au genre; celui de Merritt et Cummins (1996) indiquait toutefois que 10 espèces de Ranatra pouvaient être rencontrées en Amérique du Nord. Or, plusieurs de ces espèces n’habitent qu’au sud des États-Unis selon Bug Guide et Discover Life. Plusieurs échanges respectifs avec Gilles Arbour, Ludovic Leclerc et différents collègues sur le site Photos d’insectes du Québec me firent réaliser que la réponse ne semblait pas aussi simple que je me l’étais imaginée. Une suggestion de Roxanne S. Bernard me conduisit à relire un précédent article de Jean-François Roch dans l’édition du printemps 2014 de Nouv’Ailes – le périodique de l’Association des entomologistes amateurs du Québec – où celui-ci précisait ce qui suit au sujet des ranatres : « Le Québec est représenté par trois espèces dont il faut examiner les petites antennes fixées sous la tête pour les identifier ». Néanmoins, plusieurs commentaires reçus et lectures effectuées suggèrent pour leur part que Ranatra fusca – la ranatre brune – est de loin l’espèce la plus souvent rencontrée dans nos secteurs. Je tiens d’ailleurs à remercier tous ceux qui m’ont donné des conseils et des pistes à suivre!

N’ayant pas de photos suffisamment précises pour voir les antennes et ayant relâché le spécimen, je demeure prudente et ne pourrai par conséquent vous confirmer hors de tout doute l’identité de l’espèce observée. Qu’à cela ne tienne! Les ranatres constituent des insectes intrigants dont la morphologie et les mœurs n’auront pas fini de nous surprendre! Pour en savoir plus – j’aurais pu vous en écrire davantage, notamment à l’effet que les ranatres émettent des stridulations! –, n’hésitez pas à consulter les sources citées ci-dessous.

 

Vidéo 1. Ranatre capturée en juillet dernier. On voit que celle-ci en a profité pour se payer un petit repas (un Corixidae).

 

Vidéo 2. Aspect de la ranatre dans ma main, puis dans un bol rempli d’eau.

 

Vidéo 3. Ranatre relâchée dans l’étang. Celle-ci se déplace lentement, n’étant pas adaptée à la nage.

 

Pour en savoir plus