Identifier les libellules en devenir : nouvelle clé québécoise!

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Nouvelle clé québécoise d’identification!
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Diverses naïades d’odonates prêtes à être identifiées

Quoi de mieux pour vous faire patienter d’ici la 200e chronique DocBébitte (dont un vote est en cours) que de vous parler de libellules? Mieux encore, il sera ici question d’un ouvrage tout fraîchement concocté et mettant à contribution plusieurs entomologistes québécois! Il s’agit de « Naïades et exuvies des libellules du Québec : clé de détermination des genres » dont les principaux auteurs sont Messieurs Raymond Hutchinson et Benoît Ménard.

J’ai déjà parlé à quelques reprises des naïades d’odonates, que j’affectionne particulièrement (notamment dans cette chronique). Vous avez bien deviné : il s’agit d’insectes aquatiques, ce qui explique mon enthousiasme face à la publication de Hutchinson et Ménard.

Vous êtes peu familiers avec les termes utilisés pour désigner cette nouvelle clé? Sachez d’abord que le terme « libellule » englobe ici ce que nous appelons dans le jargon commun « libellules » (Anisoptères), mais aussi « demoiselles » (Zygoptères). Ce sont donc tous les groupes taxonomiques d’odonates qui sont visés. « Naïade » désigne la nymphe de la libellule; il constitue le stade de développement juvénile de la bête. En anglais, on tend à utiliser le mot « larva » (larve) – terme que vous allez sans doute voir dans quelques-unes de mes plus anciennes chroniques. À ma défense, je n’avais pas accès à de la documentation francophone comme il y en a maintenant au moment où j’ai effectué mes études et j’ai par conséquent pris de mauvais plis! Pour être plus précis, « Larve » s’emploie habituellement pour les insectes qui subissent une métamorphose complexe, comme le papillon, par exemple, dont la chenille se transforme en pupe (chrysalide) avant de devenir l’adulte ailé bien connu. Cela n’est pas le cas des odonates. Ainsi, lorsque l’on parle de libellules en devenir, le bon usage serait nymphe ou, encore mieux, naïade. Pour terminer, le terme « exuvie » réfère à la mue que laisse derrière la naïade lorsqu’elle émerge pour se métamorphoser en adulte. Voilà! Votre petit cours de français est terminé!

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Quelques exuvies collectées cet été
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Même cette exuvie plutôt mal en point fut identifiable!

Revenons à la clé de Hutchinson et Ménard (2016). Celle-ci a l’avantage d’être accessible aux néophytes qui désirent se lancer dans l’identification. En effet, elle est bien illustrée et les descriptions sont relativement simples (il faut toutefois prendre soin de lire les premières pages du livre pour bien se familiariser avec les termes anatomiques). De plus, divers trucs et astuces sont fournis au début du guide au sujet de la collecte et de la préservation des spécimens.

Je me suis amusée à comparer les instructions de la clé avec mon guide favori d’identification depuis mes études, soit Merritt et Cummins (1996), Aquatic insects of North America. Je me sens personnellement à l’aise avec les deux clés, bien que l’ouvrage de Merritt et Cummins soit en anglais et comporte de nombreux ordres d’insectes. C’est une plus grosse clé qui est, proportionnellement, plus dispendieuse. Par conséquent, elle peut s’avérer moins attrayante pour les débutants ou encore pour ceux qui ne s’intéressent qu’aux libellules.

De même, la clé de Hutchinson et Ménard permet l’identification des exuvies. Le livre de Merritt et Cummins se consacre aux naïades matures et nous conduit parfois à devoir examiner des critères qui sont peu visibles, voire figés sur une exuvie. En simplifiant certains critères à examiner, Hutchinson et Ménard nous permettent d’identifier plus aisément les exuvies. C’est ce que je pus noter en tentant d’identifier une exuvie mal en point dont je n’étais pas parvenue à déterminer le genre à l’aide de mes outils habituels. Ce fut nettement plus facile avec notre nouvelle clé québécoise!

Finalement, je me suis bien amusée à amorcer l’identification de naïades qui me furent données par des collègues de bureau, ainsi que d’un amas d’exuvies que j’ai collectées moi-même tout au long de l’été. Fait intéressant, la collecte d’exuvies constitue une méthode non destructive permettant d’apprendre sur le comportement et la distribution des espèces, puisqu’on ne collecte que des mues que les insectes ont laissées derrière eux. Si le sujet vous intéresse, je vous invite à vous procurer ce sympathique guide disponible sur le site d’Entomofaune Québec. Amusez-vous bien à identifier vos spécimens!

 

Pour en savoir plus

  • Hutchinson, R. et B. Ménard. 2016. Naïades et exuvies des libellules du Québec: clé de détermination des genres. 71 pages.
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.

Vers la 200e publication DocBébitte : à vous de choisir le sujet!

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Quel invertébré fera l’objet de la 200e publication DocBébitte?

La 200e publication arrive à vive allure! En effet, nous en sommes déjà à la 198e publication sur le blogue de DocBébitte (ce qui exclut les publications-éclair effectuées sur la page Facebook associée). Afin de vous remercier pour votre précieuse fidélité et vos commentaires toujours pertinents, je vous offre le choix de l’invertébré qui fera l’objet de la 200e chronique.

Pour ce faire, cinq espèces sont en lice! Choisirez-vous la sympathique demoiselle bistrée? Ou encore, voudrez-vous en savoir plus sur deux insectes indésirables qui adorent croquer nos plantes et légumes (tenthrède du rosier ou piéride du chou)? Que diriez-vous plutôt de la cantharide de Pennsylvanie, un insecte observé par plusieurs amateurs cet été? Sans compter la très commune mais non moins étonnante (par sa grosseur) araignée des jardins?

Faites votre choix en utilisant les boutons de vote ci-dessous! Dans deux chroniques, vous pourrez lire au sujet de l’individu qui aura remporté le plus de voix! Au plaisir de vous revoir à la 200e!

 

La guêpe dominatrice

Détrompez-vous! Le titre de ma chronique ne fait pas référence au surnom que se serait donné une adepte d’un club S&M! Il porte plutôt sur une guêpe du genre Polistes, dont l’espèce « dominula » – nom qui laisse déjà présager une certaine dominance! – signifierait, selon les sources, « Maîtresse », « Petite maîtresse » ou « Femelle régnante ». Son nom français, quant à lui, réfère bien au contraire à un peuple qui ne se laissait franchement pas dominer, du moins si vous croyez aux fameuses histoires des séries Astérix : le poliste gaulois!

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Poliste gaulois mâle, vu de côté

J’ai décidé que je vous parlerais de cette espèce d’hyménoptère lorsque j’en observai bon nombre lors d’une visite chez mes parents au début du mois de septembre. Toute une colonie de ces arthropodes semblait avoir élu domicile dans un coin de leur remise. De nombreux individus se retrouvaient également en détresse dans leur piscine. Comme je ne recueille que les invertébrés déjà morts, je pus agrémenter ma collection de quelques-unes de ces guêpes qui s’étaient noyées et retrouvées dans le filtreur de la piscine. Certains individus furent plus chanceux : voyant qu’ils étaient en difficulté, je les rescapai à temps! Il y en a même deux qui se remirent à bouger alors qu’ils semblaient morts. C’est qu’elles sont faites fortes, ces guêpes! Ce fut d’ailleurs donnant-donnant, puisque les spécimens sauvés in extremis me permirent de les prendre en photo sous tous les angles possibles, le temps qu’ils se sèchent!

Ce n’est pas une surprise si nous avons observé tout un tas de P. dominula faisant l’aller-retour entre la corniche d’une remise et un quelconque lieu d’alimentation. Selon les sources consultées, cet hyménoptère a une vive préférence pour les supports d’origine anthropique, en particulier les toits et murs de nos demeures. Bref, il s’agit d’un arthropode qui vit en étroite proximité avec les humains. Bien que cette proximité puisse augmenter les probabilités de se faire piquer, les guêpes polistes sont – fort heureusement – reconnues comme étant moins agressives que leurs consœurs de la sous-famille Vespinae. Elles peuvent tout de même piquer, donc toute précaution est de mise!

Le poliste gaulois est une espèce récemment introduite en Amérique du Nord. Plus précisément, l’espèce a été introduite au Massachusetts vers la fin des années 1970 et a depuis largement étendu son aire de répartition. Les premières observations canadiennes notées dans le Canadien Journal of Arthropod Identification ne remontent qu’en 1997 pour l’Ontario et en 2003 pour la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique. Pour ce qui est du Québec, cette même source indiquait en 2008 qu’il était probable que la guêpe s’y retrouve déjà, mais il ne semblait pas encore, à ce moment, y avoir d’études le confirmant. Néanmoins, elle peuplerait maintenant l’entièreté des États-Unis et du Canada, selon une note récente (2016) inscrite sur Bug Guide.

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Poliste gaulois mâle, vu de dos
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L’on voit bien les antennes orange vif sur ce mâle

La capacité de cet insecte à peupler les milieux urbains et perturbés fait en sorte qu’il a remplacé, à certains endroits, les guêpes polistes indigènes. Il est notamment question de compétition avec Polistes fuscatus. À ce qu’il semble, P. dominula est plus compétitif, puisqu’il se nourrit d’une plus vaste palette d’aliments (plusieurs groupes d’insectes versus seulement des chenilles chez plusieurs autres Polistes sp.), possède un temps de développement plus court, est moins parasité et présente une plus forte productivité.

Son nom anglais « European paper wasp » illustre bien sa propension à ériger des nids en papier. Ces derniers sont construits à l’aide d’une mixture de salive et de fibres végétales (bois mort, tiges de plantes, etc.). Le terme « guêpe à papier » référerait d’ailleurs majoritairement aux guêpes de la sous-famille Polistinae, à laquelle appartient notre poliste gaulois. Toutefois, d’autres guêpes de la sous-famille Vespinae et Stenogastrinae sont également en mesure de bâtir de tels nids. Cela inclut deux espèces dont je vous ai déjà parlé : la guêpe à taches blanches (Dolichovespula maculata) et la guêpe commune (Vespula vulgaris). Fait intéressant, le nid des polistes gaulois ne possède pas d’enveloppe protectrice, faisant en sorte que l’on voit au premier coup d’œil les cellules dont le nid est constitué (voir les photos sur ce site de Guêpes et Frelons). C’est justement cette caractéristique qui expliquerait pourquoi ces hyménoptères affectionnent autant les dessous de corniches : le nid doit se situer dans un endroit chaud, car sa température est plus difficile à réguler.

Le poliste gaulois est facile à distinguer des autres espèces que l’on peut retrouver au Québec. Après avoir récolté mes spécimens, j’utilisai le guide électronique du Canadian Journal of Arthropod Identification portant sur les Vespidae afin de les identifier correctement. Toutefois, j’appris qu’un critère bien précis – facilement visible sur une photographie d’amateur et ne nécessitant pas d’avoir recours à un guide – permettait de confirmer l’espèce : la disposition des couleurs sur les antennes. Effectivement, P. dominula arbore des antennes dont la base est orange et noire, alors que les trois quarts restants, environ, sont d’un orange vif (voir cette photographie). Selon les sources consultées, aucun autre Vespidae ne possèderait de telles antennes!

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Vue de face d’un mâle au stéréomicroscope – spécimen retrouvé noyé

Dans le cas des individus que j’observai (photos, vidéos et individus retrouvés noyés), il s’agissait tous de mâles. Cela n’est pas surprenant puisque, selon les sources consultées, c’est à la fin de l’été que la colonie s’affaire surtout à produire des mâles et des futures reines pour la prochaine génération. Pourquoi est-ce que je sais qu’il s’agit de mâles? Non, je n’ai pas regardé sous les jupons, je vous le jure! En fait, ce sont les motifs du visage qui nous indiquent rapidement le sexe! Les mâles ont le visage entièrement jaune, comme c’est le cas sur mes photographies (voir aussi ce cliché). Les femelles, quant à elles, affichent des motifs jaunes et noirs (cette photo). Ces derniers font un peu penser à une tête de mort – petit truc qui pourrait vous être utile! Et pour ceux qui me croyaient brave de manipuler ces guêpes à mains nues, il faut savoir que les mâles ne piquent pas! Remarquez que je sauve régulièrement des femelles hyménoptères de la noyade à mains nues; les individus en détresse semblent plus concentrés à se sauver de la noyade qu’à piquer la main qui les sort de là!

Quoiqu’on en dise, le poliste gaulois constitue une fort jolie guêpe avec ses antennes orange vif. Dominatrice ou non, il s’agit d’une espèce qui sait se faire remarquer! Qu’en dites-vous?

 

Vidéo 1. Poliste gaulois mâle rescapé de la piscine chez mes parents.

 

Pour en savoir plus

DocBébitte en bref : (Encore) des insectes dans ma bouffe!

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Nitidule à quatre points, vivant, dans mon chou-fleur

Il y a de cela quelques années déjà, je vous entretenais sur le fait que l’on mange quotidiennement plusieurs invertébrés à notre insu (cette chronique). Pire encore, je vous expliquais que les normes canadiennes et américaines tolèrent une assez vaste palette d’arthropodes dans les aliments qui nous sont vendus. En outre, la quantité de ces petites bêtes que l’on engouffre accidentellement chaque année se chiffre entre 1 à 2 livres, rien de moins!

Au courant des deux dernières semaines, j’eus l’opportunité moi-même de contribuer à cette statistique… et de voir comment il était facile d’ingurgiter des invertébrés sans vraiment le vouloir.

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Limace, elle aussi cachée dans le même chou-fleur

Première observation : après avoir entamé un chou-fleur frais acheté du marché public, j’observai plusieurs invertébrés morts ou vivants qui parsemaient ce dernier. Ma première découverte fut un nitidule à quatre points bien vivant qui aurait été difficile à rater. Après avoir remis le chou-fleur au frigo, je notai lors d’une deuxième utilisation que celui-ci abritait également une sympathique limace, qui s’activa à la chaleur de la pièce, ainsi que plusieurs petites mouches mortes. Outre les petites mouches,  il est probable que j’aurais vu le nitidule et la limace à temps avant de les consommer. Or, ce ne fut pas le cas de ma seconde observation…

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Deux larves de mouches (diptères) trouvées dans mes bleuets

En effet, la semaine dernière, je me délectais de façon distraite de bleuets frais tout en travaillant. À un certain moment, je m’aperçus de la présence d’une petite larve de mouche qui déambulait sur ma collation. Je la mis de côté afin de l’observer au stéréomicroscope une fois de retour à la maison, en tâchant de la garder vivante. Je poursuivis ma collation en examinant plus attentivement la surface de mes bleuets, jusqu’à ce qu’il me vienne à l’esprit que les larves n’étaient pas nécessairement SUR les bleuets, mais DANS ceux-ci. Immédiatement, j’ouvrir un premier bleuet – au lieu de le croquer… et devinez ce qui s’y trouvait? Eh oui, il y avait une seconde larve. Ou bien j’avais la main chanceuse pour trouver une larve du premier coup, ou bien suffisamment de mes bleuets contenaient des larves pour que je tombe sur l’une d’entre elles. Comme j’avais déjà mangé une vaste quantité de ces bleuets, j’aurais préféré la première option. D’un point de vue purement statistique, cependant, la seconde option était bien plus plausible. Bref, j’avais probablement avalé beaucoup de petites larves… Et moi qui croyais qu’une collation de fruits comportait peu de protéines!

Et vous, chers lecteurs, avez-vous quelques anecdotes croustillantes du même genre? Qu’on le veuille ou non, les arthropodes se retrouvent partout… même dans notre assiette!

Vidéo 1. Cette jolie limace était bien cachée dans mon chou-fleur. Il était déjà bien entamé quand je l’aperçus sur les restes du feuillage. Aurait-elle pu se retrouver dans mon assiette?

Vidéo 2. Cette larve de diptère (mouche) a été retrouvée dans mes bleuets… Et elle n’était pas seule! (Mettre en HD pour une meilleure définition)

Photo gagnante du concours amical 2016 : le syrphe, par Julie Cusson

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Grande gagnante : Julie Cusson avec ce joli syrphe

Cette année, j’appris quelle était la photographie gagnante uniquement à la fermeture du concours. Deux photos s’étaient menées une chaude lutte au courant de la première semaine, mais les deux derniers jours furent caractérisés par une hausse phénoménale des votes. Ce sont finalement cinq photographies qui se sont hissées au peloton de tête afin de se disputer la victoire.

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Mention d’honneur : le méloé marginé de Mireille Dagenais
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Mention d’honneur : la rhysse canelle de Marie-Andrée Fallu

Je vous dirais personnellement que tous les candidats sont gagnants. Quelles belles photographies qui témoignent tantôt d’individus colorés, tantôt de spécimens étranges! Toutefois, une photo franchi le fil d’arrivée en premier : le syrphe, par Julie Cusson! Chose promise, chose due, la présente chronique fera l’éloge de l’insecte photographié par Mme Cusson! Mais avant de débuter, j’aimerais aussi offrir une mention d’honneur à deux photographies qui se sont retrouvées sur la deuxième et troisième marche du podium : le méloé marginé de Mme Mireille Dagenais, ainsi que la rhysse canelle par Marie-Andrée Fallu. Bravo à tous!

J’ai trouvé amusant que la photographie gagnante porte sur un syrphe. En fait, une des toutes premières chroniques que j’avais concoctées pour DocBébitte portait sur cette famille d’insectes (cette chronique publiée en février 2013). J’étais fascinée par le fait que ces sympathiques mouches puissent ressembler aux hyménoptères (guêpes, abeilles et compagnie) – qui peuvent parfois être nettement moins sympathiques, surtout si vous venez de vous faire piquer! À l’époque de cette chronique, j’avais peu de photographies de syrphes en banque et nettement moins de livres spécialisés… c’est donc avec plaisir que je me lance dans les prochains paragraphes sur des anecdotes qui m’étaient inconnues à l’hiver 2013!

Première anecdote : je vous avais déjà raconté que les larves de certaines espèces de syrphes sont aquatiques. Celles-ci possèdent un long siphon (cette photo) qu’elles utilisent pour respirer, étant donné quelles peuplent les milieux pauvres en oxygène. Toutefois, les milieux aqueux qu’elles sont susceptibles de peupler sont parfois loin de pouvoir être qualifiés d’aquatiques… Par exemple, les bassins de recueillement de lisier fourmilleraient souvent de larves de syrphes, ces dernières demeurant bien enfouies sous la surface. C’est ce qu’on appelle être dans… (Oui, je m’autocensure un brin, ici! Avouez que le jeu de mots était tentant!)

De façon similaire, les restes gluants et liquides de carcasses en décomposition peuvent également s’avérer être des demeures de choix pour les larves de syrphes. À ce qu’il semble, cette propension à habiter ce type de milieu serait à l’origine d’une ancienne recette Grecque voulant que l’on puisse fabriquer des abeilles à partir de la carcasse d’un bœuf. Il est probable que nos anciens aient observé l’apparition soudaine d’un bon nombre « d’abeilles » à proximité d’animaux en décomposition qui, en fait, étaient des syrphes adultes émergeant de leurs pupes.

Et si l’on parlait d’anecdotes plus ragoûtantes? Les larves des syrphes n’ont pas toutes un si mauvais goût en matière de milieu de vie! En effet, certaines espèces pondent leurs œufs dans la végétation, à proximité de colonies de pucerons. Les larves, une fois sorties de l’œuf, s’affairent à dévorer les pucerons en question. Selon Marshall (2009), il suffit d’examiner attentivement toute colonie de pucerons pour trouver une ou des larves de syrphes à proximité. Ces dernières demeureraient immobiles de jour et s’activeraient la nuit. Fait intéressant : elles ressemblent à de petites limaces ou sangsues verdâtres, selon les sources… à un point tel que la première personne qui les découvrit les prit non pas pour des insectes, mais pour des mollusques! Vous pouvez jeter un coup d’œil à cette photographie provenant de Bug Guide. Drôle d’allure, n’est-ce pas?

Si l’on revient plus spécifiquement à la photographie gagnante, j’aurais aimé être en mesure de vous indiquer de quelle espèce il s’agit exactement. Vous avais-je déjà mentionné que l’univers des diptères (mouches) est vaste et varié? Chez les quelque 20 000 espèces de diptères recensées au Canada et aux États-Unis, les syrphes comptent pas moins de 813 espèces. Je ne suis malheureusement pas habilitée à les toutes les identifier, ce qui inclut l’individu pris en photo. N’étant qu’une simple entomologiste amateur, j’aurais eu besoin d’examiner bien plus de détails – qu’un professionnel n’aurait peut-être pas requis – pour confirmer l’identité de l’espèce en photo.

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Les syrphes possèdent une fausse veine bien visible (cliquer pour agrandir)

D’ailleurs, vous vous demandez peut-être comment séparer syrphes et autres diptères? Cette tâche est plus facile que de procéder à une identification à l’espèce! À l’œil nu, il est déjà souvent facile de reconnaître les syrphes. Leur patron de vol – faire du surplace comme un oiseau-mouche – ou encore le fait qu’ils marient fréquemment le noir et le jaune à l’instar des guêpes et des abeilles, tout en ne possédant qu’une seule paire d’ailes, est fort aidant. Aussi, si vous êtes armés de caméras ou de loupes binoculaires, vous aurez la certitude de faire face à un syrphe en examinant ses ailes. Ces dernières sont caractérisées par la présence d’une fausse veine qui n’est pas retrouvée chez les autres diptères. J’ai d’ailleurs pris une photographie à partir de mon stéréomicroscope d’une aile de syrphe afin de vous en faire la démonstration. Elle agrémente la présente chronique. Ainsi, vous aurez une meilleure idée quel attribut examiner ou encore prendre en photographie afin d’identifier vos spécimens sans avoir l’ombre d’un doute!

Je termine cette chronique en vous remerciant de nouveaux d’avoir participé au concours amical de photographie DocBébitte pour une quatrième année consécutive – que ce soit en soumettant des photos, en votant pour ces dernières, ou encore simplement en faisant partie des fidèles lecteurs! Vous êtes une source certaine de motivation! À bientôt!

 

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Bug Guide. Family Syrphidae – Syrphid Flies. http://bugguide.net/node/view/196
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Loiselle, R. et D.J. Leprince. 1987. L’entomologiste amateur. 143 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Wikipedia. Syrphidae. https://fr.wikipedia.org/wiki/Syrphidae