Capsule : qui se cache dans le sable humide?

Ceux qui me connaissent savent que j’ai un faible pour les organismes d’eau douce. Si je ne suis pas carrément les deux pieds dans une rivière à soulever des roches, je suis sur le bord du fleuve à marée basse, en train d’observer les invertébrés qui circulent et qui fouissent dans le sable humide.

Souvent, il faut ouvrir l’œil, car les petits êtres aquatiques savent bien comment se cacher. Cette semaine, je vous offre une petite devinette : êtes-vous en mesure de deviner quels sont les organismes présents sur la photographie ci-dessous? Et combien en voyez-vous?

Pour répondre à cette devinette, joignez-vous à la Page Facebook DocBébitte ou inscrivez votre réponse dans la section « Commentaires » de la présente chronique. L’invertébré-mystère vous sera dévoilé lors de la prochaine publication DocBébitte!

Devinette 2016-02-20
Qui se cache dans cette photographie?

Un amour de coccinelle

Vous avez sans doute reconnu que j’avais emprunté le titre de la présente chronique à un film qui date déjà de quelques années (encore plus vieux que la personne qui écrit la présente chronique, je l’avoue!) et qui portait sur une coccinelle… motorisée! Il s’agissait de Herbie (Choupette pour la version française, de ce que j’ai appris en lisant sur Internet), la Volkswagen Coccinelle qui n’en faisait qu’à sa tête.

Coccinelle à sept points
La jolie coccinelle à sept points a la cote!
Coccinelle à sept points 2
L’on peut bien observer les trois points de chaque côté, ainsi que le point commun à la jonction des élytres

Qu’elles soient en métal ou animales, les coccinelles ont la cote, tant auprès des entomologistes aguerris que des néophytes. Jolies et colorées, les coccinelles « insectes » ne sont généralement pas considérées comme étant répugnantes contrairement à leurs consœurs araignées ou coquerelles – pour n’en nommer que quelques-unes!

Plusieurs espèces de coccinelles habitent nos plates-bandes. Outre la coccinelle asiatique multicolore (Harmonia axyridis), une espèce introduite qui est connue pour sa propension à entrer par dizaines dans les demeures à l’automne, la coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata) est sans doute l’une des plus communes. Fait intéressant que je ne connaissais pas : la coccinelle à sept points a elle aussi été introduite en Amérique du Nord en tant qu’outil de lutte biologique. Elle est maintenant si bien répandue qu’elle est devenue l’insecte-emblème de cinq états américains!

Le fait que les coccinelles adorent se mettre des pucerons sous la dent n’est pas étranger à leur introduction. Selon les sources consultées, nos petits coléoptères adultes seraient en mesure d’ingérer entre 40 à 100 pucerons par jour en moyenne. Brisson et al. (1992) précisent qu’une larve, quant à elle, se nourrirait de 200 à 600 pucerons pendant la vingtaine de jours qu’elle prend pour se développer. Efficace pour nettoyer une plate-bande infestée de pucerons, n’est-ce pas? En plus des pucerons, d’autres insectes comme les thrips, les cochenilles et les acariens figurent à leur menu.

La coccinelle à sept points se reconnaît facilement par le fait que ses élytres sont munis… d’un total de sept points! Avouez que vous n’êtes pas surpris! En fait, les élytres sont ponctués chacun de trois points distincts, auxquels s’ajoute une septième tache située au début de la jonction entre les deux élytres. En cas de doute – ou si vous ne savez pas compter! –, vous pouvez aussi baser votre identification sur le fait que cette septième tache est bordée de deux zones blanches triangulaires. De plus, la tête toute noire est munie de deux points blancs bien distincts. Le pronotum (premier segment dorsal situé immédiatement après la tête) est, lui aussi, majoritairement noir et entouré de deux taches blanches de forme plutôt carrée.

Coccinelle à sept points 4
Je retrouve souvent des coccinelles à sept points au printemps, sous la litière de feuilles
Coccinelle à sept points 3
Cet autre individu, encore terreux, a été perturbé alors que je ramassais les feuilles de mes plates-bandes

Je retrouve beaucoup d’individus de C. septempunctata dans mes plates-bandes au printemps, lorsque je ramasse les feuilles qui y étaient tombées l’automne précédent. Ceux-ci semblent avoir trouvé refuge sous l’épaisse litière de feuilles pendant la période hivernale. C’est donc un plaisir d’effectuer le nettoyage des plates-bandes chaque printemps, appareil photo à la main. Une des photographies qui accompagne la présente chronique présente d’ailleurs un individu encore couvert de particules de terre, dont je venais tout juste de découvrir l’abri!

Cette jolie coccinelle introduite en Amérique du Nord a fait couler beaucoup d’encre en Europe, où elle est connue depuis plusieurs siècles. Il semblerait que les nombreuses légendes européennes touchant les coccinelles ont en commun qu’elles seraient associées à la coccinelle à sept points. Cette dernière porte souvent des surnoms à connotation religieuse, incluant « bête à bon Dieu ». Pourquoi donc, me direz-vous?

La légende veut que ce sympathique coléoptère ait sauvé, au Moyen Âge, un homme qui allait être décapité pour un crime qu’il n’avait pas commis. Alors qu’il allait se faire couper la tête, une coccinelle vint se poser sur son coup et ne s’y laissa point déloger. Cet « incident » fut perçu comme une intervention divine et le pauvre homme fut épargné!

La coccinelle à sept points fut dès lors considérée comme un porte-bonheur par les humains – ce qui semble encore vrai de nos jours. Elle ne constitue peut-être pas un symbole de chance, cependant, pour moult coccinelles indigènes d’Amérique du Nord, dont les populations furent décimées par son arrivée. Néanmoins, la coccinelle à sept points semble maintenant ancrée dans nos terres et dans nos cœurs, jolie comme elle est! En cette journée de la Saint-Valentin, on peut se permettre de dire qu’elle est un amour de coccinelle!

 

Pour en savoir plus

Pas farouche, cette leucorrhine!

Les libellules constituent généralement de bons sujets pour ceux qui aiment prendre des clichés de divers invertébrés. Peu farouches, il est souvent possible de les observer, perchées sur des supports variables, en train de surveiller leur territoire de chasse et de reproduction.

L. proxima
Leucorrhine apprivoisée mâle photographiée près d’un étang

La libellule qui fait l’objet de la chronique de cette semaine porte d’ailleurs un nom évocateur : la leucorrhine apprivoisée (Leucorrhinia proxima).

Cette libellule, de la famille Libellulidae, semble être bien répartie au Québec, si je me fie à l’édition de l’Atlas préliminaire des libellules du Québec que j’ai entre les mains (Savard 2011). Son territoire couvre l’ensemble du Québec méridional, de l’Outaouais jusqu’en Gaspésie, et certaines observations ont été effectuées jusqu’à la hauteur de la Baie-James. Cela correspond également aux précisions de Paulson (2011), où la leucorrhine apprivoisée recouvre toute la moitié sud du Québec.

C’est à l’été 2014 que j’ai eu la chance de photographier deux mâles distincts au même endroit, soit autour d’un étang situé sur un terrain en banlieue de Sherbrooke. Ce type d’habitat est caractéristique de l’espèce, qui affectionne les milieux lentiques (à faible courant) comme les lacs et les étangs où la végétation aquatique abonde. De plus, il semble que les étangs entourés de végétation plus mature – comme un boisé ou même une forêt – constituent davantage l’habitat favorisé par cette leucorrhine.

L. proxima 2
Second mâle L. proxima
L. proxima 3
Autre vue du second mâle

Les mâles aiment se percher sur les plantes herbacées et les branches basses d’arbustes situés près de l’eau, d’où ils surveillent leur petit territoire. Une fois qu’ils ont détecté une femelle intéressée, ils fuient les abords de leur précieux étang pour s’accoupler, à l’abri, dans les strates arbustives et arborescentes avoisinantes.

Au Québec, on peut rencontrer les adultes entre les mois de mai et d’août. Les mâles se distinguent assez aisément par la combinaison de quelques caractéristiques, dont leur visage qui est tout de blanc. Il s’agit d’ailleurs d’une caractéristique propre au genre Leucorrhinia, dont le nom anglais « whiteface » est fort évocateur! J’avais justement parlé d’un membre de cette famille qui possède également cet attribut dans cette précédente chronique.

En plus du visage blanc, les mâles sont munis d’un thorax où le rouge est dominant et persiste jusque sur les premiers segments de l’abdomen. Cette couleur devient moins éclatante avec l’âge, mais perdurerait tout de même entre les ailes des plus vieux individus. De plus, la base de l’abdomen est plus pâle (blanchâtre) chez les spécimens de nos régions (pas nécessairement le cas pour ceux de l’ouest du Canada), pâleur qui recouvre une plus grande proportion de l’abdomen des individus au fur et à mesure qu’ils gagnent en maturité. Autre détail : la base des ailes comporte une petite tache de cette même couleur pâle.

Chez les femelles, l’identification est moins aisée. Selon Paulson (2011), il y a différentes formes chez les femelles (polymorphisme) : certaines ressemblent aux mâles, alors que d’autres sont dotées de jaune sur le thorax (voir cette photo tirée de Bug Guide en exemple). Ces dernières ressemblent à d’autres espèces de leucorrhines, de sorte qu’un examen plus attentif des pièces génitales est requis pour les distinguer. Néanmoins, étant donné que notre jolie libellule semble vouloir se laisser apprivoiser, vous devriez être en mesure d’en prendre de suffisamment bons clichés pour l’identifier!

Pour en savoir plus

Trois ans pour DocBébitte!

Qui aurait cru, lorsque j’ai amorcé l’écriture du blogue DocBébitte en janvier 2013, que je serais toujours motivée à vous concocter une publication chaque semaine (ou presque) après trois ans? 163 publications plus tard, je continue à m’amuser tout autant à vous divertir.

Comme à l’habitude, je tiens à vous remercier pour votre fidélité et vos commentaires toujours pertinents. N’oubliez pas que vous pouvez en tout temps me faire part de vos suggestions pour des chroniques. DocBébitte, c’est pour vous aussi!

Sympetrum vicinum_Fête
Prête pour la fête!

Asticotée… par des asticots!

Asticots larves et pupe
Asticots (Calliphoridae) vus au stéréomicroscope (incluant une pupe)

Les insectes provoquent différentes réactions chez les humains : certains nous émerveillent, d’autres nous font peur… et quelques-uns d’entre eux nous dégoûtent! Cela tend à être le cas des asticots – ces larves de diptères que l’on retrouve proliférant et se gavant dans les excréments et les cadavres.

Le terme « asticot » (maggot en anglais) ne semble pas toujours désigner les mêmes groupes en fonction de la source consultée. Parfois, on l’utilise de façon générale pour désigner toute larve de diptère (ordre Diptera). Parfois, il est utilisé plus spécifiquement pour des individus appartenant au sous-ordre des brachycères comme les mouches domestiques (Muscidae) et les mouches vertes (Calliphoridae), c’est-à-dire celles habituellement associées à la matière organique en décomposition.

Quoi qu’il en soit, nous sommes sans doute nombreux à avoir des anecdotes à raconter au sujet de rencontres – généralement imprévues – avec les asticots. J’en ai moi-même quelques-unes à mon actif à vous relater.

Un premier exemple qui me vient à l’esprit remonte à de nombreuses années, lorsque je gardais mon cousin et ma cousine. C’est en jouant avec eux dans leur cour que je vis une crotte de chien sur le terrain, que je jugeai bon de ramasser. Ladite crotte – que je ramassai bien sûr à l’aide d’un sac – se défit en morceaux dans ma main pour laisser sortir des dizaines d’asticots se tortillant. Il y avait nettement plus d’asticots que de matière fécale et je dois avouer que cette vue inattendue eut quelques répercussions sur l’état de stabilité de mon estomac! Il faut dire que la seule connaissance que j’avais de ce phénomène provenait de documentaires vus à la télévision ou encore de certains segments du vidéoclip de la célèbre pièce Hurt du groupe Nine Inch Nails… pour ceux qui connaissent le genre!

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Toute une surprise m’attendait dans ma remise au printemps 2015
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Corps de l’hermine : les trous créés par les asticots y sont visibles
Asticots
Échantillon des très nombreux asticots retrouvés dans ma remise

Heureusement, je n’eus pas d’autres rencontres du genre avant les années 2014 et 2015. C’est à l’automne 2014 que je vis un énorme champignon prendre forme et persister sur mon terrain. Un jour, piquée par la curiosité, je décidai de tenter de défaire le champignon qui semblait commencer à moisir sur place. Ce dernier se déchira pour laisser sortir – en plus d’une odeur nauséabonde – une dizaine d’asticots. C’était à la brunante, mais je tentai tout de même de prendre quelques vidéos et photographies, dont une qui agrémente la présente chronique. Intéressante découverte, vous ne trouvez pas?

Mais j’ai encore mieux.

Au printemps 2015, alors que j’effectuais le ménage printanier de notre remise, je fis une découverte quelque peu macabre. Ce qu’il faut dire, c’est que notre remise est assiégée systématiquement tous les hivers par de petites souris sylvestres qui laissent des graines, des excréments et autres saletés dans tous les recoins. Je m’attendais donc à retrouver ce genre de débris. Mais pas ce qui suivit.

Sous une bâche pliée dans un coin de la remise, je retrouvai une hermine, qui s’y était sans doute faufilée à la poursuite de jolies souris à croquer. Pour une raison que j’ignore, elle choisit de mourir dans cet endroit isolé. Bien sûr, au moment où je la découvris, les asticots avaient déjà commencé leur travail. Non seulement le côté de l’hermine qui reposait contre le sol était jonché de petits trous d’entrée et de sortie d’asticots, mais tout le sol de la remise situé sous cette dernière était souillé de sang (ou autres fluides que je ne saurais nommer) et grouillait de petits asticots. J’imagine que, pour une personne qui n’aime pas les insectes, cette vue doit être tout simplement horrible. Dans mon cas, je courus plutôt dans la maison pour agripper mon appareil photo et je pris des vidéos et des clichés des asticots et de l’hermine. Qui plus est, je me permis de préserver quelques asticots pour les observer sous la loupe de mon stéréomicroscope. Vous pouvez voir quelques vidéos concernant cette anecdote à la fin de la chronique… Cœurs sensibles s’abstenir!

Vus sous le stéréomicroscope, les asticots présentent des caractéristiques intéressantes. Tout d’abord, ils ne possèdent aucune patte, attribut qui est aidant pour confirmer que l’on fait face à une larve de diptère. De plus, leur tête est très simple. La capsule céphalique est extrêmement réduite, ne laissant pratiquement que deux crochets visibles. Finalement, leur arrière-train est intrigant : l’on y voit très bien les deux stigmates qui servent à la respiration et qui sont bordés de quelques appendices de chair. J’ai d’ailleurs appris que les motifs formés par les stigmates servent à l’identification des asticots à la famille et, par conséquent, que les asticots qui peuplaient l’hermine étaient des larves de calliphoridés – les fameuses mouches de couleur vert ou bleu métallique que l’on surnomme affectueusement les « mouches à merde ».

Devinette_2016-01-24
Capsule céphalique d’un asticot (Calliphoridae)
Calliphoridae larve_postérieur
Partie postérieure d’un asticot, incluant les deux stigmates (Calliphoridae)

Les asticots se nourrissent de différents matériaux, qui varient en fonction de l’espèce en cause. Rappelons effectivement que le terme asticots peut inclure différents groupes taxonomiques de mouches!  Les aliments ingérés incluent la chair en décomposition, les matières fécales ou encore la matière végétale en décomposition. Appétissant, n’est-ce pas? Néanmoins, il faut le dire, ce mode de vie comporte des effets bénéfiques : ces diptères contribuent au recyclage de la matière organique et jouent par conséquent un rôle important dans les écosystèmes qu’ils peuplent.

À ce qu’il semble, certains asticots seraient aussi carnivores et se nourriraient notamment de larves d’autres insectes occupées à se gaver de matière organique en décomposition. Autre fait moins ragoûtant : quelques asticots préféreraient la matière vivante… et évolueraient dans les plaies d’animaux bien vivants! À titre d’exemple, une espèce de calliphoridé, Lucilia sericata, pond sur la laine des moutons. Les larves s’y enfoncent ensuite pour vivre dans la chair.

De plus, en effectuant mes recherches sur Internet pour les fins de la présente chronique, je suis tombée sur des photographies qui ont de quoi à faire frissonner : des cas d’humains possédant des plaies où semblaient vivre des asticots. Plus étrange encore, Marshall (2009) relate le fait que les soldats blessés lors de la Première Guerre mondiale dont les plaies étaient envahies par des larves de calliphoridés guérissaient mieux que leurs confrères dont la plaie finissait par devenir infectée. Les asticots se nourrissaient des tissus nécrosés et sécrétaient un fluide qui favorisait la guérison. Qui l’eut cru?

De toute évidence, les stratégies adoptées par les asticots pour se perpétuer sont aussi diversifiées que les groupes auxquels ils appartiennent. Nous avons encore beaucoup à apprendre à leur sujet… Espérons cependant que cela ne se fera pas de façon trop macabre!

 

Vidéo 1. Partie de l’hermine retrouvée dans ma remise qui se retrouvait contre le sol. On voit les trous créés par les asticots dans la chair.


Vidéo 2. Sol de la remise où reposait l’hermine. Les asticots y grouillent!

Vidéo 3. Champignon dans lequel j’ai observé quelques larves de diptères.

Pour en savoir plus

  • Borror, D.J. et R.E. White. 1970. Peterson Field Guides – Insects. 404 p.
  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
  • Wikipédia. Asticot. https://fr.wikipedia.org/wiki/Asticot
  • Wikipedia. Maggot. https://en.wikipedia.org/wiki/Maggot