Hymne aux pollinisateurs

Papillons, abeilles, mouches, coléoptères et j’en passe! Qu’ont-ils en commun? En fait, de nombreux individus appartenant à ces groupes d’insectes jouent un rôle d’une grande importance, tant pour les écosystèmes que pour nous, les humains : ce sont des pollinisateurs!

Bourdon_Pollinisateur
Bourdon (Hymenoptère)

Pensez-y. Les fruits que nous mangeons proviennent d’une fleur qui a tout d’abord été fertilisée par le pollen d’une seconde fleur. Puisque ces dernières ne se déplacent pas comme les animaux, elles ont besoin d’« entremetteurs ». Il s’agit bien sûr des pollinisateurs! Il en est de même pour les arbres qui nous entourent : sans pollinisation, pas de fruits. Et sans fruits, peu de possibilités de se disperser. Bref, sans insectes pollinisateurs, le paysage « végétal » serait bien différent!

Certes, les insectes ne sont pas les seuls pollinisateurs, mais on pourrait tout de même dire qu’ils dominent cette profession! Un pollinisateur par excellence est sans contredit l’abeille. Vous avez d’ailleurs sans doute remarqué que plusieurs cultivateurs (je pense en particulier aux pomiculteurs) font installer des ruches à proximité de leurs terres, afin de favoriser la pollinisation de leurs fruits. L’être humain a su reconnaître la valeur des pollinisateurs et l’utiliser à son avantage. Mais qu’arrive-t-il quand une plante perd ses pollinisateurs?

Belle-Dame1
Belle-Dame (Lépidoptère)

Il existe quelques cas connus de plantes dont les pollinisateurs sont disparus. Un cas étonnant est celui des abeilles qui ont complètement disparu d’une région de Chine (voir la vidéo Le silence des abeilles dans la section « Pour en savoir plus »). Cette disparition a été dévastatrice pour la culture des poiriers et ce sont maintenant de nombreux ouvriers humains qui doivent grimper dans les arbres afin de les féconder de façon manuelle. Ce service, autrefois offert gratuitement par les insectes, fait maintenant l’objet de nombreuses heures de travail pour l’être humain!

Ce ne serait pas moins de 35% de la production mondiale de nourriture qui serait directement dépendante des pollinisateurs. On parle ici de fruits, légumes, céréales, café, cacao et épices… Ce n’est pas peu dire! Pourtant, des études récentes démontrent une diminution significative des populations d’abeilles dans plusieurs régions du globe. Les pesticides sont pointés du doigt, mais plusieurs autres facteurs seraient également mis en cause (champignons, espèces envahissantes, pollution globale et changements climatiques). Albert Einstein aurait dit « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre ». Il n’avait probablement pas tort!

Bref, la prochaine fois que vous croquez dans un fruit, une barre de chocolat ou que vous sirotez une tasse de café, pensez qu’il y a sans doute un insecte derrière le tout!

Je termine cette chronique par une petite galerie-photo en guise d’hymne aux pollinisateurs. Vous pouvez cliquer sur les photographies pour les visualiser en plus gros plan! Je vous recommande également de regarder la vidéo de l’émission Le code Chastenay, dans la section « Pour en savoir plus » ci-dessous. Elle parle de la situation des abeilles au Québec, plus particulièrement en rapport avec l’utilisation d’un pesticide.

Pour en savoir plus

Bombyliidae
Bombyle (diptère)
Perce-oreilles Fleur
Perce-oreilles (dermaptère)
Syrphidae_Pollinisateur
Syrphe ou mouche à fleur (diptère)
Hymenoptère petite
Hymenoptère
Hespérie2
Hespérie (lépidoptère)
Papillon Bleu-argent
Bleu-argenté (lepidoptère)
Abeille_Pollinisatrice
Hymenoptère
Abeille cotonnière
Abeille cotonnière (hymenoptère)
Mouche verte_Pollinisateur
Mouche verte (diptère)
Belle-Dame2
Belle-Dame (lepidoptère)
Coléoptère rouge_Pollinisateur
Téléphore fauve (coléoptère). Pollinisateur malgré lui: il se promène d’une fleur à l’autre en quête de petits insectes!

La mouche qui veut se faire aussi menaçante que la guêpe

Et non, il ne s’agit pas d’une nouvelle fable de La Fontaine. Il s’agit plutôt d’un fascinant exemple de mimétisme.

Qu’est-ce que le mimétisme? Le petit Robert le défini comme une « propriété que possèdent certaines espèces animales, pour assurer leur protection, de se rendre semblables par l’apparence au milieu environnant, à un être de ce milieu, à un individu d’une espèce mieux protégée ou moins redoutée ». En fait, j’ajouterais que c’est une des intrigantes démonstrations de ce vers où l’évolution – et la sélection naturelle en particulier – peut nous conduire.

Je vous parle aujourd’hui du cas d’un groupe de mouches (ordre des diptères), les syrphidae. Celles-ci en sont venues à ressembler à des abeilles ou des guêpes. Pourquoi, me direz-vous? La réponse est fort simple – surtout si vous avez lu la définition de mimétisme ci-dessus! En effet, pour une mouche, ressembler à un organisme menaçant comme une abeille ou une guêpe augmente passablement ses chances de survie… et donc ses chances de passer ses gênes à de futurs rejetons! Ainsi, si l’on remonte le temps, certaines mouches ont commencé à présenter des caractéristiques physiques similaires à des abeilles ou à des guêpes. Ces mouches se faisaient moins manger que leurs consœurs, les prédateurs croyant faire face à un insecte susceptible de les piquer. C’est ainsi qu’elles eurent davantage la chance de passer leurs gênes… créant un groupe complet de mouches ressemblant de plus en plus à des abeilles ou à des guêpes.

Syrphidae
Syrphidae (Photo: Caroline Anderson)

Les syrphidae sont souvent appelées « mouches à fleur ». Nombreuses d’entre elles se délectent du nectar et du pollen des fleurs et sont d’ailleurs considérées comme étant d’importantes colonisatrices. Fait intéressant, certaines espèces se nourrissent plutôt de la substance sucrée excrétée par les pucerons. On les retrouve donc non pas sur des fleurs, mais accrochées aux feuilles, parmi des tas de pucerons!

La plupart des syrphidae sont prédatrices à l’état larvaire. Plusieurs larves se nourrissent de pucerons, ce qui fait sans doute d’elles de bonnes amies des jardiniers.

Larve syrphidae
Larve aquatique de syrphidae (Photo: Caroline Anderson).

Certaines larves de syrphidae vivent en milieu aquatique. La plus connue est sans doute le « rat-tailed maggot » (traduire asticot queue-de-rat). Son long appendice (voir photo) sert de siphon respiratoire. Cette larve a la capacité de subsister dans des milieux aquatiques très pauvres en oxygène. Elle se sert de son appendice pour aller chercher de l’air vers la surface, où l’oxygène est plus abondant.

En somme, la famille des syrphidae constitue un groupe d’insectes fort utile pour nous, les humains. Les adultes sont de bons pollinisateurs, alors que les larves peuvent contribuer à la lutte biologique aux pucerons. Leur évolution est également fort fascinante. La prochaine fois que vous croyez voir une abeille sur vos fleurs, regardez-là une deuxième fois. Il pourrait bien s’agir d’une mouche à fleur!

Pour en savoir plus: