Une tipule dans ma demeure… en janvier!

La fin de semaine dernière, ma mère me transmettait par courriel une photographie d’une tipule bien vivante qui s’affairait à voleter dans sa maison. Elle souhaitait confirmer la provenance de cet individu que nous ne sommes pas habitués d’observer en plein mois de janvier.

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Tipule photographiée récemment par ma mère
Tipule Janvier 2015
Tipule observée dans ma demeure en janvier 2015

Étrangement, l’an dernier, j’avais moi aussi observé une jolie tipule dans ma demeure au même temps de l’année (mi-janvier). De même, une lectrice m’avait déjà écrit afin de savoir d’où pouvaient provenir les nombreuses tipules retrouvées dans sa maison depuis quelques hivers. Le nombre n’était pas mentionné, mais il semblait s’agir d’un assez grand nombre d’individus.

En outre, la présence de tipules dans nos demeures pendant les mois hivernaux ne semble pas être une chose rare. Mais d’où peuvent-elles bien venir?

Je vous avais précédemment parlé des tipules dans cette première chronique. Pour ma part, je connaissais déjà les larves des tipules, puisqu’on en retrouve communément dans les milieux aquatiques. En particulier, j’en avais récolté dans plusieurs de nos rivières québécoises. Toutefois, les larves de nombreuses espèces se développent également en milieu terrestre. Ces dernières ont un faible pour les endroits humides, comme la litière de feuilles jonchant le sol ou les troncs d’arbres pourris.

Par conséquent, un pot de fleurs qu’on laisse dehors pendant l’été ou encore le bois mort utilisé pour alimenter un foyer constituent de bons habitats pour ces larves. Vous aurez donc compris que c’est quand on entre nos pots de fleurs ou le bois de chauffage à l’intérieur qu’on y fait aussi entrer les larves de tipules. Si on ne les détecte pas – ce qui arrive habituellement –, celles-ci continuent leur cycle de vie au chaud. Elles émergent donc en tant qu’adultes en plein hiver, alors qu’elles auraient normalement dû ralentir leur développement pendant les mois plus froids et émerger seulement au printemps si elles étaient demeurées à l’extérieur.

Que faire avec ces tipules qui émergent dans nos maisons? Je serais portée à vous dire de les laisser tranquilles, simplement! Incapables de se nourrir convenablement ou de se reproduire – à moins d’en avoir vraiment beaucoup en même temps –, elles mourront après quelques jours et le problème se réglera par lui-même. Si leur nombre est élevé, je ne saurais vous dire si elles pourraient réussir à se reproduire et à pondre dans vos plantes d’intérieur. Vous pouvez toujours les capturer et en disposer comme cela vous convient. Il faut savoir que ces insectes sont inoffensifs pour les humains : ils ne mordent pas et ne piquent pas. Vous pouvez donc les manipuler sans subir d’inconvénients. Naturellement, je prêche toujours pour ne pas blesser d’insectes, mais cette décision vous appartient!

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Plusieurs larves de tipules vivent sous la litière au sol – comme celle-ci recueillie alors que je ramassais les feuilles mortes dans mes plates-bandes

Pour terminer, si le problème est récurrent d’année en année, le plus simple est d’identifier la source d’introduction et de l’éliminer. Autrement, il faut accepter le risque d’introduire quelques « amis » indésirables!

Pour en savoir plus

Comment les insectes (et autres invertébrés) survivent-ils à l’hiver?

Le feu danse dans la cheminée, mais dehors les invertébrés tremblent de froid! En effet, alors que nous nous retrouvons au chaud dans nos demeures, les invertébrés, eux, doivent trouver d’autres moyens pour survivre au rude hiver.

Contrairement à nous (ou disons, à la plupart d’entre nous, car ceux qui me connaissent bien savent à quel point je suis frileuse!), les insectes sont des organismes à sang froid dont la température corporelle est la même que celle du milieu extérieur. Ils ne produisent pas de chaleur eux-mêmes et ont besoin d’une source externe pour se réchauffer. Par conséquent, ils doivent user de différentes stratégies pour survivre pendant la saison froide. Celles-ci sont nombreuses et je tenterai de vous en dresser un portrait dans les prochains paragraphes!

Coccinelle asiatique
Les coccinelles asiatiques multicolores cherchent à entrer dans nos demeures pour éviter le froid

Tout d’abord, quoi de mieux pour se réchauffer que de se faufiler dans nos chaudes demeures? Plusieurs invertébrés réussissent effectivement à s’introduire dans nos maisons pour y passer l’hiver. Il peut s’agir entre autres d’araignées, de mouches ou encore des fameuses coccinelles asiatiques multicolores. Ces dernières sont reconnues pour leur aptitude à trouver refuge par dizaines dans certaines maisons moins bien isolées. Parfois, elles deviennent même des pestes par leur grand nombre.

D’autres invertébrés cherchent aussi à fuir le froid, sans toutefois s’introduire dans nos demeures. Ils se dénichent ou se fabriquent des abris afin d’échapper aux conditions extrêmes. Par exemple, plusieurs trouveront refuge dans la litière au sol, dans l’écorce des arbres ou sous des pierres. Malgré tout, ces derniers s’avèrent exposés à des températures relativement froides et plusieurs ont élaboré une stratégie complémentaire afin d’éviter de geler : ils remplacent les molécules d’eau retrouvées dans leurs cellules par des molécules qui ne gèlent pas tel du glycérol. Bref, ils se retrouvent avec de l’antigel dans leurs tissus, ce qui les empêche de geler!

Une autre tactique visant à fuir le froid consiste à s’enfouir dans le sol, sous la limite de gel. C’est le cas notamment de certaines larves bien connues de coléoptères que l’on appelle les vers blancs (larves de hanneton). Les fourmis et les termites ont également adopté cette stratégie. De plus, ces dernières réussissent à maintenir des températures confortables en se réchauffant les unes les autres. C’est l’avantage de vivre en communauté.

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Le papillon Monarque parcoure des milliers de kilomètres afin de fuir le froid

Il en est de même pour les abeilles, qui se blottissent les unes contre les autres afin de se réchauffer. Elles parviennent à maintenir des températures plus élevées dans leurs ruches en formant un noyau compact et en produisant des vibrations constantes à l’aide des muscles situés à la base de leurs ailes (jusqu’à 35 °C au centre du noyau). Elles bougent également continuellement, de sorte que les abeilles en périphérie puissent se retrouver au centre et vice-versa.

Toutefois, plusieurs invertébrés craignent le froid à un point tel qu’ils décident tout simplement de migrer vers le sud, à l’instar de certains d’entre nous qui allons trouver refuge dans de chaudes destinations vacances! Le meilleur exemple est sans contredit celui du papillon Monarque. Ce papillon peut parcourir quelques milliers de kilomètres afin d’atteindre le Mexique, tout cela pour échapper au froid!

Bien que beaucoup d’invertébrés fuient le froid, certains y font directement face. C’est le cas de la chenille Gynaephora Groenlandica (Arctic woolly bear), retrouvée notamment au nord du Québec. Lorsqu’arrive l’hiver, elle ralentit son métabolisme au point où son cœur arrête de battre. C’est alors qu’elle gèle en entier! Au printemps venu, elle dégèle et se remet à vivre et à manger… Bref, elle revient pratiquement d’entre les morts! Je vous recommande de visionner cet épisode de Découverte (vers 19 minutes et 30 secondes) pour en savoir plus. À noter que les adeptes de cette stratégie sont également en mesure de produire des molécules « antigel » telles que le glycérol, comme chez certains invertébrés qui, de leur côté, évitent toutefois de geler en entier. Dans le cas de G. Groenlandica, cet antigel protégerait certains tissus et cellules plus fragiles.

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La chenille de l’Isia isabelle tolère le froid; elle peut « geler », enfouie dans la litière au sol

Finalement, plusieurs invertébrés ne survivront pas à l’hiver. Leur stratégie? Ils pondent leurs œufs – un stade de vie généralement moins vulnérable – et les entreposent à l’abri du froid. Ainsi, plusieurs espèces survivront à l’hiver sous forme d’œufs ou de cocons, cachés sous les pierres et les troncs morts. C’est le cas notamment de la mante religieuse, qui pond ses œufs et les dispose dans une oothèque, une sorte de cocon protecteur. Les œufs s’y retrouvent à l’abri du froid et des prédateurs.

Plusieurs insectes passeront aussi la saison froide sous forme de larves. De bons exemples sont les larves d’insectes aquatiques, comme les libellules et les éphémères. En vivant sous l’eau, elles parviennent à échapper aux rigueurs du climat hivernal. Il en est de même pour de nombreuses espèces de papillons, dont les chenilles trouveront refuge dans la litière au sol (notamment la chenille de l’Isia isabelle).

Bref, j’ai réalisé en effectuant des recherches pour la présente chronique que les tactiques élaborées par les invertébrés pour survivre à l’hiver sont très nombreuses. Je n’ai donc pu réaliser qu’un survol de la question! Je vous invite à consulter les sources suggérées à la fin de la présente chronique si vous souhaitez en savoir plus!

Cela dit, je vous souhaite un bon début d’année 2014, bien au chaud dans vos foyers!

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