Des insectes dans ma bouffe? La réponse!

Qu’on le veuille ou non, les invertébrés font partie de notre quotidien. Qui aurait cru qu’on irait jusqu’à les retrouver dans notre nourriture complètement à notre insu?

Les fines bouches n’apprécieront peut-être pas les prochains paragraphes. Toutefois, loin de moi est l’idée de vous traumatiser. En fait, je vais vous entretenir au sujet de ces tout petits (et parfois un peu moins petits) invertébrés que l’on se retrouve involontairement à consommer. Aussi, je vais vous expliquer pourquoi cela est normal et sans risque pour votre santé.

Larve carotte
Larve d’insecte qui est passée à une bouchée de se faire croquer!

Première question : quelle est la quantité moyenne d’invertébrés consommée chaque année par un Nord américain – et je parle bien de ceux consommés par inadvertance? La réponse pourrait vous surprendre. En moyenne, vous et moi mangerions annuellement l’équivalent de une à deux livres d’invertébrés. Pour donner un exemple représentatif, cela correspond entre un sac et demi à trois sacs de pépites de chocolat de 350 grammes. Oui, moi aussi je choisirais plutôt le chocolat!

Cela revient à dire que nous avalons beaucoup de petits organismes de façon quotidienne. Bonne nouvelle : personne n’en est mort! D’ailleurs, la U.S. Food and Drug Administration (FDA) émet des normes sur la quantité d’invertébrés permise dans la nourriture pour une vaste gamme d’aliments. De plus, elle souligne que ces normes sont davantage esthétiques qu’associées à un danger réel – ce que l’on peut comprendre.

À cet effet, la U.S. Food and Drug Administration a élaboré le « Food Defect Levels Handbook », un guide où l’on indique notamment combien d’invertébrés (ou de morceaux d’invertébrés) sont permis dans les aliments tels que les jus, les fruits et légumes en conserve ou congelés, le chocolat, le beurre d’arachide et les épices, pour n’en nommer que quelques-uns.

Pucerons Salade
Les pucerons sont très nombreux dans les légumes feuillus – ceux-ci étaient dans du chou chinois

Je suis parvenue à dénicher un guide similaire – quoique touchant une moins grande variété de produits – pour le Canada. Selon ce dernier, on autorise notamment jusqu’à :
–       25 fragments de mites (mortes) et 4 fragments d’autres insectes par 225 grammes de fromage;
–       1 insecte entier, 65 fragments d’insectes et 15 mites mortes par 100 grammes de tofu;
–       35 fragments d’insectes par 25 grammes de café moulu;
–       10 asticots d’une taille inférieure à 2 mm par 100 grammes de champignons (en conserve, séchés, congelés ou frais);
–       10 insectes entiers par 225 grammes de raisins secs;
–       280 fragments d’insectes par 10 grammes de thym.

Si l’on jette un coup d’œil au document de la FDA, on peut aussi savoir que les quantités maximales suivantes sont permises aux États-Unis (je n’ai pas été en mesure d’identifier ce qui en est pour le Canada, mais on peut présumer que les valeurs seraient similaires):
–       59 pucerons et/ou thrips et/ou mites par 100 grammes de brocoli congelé;
–       399 fragments d’insectes par 100 grammes de cannelle moulue;
–       59 fragments d’insectes dans 100 grammes de chocolat;
–       4 œufs de mouches (drosophiles ou autres) par 250 ml de jus d’agrumes;
–       224 fragments d’insectes par 225 grammes de macaroni ou autres pâtes alimentaires;
–       49 pucerons, thrips ou mites par 100 grammes d’épinards en conserve ou congelés;
–       9 œufs de mouches drosophiles ou 1 asticot par 500 grammes de tomates en conserve.

Thysanoptera
Les thrips sont aussi abondants dans les légumes – celui-ci était à peine plus gros qu’un grain de sable (vu au microscope)

En lisant l’ensemble des informations disponibles dans ces deux guides, vous pourrez noter que les épices sont particulièrement susceptibles d’être bourrées de fragments d’insectes. Nous donnons ici une nouvelle signification à l’expression « assaisonner son repas »!

Outre ce que l’on retrouve dans les produits transformés susmentionnés, nous avalons bien sûr plusieurs œufs, larves et adultes de petits insectes qui se faufilent dans nos fruits et légumes frais. N’avez-vous jamais vu « apparaître » de petites mouches (sans doute des drosophiles) dans votre maison, après avoir acheté certains fruits? Celles-ci venaient d’œufs et de larves que vous n’avez pas vus… et dont certains se sont sans doute retrouvés dans votre estomac!

Thomisidae bleuets
J’ai trouvé cette araignée-crabe (environ 3-4 mm) dans mes bleuets

Vous avez également sûrement vu des pucerons en nettoyant vos laitues, choux et épinards. Ceux-ci se retrouvent effectivement en grande abondance dans ces légumes feuillus. Je me souviens d’ailleurs d’une fois où j’avais amorcé la dégustation d’une salade aux crevettes achetée dans un casse-croûte, alors que nous étions en vacances. Après quelques bouchées (j’étais vraiment affamée), je me rendis compte qu’il s’agissait en fait d’une salade aux pucerons et aux crevettes. À voir la quantité de pucerons dans cette salade, il était évident que j’en avais déjà englouti une bonne dizaine!

Je pourrais en dire autant pour les petits fruits que j’aime tant manger pendant l’été. Araignées, pucerons, collemboles, charançons, chenilles… et même une larve de coccinelle encore vivante font partie des insectes que j’ai retrouvés dans mes bleuets, fraises et framboises.

Chenille framboises
Cette chenille s’était fait un nid douillet dans mon panier de framboises

Comme je l’ai déjà souligné, le bon côté des choses est que la consommation d’invertébrés est un problème davantage esthétique que de santé humaine. D’ailleurs, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture recommande de plus en plus de consommer – intentionnellement cette fois – des invertébrés. Ceux-ci sont effectivement riches en protéines et en différents éléments nutritifs (fer, cuivre, zinc, etc.). De plus, ils ne nécessitent pas autant d’énergie et d’espace à produire que le bétail : leur élevage pollue donc beaucoup moins. Finalement, ils pourraient garantir une meilleure sécurité alimentaire pour la population incessamment croissante de notre planète.

En outre, les risques liés à la consommation accidentelle d’invertébrés sont très faibles… à part celui d’être dégouté! Le meilleur conseil que je puisse vous donner, c’est de bien rincer bien vos aliments lorsque possible. Pour ce qui est du reste… n’y pensez pas (on n’y peut rien) et bon appétit!!

Pour terminer, si vous êtes à l’aise en anglais, je vous recommande de lire cet article, qui dépeint la situation avec un bon sens de l’humour! Santé!

Galerie vidéo

Un des pucerons que j’ai trouvé dans du chou chinois. Quoiqu’entreposé au réfrigérateur, on voit qu’il est toujours vivant.

Les collemboles sont de très petits invertébrés. J’ai remarqué leur présence après avoir essoré de la salade.

Pour en savoir plus

Capsule: Des insectes dans ma bouffe?

Chaque année, nous consommons une variété d’invertébrés sans même le savoir. Selon vous, quelle est la quantité moyenne d’invertébrés que nous ingérons annuellement par inadvertance? Quelques grammes? Quelques centaines de grammes? Plus encore?

Je vous invite à faire part de vos paris, que ce soit par le biais d’un commentaire ici sur le blogue DocBébitte, ou encore sur la page Facebook DocBébitte.

La réponse… dans le cadre de la chronique de la semaine prochaine! Serez-vous surpris? Tout cela est à suivre!

Larve carotte
Larve d’insecte qui est passée à une bouchée de se faire croquer!

 

Comment les insectes (et autres invertébrés) survivent-ils à l’hiver?

Le feu danse dans la cheminée, mais dehors les invertébrés tremblent de froid! En effet, alors que nous nous retrouvons au chaud dans nos demeures, les invertébrés, eux, doivent trouver d’autres moyens pour survivre au rude hiver.

Contrairement à nous (ou disons, à la plupart d’entre nous, car ceux qui me connaissent bien savent à quel point je suis frileuse!), les insectes sont des organismes à sang froid dont la température corporelle est la même que celle du milieu extérieur. Ils ne produisent pas de chaleur eux-mêmes et ont besoin d’une source externe pour se réchauffer. Par conséquent, ils doivent user de différentes stratégies pour survivre pendant la saison froide. Celles-ci sont nombreuses et je tenterai de vous en dresser un portrait dans les prochains paragraphes!

Coccinelle asiatique
Les coccinelles asiatiques multicolores cherchent à entrer dans nos demeures pour éviter le froid

Tout d’abord, quoi de mieux pour se réchauffer que de se faufiler dans nos chaudes demeures? Plusieurs invertébrés réussissent effectivement à s’introduire dans nos maisons pour y passer l’hiver. Il peut s’agir entre autres d’araignées, de mouches ou encore des fameuses coccinelles asiatiques multicolores. Ces dernières sont reconnues pour leur aptitude à trouver refuge par dizaines dans certaines maisons moins bien isolées. Parfois, elles deviennent même des pestes par leur grand nombre.

D’autres invertébrés cherchent aussi à fuir le froid, sans toutefois s’introduire dans nos demeures. Ils se dénichent ou se fabriquent des abris afin d’échapper aux conditions extrêmes. Par exemple, plusieurs trouveront refuge dans la litière au sol, dans l’écorce des arbres ou sous des pierres. Malgré tout, ces derniers s’avèrent exposés à des températures relativement froides et plusieurs ont élaboré une stratégie complémentaire afin d’éviter de geler : ils remplacent les molécules d’eau retrouvées dans leurs cellules par des molécules qui ne gèlent pas tel du glycérol. Bref, ils se retrouvent avec de l’antigel dans leurs tissus, ce qui les empêche de geler!

Une autre tactique visant à fuir le froid consiste à s’enfouir dans le sol, sous la limite de gel. C’est le cas notamment de certaines larves bien connues de coléoptères que l’on appelle les vers blancs (larves de hanneton). Les fourmis et les termites ont également adopté cette stratégie. De plus, ces dernières réussissent à maintenir des températures confortables en se réchauffant les unes les autres. C’est l’avantage de vivre en communauté.

Monarque_BL
Le papillon Monarque parcoure des milliers de kilomètres afin de fuir le froid

Il en est de même pour les abeilles, qui se blottissent les unes contre les autres afin de se réchauffer. Elles parviennent à maintenir des températures plus élevées dans leurs ruches en formant un noyau compact et en produisant des vibrations constantes à l’aide des muscles situés à la base de leurs ailes (jusqu’à 35 °C au centre du noyau). Elles bougent également continuellement, de sorte que les abeilles en périphérie puissent se retrouver au centre et vice-versa.

Toutefois, plusieurs invertébrés craignent le froid à un point tel qu’ils décident tout simplement de migrer vers le sud, à l’instar de certains d’entre nous qui allons trouver refuge dans de chaudes destinations vacances! Le meilleur exemple est sans contredit celui du papillon Monarque. Ce papillon peut parcourir quelques milliers de kilomètres afin d’atteindre le Mexique, tout cela pour échapper au froid!

Bien que beaucoup d’invertébrés fuient le froid, certains y font directement face. C’est le cas de la chenille Gynaephora Groenlandica (Arctic woolly bear), retrouvée notamment au nord du Québec. Lorsqu’arrive l’hiver, elle ralentit son métabolisme au point où son cœur arrête de battre. C’est alors qu’elle gèle en entier! Au printemps venu, elle dégèle et se remet à vivre et à manger… Bref, elle revient pratiquement d’entre les morts! Je vous recommande de visionner cet épisode de Découverte (vers 19 minutes et 30 secondes) pour en savoir plus. À noter que les adeptes de cette stratégie sont également en mesure de produire des molécules « antigel » telles que le glycérol, comme chez certains invertébrés qui, de leur côté, évitent toutefois de geler en entier. Dans le cas de G. Groenlandica, cet antigel protégerait certains tissus et cellules plus fragiles.

Isia isabelle
La chenille de l’Isia isabelle tolère le froid; elle peut « geler », enfouie dans la litière au sol

Finalement, plusieurs invertébrés ne survivront pas à l’hiver. Leur stratégie? Ils pondent leurs œufs – un stade de vie généralement moins vulnérable – et les entreposent à l’abri du froid. Ainsi, plusieurs espèces survivront à l’hiver sous forme d’œufs ou de cocons, cachés sous les pierres et les troncs morts. C’est le cas notamment de la mante religieuse, qui pond ses œufs et les dispose dans une oothèque, une sorte de cocon protecteur. Les œufs s’y retrouvent à l’abri du froid et des prédateurs.

Plusieurs insectes passeront aussi la saison froide sous forme de larves. De bons exemples sont les larves d’insectes aquatiques, comme les libellules et les éphémères. En vivant sous l’eau, elles parviennent à échapper aux rigueurs du climat hivernal. Il en est de même pour de nombreuses espèces de papillons, dont les chenilles trouveront refuge dans la litière au sol (notamment la chenille de l’Isia isabelle).

Bref, j’ai réalisé en effectuant des recherches pour la présente chronique que les tactiques élaborées par les invertébrés pour survivre à l’hiver sont très nombreuses. Je n’ai donc pu réaliser qu’un survol de la question! Je vous invite à consulter les sources suggérées à la fin de la présente chronique si vous souhaitez en savoir plus!

Cela dit, je vous souhaite un bon début d’année 2014, bien au chaud dans vos foyers!

Pour en savoir plus

Je veux pour Noël un livre sur les invertébrés! Partie 2.

Livre Noël - P2
Livres présentés cette semaine

J’avais amorcé, dans une précédente chronique, une revue de quelques livres sur les invertébrés pouvant faire l’objet de cadeaux pour Noël. Je vous avais plus précisément parlé d’ouvrages « généralistes », c’est-à-dire abordant de multiples groupes d’invertébrés simultanément.

Cette semaine, je vous offre plutôt une « critique » de livres qui se concentrent sur un groupe d’organismes à la fois : papillons, chenilles, odonates (demoiselles et libellules) et araignées. De plus, pour couronner le tout, je vais aussi traiter d’une publication touchant les invertébrés aquatiques… Il faut tout de même bien que je prêche pour ma paroisse!

Comme quatre de ces cinq ouvrages sont écrits en anglais et que je ne connais pas votre degré de confort dans cette langue, je commencerai par le livre d’entre les cinq qui est en français. De surcroît, il est également spécifique au Québec.

 

1. Michel Leboeuf et Stéphane Le Tirant. 2012. Papillons et chenilles du Québec. 391 pages.

Leboeuf
Extrait du livre de Leboeuf et Le Tirant

Comme le suggère le titre, ce guide se consacre à la description des papillons et des chenilles que l’on retrouve au Québec. Il offre une première partie fort intéressante décrivant la biologie des lépidoptères et expliquant où et quand les observer, comment les approcher et comment les attirer. Ensuite vient la portion « guide d’identification » en tant que telle. Chaque espèce est décrite dans une fiche couvrant deux pages adjacentes. Les spécimens adultes sont bien représentés par des photographies. En revanche, les chenilles sont représentées par des dessins. On retrouve une carte visuelle du Québec et des États/Provinces environnants sur laquelle est illustrée l’aire de répartition. Les fiches présentent des informations utiles, incluant les espèces semblables, l’habitat et les plantes hôtes. Il importe de savoir que le livre porte sur les papillons diurnes uniquement. J’ai rapidement réalisé à l’usage que je n’y trouvais pas bon nombre de chenilles que j’avais photographiées, tout bonnement parce que beaucoup de chenilles diurnes communes sont, en fait, les larves d’espèces nocturnes. Il n’en demeure pas moins que, si ce qui vous intéresse ce sont les papillons diurnes du Québec, ce livre est parfait! Par contre, si vous vous intéressez davantage aux chenilles – et que l’anglais ne vous arrête pas – je vous recommande plutôt l’ouvrage qui suit.

 

2. David L. Wagner. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 pages.

Wagner
Extrait du livre de Wagner

Contrairement à l’ouvrage précédent, ce guide porte sur les chenilles de tous les papillons – qu’ils soient nocturnes ou diurnes. Les chenilles sont représentées par de très belles photos de spécimens vivants. Chaque espèce est décrite sur une page, où l’on explique comment la reconnaître (attention, on utilise cependant un langage un peu plus technique ici et il faut avoir lu la première partie du livre), où on la retrouve (textuellement, car il n’y a pas de cartes), quelles sont ses plantes hôtes et autres remarques. Comme beaucoup de guides de ce type, la première partie aborde les aspects morphologiques et biologiques et explique comment élever des chenilles ou les collectionner. Pour ma part, je me suis servie à plusieurs reprises de ce bouquin pour identifier une chenille et, jusqu’à maintenant, je n’ai pas été déçue!

 

3. Dennis Paulson. 2011. Dragonflies and damselflies of the East. 538 pages.

Paulson
Extrait du livre de Paulson

Il existe deux versions de ce guide: celui pour les odonates de l’est de l’Amérique du Nord et celui pour les odonates de l’ouest de l’Amérique du Nord. Pour ma part, je n’ai que le premier des deux, parce qu’il couvre le Québec. C’est donc de cet ouvrage que je vous entretiendrai. Le livre est très bien imagé, utilisant de multiples photographies de spécimens vivants (mâles, femelles et immatures). Une carte, qui englobe le Québec, permet d’apprécier le territoire couvert par les espèces décrites. En ce qui concerne les descriptions, elles incluent les caractéristiques visuelles des individus (coloration, positionnement de lignes ou de marques le long du corps, etc.), leur histoire naturelle (habitudes de vie, reproduction, etc.), l’habitat où on les retrouve, ainsi que la saison où l’on peut les rencontrer. À l’instar des autres ouvrages, il comprend une première partie décrivant notamment le cycle de vie des odonates, leur anatomie et comment les collectionner. Le petit hic, c’est qu’il ne comprend pas de clé d’identification, même sommaire. Cela fait en sorte qu’il faut soit déjà avoir une idée du groupe d’odonates auquel appartient le spécimen que l’on recherche, soit feuilleter le guide dans son ensemble avant de trouver l’espèce désirée. Néanmoins, il s’agit du livre sur les odonates le mieux illustré (et le plus convivial) sur lequel je suis tombée jusqu’à maintenant.

 

4. Richard A. Bradley. 2013. Common spiders of North America. 271 pages.

Bradley
Extrait du livre de Bradley (planches)

Malgré le sujet exploité, qui ne correspond pas à l’invertébré le plus populaire de tous, cet ouvrage est un coup de cœur à mes yeux! Il est bien structuré et je le trouve complet pour un entomologiste amateur. Complet parce qu’il prend le temps de décrire les araignées (anatomie, cycle de vie, toiles, etc.), qu’il offre une clé d’identification bien détaillée à la famille (incluant l’identification des araignées selon leur type de toile), mais qu’il offre aussi des planches illustrées pour ceux qui veulent plutôt chercher un spécimen à l’œil. Les illustrations (ce ne sont toutefois pas des photos) sont très aidantes. Le fait de pouvoir les croiser avec des descriptions provenant de la clé d’identification (lorsque l’on a que quelques photos, mais pas de vrai spécimen en main) est également d’une grande utilité. Une fois que l’on a identifié l’espèce souhaitée, on peut référer à une seconde partie du livre qui offre des informations supplémentaires, une espèce à la fois : comment distinguer l’individu des autres espèces semblables, quelle est sa distribution, quels sont les moments de l’année où il est actif et autres remarques. Jusqu’à maintenant, cet ouvrage m’a permis de trouver les spécimens que je cherchais. Bref, pour ceux qui veulent apprendre à mieux connaître les araignées, il s’agit d’un outil fort intéressant!

 

5. J. Reese Voshell. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 pages.

Voshell
Extrait du livre de Voshell (planches)

Vous avez lu sur les invertébrés aquatiques (peut-être quelques précédentes chroniques de DocBébitte!) et voulez en savoir plus sur ces fascinantes créatures? Le guide de Voshell est un excellent point de départ. Il explique ce que sont les invertébrés vivant en eaux douces et présente une clé d’identification vulgarisée permettant de comprendre quels grands groupes sont retrouvés sous les roches et les sédiments de nos lacs et rivières. Il décrit aussi comment les capturer (quoique si vous avez des questions à cet effet, ce sera un plaisir pour moi de vous aider!). Le guide présente des planches illustrées facilitant l’identification des organismes. Je m’en suis servie à plusieurs reprises pour montrer à mes neveux, par exemple, quels types de bestioles vivaient en milieu aquatique. À chaque planche est associée une autre section du livre où l’auteur offre des descriptions détaillées du cycle de vie de l’organisme, de ses caractéristiques biologiques – incluant les façons de se mouvoir et de respirer sous l’eau – et de sa tolérance à la pollution. En somme, si vous souhaitez vous initier au monde des invertébrés aquatiques, je vous recommande cet ouvrage!

 

Voilà ce qui termine la première revue littéraire de cette année. En espérant qu’elle vous ait donné quelques idées de cadeaux, que ce soit pour vous ou un être cher!

 

Pour en savoir plus

  • Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
  • Leboeuf, M. et S. Le Tirant. 2012.      Papillons et chenilles du Québec et des maritimes. 391 p.
  • Paulson, D. 2011. Dragonflies and damselflies of the East. 538 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.
  • Wagner, D.L. 2005. Caterpillars of Eastern North America. 512 p.

Je veux pour Noël un livre sur les invertébrés! Partie 1.

Si les paroles de la pièce « Je veux pour Noël une poupée » avaient plutôt été « Je veux pour Noël un livre sur les invertébrés », l’auriez-vous tout de même fredonnée? Certes, cela ajoute un peu de longueurs au célèbre refrain! Malgré tout, cela aurait sans doute fait le bonheur de plusieurs amateurs de nature et de « bébittes »!

Comme le temps des fêtes approche à grands pas, quelques-uns d’entre vous avez déjà commencé à me parler de cadeaux de Noël (j’ai notamment une amie qui doit se reconnaître, ayant déjà fait sa liste de cadeaux depuis belle lurette!). Ces cadeaux incluent, pour certains, des livres sur la nature et les invertébrés.

Il ne m’en fallut pas plus pour formuler l’idée suivante : et si je faisais une revue de quelques-uns des livres sur les invertébrés que j’ai entre les mains? L’idée est de suggérer des livres qui cadreront avec vos préférences et votre degré d’expertise en la matière! Aussi, comme les chroniques DocBébitte ciblent davantage l’éducation et la sensibilisation, je m’en tiendrai surtout aux livres pour entomologistes amateurs (débutants à intermédiaires). Il existe effectivement sur le marché (et dans ma bibliothèque, en petite partie!) des ouvrages se résumant à des clés d’identification très exhaustives, ouvrages que je ne couvrirai pas dans la présente chronique.

Livre Noël - P1
Ouvrages décrits dans la présente chronique

Pour débuter, lorsque l’on « magasine » des livres sur les invertébrés, on doit examiner la présence de différents éléments, en fonction de nos préférences. Tout d’abord, le livre contient-il des images (dessinées) ou des photographies des invertébrés? Sont-elles en couleur? Parfois, les images sont plus précises que les photos qui, de leur côté, sont influencées par la lumière du jour, la position de l’insecte, etc.

Deuxièmement, est-ce que le livre inclut des cartes permettant de localiser, d’un point de vue géographique, où vivent les espèces qui nous intéressent? Cela peut parfois aider à discriminer des espèces semblables, mais vivant sur des territoires très différents. Un insecte aptère (dépourvu d’ailes) de la Californie ne devrait pas se retrouver au Québec, par exemple! De plus, le livre couvre-t-il la région géographique où nous comptons faire nos observations? Couvre-t-il un territoire plus vaste (Amérique du Nord) ou plus ciblé (le sud du Québec)?

En troisième lieu, quelle est l’étendue des descriptions? Est-elle trop succincte? Ou encore, est-elle trop technique? Se fait-elle à l’ordre (général) ou à l’espèce (plus précis)? En outre, je vous conseille de feuilleter le livre avant de l’acheter, afin d’être certain qu’il comble vos besoins!

Cela dit, je me lance dans une courte description – incluant mon appréciation personnelle – de quelques-uns des livres les plus communs sur le marché. J’amorce donc ci-dessous ma « revue littéraire » par les livres dits « généralistes », soit ceux qui abordent de nombreux groupes d’invertébrés simultanément.

 

1. Yves Dubuc. 2007. Les insectes du Québec. 456 pages.

Dubuc
Extrait du livre de Yves Dubuc

L’objectif premier de ce guide est d’initier le lecteur à l’observation des insectes. Comme le mentionne l’auteur, « La beauté de ce livre, c’est qu’il est facile de l’utiliser même pour un enfant de 4 ans ». Il s’agit en effet d’un guide visuel, qui ne possède pas de clé d’identification détaillée. Le principe est donc simple: feuilleter le livre lorsque l’on est à la recherche de l’identité d’un individu. Il se consacre principalement aux insectes, effleurant seulement sur quelques pages les invertébrés non-insectes. Il se compose de photographies d’individus qui font vraisemblablement partie de collections et, comme son nom le suggère, porte spécifiquement sur les insectes retrouvés au Québec. Il ne présente pas de cartes permettant de localiser plus précisément où vivent les organismes, mais comme il ne couvre pas un vaste territoire, cela n’est pas problématique. Il offre des descriptions de longueur variable sur les grands groupes d’insectes affichés – généralement pour les ordres et les familles – et, à l’occasion pour les espèces-mêmes. Il a la taille d’un livre de poche, ce qui est fort convivial (pour ceux qui traînent leurs livres lorsqu’ils font du plein-air). Au total, il s’agit d’un très bon guide pour les entomologistes débutants. Pour ma part, je m’en sers régulièrement afin d’identifier des spécimens que j’ai pris en photo – il s’agit même du premier livre vers lequel je me tourne, dû à sa convivialité. Un petit hic, cependant : au fur et à mesure que l’on avance dans sa connaissance des insectes, on se rend compte que cet ouvrage omet de présenter certains individus retrouvés au Québec. Certains ordres en particulier ne sont pas représentés de façon complète (éphémères, plécoptères, demoiselles et libellules, par exemple). Il nous faut donc compléter l’information à l’aide d’autres sources. Pour ceux qui, comme moi, aiment s’acheter des ouvrages sur les invertébrés, cette nouvelle ne constitue pas nécessairement un problème!

 

2. Arthur V. Evans. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 pages.

Evans
Extrait du livre de Arthur V. Evans

Pour les entomologistes amateurs qui sont à l’aise avec la langue de Shakespeare, il existe ce guide de poche fort intéressant, que je me suis procurée récemment. De nature similaire au guide de Dubuc (ci-dessus) parce qu’il s’agit d’un guide visuel (très jolies photographies des individus vivants et à l’œuvre, d’ailleurs), il présente toutefois certaines différences. Tout d’abord, il porte non seulement sur les insectes, mais aussi sur plusieurs invertébrés (entre autres les araignées et les « mille-pattes »). Aussi, il offre systématiquement une courte description des invertébrés, et ce, pour chaque espèce affichée. La table des matières est conçue de sorte à faciliter l’identification de l’organisme que l’on cherche : des petites photos sont insérées à côté de chaque groupe d’invertébrés (ces groupes constituant les différentes sections du livre). En revanche, comme il s’agit d’un ouvrage de poche et qu’il porte sur les invertébrés retrouvés sur un vaste territoire (Amérique du Nord), il n’arrive pas à couvrir toutes les espèces que l’on peut rencontrer au Québec. Dans ce cas, l’ouvrage précédemment discuté (Dubuc 2007) risque de s’avérer nettement plus utile. Heureusement, bien qu’il ne comporte pas de cartes visuelles, il décrit le territoire (« range ») où l’on peut retrouver l’espèce qui est décrite. Cela réduit les risques de mal identifier un individu (que l’on ne retrouverait uniquement qu’au Nouveau-Mexique, par exemple)! Tout comme le livre de Dubuc (2007), il consacre une section entière au démarrage d’une collection d’insectes – très instructive dans les deux cas. En somme, il s’agit d’un bon livre pour entomologistes amateurs, même si l’on n’y retrouve pas toutes les espèces du Québec. Je l’apprécie tout particulièrement pour les descriptions qu’il offre par espèce, ce qui s’avère bien utile lorsque vient le temps d’écrire des chroniques!

 

3. Georges McGavin. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255 pages.

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Extrait du livre de Georges McGavin

Il s’agit pour moi davantage d’un ouvrage permettant au lecteur de se familiariser sur les grands groupes d’invertébrés qui sillonnent notre planète que d’un guide d’identification proprement dit. Bien qu’il permette d’identifier certains groupes d’organismes foulant le sol québécois, il porte sur une panoplie d’invertébrés retrouvés partout dans le monde. Il n’est donc ni spécifique au Québec ni spécifique à l’Amérique du Nord. Il offre cependant d’intéressantes descriptions quant au cycle biologique, à la distribution (de façon très macroscopique, cependant, comme par exemple les prairies sèches ou les régions subtropicales) et aux différentes caractéristiques morphologiques de nombreuses espèces. Comme son nom le suggère, il touche également les invertébrés non-insectes. Fait intéressant, il possède une clé d’identification imagée et vulgarisée. À noter aussi qu’il a la taille d’un livre de poche. Bref, il s’agit d’un bon ouvrage pour un entomologiste débutant qui souhaite s’informer de façon générale sur toutes sortes d’espèces d’invertébrés existant sur la planète, sans nécessairement avoir à identifier un individu très précis!

 

4. Stephen A. Marshall. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 pages.

Marshall
Extrait du livre de Stephen A. Marshall

Ce livre est un mastodonte, pratiquement aussi lourd qu’un dictionnaire! Il est également plus coûteux que les ouvrages précédents. Il est cependant superbement bien imagé (individus vivants) et offre vastes quantité de détails (cycle de vie, habitudes, faits inusités). Élément d’intérêt : il possède une clé d’identification bien détaillée et illustrée (en annexe), qui s’étend sur une cinquantaine de page. Elle nous permet d’identifier, dès le départ, à quel ordre d’insectes on fait affaire! Si on le souhaite, bien sûr, on peut poursuivre l’identification de façon plus pointue jusqu’à la famille. Les descriptions offertes dans ce livre – au début de chaque chapitre – sont généralement bien étayées et se font à la famille (donc un degré de précision intéressant). Quelques détails supplémentaires sont également fournis pour plusieurs espèces (plus précis) dans le texte accompagnant les photographies. D’ailleurs, cet ouvrage possède beaucoup de photographies, ce qui est très utile lors de l’identification des individus. Bien qu’il mette l’accent sur les insectes, il aborde aussi un certain nombre d’invertébrés non-insectes (quoique de façon moins exhaustive). De plus, il porte sur les invertébrés de l’Amérique du Nord, ce qui nous permet de l’utiliser dans l’identification des organismes que nous observons au quotidien. C’est un livre que j’aime bien et dont je me sers régulièrement – vous le retrouvez d’ailleurs fréquemment dans la section « pour en savoir plus » de mes chroniques. À cause de sa taille et de la quantité de détails qu’il contient, je serais portée à vous dire qu’il est davantage destiné aux entomologistes amateurs un peu plus avertis!

 

J’espère que cette première partie de revue littéraire vous a plu! Je poursuivrai dans une prochaine chronique avec quelques livres plus spécifiques touchant notamment les papillons et les chenilles du Québec, les araignées de l’Amérique du Nord, ainsi que les libellules et les demoiselles de l’est de l’Amérique du Nord.

 

Pour en savoir plus

  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
  • McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.