Du bacon pour Monsieur dermeste!

Dermeste du lard 1
Dermeste du lard retrouvé dans un chalet cet hiver (vue dorsale)
Dermeste du lard 4
Même dermeste sous le stéréomicroscope

En mars dernier, j’ai eu le plaisir d’aller passer une fin de semaine avec ma belle-famille dans un sympathique chalet autour duquel on pouvait pratiquer de multiples activités hivernales. Je vous fais trêve d’histoires familiales et je me rends directement au point qui vous intéresse : lorsque vint le temps de quitter, je me chargeai de passer le balai dans le chalet, ce qui incluait le sous-sol où mon conjoint et moi étions installés pour le séjour. Je trouvai plusieurs spécimens du même insecte que je ne connaissais pas. C’était de toute évidence un coléoptère, mais je n’étais pas outillée pour l’identifier dans l’immédiat.

Je préservai donc deux individus que je ramenai dans un pilulier (oui, j’en ai toujours à portée de main!) aux fins d’identification. Ce n’est qu’une fois rendue à la maison que j’eus la surprise de découvrir qu’il s’agissait de dermestes du lard (Dermestes lardarius)… une espèce envahissante considérée comme une peste! Nous ne semblions pas en avoir ramené avec nous à la maison, fort heureusement!

Le dermeste du lard se distingue des autres dermestes par les motifs présents sur ses élytres. En effet, les élytres foncés sont flanqués d’une bande beige-orangé qui est ponctuée de six points plus sombres (trois par élytre). C’est cette partie du corps de l’insecte qui était visible sur la photo de la devinette de la semaine dernière.

Un des deux spécimens collectés était moribond et bougeait encore légèrement lorsque je le pris dans mes mains. Je pus filmer une vidéo de ce dernier qui est incluse dans la présente chronique. Les deux autres spécimens observés étaient, quant à eux, morts. Je me demandai par la suite si ceux-ci avaient été empoisonnés. Il faut dire que, pour des gens qui louent un chalet, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle de voir celui-ci envahi par des dermestes.

Dermeste du lard 2
On peut voir les antennes en forme de massue
Dermeste du lard 3
Le dermeste en question dans ma main, pour une idée de sa taille

Je me demandai aussi pourquoi ces derniers s’étaient retrouvés dans cette demeure en particulier. C’est en fouillant dans mes livres et sur Internet que je pus lire que les dermestes sont attirés par différentes denrées, habituellement riches en protéines : les viandes (d’où il tire vraisemblablement son nom « dermeste du lard »!), la nourriture pour chiens et chats, les fourrures, les plumes et les insectes morts. Étant donné que nous avions observé pendant notre séjour qu’il y avait beaucoup de mouches mortes sur le rebord élevé d’une fenêtre inatteignable (donc où le ménage ne se fait pas régulièrement), je présumai que j’avais trouvé la source de nourriture qui attirait nos coléoptères.

Selon la documentation consultée, c’est tôt au printemps que les dermestes pénètrent dans les demeures, attirés par les insectes morts ou l’odeur d’autres denrées. Une fois à l’intérieur, ils en profitent pour pondre leurs œufs, dont les larves se nourriront ensuite desdites denrées.

Les larves sont susceptibles de causer des dommages importants, outre le fait qu’elles se nourrissent de certains de nos aliments. Selon le PennState College of Agricultural Sciences, des tests effectués en laboratoire ont permis de conclure que les larves étaient en mesure de percer non seulement le bois, mais aussi le fer aisément afin de se procurer une place confortable pour leur pupaison!

J’avais déjà observé des larves de dermestes chez moi, mais il ne s’agissait pas du dermeste du lard (les adultes aperçus étaient plus petits et ne possédaient pas les motifs caractéristiques de D. lardarius). Les larves de dermestes ressemblent à de petites chenilles compactes et très poilues. Elles sont de couleur brunâtre. J’en avais observé une sous mon microscope que je pus également filmer (voir les vidéos ci-dessous). Ce qu’il faut dire, c’est que ces larves ne sont pas particulièrement appréciées des muséologues ou des entomologistes, car elles sont susceptibles de détruire des insectes ou des animaux naturalisés. Dans mon cas, j’en vois à l’occasion dans la maison, mais je n’ai jamais noté aucun dommage, ni sur ma collection d’insectes ni ailleurs. Leur nombre est sans doute insuffisant pour poser une menace quelconque.

Dermestidae Larve
Larve de dermeste (espèce non identifiée)

Comme je bâtis moi-même ma collection d’insectes à partir d’organismes retrouvés morts, il m’est déjà arrivée de voir sortir une larve de dermeste d’un individu que je venais de recueillir. Il me faut user de précaution pour ne pas contaminer le reste de ma collection; les invertébrés récoltés prennent donc immédiatement le chemin du congélateur. D’ailleurs, en cas d’invasion de dermestes du lard, le PennState College of Agricultural Sciences conseille de mettre les produits « contaminés » au chaud (140° pendant 30 minutes) ou au froid (0° pendant 3 à 4 jours). Cela a pour effet de tuer les insectes indésirables qui y sont associés.

En outre, si vous observez de toutes petites chenilles poilues et brunes, ou encore de plus gros coléoptères noirs et beiges/oranges dans votre demeure, il pourrait être utile de les identifier afin de vous assurer que vous n’êtes pas aux prises avec une espèce de dermeste pouvant causer des dommages. Cela dit, il semble que ce ne soient pas toutes les espèces de dermestes qui sont problématiques, puisque bon nombre d’entre eux vivent en notre compagnie sans se faire voir!

 

Vidéo 1. Dermeste du lard moribond observé dans un chalet.


Vidéo 2. Larve de dermeste vue sous le microscope.

Vidéo 3. Même larve de dermeste.

Pour en savoir plus

Un coléoptère campagnard

Clyte des champs
Clyte des champs confortablement installé sur une feuille de hosta
Clyte des champs dos
Individu retrouvé mort dans ma piscine : les motifs sur les élytres sont fort jolis!

Les longicornes sont des coléoptères généralement de bonne taille garnis de couleurs variées. Ce n’est pas pour rien qu’ils plaisent à tant d’entomologistes amateurs ou aguerris. Au courant de la dernière semaine, je me suis affairée à étaler et photographier un longicorne que j’avais retrouvé noyé dans ma piscine l’été dernier. Il s’agissait d’un clyte des champs (Clytus ruricola).

Le clyte des champs est un insecte de taille moyenne (10 à 15 millimètres) dont la robe combine à merveille le jaune et le noir. On dit de lui qu’il est vespiforme, soit qu’il fait penser à une guêpe. La vue de côté et de dessous de ce coléoptère peut effectivement donner l’impression que l’on est devant un hyménoptère : ses flancs et son abdomen sont rayés de jaune et de noir. Il s’agit sans aucun doute d’un déguisement permettant à notre longicorne d’échapper à certains prédateurs qui, pensant faire affaire à une guêpe, veulent éviter de se faire piquer!

Selon Evans (2014), les adultes s’observent souvent au printemps et à l’été alors qu’ils sont au repos sur le feuillage de différentes plantes. C’est d’ailleurs de cette façon que j’ai pu observer et photographier mon premier spécimen vivant à l’été 2014 : ce dernier était confortablement installé sur une large feuille d’un de mes plants d’hostas.

De façon plus générale, les clytes des champs se retrouvent, comme leur nom le suggère, dans les champs, mais aussi dans les boisés et les forêts où croissent des feuillus. Les larves de ce longicorne grandissent dans les troncs d’arbre en décomposition et affectionnent particulièrement les essences dures comme l’érable. Il est donc fréquent de rencontrer des clytes des champs dans les érablières. Compte tenu de la présence de nombreux érables dans le boisé bordant ma cour, il n’est pas surprenant que j’aie observé quelques individus à proximité de la maison (dont celui retrouvé dans ma piscine).

Clyte des champs_Close up 2
Motifs sur les élytres du clyte
Clyte des champs_Close up 1
Vue rapprochée des motifs sur les élytres
Clyte des champs dessous 1
Vue latérale – on dirait presque une guêpe
Clyte des champs dessous 2
Vue ventrale

Ce joli coléoptère est bien réparti dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Selon Evans (2014), son aire de répartition s’étale des provinces des maritimes jusqu’au Manitoba (au nord), ainsi que de la Caroline du Sud au Tennessee (au sud).

En effectuant des recherches, j’ai appris qu’une autre espèce de longicorne pouvait ressembler à notre insecte de la semaine : soit l’espèce Xylotrechus insignis dont certaines variantes s’approchent grandement du clyte des champs (voir cette photo tirée de Bug Guide). Il importe donc d’examiner attentivement les motifs sur les élytres afin de s’assurer que l’on fait bien face à un clyte des champs. Cela dit, les recherches que j’ai réalisées suggèrent que l’aire de distribution de X. insignis se situerait plutôt sur la côte ouest de l’Amérique du Nord (Arnett et Jacques 1981), un fait qui peut être fort aidant pour s’assurer de ne pas faire d’erreur sur la personne! Surtout si vos observations sont effectuées au Québec!

Quoi qu’il en soit, cela ne nous empêchera pas de continuer d’observer et d’apprécier les jolies couleurs de nos sympathiques longicornes! Pour terminer la présente chronique, je vous offre plusieurs  photographies prises à partir de mon stéréomicroscope ou encore par le biais d’une « boîte lumineuse » que je me suis confectionnée afin de prendre des photographies macroscopiques des spécimens que je m’amuse à étudier. Les photos ci-présentes constituent mes premiers essais à cet effet! Bon visionnement!

 

Pour en savoir plus

Un amour de coccinelle

Vous avez sans doute reconnu que j’avais emprunté le titre de la présente chronique à un film qui date déjà de quelques années (encore plus vieux que la personne qui écrit la présente chronique, je l’avoue!) et qui portait sur une coccinelle… motorisée! Il s’agissait de Herbie (Choupette pour la version française, de ce que j’ai appris en lisant sur Internet), la Volkswagen Coccinelle qui n’en faisait qu’à sa tête.

Coccinelle à sept points
La jolie coccinelle à sept points a la cote!
Coccinelle à sept points 2
L’on peut bien observer les trois points de chaque côté, ainsi que le point commun à la jonction des élytres

Qu’elles soient en métal ou animales, les coccinelles ont la cote, tant auprès des entomologistes aguerris que des néophytes. Jolies et colorées, les coccinelles « insectes » ne sont généralement pas considérées comme étant répugnantes contrairement à leurs consœurs araignées ou coquerelles – pour n’en nommer que quelques-unes!

Plusieurs espèces de coccinelles habitent nos plates-bandes. Outre la coccinelle asiatique multicolore (Harmonia axyridis), une espèce introduite qui est connue pour sa propension à entrer par dizaines dans les demeures à l’automne, la coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata) est sans doute l’une des plus communes. Fait intéressant que je ne connaissais pas : la coccinelle à sept points a elle aussi été introduite en Amérique du Nord en tant qu’outil de lutte biologique. Elle est maintenant si bien répandue qu’elle est devenue l’insecte-emblème de cinq états américains!

Le fait que les coccinelles adorent se mettre des pucerons sous la dent n’est pas étranger à leur introduction. Selon les sources consultées, nos petits coléoptères adultes seraient en mesure d’ingérer entre 40 à 100 pucerons par jour en moyenne. Brisson et al. (1992) précisent qu’une larve, quant à elle, se nourrirait de 200 à 600 pucerons pendant la vingtaine de jours qu’elle prend pour se développer. Efficace pour nettoyer une plate-bande infestée de pucerons, n’est-ce pas? En plus des pucerons, d’autres insectes comme les thrips, les cochenilles et les acariens figurent à leur menu.

La coccinelle à sept points se reconnaît facilement par le fait que ses élytres sont munis… d’un total de sept points! Avouez que vous n’êtes pas surpris! En fait, les élytres sont ponctués chacun de trois points distincts, auxquels s’ajoute une septième tache située au début de la jonction entre les deux élytres. En cas de doute – ou si vous ne savez pas compter! –, vous pouvez aussi baser votre identification sur le fait que cette septième tache est bordée de deux zones blanches triangulaires. De plus, la tête toute noire est munie de deux points blancs bien distincts. Le pronotum (premier segment dorsal situé immédiatement après la tête) est, lui aussi, majoritairement noir et entouré de deux taches blanches de forme plutôt carrée.

Coccinelle à sept points 4
Je retrouve souvent des coccinelles à sept points au printemps, sous la litière de feuilles
Coccinelle à sept points 3
Cet autre individu, encore terreux, a été perturbé alors que je ramassais les feuilles de mes plates-bandes

Je retrouve beaucoup d’individus de C. septempunctata dans mes plates-bandes au printemps, lorsque je ramasse les feuilles qui y étaient tombées l’automne précédent. Ceux-ci semblent avoir trouvé refuge sous l’épaisse litière de feuilles pendant la période hivernale. C’est donc un plaisir d’effectuer le nettoyage des plates-bandes chaque printemps, appareil photo à la main. Une des photographies qui accompagne la présente chronique présente d’ailleurs un individu encore couvert de particules de terre, dont je venais tout juste de découvrir l’abri!

Cette jolie coccinelle introduite en Amérique du Nord a fait couler beaucoup d’encre en Europe, où elle est connue depuis plusieurs siècles. Il semblerait que les nombreuses légendes européennes touchant les coccinelles ont en commun qu’elles seraient associées à la coccinelle à sept points. Cette dernière porte souvent des surnoms à connotation religieuse, incluant « bête à bon Dieu ». Pourquoi donc, me direz-vous?

La légende veut que ce sympathique coléoptère ait sauvé, au Moyen Âge, un homme qui allait être décapité pour un crime qu’il n’avait pas commis. Alors qu’il allait se faire couper la tête, une coccinelle vint se poser sur son coup et ne s’y laissa point déloger. Cet « incident » fut perçu comme une intervention divine et le pauvre homme fut épargné!

La coccinelle à sept points fut dès lors considérée comme un porte-bonheur par les humains – ce qui semble encore vrai de nos jours. Elle ne constitue peut-être pas un symbole de chance, cependant, pour moult coccinelles indigènes d’Amérique du Nord, dont les populations furent décimées par son arrivée. Néanmoins, la coccinelle à sept points semble maintenant ancrée dans nos terres et dans nos cœurs, jolie comme elle est! En cette journée de la Saint-Valentin, on peut se permettre de dire qu’elle est un amour de coccinelle!

 

Pour en savoir plus

Chenille ou imposteur ?

Les chenilles font partie des premiers insectes que l’on apprend à identifier. Généralement d’assez bonne taille, colorées et d’allure sympathique, elles figurent couramment dans les livres de contes pour enfants.

Malgré le fait qu’on ait l’impression de bien les connaître, il nous arrive tout de même de faire erreur et d’identifier à tort une chenille qui n’en est pas une. En effet, plusieurs autres invertébrés prennent une forme ressemblant aux chenilles lors de leur stade larvaire… et confondent petits et grands!

Chenille vs tenthrède
Ocelles (yeux simples) d’une chenille versus ocelles d’une larve de tenthrède
Chenille vs tenthrède_Pattes
Fausses pattes : chenille versus larve de tenthrède

Lors de la capsule de la semaine dernière, je vous soumettais plusieurs clichés sur lesquels on retrouvait divers insectes ressemblant à des chenilles. Êtes-vous parvenus à distinguer les « vraies » chenilles (qui sont des lépidoptères) des fausses? Avez-vous deviné à quels ordres d’insectes les autres individus appartenaient?

Il existe quelques trucs faciles qui nous permettent de savoir si l’on fait face à chenille – qui deviendra un papillon – ou à une larve d’un autre insecte. Le premier truc réside dans l’examen des yeux de la bête : les chenilles sont munies de plusieurs yeux simples latéraux (généralement six ocelles de chaque côté de la tête), ce qui n’est pas le cas des autres larves « sosies ». Il s’agit d’une bonne façon pour distinguer les chenilles de certaines larves d’hyménoptères appartenant au groupe des mouches à scie (sous-ordre Symphyta) comme les tenthrèdes, par exemple. Les larves des mouches à scie peuvent ressembler passablement aux chenilles, en arborant des couleurs vives et en étant munies de pseudopattes le long de leur abdomen. Toutefois, leur tête est flanquée de deux yeux simples bien distincts.

Le second truc est d’examiner la présence de fausses pattes. Il s’agit de protubérances retrouvées sous l’abdomen et qui aident à la locomotion; elles s’ajoutent aux trois paires de vraies pattes situées, quant à elles, à la hauteur du thorax. Selon Wagner (2005), la majorité des vraies chenilles possède quatre paires de fausses pattes ou moins situées le long des segments 3 à 6 de l’abdomen (sans compter les pseudopattes anales). Les mouches à scie, quant à elles, en auraient cinq ou plus (ou six ou plus, selon les sources consultées), qui sont visibles généralement dès le second segment (segment 2) de l’abdomen.

Asticot tête réduite
Tête réduite d’un asticot (larve de diptère)

De même, la base des fausses pattes des chenilles arbore des crochets qui sont absents des fausses pattes d’autres larves d’invertébrés, notamment les mouches à scie et divers diptères. Les fausses pattes des diptères qui ressemblent aux chenilles présentent aussi une disposition qui peut être différente : elles ne sont pas nécessairement situées tout le long de l’abdomen (voir la photo de la larve de chironome plus bas à cet effet). Cela inclut également l’absence totale de pseudopattes comme chez les larves de tipules. De plus, les larves de diptères ne portent pas de « vraies » pattes et, selon l’espèce concernée, la tête peut s’avérer être très réduite (comme une larve d’asticot, par exemple).

Finalement, certaines larves de coléoptères ou de neuroptères rampantes et de forme allongée pourraient faire penser à des chenilles, mais l’on peut habituellement voir assez rapidement par leur forme générale, ainsi que la présence d’autres attributs (des plaques thoraciques, des mandibules allongées, absence de pseudopattes, etc.), qu’il ne s’agit pas d’une chenille.

Seriez-vous maintenant prêts à distinguer une chenille d’un autre insecte aux allures similaires? Lors de la devinette du 25 octobre dernier, les participants ont réussi à bien identifier les quatre vraies chenilles qui faisaient partie du lot. Bien joué! Toutefois, ils ont aussi identifié un des imposteurs comme étant une chenille: la tenthrède de la photo #1. Ce dernier aura bien réussi son déguisement!

Vous pouvez voir les réponses à la devinette de la semaine dernière dans le tableau ci-dessous. Bon visionnement!

Qui est une chenille et qui ne l’est pas? Les réponses!
#1. Larve de tenthrède (Hyménoptère) Devinette 1_2015-10-24 #2. Larve de coccinelle (Coléoptère) Devinette 2_2015-10-24 #3. Chenille (Lépidoptère) Devinette 3_2015-10-24
#4. Larve de trichoptère Devinette 4_2015-10-24 #5. Larve de tenthrède (Hyménoptère) Devinette 5_2015-10-24 #6. Larve de tipule (Diptère) Devinette 6b_2015-10-24
#7. Chenille (Lépidoptère) Devinette 7_2015-10-24 #8. Larve de neuroptère Devinette 8_2015-10-24 #9. Chenille (Lépidoptère) Devinette 9_2015-10-24
#10. Larve de cimbicidé (Hyménoptère) Devinette 10_2015-10-24 #11. Larve de chironome (Diptère) Devinette 11_2015-10-24 #12. Chenille (Lépidoptère) Devinette 12_2015-10-24

 

Pour en savoir plus

 

Lisse ou rugueux, ton osmoderme?

Il y a quelques étés, j’eus la chance d’observer de près un fort joli coléoptère déambulant nonchalamment sur le pavé de ma cour. Ladite bête était d’une taille appréciable, ce qui attisa ma curiosité. Pensant faire affaire à un carabe (voir cette chronique),  je m’approchai de l’individu pour l’examiner et fus surprise de voir qu’il s’agissait d’un nouvel insecte que je ne connaissais pas encore.

Osmoderme rugueux
Joli osmoderme rugueux dont j’ai fait la connaissance il y a trois étés
Osmoderma eremicola
Osmoderme ermite dans ma main : il fait 30 mm de long

L’insecte en question était loin d’être farouche et me laissa le photographier allègrement sous tous ses angles. Je pris également quelques vidéos, dont une que vous pourrez visionner à la fin de la présente chronique. Photos en main, je commençai à feuilleter le livre Les insectes du Québec (Dubuc, 2007) et trouvai rapidement une correspondance : mon mignon coléoptère était en fait un osmoderme rugueux (Osmoderma scabra).

Dans la chronique de la semaine dernière, je vous faisais deviner quelle était l’identité d’un autre gros coléoptère de ce genre : il s’agissait d’un osmoderme ermite (Osmoderma eremicola). J’avais trouvé ce dernier mort dans un sentier et l’avais ramené à la maison afin de l’identifier et de l’épingler (ajout à ma collection « écorespectueuse » faite d’invertébrés déjà retrouvés morts).

À eux deux, les individus précités constituent les représentants du genre osmoderme retrouvés au Québec. En effet, selon Hardy (2014), deux espèces ont été récoltées à ce jour au Québec : O. scabra et O. eremicola.

Les osmodermes sont des scarabées (famille : Scarabaeidae) et, plus particulièrement, des cétoines (sous-famille Cetoniinae). Leur aire de distribution couvre la côte est de l’Amérique du Nord. Au Québec, on les retrouve dans tout le sud de la province.

O. scabra côté
Osmoderme rugueux, vu de côté

Les deux familles observées au Québec sont étroitement associées à des habitats forestiers : les larves se développent dans le bois pourri et les troncs creux des arbres. Les adultes, de leur côté, s’observent également sous ou sur le bois et peuvent notamment être attirés par des écoulements de sève dont ils se nourrissent. À ce qu’il semble, ils ne causeraient pas de dommage aux arbres sains. Plus spécifiquement, l’osmoderme rugueux est associé aux forêts décidues comprenant de vieux érables et des peupliers faux-trembles, alors que l’osmoderme ermite vivrait davantage dans les forêts peuplées de chênes.

D’autres caractéristiques permettent de différencier ces deux espèces. Par exemple, comme son nom l’indique, les élytres (ailes postérieures durcies) de l’osmoderme rugueux sont striés, alors que la tête et le pronotum (segment situé entre la tête et les élytres) sont ponctués. Bref, le corps de cette espèce est plutôt… rugueux! En revanche, le corps de l’osmoderme ermite est plus luisant. Son pronotum est peu ponctué et ses élytres sont faiblement striés de sorte qu’ils semblent lisses.

Un autre attribut qui m’a rassurée quant à l’identification de l’osmoderme que j’avais trouvé mort cet été est l’apparence du pronotum : celui de l’osmoderme ermite est formé d’une dépression en son centre. Ce n’est pas le cas chez les osmodermes rugueux, quoique les mâles soient munis de deux à quatre carènes (arêtes) faisait en sorte qu’il faut les regarder attentivement pour ne pas prendre le creux entre ces dernières pour une dépression. Vous pouvez voir une photographie d’un mâle osmoderme rugueux dont les carènes sont apparentes sur Bug Guide en cliquant sur ce lien. J’affiche aussi, dans la présente chronique, des photos côte à côte de nos deux espèces pour vous permettre de les comparer.

Osmodermes comparaison_Détails
Comparaison entre l’osmoderme rugueux (O. scabra) et l’osmoderme ermite (O. eremicola); cliquer sur la photo pour l’agrandir

De plus, l’osmoderme ermite atteint une taille supérieure (environ 21 à 32 centimètres) à celle de l’osmoderme rugueux (environ 15 à 26 centimètres); les très gros individus risquent donc d’appartenir davantage à la première espèce qu’à la seconde. Néanmoins, dans les deux cas, il s’agit tout de même de gros insectes, comme en témoignent mes photographies. Malgré leur grande taille, ces scarabées sont pacifiques et ne semblent pas portés à mordre. Vous pouvez vous laisser aller à les manipuler!

Bien que la documentation consultée indique que ces coléoptères sont plus actifs la nuit, les quelques individus vivants que j’ai croisés jusqu’à maintenant étaient actifs pendant la journée. Cela dit, il semblerait qu’ils soient attirés par les lumières le soir, faisant en sorte que vous pourriez les apercevoir lors de soirées d’été près de vos demeures (si des boisés sont situés à proximité, bien sûr)!

Pour terminer, un fait intriguant que j’ai appris en effectuant mes recherches pour la présente chronique est que nos deux espèces d’osmodermes québécoises émettraient une odeur de cuir lorsqu’elles sont manipulées. Étrangement, cela cadre bien avec leur apparence cuirassée!

 

Vidéo. Sympathique osmoderme rugueux se promenant sur ma main.

 

Pour en savoir plus

  • Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
  • Evans, A.V. 2008. Field guide to insects and spiders of North America. 497 p.
  • Evans, A.V. 2014. Beetles of Eastern North America. 560 p.
  • Hardy, M. 2014. Guide d’identification des Scarabées du Québec (Coleoptera: Scarabaeoidae). Entomofaune du Québec (EQ) inc., Saguenay. 166 pages.
  • Bug Guide. Genus Osmoderma. http://bugguide.net/node/view/9890
  • Bug Guide. Species Osmoderma eremicola. http://bugguide.net/node/view/9891
  • Bug Guide. Species Osmoderma scabra. http://bugguide.net/node/view/15974