Reconnaître les macroinvertébrés aquatiques d’eau douce – Partie 2

Il y a trois semaines, j’amorçais un petit « cours 101 » d’identification des invertébrés d’eau douce où je vous entretenais plus particulièrement au sujet des invertébrés non-arthropodes et des arthropodes non-insectes (cette chronique).

Cette semaine, nous abordons le troisième groupe : les insectes proprement dits. Selon Voshell (2002), on distingue les insectes aquatiques des deux autres catégories précédemment survolées par le fait qu’ils possèdent une capsule céphalique visible munie d’un rostre, de mandibules ou de crochets, ainsi que zéro ou trois paires de pattes segmentées. Cela est exact la plupart du temps, quelques insectes étant munis de pièces buccales (et de portions de capsule céphalique) dissimulées et si discrètes qu’on pourrait croire qu’ils n’en possèdent pas… et les confondre pour un arthropode non-insecte!

La leçon à en tirer? Quand l’invertébré a une tête et six pattes, vous pouvez être certains qu’il s’agit d’un insecte! Sinon, il faut l’examiner de plus près!

Cela dit, avant de commencer notre petit cours, je vous avise encore une fois que je vous ferai un portrait des principaux groupes communément retrouvés (si je me fie à ma propre expérience, ainsi qu’aux groupes abordés dans Voshell (2002)), mais qu’il existe quelques autres ordres dont on peut retrouver des membres en eau douce, comme les lépidoptères, les névroptères ou les orthoptères, par exemple. Il existe de très bons guides d’identification qui vous en feront un portrait plus complet; ceux-ci sont présentés dans la section « Pour en savoir plus » et je vous invite à les consulter. Pour ceux qui ne seraient pas à l’aise de lire dans la langue de Shakespeare, j’y cite notamment d’intéressants travaux réalisés au Québec par le Groupe d’éducation et d’écosurveillance de l’eau et le Ministère du Développement durable de l’Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques.

Êtes-vous prêts? Commençons!

Vous êtes certains de faire face à un insecte? Si oui, la seconde question à se poser, qui sert à préciser à quel ordre appartient l’individu examiné, est la suivante : à quoi ressemblent les pattes? Sont-elles présentes (trois paires de pattes)? Sont-elles absentes? Sont-elles plutôt agglutinées le long du corps comme les membres d’une momie? Si l’insecte observé n’a aucune patte et ne ressemble pas à une momie, vous faites face à une larve de diptère (mouches et compagnie)! S’il fait penser à une momie, il s’agit fort probablement d’une pupe (stade de développement situé entre la larve et l’adulte, comme la chrysalide d’un papillon) de diptère ou de trichoptère.

Larves diptères
Larves de diptères : maringouin (Culicidae) à gauche et chironome (Chironomidae) à droite
Pupes_Tricho et diptères
Pupe de trichoptère (haut) et pupes de diptères (bas)

L’insecte a six pattes? Vous aurez à vous poser des questions supplémentaires. On vous fait travailler, quoi! Ces questions comprennent :

  • Observe-t-on la présence d’ailes complètement développées et utilisées pour le vol?
  • Observe-t-on la présence de fourreaux alaires, soit des ailes en développement repliées dans des étuis visibles sur la portion dorsale du thorax?
  • Les ailes ou les fourreaux alaires sont-ils complètement absents?

Deux ordres d’insectes aquatiques sont généralement munis d’ailes matures et peuvent se déplacer hors de l’eau en volant s’ils le souhaitent : les hémiptères et les coléoptères adultes. Les hémiptères portent un rostre et leurs ailes antérieures, qui sont partiellement rigides, se croisent. Ils comprennent notamment les gerridés, les punaises d’eau géantes et les notonectes. Les coléoptères se distinguent des hémiptères par leurs mandibules (plutôt qu’un rostre) et leurs ailes antérieures entièrement rigides (élytres) qui recouvrent largement l’abdomen. Les plus connus sont sans doute les gyrins, les dytiques et les hydrophiles, mais de plus petites espèces comme les elmidés sont également très communs dans nos rivières. En début de paragraphe, j’indique que ces ordres sont « généralement » munis d’ailes. Il importe en effet de préciser que les hémiptères immatures n’auront pas d’ailes bien développées, alors que les larves de coléoptères prennent une forme complètement différente de l’adulte (voir vers la fin de la présente chronique). De même, j’avais notamment mentionné dans cette chronique que le polymorphisme alaire est fréquent chez les gerridés, faisant en sorte que l’on retrouve des individus matures ne possédant pas d’ailes. Cela souligne l’importance de ne pas regarder qu’un seul critère lorsque l’on identifie un insecte!

Hémiptère-Coléoptère
Insectes munis d’ailes développées : hémiptère (gerridé) à gauche et coléoptère (dytique) à droite

En ce qui concerne la présence de fourreaux alaires, trois ordres ressortent : les éphémères, les plécoptères et les odonates. Les odonates se distinguent des deux premiers ordres par leurs mâchoires rétractables qu’ils maintiennent repliées sous leur tête. Leurs puissantes mandibules forment un masque et se situent au bout de ce qui ressemble à une trompe – caractéristique propre à cet ordre d’insectes. De plus, aucune branchie ne longe leur thorax ou leur abdomen. Les deux sous-ordres d’odonates (anisoptères et zygoptères) sont assez différents, les anisoptères étant plus robustes et complètement dépourvus de branchies externes, alors que les zygoptères sont davantage filiformes et arborent trois branchies en forme de feuille tout au bout de leur abdomen.

Ce qui m’amène à vous parler des éphémères. Ces insectes se caractérisent par la présence de deux à trois « queues » (deux cerques et un filament médian) au bout de leur abdomen. Un œil non averti pourrait confondre les trois branchies des zygoptères pour ces trois appendices. Toutefois, ceux des éphémères sont filiformes; ils ne ressemblent aucunement à des feuilles aplaties. Par ailleurs, la partie dorso-latérale de l’abdomen des éphémères est parcourue d’une allée de branchies visibles à l’œil nu, en particulier si ces derniers sont immergés. La majorité des éphémères portent trois appendices, mais certains en ont deux. Ce qui complique les choses…

Pourquoi? Eh bien, sachez que les plécoptères arborent toujours deux « queues » (cerques) et ressemblent à certains éphémères aplatis comme les Heptageniidae. Heureusement, ils n’ont pas de branchies sur la portion dorso-latérale de l’abdomen, quoique certaines familles en portent sur la portion ventrale du thorax ou de l’abdomen. Une façon plus sûre de distinguer ces deux ordres est d’examiner le nombre de griffes au bout de chaque patte : alors que les éphémères n’en ont qu’une, les plécoptères en ont deux! Voilà qui est aidant!

Odonate-Éphémère-Plécoptère
Insectes qui possèdent des fourreaux alaires. De gauche à droite : Odonate, éphémère et plécoptère
Zygoptère-Éphémère
Branchies terminales d’un zygoptère (gauche) et cerques et filament médian (trois « queues ») d’un éphémère (droite)

Or, les choses se corsent pour notre dernière catégorie : les insectes qui n’ont ni ailes complètement développées ni fourreaux alaires. Bien sûr, un premier élément à vérifier est que l’on ne fait pas face à un individu immature ou peu développé d’un des ordres cités ci-dessus. Les hémiptères immatures n’ont pas encore d’ailes, mais la présence d’un rostre devrait vous guider sur la bonne voie! Il en est de même pour nos odonates, plécoptères et éphémères dont le stade de développement est peu avancé : il vous sera difficile de percevoir les fourreaux alaires et vous devrez bien examiner les autres caractéristiques qui leur sont propres! Si l’on exclut ces cas, il reste tout de même trois ordres fréquemment observés qui font partie de cette catégorie : les mégaloptères, les trichoptères et les larves de coléoptères. Il faut être attentif à plusieurs critères pour distinguer ces ordres : présence de filaments de chaque côté de l’abdomen, nombre de griffes au bout des pattes, présence de fausses pattes ou d’un filament au bout de l’abdomen, etc.

Les mégaloptères et les trichoptères ont l’abdomen mou, comme une chenille. Toutefois, les mégaloptères possèdent des branchies en forme de filaments de chaque côté de l’abdomen et deux griffes par pattes. Selon la famille concernée, l’abdomen se terminera soit par un long filament unique (Sialidae) ou par deux fausses pattes munies chacune de deux crochets (Corydalidae). Les trichoptères, quant à eux, ont une seule griffe par patte et aucun filament latéral, quoiqu’ils puissent avoir des branchies ventrales (cas des Hydropsychidae). L’abdomen se termine par deux crochets simples. De plus, ils sont souvent retrouvés dans des fourreaux construits à l’aide de brindilles et de petites roches (voir cet article).

Mégaloptère-Trichoptère
Mégaloptère (Corydalidae) en haut et trichoptère muni de branchies ventrales (Hydropsychidae) en bas

Ce sont les larves de coléoptères qui viennent mêler les cartes. Selon la famille étudiée, ces larves peuvent présenter des attributs similaires à plusieurs des ordres déjà abordés, comme des filaments latéraux (larves de gyrins; voir cette photo), la présence d’une ou de deux griffes et même de deux « queues » au bout de l’abdomen (larve de dytique). Il faut par conséquent prendre soin d’observer et de noter ces différentes caractéristiques et de ne pas seulement se fier à un seul critère (quoique cela soit aussi vrai pour la majorité des invertébrés que vous identifierez!). C’est la présence combinée de plusieurs caractéristiques qui vous permettra de confirmer l’ordre.

Coléoptères aquatiques
Deux exemples de larves de coléoptères : Elmidae à gauche et Dytiscidae à droite

Voilà, vous êtes prêts pour amorcer l’identification de vos prochaines prises, qu’elles soient en cliché ou pour une collection! Pour peaufiner vos recherches, ainsi que pour en apprendre davantage sur l’écologie des invertébrés aquatiques, je vous invite à consulter les différentes sources présentées dans la section « Pour en savoir plus ». Comme mentionné d’emblée, je ne vous ai brossé qu’un bref portrait de la situation et les guides existants sauront vous en dire plus!

Pour en savoir plus

  • Groupe d’éducation et d’écosurveillance de l’eau. Les capsules du G3E – Macroinvertébrés. http://www.g3e-ewag.ca/programmes/capsules/biologie/faune/macroinvertebres.html
  • Merritt, R.W. et K.W. Cummins. 1996. Aquatic insects of North America. 862 p.
  • Moisan, J. 2010. Guide d’identification des principaux macroinvertébrés benthiques d’eau douce du Québec, 2010 – Surveillance volontaire des cours d’eau peu profonds. 82 p. Disponible en ligne : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/macroinvertebre/guide.pdf
  • Thorp, J.H., et A.P. Covich. 2001. Ecology and Classification of North American Freshwater Invertebrates. 1056 p.
  • Voshell, J.R. 2002. A guide to common freshwater invertebrates of North America. 442 p.

De quel bois je me chauffe : portrait de quelques insectes xylophages

Larves xylophages
Larves et pupes de xylophages en « démonstration » lors du congrès

Le thème du congrès de l’AEAQ de cette année portait sur les insectes xylophages – c’est-à-dire qui se nourrissent du bois des arbres morts ou vifs. Il s’agit d’un groupe d’insectes que je connais très peu. Jusqu’à maintenant, je n’avais parlé que des longicornes (cette chronique) qui sont considérés comme des xylophages, puisque les larves croissent dans le bois et s’y nourrissent.

Dans le cadre du congrès, j’ai pu apprendre de nombreux faits intéressants au sujet de plusieurs espèces. J’ai choisi de faire un bref survol de trois d’entre elles : le longicorne étoilé ou longicorne asiatique (Anoplophora glabripennis), l’agrile du frêne (Agrilus planipennis) et le tremex (Tremex columba). Ce sont messieurs Jean Lanoie et Serge Laplante qui, pendant le congrès, nous ont entretenus sur ces espèces et plus encore – je tiens donc à les remercier pour ces apprentissages! Naturellement, je me suis aussi permis de fouiller dans mes livres et sur Internet pour en savoir davantage. Alors, je me lance!

Agriles du frêne_Réduit
Agriles du frêne vus de mon stéréomicroscope (gracieuseté de Stéphane Dumont, lors du congrès)
Agrile et longicorne étoilé_Réduit
Cartes qui indiquent la taille et la forme des trous d’émergence de l’agrile du frêne et du longicorne étoilé (mon pouce en référence!)

Le longicorne étoilé est un coléoptère de la famille des Cerambycidae. Ce longicorne constitue une espèce introduite en Amérique du Nord qui suscite maintes inquiétudes. Il est considéré comme envahissant et s’attaque à des arbres en santé, provoquant la mort de populations d’intérêt. En particulier, il affectionne les érables et divers feuillus comme les peupliers, les bouleaux et les saules. Dans le livre « Les insectes du Québec », Yves Dubuc indiquait que l’espèce n’avait pas encore été recensée au Québec au moment de la publication du guide en 2007. Cette dernière est cependant présente en Ontario où des mesures sont prises pour éviter sa propagation. Ce longicorne est assez facile à identifier : tout noir, il est orné de taches blanches qui font penser à des étoiles. À noter que la femelle du longicorne noir lui ressemble passablement. Comme cette dernière est commune au Québec, il faut s’assurer de bien identifier les individus avant de crier au loup! Pour plus de détails, comparez cette photo de longicorne noir (femelle) avec cette photo de longicorne étoilé.

L’agrile du frêne est un autre coléoptère introduit en Amérique du Nord et de nature envahissante. Il fait partie de la famille Buprestidae. Ce joli bupreste porte une robe aux reflets métalliques où le vert domine, mais il ne faut pas se laisser séduire par cette beauté. Il s’agit en effet d’un redoutable xylophage capable de décimer des populations de frênes. Contrairement au longicorne étoilé, l’agrile du frêne a été détecté à plusieurs endroits au Québec (voir cette carte pour les zones réglementées).

Pour éviter la propagation du longicorne étoilé et de l’agrile du frêne, l’Agence canadienne d’inspection des aliments recommande fortement de ne pas déplacer le bois de chauffage. Celui-ci est un vecteur de dispersion de ces deux espèces envahissantes. Ce sont en particulier les larves qui rongent le bois et qui risquent davantage d’être déplacées vers de nouveaux sites à coloniser. Aussi, l’Agence suggère d’être attentif aux signes d’invasion par ces coléoptères. Au congrès de l’AEAQ, on nous a remis deux cartes sur lesquelles on peut voir la forme et la taille du trou taillé dans les arbres par les deux espèces respectives. J’ai photographié ces dernières à titre informatif, mais vous pourrez en savoir plus en consultant le site de l’Agence. Enfin, les ornithologues amateurs seront heureux de savoir qu’ils peuvent encourager les pics à visiter leur terrain, puisque ce sont des prédateurs naturels des larves de xylophages.

Tremex columba
Tremex columba photographié lors du congrès

Finalement, j’ai fait la connaissance de Tremex columba, un hyménoptère à l’allure particulière. Le corps robuste et cylindrique, le tremex  n’a pas l’apparence d’un hyménoptère traditionnel à la taille de guêpe. Il s’agit en fait d’un membre du sous-ordre Symphyta, caractérisé par un abdomen fortement réuni au thorax. Le tremex photographié lors du congrès est une femelle. On voit bien son ovipositeur. C’est de cet appendice que se servent les femelles pour pondre leurs œufs dans le bois. Elles favorisent les feuillus tels les érables, les chênes et les hêtres. Contrairement aux deux individus précédents, le tremex est une espèce native. De plus, il préfère les arbres mourants ou morts. Ces deux caractéristiques font en sorte qu’il ne s’agit pas d’une espèce préoccupante. Elle peut même s’avérer bénéfique, puisqu’elle contribue à la décomposition du bois.

Ce portrait de quelques xylophages est très bref et il y en aurait encore beaucoup à dire… peut-être dans le cadre de prochaines chroniques, qui sait! D’ici là, pour les plus curieux, je vous conseille de jeter un coup d’œil à certaines des sources citées dans la section « Pour en savoir plus ».

 

Pour en savoir plus

 

Messieurs coléoptères, votre salade de cornouiller est servie!

Altise et Calligraphe
Nos deux acolytes suspects

La semaine dernière, je suis allée marcher le long de la rivière du Cap-Rouge, à Québec. Bien que j’étais déconcentrée par de multiples parulines à croupion jaune qui sautillaient d’une branche à l’autre, je ne pus m’empêcher de remarquer que les feuilles de nombreux arbustes bordant le sentier étaient complètement rongées. Naturellement, je me suis immédiatement dit que cela ne pouvait qu’être l’œuvre d’un insecte! En fait, j’avais tort. Il s’agissait de l’œuvre de deux espèces d’insectes!

En m’approchant des arbustes, j’aperçu effectivement les deux suspects en plein délit : des coléoptères! Le premier, en nombre plus modeste (deux ou trois par plants), était un calligraphe ligné du cornouiller (Calligrapha philadelphica). Tout à fait à propos, puisque les arbustes endommagés étaient des cornouillers! Ce dernier était de taille assez grande – je dirais légèrement plus gros qu’une coccinelle – et de couleur dorée. Difficile de rater ce charmant coléoptère qui s’avérait également orné de jolis motifs plus sombres.

Altise cournouiller probable 2
Altise vue de près
Altise cournouiller probable 1
Les altises qui s’en donnent à cœur joie

Le second insecte, plus petit mais nettement plus abondant (plusieurs dizaines par plants), était une altise (genre Altica), possiblement l’altise du cornouiller (Altica corni) à cause de la plante hôte. Toutefois, mes photographies ne permettent pas de le confirmer hors de tout doute. Si certains experts parmi vous peuvent confirmer l’identité de mon second suspect, n’hésitez pas à me le signaler.

Les deux prévenus appartiennent à la même famille : les chrysomèles (Chrysomelidae). Le nom anglophone de cette famille, Leaf Beetles, en dit long sur leurs habitudes alimentaires. Les espèces qui font partie de ce groupe sont effectivement des phytophages, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent de plantes. Il n’est donc pas surprenant de les observer en train de s’empiffrer de plantes de toutes sortes.

Cela dit, selon plusieurs sources consultées, les chrysomèles sont souvent spécifiques à une espèce de plantes ou à un groupe de plantes apparentées. Dans le cas de nos individus inculpés, je remarquai effectivement que seuls les cornouillers étaient atteints. Le reste de la végétation – tout le long du sentier emprunté – demeurait entièrement intact.

Calligraphe cornouiller 1
Calligraphe ligné du cornouiller
Calligraphe cornouiller 2
Autre calligraphe – qui a amorcé l’expulsion de ses fèces sur ma main

Les feuilles des cornouillers étaient très endommagées. Fait que j’ai trouvé intéressant, Marshall (2009) illustre le dommage fait par les altises en le comparant à des feuilles qui auraient été fusillées. Les feuilles que j’ai aperçues – et photographiées – ressemblaient effectivement à du gruyère suisse!

Les chrysomèles représentent la quatrième plus grande famille de coléoptères en Amérique du Nord. Il est fort à parier que nous pourrons observer, au cours de l’été, d’autres membres de cette famille en délit de gourmandise! Gardez l’œil ouvert pour toute feuille trouée et vous pourriez bien faire de nouvelles découvertes entomologiques!

 

Pour en savoir plus

Les longicornes : Pas sortis du bois!

Cyllène du robinier
Cyllène du robinier

Connaissez-vous les longicornes? Il s’agit de fort jolis coléoptères de la famille Cerambycidae qui sont dotés d’antennes particulièrement longues. Les tailles et les couleurs des membres de cette famille sont très variables, certains individus étant plutôt sombres, alors que d’autres arborent des teintes plus vives. Selon Marshall 2009, les longicornes sont particulièrement populaires auprès des collectionneurs d’insectes amateurs non seulement à cause de leur beauté, mais aussi parce qu’ils sont relativement faciles à identifier. Les combinaisons de couleurs et de formes feraient effectivement en sorte que les individus se distinguent assez aisément. C’est ce que j’ai constaté en tentant d’identifier les spécimens que j’avais photographiés.

Ce qui fait la réputation des longicornes, ce ne sont pas que les adultes : les larves font également couler de l’encre. De nombreuses espèces se nourrissent du bois des arbres, qu’ils soient malades ou en santé, et y creusent des galeries. Ainsi, certaines larves causent des dommages notables et ne sont pas appréciées des forestiers. C’est le cas d’une espèce introduite, le longicorne étoilé (ou capricorne asiatique), qui est considéré comme une peste. Il suscite beaucoup d’inquiétudes, car il aurait notamment le potentiel de détruire les érablières.

Lepture Thorax orangé
Lepture au thorax orangé
Longicorne noir
Longicorne noir qui s’est posé sur mon bras lors d’une randonnée en forêt

Fait intéressant, comme le bois n’est pas une source de nourriture très nutritive, les larves de certaines espèces de longicornes peuvent prendre plusieurs années à se développer (Marshall 2009 parle de dizaines d’années pour les grosses espèces croissant dans le bois mort). En revanche, les adultes vivent beaucoup moins longtemps – quelques semaines seulement.

Près de 350 espèces de cérambycidés ont été recensées dans l’est de l’Amérique du Nord. À l’échelle mondiale, ce sont plus de 20 000 espèces qui sont connues. Bien que les longicornes trouvés ailleurs dans le monde puissent parvenir à quelques 150 millimètres de long, les longicornes de l’est de l’Amérique du Nord atteignent également une taille appréciable allant jusqu’à 60 millimètres. Cela ajoute sans doute à leur popularité!

Le comportement alimentaire des adultes est varié. Leur menu inclut notamment du bois (branches et écorce), des feuilles, de la sève, des fruits, des champignons, du nectar et du pollen. Les individus qui visitent les fleurs sont souvent très colorés et vont même jusqu’à imiter l’apparence des guêpes. C’est le cas, par exemple, du Cyllène du robinier et du Clyte des champs. Il s’agit d’une forme de mimétisme visant à passer pour un individu potentiellement menaçant (ici une guêpe) afin de ne pas se faire attaquer par un prédateur (voir aussi cette chronique).

Clyte des champs
Clyte des champs
Saperde du peuplier
Saperde du peuplier, un longicorne attiré par les lumières le soir

On ne peut pas dire que les longicornes passent inaperçus, tant du point de vue visuel que du point de vue auditif. En effet, les larves et les adultes sont reconnus pour les sons qu’ils sont capables d’émettre. Certains cérambycidés, lorsque manipulés, peuvent produire un son visant sans doute à décontenancer le « manipulateur » (voir cette première vidéo ou cette seconde). De même,  certaines larves produisent un son particulier lorsqu’elles creusent le bois. On peut entendre le bruit que fait la larve du longicorne gris (Monochamus notatus) sur le CD « Les sons de nos forêts » (Centre de conservation de la faune ailée de Montréal 1991). Il s’agit d’une sorte de grincement qui peut être entendu dans un rayon d’une centaine de mètres.

Bien que certaines espèces de longicornes aient été introduites et qu’elles suscitent maintes inquiétudes, la disparition des espèces indigènes devrait être tout aussi préoccupante. Il faut dire que de nombreuses espèces de longicornes sont bénéfiques, car elles contribuent à décomposer le bois mort et les arbres mourants. Elles jouent par conséquent un rôle dans le recyclage de la matière organique, processus essentiel à la régénération des forêts. À cet effet, Marshall 2009 rapporte qu’une étude ontarienne récente a noté la disparition probable de 30 de ses 214 espèces de longicornes. Ces 30 espèces n’ont effectivement pas été capturées ou observées depuis 1950. La perte et la fragmentation d’habitats forestiers dues aux activités humaines sont pointées du doigt. En outre, les longicornes ne sont pas les seuls organismes affectés par le développement humain, puisqu’une panoplie d’autres animaux (oiseaux, reptiles et mammifères) qui se nourrissent eux-mêmes d’insectes et qui comptent sur les habitats forestiers pour s’abriter sont également menacés.

 

Pour en savoir plus

Des insectes à la pelletée : les scarabées japonais

La semaine dernière, vous avez pu apprécier une photographie prise par mon frère qui habite au sud-ouest du Québec. Il s’agissait de plusieurs dizaines de scarabées japonais capturés dans un piège spécialement conçu pour attirer les mâles à l’aide de phéromones. De toute évidence, ces derniers ont répondu à l’appel en grand nombre. Depuis le moment où cette photographie fut prise – il y a un peu plus d’un mois –, mon frère m’a indiqué en capturer autant tous les trois jours. Ce n’est pas peu dire!

Scarabée japonais
Un scarabée japonais et les dommages associés sur un framboisier

Déjà l’été passé, plusieurs parents demeurant dans le sud du Québec m’avaient parlé des ravages faits par ces scarabées, qui constituent une espèce introduite et envahissante. Une collègue à Trois-Rivières m’a envoyé des photos de ces individus pas plus tard que la semaine dernière (vous pouvez d’ailleurs apprécier une des ces photographies dans la présente chronique). À Québec, nous ne semblons pas encore ensevelis sous cette espèce – quoique des spécimens aient été observés à Lévis et Québec selon le Guide d’identification des Scarabées du Québec (Hardy 2014). Ce n’est sans doute qu’une question de temps.

Le scarabée japonais aurait effectivement étendu rapidement son aide de répartition. Retrouvé uniquement à l’extrême sud du Québec il y a quelques années, il semble maintenant rendu aux portes de Québec. Cette espèce a été introduite en Amérique du Nord – plus précisément au New Jersey – en 1916. On l’a signalée au Canada pour la première fois en 1939.

Scarabée japonais_MAF
Accouplement de scarabées observé à Trois-Rivières

Ces scarabées constituent une menace, car ils sont susceptibles de causer des dommages à différents moments de leur cycle de vie. Les larves vivent sous terre et s’attaquent aux racines de gazon et de plantes (surtout des graminées, mais aussi des plantes potagères et des légumineuses). À l’instar des larves de hanneton, elles ressemblent à de gros vers blancs (voir cette photo). Les adultes, quant à eux, se délectent de feuilles de nombreuses espèces de plantes, d’arbustes et d’arbres. Quelque 300 espèces végétales seraient à leur menu, incluant l’érable, l’orme, le pommier, le cerisier, le rosier, le framboisier, etc. Bref, les scarabées japonais transforment rapidement toute feuille en passoire!

Si vous croyez être aux prises avec des scarabées japonais, examinez bien leurs caractéristiques. Les élytres sont de coloration rouge-orangé (je dirais même plutôt brun rouille) à reflets métalliques. Le pronotum (partie supérieure du corps située entre la tête et les élytres) est vert foncé métallique. Aussi, il y a présence de taches blanches formées de soies visibles sur le côté de l’abdomen (cinq sur le côté et deux plus grosses sur l’arrière-train).

Devinette 2014-08-04
La photo qui m’a inspirée pour la présente chronique

En ce qui concerne leur gestion, vous me connaissez, je suis de l’école « solutions écologiques » ou peu interventionnistes. Toutefois, face à une espèce introduite et envahissante, il semble que des actions musclées soient souvent nécessaires… et à recommencer année après année. En effet, les organismes capables de survivre aux étapes conduisant à leur introduction sont généralement résilients et il est difficile de s’en débarrasser une fois qu’ils se sont installés. Il faut donc s’armer de patience. De plus, il est typique pour une espèce envahissante de présenter un important pic d’abondance dans les débuts de son introduction. Souvent – mais pas tout le temps –, les populations finissent par se réguler et présenter des densités moins effarantes au fil du temps. Avec un peu de chance, les prédateurs naturels les découvrent et se mettent à en consommer. Espérons avec le temps que les populations de scarabées japonais au Québec seront davantage « sous contrôle »!

Néanmoins, si vous souhaitez gérer les populations de scarabées japonais autour de votre domicile, voici quelques recommandations que j’ai dénichées et qui n’impliquent pas d’utiliser de pesticides :

  • Élimination manuelle (récolte) des adultes;
  • Capture des adultes par des pièges utilisant des leurres associés à la nourriture et également composés de phéromones sexuelles (cas du piège utilisé par mon frère et qui semble très efficace);
  • Garder la pelouse haute pour rendre la ponte des œufs plus difficile;
  • Sarcler au début du printemps et à l’automne lorsque les larves sont près de la surface;
  • Attirer les prédateurs des larves, comme les oiseaux;
  • Utiliser des nématodes entomophages.

Pour terminer, si vous ne voulez pas allouer énormément de temps à la lutte aux scarabées japonais, le plus important, c’est de tolérer d’avoir quelques plantes « trouées » et une pelouse imparfaite!

 

Pour en savoir plus