Gagnante du concours amical de photographie 2013: La mante religieuse de Emmy Benoit!

Vous avez été plusieurs à me transmettre de superbes photos d’invertébrés pour cette première édition du concours de photographie d’invertébrés sur DocBebitte.com. Sachez que vos photographies ont été grandement appréciées des lecteurs. Or, comme tout concours ne peut avoir qu’un gagnant, voici la photo « coup de cœur » du public qui a remporté le plus grand nombre de votes: la mante religieuse. Bravo Emmy Benoit pour ce superbe cliché!

Mante_EB
Gagnante du concours de photographie 2013: Mante religieuse, par Emmy Benoit

Je souhaite également en profiter pour offrir une mention honorable à la photo de l’escargot, de Marie-Laure Tremblay, qui a donné une chaude lutte à notre mante religieuse! Vous avez été quelques uns à me préciser que vous appréciez tout particulièrement cette photo d’escargot, bien que vous n’aimiez pas les voir dans vos plates-bandes!

Escargot_MLT
Mention honorable: L’escargot de Marie-Laure Tremblay

Chose promise, chose due : je consacrerai la totalité de la présente chronique à l’invertébré représenté sur la photo gagnante : la mante religieuse. Il importe de noter que la photographie de Emmy ne sera pas accompagnée d’autres photos de mantes religieuses provenant de ma banque personnelle, puisque je n’ai pas encore eu la chance de capturer de clichés de cet insecte plutôt élusif. D’où également tout mon respect pour la photographie de Emmy… chanceuse!

Le fait que je n’aie pas l’occasion de voir souvent des mantes religieuses a peut-être quelque chose à voir avec ma situation géographique. Au Québec, les mantes religieuses sont surtout retrouvées à partir de la grande région de Montréal et en descendant vers le sud. Elles se font plus rares, semble-t-il, dans la région de Québec.

Comme vous vous en doutez, les mantes religieuses sont des prédateurs hors pair. Aussitôt sorties de leur oothèque – un fourreau arrondi dont les parois sont durcies et dans lequel se développent simultanément plusieurs dizaines d’œufs de mantes (voir cette vidéo) – les larves commencent à se nourrir de petits invertébrés, tels que des pucerons. Les adultes, eux, ne font vraiment pas la fine bouche. Ils mangent pratiquement tout ce qui bouge : chenilles, papillons, mouches, abeilles, criquets, araignées, etc. Vous pouvez visionner de nombreuses vidéos sur Youtube où l’on voit des mantes à l’œuvre (notamment cette vidéo).

Les mantes religieuses peuvent présenter différentes colorations. Les individus verts sont habituellement ceux qui nous viennent à l’esprit. Toutefois, on retrouve aussi des individus de forme brune (voire brun grisé), comme celui qui est en vedette sur la photo de Emmy.

Fait intéressant, il ne s’agit pas d’une espèce indigène. Elle a été introduite en Amérique du Nord il y a de nombreuses années. Les sources que j’ai consultées ne concordent cependant pas en matière de date (varie entre le début des années 1600 et la fin des années 1800) et de raison pour laquelle elles auraient été introduites. À certains endroits, on mentionne qu’elles auraient été introduites intentionnellement pour des fins de lutte biologique, alors que d’autres sources indiquent que leur introduction aurait été accidentelle. Dans ce dernier cas, toutefois, l’intérêt des mantes pour contrôler certaines espèces d’insectes indésirables aurait été rapidement reconnu. En effet, leur appétit insatiable a fait d’elles de bonnes compagnes, fort appréciées des jardiniers!

Pour terminer cette chronique, j’aborde une dernière question qui vous brûle sans doute les lèvres. Mythe ou réalité : les femelles mantes religieuses mangent-elles les mâles? Et bien, chers Messieurs, sachez que Mesdames les mantes ne se gênent effectivement pas pour se nourrir de leurs compagnons. Que ce soit avant, pendant ou après la copulation, rien ne les arrête. Il arrive, justement, que la femelle se délecte de la tête de sa « douce moitié » en pleine séance de copulation. Dans ce cas, elle a la « délicatesse » de rompre un nerf faisant en sorte que l’abdomen du mâle poursuit ses « mouvements » de copulation, même s’il n’a plus de tête!

Une petite prière avant de manger?

 

Pour en savoir plus

Fascinantes chenilles

La semaine dernière, je vous présentais une photographie – vue par l’œil de mon microscope – qui mettait en vedette un individu bien particulier : une chenille de sphinx ondulé (famille des sphingidae). Il s’agit d’une gigantesque chenille verte qui se métamorphose en un gros papillon de nuit brunâtre.

Sphinx ondulé ventre
Les « ventouses » de la semaine passée appartiennent à une chenille de sphinx ondulé

Je comptais initialement vous parler du sphinx ondulé de façon spécifique, mais j’ai tellement eu de plaisir à observer les différentes caractéristiques de la chenille que j’ai plutôt décidé de vous parler des étonnants attributs morphologiques des chenilles. Bien sûr, la chenille de sphinx ondulé demeure mon modèle pour cette chronique!

Lorsque l’on contemple une chenille, on peut remarquer que son corps se divise en trois grandes parties : la tête, le thorax et l’abdomen (voir cette image).

Sphinx ondulé Face 2
On voit la tête (les points bruns près des mandibules sont les yeux) et le thorax

Les deux grands lobes qui forment la tête de la chenille ne sont pas, comme certains pourraient le croire, des yeux. Les yeux sont, en fait, beaucoup plus petits. Ils sont au nombre de six de chaque côté de la tête et forment approximativement un demi-cercle. Les antennes, quant à elles, sont très courtes et on peut tout juste les voir.

L’autre caractéristique-clé de la tête d’une chenille est sans contredit ses mandibules. Vous ne serez pas surpris si je vous dis que les chenilles sont de vraies machines à broyer! J’en avais d’ailleurs déjà parlé dans cette chronique.

Viennent ensuite le thorax et l’abdomen. Le thorax est la partie supérieure du corps de la chenille, celle située tout juste sous la tête. Elle se caractérise par trois paires de pattes « articulées », qui sont en fait les « vraies » pattes de la chenille. Elles seront préservées au stade adulte.

En revanche, l’abdomen comporte plusieurs paires de « fausses » pattes (aussi appelées pseudo-pattes). Selon l’espèce concernée, ce sont de une à quatre paires de « pattes-ventouses » (autre appellation que j’ai trouvée dans mes guides) que l’on peut retrouver le long de l’abdomen. Elles sont accompagnées d’une paire de pattes anales, située à l’extrémité antérieure de la chenille (là où elle éjecte les feuilles digérées, comme le nom le suggère)!

Sphinx ondulé microscope3
Pattes anales de la chenille

Ces fausses pattes sont munies de petits crochets qui permettent à la chenille de s’agripper aux branches et aux feuilles dont elle se nourrit. On voit toutefois, sur une de mes vidéos ci-dessous, que ces crochets n’agrippent pas toujours bien à la peau humaine! PS – La chenille ne s’est pas blessée à la suite de cette mésaventure!

Autre élément morphologique intéressant : tout le long de ma jolie chenille de sphinx s’affichent une série de « picots » de forme arrondie. Il s’agit de stigmates (on voit aussi souvent le terme spiracles en anglais), des endroits par où les chenilles respirent. Celles-ci sont effectivement dépourvues de poumons et les stigmates permettent donc à l’oxygène de se diffuser vers les tissus corporels.

Pour terminer cette chronique en beauté, je vous laisse sur une série de photographies et de courtes vidéos mettant en vedette toutes ces fascinantes caractéristiques des chenilles. À noter que deux chenilles ont servi de modèle : une chenille vivante et une chenille que j’ai retrouvée morte dans ma piscine et qui fait partie de ma collection « éco-responsable » (basée sur des invertébrés retrouvés morts uniquement). Bon visionnement!

Dans cette première vidéo, on voit une chenille de sphinx ondulé qui se remet à bouger après que je l’aie sauvée de la noyade.

Même chenille de sphinx que j’ai remise sur une branche. On voit bien comment elle utilise ses « pattes-ventouses »!

Sphinx ondulé Face
Vue sur les mandibules (mâchoires) de la chenille; notez les antennes de chaque côté
Sphinx ondulé microscope4
Vue des mandibules (dessous) au microscope
Sphinx ondulé microscope2
Yeux de la chenille (points brunâtres)
Ventouses
Photo de la semaine dernière: ce sont les pattes-ventouses de la chenille

Pour en savoir plus

Concours amical de photographie: Passons aux votes!

Plusieurs photographes en herbe ont répondu à l’appel en ce qui concerne ce tout premier concours de photographies d’invertébrés sur Docbebitte.com! Leurs chefs-d’œuvre sont affichés un peu plus bas dans la présente chronique, par ordre alphabétique d’invertébré impliqué.

Je souhaite personnellement remercier ces participants pour leurs contributions!

C’est maintenant à votre tour, chers lecteurs, de travailler un peu. Vous avez la difficile tâche de voter pour votre coup de cœur! Comment procéder? C’est simple! Vous avez deux options:

  • Vous connecter sur https://www.facebook.com/Docbebitte et me transmettre un message indiquant le numéro de la photographie pour laquelle vous votez, ainsi que le nom de l’auteur.
  • Me transmettre un courriel à info@docbebitte.com indiquant le numéro de la photographie pour laquelle vous votez et le nom de son auteur. Dans ce second cas, vous devez aussi m’indiquer votre nom. Cela est dû au fait que les adresses courriels n’indiquent pas toujours les noms réels et que je dois compiler qui vote afin d’éviter qu’une personne vote deux fois!

Tout le monde peut voter, même ceux qui m’ont transmis des photographies. En fait, je suis la seule qui n’a pas le droit de vote! Cela dit, vous n’avez le droit de voter qu’une seule fois!

Les votes sont possibles jusqu’au lundi 14 octobre inclusivement.

N’hésitez pas à inviter vos parents et amis à venir voir les photos et à voter pour leur coup de cœur!

Sur ce, je vous souhaite bonne chance (pour les participants) et bon visionnement (pour les juges)!

 

Photographies en nomination

Cliquez sur les photos si vous souhaitez les voir « plein écran »… mais n’oubliez pas d’appuyer sur la flèche de retour pour revenir sur le présent site!

Belle Dame_CB
Photo #1. Belle-Dame (papillon), Salaberry-de-Valleyfield (Québec). Céline Benoit Anderson.

 

Criquet_CB
Photo #2. Criquet (mélanople sp.), Salaberry-de-Valleyfield (Québec). Céline Benoit Anderson.

 

Demoiselle_SB
Photo #3. Demoiselle bistrée, Parc de la Mauricie (Québec). Sylvie Benoit.

 

Demoiselle Enallagma sp_MLT1
Photo #4. Demoiselle bleue (Enallagma sp.), Québec (Québec). Marie-Laure Tremblay.

 

Diplopode_SB
Photo #5. Diplopode, Thetford (Québec). Sylvie Benoit.

 

Escargot_MLT
Photo #6. Escargot, Québec (Québec). Marie-Laure Tremblay.

 

Libellule lydienne_CA
Photo #7. Libellule lydienne, Salaberry-de-Valleyfield (Québec). Christian Anderson.

 

Mante_EB
Photo #8. Mante religieuse, Sainte-Sophie (Québec). Emmy Benoit.

 

Monarque_BL
Photo #9. Monarque (papillon), Montréal (Québec). Brigitte Laberge.

 

Punaises bimaculées_MLT
Photo #10. Punaises bimaculées, Québec (Québec). Marie-Laure Tremblay.

 

Scarabée vigne_CB
Photo #11. Scarabée de la vigne, Salaberry-de-Valleyfield (Québec). Céline Benoit Anderson.

 

Sphinx colibri_SB
Photo #12. Sphinx colibri, Louisbourg (Nouvelle-Écosse). Sylvie Benoit.

Un piège mortel

Araneus diadematus 2
Épeire diadème et sa proie

Si je vous dis les mots « invertébré prédateur », à quoi pensez-vous? Le mot « araignée » vous est-il venu en tête?

Les araignées sont effectivement passées maîtres dans l’art de capturer diverses proies, parfois aussi grosses quelles-mêmes! Plusieurs d’entre elles disposent de l’arme parfaite du crime : la toile!

La capacité des araignées de tisser des toiles de toutes sortes est admirable. Elles utilisent, pour ce faire, une soie qu’elles produisent dans leur abdomen et qui est presque entièrement composée de protéines. Dans le corps des araignées, cette soie se retrouve sous forme liquide. Elle se solidifie toutefois rapidement aussitôt qu’elle est extraite de l’abdomen. Elle forme alors une fibre solide, mais élastique.

Je parle de soie « extraite » de l’abdomen, car cette dernière n’est effectivement pas « projetée » hors du corps de l’araignée. Celle-ci doit soit l’extraire elle-même de façon manuelle, avec ses pattes, ou encore attacher (ou coller) sa soie à un point donné et s’en éloigner. Soulignons toutefois que certaines araignées ont développé une tactique fort étonnante qui consiste à projeter leur soie, et ce, non pas par derrière, mais par leur bouche! Il n’en demeure pas moins que la majorité des araignées ont tout de même adopté la première méthode mentionnée!

Araneus diadematus 1
Toile orbiculaire verticale (Épeire diadème)
Orbiculaire
Toile orbiculaire horizontale (Tetragnatha sp.)

Différents types de soie, présentant des propriétés variées, peuvent être produits par les araignées, selon le besoin visé (voir cet article). Ainsi, certaines araignées tissent un fil unique qui les suit partout. Il s’agit en quelque sorte d’une corde de sécurité qui leur permet de se ressaisir si elles perdent pied! Elles peuvent s’en servir aussi si elles sont perturbées : il leur suffit de se jeter en bas de leur promontoire pour échapper à tout danger. Leur corde de sécurité les retiendra! Les araignées se servent également de leur soie pour produire des cocons, soit pour s’y cacher ou encore pour protéger leurs œufs.

Les toiles, quant à elles, correspondent à l’usage le plus spectaculaire que font les araignées de leur soie. Quatre grandes catégories de toiles peuvent être distinguées et chacune est caractéristique d’un ou de quelques groupes d’araignées : toile orbiculaire, toile en entonnoir, toile en hamac et toile-échafaudage.

La toile orbiculaire est la classique toile ronde, composée de rayons, de cercles concentriques et d’une partie centrale où repose l’araignée. Alors que les rayons et la partie centrale sont composés de soie non collante, les cercles, eux, sont humides et collants. Ce sont donc ces derniers qui jouent le rôle principal dans la capture des proies. Comme leur efficacité diminue lorsqu’ils sèchent, les araignées vont détruire et recommencer leur toile sur une base régulière. Cependant, afin d’éviter de perdre toutes ces précieuses protéines, les araignées vont manger leur toile et recycler les protéines qu’elle contient. Même les araignées ont compris que le recyclage était une bonne idée!

Entonnoir
Toile en entonnoir
Toile hamac
Toile en hamac

La toile en entonnoir est également facilement reconnaissable. Pour ceux qui ont des haies de thuyas (je pense à mes parents en particulier!), vous n’êtes pas sans connaître ce type d’araignée! Ces toiles sont généralement composées d’une partie plate horizontale qui conduit à une cachette en forme d’entonnoir. Lorsqu’une proie se retrouve coincée dans la toile, l’araignée sort de sa cachette en un clin d’œil pour s’en emparer.

La toile en hamac peut ressembler à la première partie de la toile en entonnoir, sauf qu’elle ne conduit pas à une cachette. Elle peut se présenter sous différentes formes : plate, en forme de cuvette ou en forme de dôme. L’araignée se tient habituellement sous la toile, tête en bas, prête à saisir toute proie qui s’y collera.

Finalement, la toile-échafaudage ressemble à un amas de fils qui auraient été tissés au hasard. Malgré leur apparence peu soignée, ces toiles sont, en fait, minutieusement construites. Elles constituent un labyrinthe qui est généralement fatal pour toute proie qui s’y aventure. L’araignée profite du fait que les proies sont désorientées pour s’en emparer.

Les toiles d’araignées font l’envie des ingénieurs. Elles sont élastiques et très résistantes – 5 fois plus que l’acier. Imaginez si l’on pouvait concevoir un produit de ce genre à l’échelle humaine!

Malgré leur extraordinaire résistance, elles ne sont toutefois pas à l’abri des différents perturbateurs environnementaux. Certaines études en laboratoire visaient à exposer les araignées à différents composés chimiques. Il en est ressorti que les araignées se mettaient à tisser des toiles anarchiques lorsqu’elles étaient sous l’influence de la caféine, de la marijuana, ainsi que d’autres composés (voir cet article). Cela a de quoi à nous faire réfléchir sur nos propres habitudes de consommation!

 

Galerie vidéo

Épeire diadème en train de « momifier » un bourdon. Notez la largeur de la soie, qui ressemble à un ruban.

 

Autre Épeire diadème qui accroche un bourdon au bout de son abdomen pour le ramener vers sa cachette.

 

Troisième Épeire diadème (oui, ce sont des araignées très communes!), cette fois-ci en train de tisser les rayons composant sa toile.

 

Araignées tisseuses de toile en entonnoir le long de ma maison.

 

 

Pour en savoir plus