Ils sillonnent nos plates-bandes et nos jardins. On les voit fréquemment agrippés aux murs de nos maisons. Ils sont surnommés « araignées à grandes pattes ».
Opilion
Or, bien qu’ils soient dotés de huit pattes – et que de longues pattes il s’agit! – les opilions ne sont pas des araignées proprement dits. Ils y sont toutefois apparentés, puisqu’ils font partie de la classe des arachnides, qui comprend également les scorpions, les acariens et les « vraies » araignées.
On distingue les opilions des araignées par la forme de leur corps. Alors que les araignées possèdent une « taille » qui segmente leur corps – thorax et abdomen – en deux portions (voir sur cette photo), les opilions sont entièrement ronds, comme des ballons! De plus, ils ne possèdent que deux yeux, situés sur une excroissance sur le dessus de leur corps.
Tout comme leurs proches parents scorpions et araignées, les opilions sont également des prédateurs hors pairs. Ils ne refusent pas, par ailleurs, un repas composé d’organismes déjà morts. Ils ne tissent pas de toile et chassent au sol. Bref, on peut compter sur eux pour « nettoyer » nos plates-bandes et éliminer les insectes indésirables!
Les opilions ne possèdent pas de « taille », contrairement aux araignées
En plus d’être bénéfiques, ils sont inoffensifs. Selon une des références que j’ai consultée, il semblerait que les opilions ne soient pas munis de pièces buccales suffisamment fortes pour traverser la peau d’un humain. Pour avoir manipulé de nombreux opilions, je peux effectivement dire que je ne me suis jamais fait mordre.
Il m’est cependant déjà arrivée de rester aux prises avec une patte d’un opilion que j’étais en train de manipuler. Il s’agit bien sûr d’une tactique de défense : tout comme d’autres invertébrés et certains lézards, les opilions ont la capacité de « perdre » volontairement un membre lorsqu’ils se sentent menacés, question de confondre le prédateur. Le membre en question fini cependant par repousser. Pratique, n’est-ce pas?
Pour en savoir plus
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
Ils sont nombreux et diversifiés. Ils se cachent dans les moindres recoins de votre maison. Non, il ne s’agit pas du scénario d’un nouveau film d’horreur. Ni d’envahisseurs extra-terrestres. Ce sont tout simplement les invertébrés qui habitent avec nous, dans nos humbles demeures!
Bien que certains d’entre eux ne coexistent que de façon temporaire avec nous, question de fuir l’hiver, d’autres demeurent avec nous tout au long de l’année. C’est le cas, par exemple, des lépismes, que vous connaissez sans doute sous le nom de « poissons d’argent ». Les lépismes sont discrets et se tiennent dans les coins plus sombres et humides de nos maisons. Ils sortent de leur cachette la nuit pour se nourrir d’une panoplie de nos « restes » alimentaires et organiques (poussière, cheveux) laissés au sol, ainsi que d’autres produits incluant la colle à tapisserie et les reliures de livres. Ils sont inoffensifs et contribuent même à « nettoyer » certains recoins inatteignables!
Une myriade d’espèces d’araignées est également retrouvée de façon régulière dans nos demeures. C’est le cas de Cheiracanthium inclusum (agrarian sac spider), une araignée jaunâtre d’assez grande envergure (environ 1 cm) qui, bien que normalement retrouvée dans le feuillage des arbres ou des herbacées, à l’affut d’une proie, se faufile aisément dans nos maisons. Ces araignées laissent souvent derrière elles un fil unique, en guise de « corde de sécurité » si elles tombent. Si vous observez de ces fils chez vous (à ne pas confondre avec des fils de poussière!), il est bien possible que vous hébergiez quelques araignées de ce groupe! Selon le livre Common spiders of North America, il s’agit effectivement d’une des araignées les plus communément retrouvées à l’intérieur de nos bâtiments. Toutefois, d’autres espèces, souvent toutes petites (quelques millimètres d’envergure), nous tiennent également compagnie.
Cheiracanthium inclusum, araignée commune dans nos maisons
Ces araignées ne représentent aucun danger pour l’être humain. Elles peuvent tout de même mordre pour se défendre, mais aucune d’entre elles n’est venimeuse… si nous demeurons au Québec, bien sûr! Elles contribuent même à nous débarrasser d’autres envahisseurs qui, eux, pourraient s’avérer bien plus néfastes.
Et justement, certains invertébrés « envahisseurs » sont nettement moins bienvenus. Je vous avais parlé, dans un article précédent, de plusieurs charançons qui causaient des dommages aux plantes d’intérieur de mes parents. D’autres envahisseurs s’en prennent directement à nous. Je pense en particulier aux punaises de lit. Ces hémiptères dépourvus d’ailes sont des parasites d’animaux, incluant… les humains. En fait, les punaises de lit nous auraient suivis depuis les cavernes de la préhistoire jusque dans nos demeures des temps modernes. Elles auraient été moins abondantes à partir du milieu du XXe siècle, mais présentent une remontée spectaculaire depuis les années 1990, possiblement attribuable à la mondialisation (accroissement du commerce international, du nombre de voyages internationaux, etc.). Les punaises se nourrissent la nuit, en repérant leurs hôtes par la chaleur qu’ils dégagent. Elles génèrent des morsures qui démangent (et qui dérangent!). Les références que j’ai consultées indiquent qu’il n’est pas démontré que les punaises de lit soient d’importants vecteurs de maladies. Toutefois, une étude a démontré que le VIH pouvait survivre pendant une heure dans l’estomac d’une punaise. Il a aussi été observé que des morsures fréquentes peuvent conduire à une carence en fer, voire à une anémie (comme dans les histoires de vampires!). Nous ne sommes plus bien loin d’un film d’horreur, ici… Et au moment de terminer l’écriture de cette section, j’ai drôlement envie de me gratter!
Un autre envahisseur indésirable est la mite des vêtements (lépidoptère de la famille des Tineidae). J’ai pris des photos de ces mites dans ma maison, ce printemps. Nous retrouvons un adulte par semaine, depuis quelques semaines déjà. L’invasion ne semble pas massive, mais je m’interroge tout de même sur leur provenance. Retrouverais-je éventuellement un vieux chandail de laine rongé? En plus de s’attaquer aux vêtements, les larves de mites peuvent se satisfaire d’autres substrats, tels le tissu d’un tapis, ou encore un amas de poussière localisé sous un meuble. Bref, difficile de trouver la « source d’émanation » dans une grande maison!
Mite des vêtements
Des espèces d’invertébrés que nous abritons, certaines sont totalement inoffensives, alors que d’autres sont plus dérangeantes. Mieux les connaître aide à mieux orienter nos actions. Et, bonne nouvelle, la plupart ne nécessitent, en fait, aucune intervention… en autant qu’on soit prêt à ce qu’elles nous tiennent compagnie!
Pour en savoir plus
Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.
Dubuc, Y. 2007. Les insectes du Québec. 456 p.
Marshall, S.A. 2009. Insects. Their natural history and diversity. 732 p.
McGavin, G. 2000. Insectes – Araignées et autres arthropodes terrestres. 255p.
Je vous ai déjà parlé du mimétisme dans le monde des insectes (ici). Les insectes ne font pas que « mimer » d’autres insectes ou se camoufler pour se protéger des prédateurs… ils ressemblent aussi à des composantes de leur environnement pour mieux attraper leurs proies!
Araignée-Crabe (misumena vatia) sur une onagre
C’est notamment le cas de l’araignée dont je vais vous parler dans les prochains paragraphes. Je suis tombée sur cet individu l’été dernier, en voulant prendre des photos de mes fleurs. Quelle ne fut pas ma surprise de réaliser qu’il y avait quelque chose qui bougeait au centre d’une d’entre elles. La « chose » en question était une araignée, qui était toute vêtue de jaune… exactement la même couleur que la fleur dans laquelle elle se cachait! Son objectif, rester tapie en plein centre de la fleur, jusqu’à ce qu’une infortunée proie se présente.
Je suis d’ailleurs retournée voir la même fleur à intervalles réguliers. L’araignée semblait très fidèle à ce site, puisqu’elle demeura dans la même plante pendant plusieurs jours consécutifs. J’ai même pu en apercevoir une seconde, dans une fleur avoisinante. Puis, un jour, j’ai aperçu une mouche au centre d’une des fleurs, dans une drôle de position… avant de réaliser qu’il y avait une araignée jaune derrière elle, la tenant dans ses crocs. Le camouflage était tellement parfait que même mes yeux ne détectèrent pas l’araignée immédiatement!
Même araignée, prise quelques jours plus tard avec une proie entre les crocs
Après avoir pris ces photographies, je ne pouvais m’empêcher d’être intriguée par la couleur parfaitement identique de l’araignée à celle de mes fleurs. Je m’interrogeais sur ce que faisait cette araignée pour se camoufler pendant les moments de l’année où les fleurs jaunes ne dominent pas le paysage.
Ce n’est que récemment que le mystère fut résolu! Je me suis effectivement achetée un livre sur les araignées de l’Amérique du Nord. J’y ai facilement trouvé l’espèce à laquelle appartenait ma belle araignée jaune : il s’agit d’une araignée-crabe (misumena vatia; goldenrod crab spider), de la famille des Thomisidae. Elle détient ce nom à cause de sa posture (pattes avant déployées latéralement), qui fait penser à un crabe. En plus, il s’agit d’une femelle. Les femelles sont en effet beaucoup plus grosses que les mâles – environ deux à quatre fois plus grosses. Elles arborent également plus de couleurs. Fait intéressant – qui répond à mes interrogations – ces araignées sont capables de changer de couleur pour mieux se camoufler parmi les fleurs. Elles peuvent donc passer d’une coloration plutôt blanchâtre (voire vert-blanchâtre) à un jaune vif (comme sur les photos que j’ai prises) et vice-versa.
Bref, cette espèce peut changer de couleur pour se fondre aux fleurs dans lesquelles elle souhaite s’installer, en attente d’une proie. Efficace comme tactique de prédation. Je n’aimerais pas être un petit insecte pollinisateur, moi!
Pour en savoir plus
Bradley, R.A. 2013. Common spiders of North America. 271 p.