Escale nature dans le Sud-ouest américain – Partie 1

Joshua Tree_1
Joshua Tree National Park offre de beaux paysages typiques du Sud-ouest américain

Vous avez sans doute remarqué la trêve de chroniques DocBébitte des dernières semaines. La raison était fort simple : j’étais à l’extérieur du pays, affairée à visiter quelques recoins du Sud-ouest américain où demeurent mes neveux.

Bien que le voyage en soi n’en était pas un de nature entomologique, vous vous doutez sans doute que j’en ai profité pour observer – et photographier lorsque cela était possible – quelques invertébrés locaux. Armée de mon appareil photo, il m’est donc souvent arrivée de m’arrêter afin de prendre des clichés de quelques spécimens… au grand dam de mon conjoint et de mes neveux qui ont dû patienter à quelques reprises!

Notre premier arrêt fut à Joshua Tree National Park, un parc de toute beauté où se côtoient de jolies formations rocheuses et des « forêts » du fameux Joshua tree – un végétal qui a donné son nom au parc et dont l’apparence se situe à mi-chemin entre un arbre décidu et un cactus.

Trimerotropis pallidipennis_2
Une de mes premières observations entomologiques
Malacosoma sp. 4
Dans ce secteur du parc, de très nombreux arbres étaient couverts de ces tentes, dans lesquelles on voyait encore certains individus
Malacosoma sp. 3
Chenille Malacosoma sp. rampant sur une roche

Lors de notre séjour dans ce parc, nous pûmes observer à plusieurs reprises de grosses fourmis sillonnant le sol. Aux dires de mes neveux, il s’agissait des fameuses « fire ants », des fourmis reconnues pour leur piqûre intense et irritante. Par conséquent, je pris mes précautions, évitant de m’agenouiller en plein milieu de leur chemin lorsque vint le temps de les examiner de plus près – contrairement à ce que j’aurais fait si j’avais été dans la même situation au Québec! Ce n’est qu’à mon retour au Québec que j’appris que le terme « fire ant » semble être utilisé surtout pour un genre de fourmis (Solenopsis), alors que les fourmis que j’avais photographiées s’avéraient plus probablement du genre Pogonomyrmex (des « Harvester Ants »). C’est leur forme et leur coloration, ainsi que la forme du nid qui ressemble à un cratère autour duquel la végétation est absente (selon les sources consultées), qui m’ont mise sur cette piste. « Fire ant » ou non, il n’en demeure pas moins que ce genre est, lui aussi, susceptible d’infliger une piqûre douloureuse. J’ai donc sans doute bien fait d’éviter de m’installer sur leur chemin!

Fait intéressant, le nom « harvesting ant » (« fourmi qui récolte » selon ma libre traduction) vient du fait que les ouvrières du genre Pogonomyrmex ont l’habitude de récolter les graines des plantes situées à proximité de leur nid pour les y ramener. Elles se nourrissent en grande partie de ces graines, mais aussi d’autres matières comme des invertébrés ou encore des restes d’animaux morts. Une fourmi que j’ai suivie ramenait même vers le nid ce qui ressemblait à une crotte d’oiseau séchée. Bref, toute matière organique semble bonne!

Toujours dans le parc, tout près de notre point de départ lors de la première journée, un criquet que je ne connaissais pas se prélassait au soleil. Je pus en prendre également plusieurs clichés, ce qui me permit de l’identifier comme étant fort probablement un Trimerotropis pallidipennis, le Pallid-winged grasshopper (voir addenda dans la chronique du 14 avril à cet effet: il s’agirait finalement d’un individu du genre Anconia). Il s’agit encore une fois d’une espèce associée aux zones désertiques, en particulier aux secteurs parsemés de petits buissons et de graminées. La coloration tachetée de brun et de beige de cet orthoptère le rend assez difficile à voir contre le sol graveleux et rocheux du désert américain. Heureusement pour moi, l’individu observé était confortablement installé en plein milieu d’un sentier pédestre asphalté, tout près du pavillon des visiteurs.

Dans un autre secteur du Joshua Tree National Park qui était parsemé de petits arbustes, je découvris que lesdits arbustes étaient jonchés de tentes en soie fabriquées par nulle autre que des chenilles du genre Malacosoma, un groupe comprenant plusieurs espèces connues pour leur capacité à fabriquer des abris de soie et pour dévorer les feuilles des arbres environnants! Des chenilles étaient encore visibles dans certains de ces abris, alors que quelques individus déambulaient sur des roches avoisinantes.

Des chenilles du genre Malacosoma sont retrouvées au Québec, notamment la livrée d’Amérique (M. americanum) qui est bien connue pour ses tentes en soie qu’elle tisse sur les arbres dont elle se nourrit. Bien que j’aie d’abord cru que les individus observés étaient eux aussi des M. americanum, je réalisai en consultant mes livres et diverses sources Internet qu’il était plus probable qu’il s’agisse d’espèces plus abondantes dans le sud-ouest des États-Unis comme M. californicum ou encore M. incurva. Ces espèces se ressemblant beaucoup, je n’étais pas certaine au moment de la rédaction de la présente chronique des façons de les différencier. Si vous avez des conseils à cet effet, n’hésitez pas à les écrire dans la section « Commentaires »!

Lézard U. stansburiana
Les lézards de toutes sortes étaient très abondants comme ce joli « Side-blotched lizard » (Uta stansburiana)

Les invertébrés n’étaient pas les seuls au rendez-vous dans le Joshua Tree National Park et nous avons également fait la rencontre de plusieurs oiseaux et reptiles, dont plusieurs espèces qui se gavaient sans doute des nombreux invertébrés visibles ou cachés sous les roches. En particulier, nous avons fréquemment croisé des lézards et des passereaux le long des sentiers de randonnée et, à mon grand plaisir, plusieurs d’entre eux se laissèrent prendre allègrement en photo. Si vous êtes passionnés d’invertébrés, mais aussi de nature et de petits animaux de toutes sortes, je vous recommande fortement une sortie dans ce parc national au printemps (à l’été, c’est beaucoup trop chaud) : vous pourriez même avoir l’occasion d’assister à des floraisons de fleurs et d’arbres du désert, ainsi que de cactus. J’agrémente d’ailleurs la présente chronique de quelques photographies et vidéos supplémentaires sur le sujet, question de vous mettre l’eau à la bouche! Voir à la suite de la section « Pour en savoir plus » ci-dessous.

Pour terminer, les autres observations entomologiques réalisées pendant notre voyage ont été effectuées en milieu plus urbanisé. Je poursuivrai mon récit de voyage à cet effet lors de la prochaine chronique!

 

Pour en savoir plus

 

Vidéo 1. Colonie de fourmis (Pogonomyrmex sp.) – celles-ci étaient nombreuses au Joshua Tree National Park.

 

Vidéo 2. Iguane du désert (Dipsosaurus dorsalis)

 

Vidéo 3. Bruant à gorge noire (Amphispiza bilineata)

 

Photographies

Bruant gorge noire
Les passereaux comme ce bruant à gorge noire brisaient le silence du désert de leurs chants
49 palms oasis
Une oasis dans le désert… une des randonnées possibles dans le parc
Fleurs du désert
Floraison en plein désert
Cactus en fleur
Cactus en fleur entouré d’une « forêt » d’autres cactus

Un coléoptère campagnard

Clyte des champs
Clyte des champs confortablement installé sur une feuille de hosta
Clyte des champs dos
Individu retrouvé mort dans ma piscine : les motifs sur les élytres sont fort jolis!

Les longicornes sont des coléoptères généralement de bonne taille garnis de couleurs variées. Ce n’est pas pour rien qu’ils plaisent à tant d’entomologistes amateurs ou aguerris. Au courant de la dernière semaine, je me suis affairée à étaler et photographier un longicorne que j’avais retrouvé noyé dans ma piscine l’été dernier. Il s’agissait d’un clyte des champs (Clytus ruricola).

Le clyte des champs est un insecte de taille moyenne (10 à 15 millimètres) dont la robe combine à merveille le jaune et le noir. On dit de lui qu’il est vespiforme, soit qu’il fait penser à une guêpe. La vue de côté et de dessous de ce coléoptère peut effectivement donner l’impression que l’on est devant un hyménoptère : ses flancs et son abdomen sont rayés de jaune et de noir. Il s’agit sans aucun doute d’un déguisement permettant à notre longicorne d’échapper à certains prédateurs qui, pensant faire affaire à une guêpe, veulent éviter de se faire piquer!

Selon Evans (2014), les adultes s’observent souvent au printemps et à l’été alors qu’ils sont au repos sur le feuillage de différentes plantes. C’est d’ailleurs de cette façon que j’ai pu observer et photographier mon premier spécimen vivant à l’été 2014 : ce dernier était confortablement installé sur une large feuille d’un de mes plants d’hostas.

De façon plus générale, les clytes des champs se retrouvent, comme leur nom le suggère, dans les champs, mais aussi dans les boisés et les forêts où croissent des feuillus. Les larves de ce longicorne grandissent dans les troncs d’arbre en décomposition et affectionnent particulièrement les essences dures comme l’érable. Il est donc fréquent de rencontrer des clytes des champs dans les érablières. Compte tenu de la présence de nombreux érables dans le boisé bordant ma cour, il n’est pas surprenant que j’aie observé quelques individus à proximité de la maison (dont celui retrouvé dans ma piscine).

Clyte des champs_Close up 2
Motifs sur les élytres du clyte
Clyte des champs_Close up 1
Vue rapprochée des motifs sur les élytres
Clyte des champs dessous 1
Vue latérale – on dirait presque une guêpe
Clyte des champs dessous 2
Vue ventrale

Ce joli coléoptère est bien réparti dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Selon Evans (2014), son aire de répartition s’étale des provinces des maritimes jusqu’au Manitoba (au nord), ainsi que de la Caroline du Sud au Tennessee (au sud).

En effectuant des recherches, j’ai appris qu’une autre espèce de longicorne pouvait ressembler à notre insecte de la semaine : soit l’espèce Xylotrechus insignis dont certaines variantes s’approchent grandement du clyte des champs (voir cette photo tirée de Bug Guide). Il importe donc d’examiner attentivement les motifs sur les élytres afin de s’assurer que l’on fait bien face à un clyte des champs. Cela dit, les recherches que j’ai réalisées suggèrent que l’aire de distribution de X. insignis se situerait plutôt sur la côte ouest de l’Amérique du Nord (Arnett et Jacques 1981), un fait qui peut être fort aidant pour s’assurer de ne pas faire d’erreur sur la personne! Surtout si vos observations sont effectuées au Québec!

Quoi qu’il en soit, cela ne nous empêchera pas de continuer d’observer et d’apprécier les jolies couleurs de nos sympathiques longicornes! Pour terminer la présente chronique, je vous offre plusieurs  photographies prises à partir de mon stéréomicroscope ou encore par le biais d’une « boîte lumineuse » que je me suis confectionnée afin de prendre des photographies macroscopiques des spécimens que je m’amuse à étudier. Les photos ci-présentes constituent mes premiers essais à cet effet! Bon visionnement!

 

Pour en savoir plus

Un tout petit éphémère

Caenidae 1
Aviez-vous compté 4 Caenidae sur la photographie de la semaine dernière?
Caenidae 2
Naïade de Caenidae dans ma main (pour une idée de sa taille)
Caenidae 3
Même à l’œil nu, on peut deviner les deux grandes branchies qui couvrent plusieurs segments de l’abdomen

Sur la photographie de la semaine dernière se cachaient plusieurs individus du même groupe d’insectes aquatiques. Aviez-vous bien compté quatre éphémères?

Il s’agissait plus particulièrement de naïades (stade larvaire) de Caenidae, des éphémères qui ont une affinité pour les milieux sableux ou argileux, comme en témoigne la photo. En effet, selon Voshell (2002), on retrouve majoritairement ces insectes dans les sections des cours d’eau et des lacs où la matière organique tend à se déposer. Il n’est donc pas surprenant que j’aie observé plusieurs de ces invertébrés aquatiques dans le sable humide lors de marées basses aux abords du fleuve Saint-Laurent.

Ces naïades sont catégorisées comme étant des ramasseurs-collecteurs et des brouteurs. Cela sied bien au type de milieu qu’elles habitent : à leur menu figurent plantes en décomposition, algues et, à l’occasion, des animaux en décomposition. Elles s’affairent donc à collecter des particules de ces différents aliments qui se sont déposés ou encore à râper les algues poussant sur le substrat dans le fond du plan d’eau où elles vivent.

Voshell (2002) indique que les Caenidae constituent l’un des groupes d’éphémères les plus abondants des lacs et des étangs d’Amérique du Nord. Ils jouent sans aucun doute un rôle fort important dans les chaînes alimentaires de ces écosystèmes, nourrissant entre autres invertébrés prédateurs et poissons. C’est leur toute petite taille qui ferait en sorte qu’on tend à les rater! Ces éphémères sont effectivement petits si on les compare à d’autres familles : les individus matures font seulement entre 2 et 8 millimètres de long (sans les antennes et les « queues »).

Outre leur petite taille, ils possèdent une caractéristique-clé qui permet de les identifier rapidement. La face dorsale de leur abdomen est recouverte par deux grandes branchies qui sont de forme presque rectangulaire et qui se chevauchent légèrement (voir les photographies sur ce site). Chez les plus gros spécimens, ces branchies sont visibles à l’œil nu si l’on prend le temps de les observer attentivement. Ces deux branchies servent à protéger quatre plus petites paires de branchies situées sur les segments 3 à 6 de l’abdomen.

Les naïades d’éphémères servent souvent d’indicateurs de la santé des milieux aquatiques. Voshell (2002) précise cependant que ce n’est pas le cas des Caenidae. Ces derniers tolèrent des conditions caractéristiques de milieux plus dégradés : faibles concentrations en oxygène, sédimentation et fortes concentrations en nutriments. D’ailleurs, les Caenidae, accompagnés des Siphlonuridae, possèdent la plus haute cote de tolérance chez les éphémères, soit 7 sur 10 (voir dans Hauer et Lamberti 2007) – 10 représentant un organisme très tolérant à la pollution. Chez les autres familles d’éphémères, les cotes varient entre 1 et 4 seulement.

Caenidae sites
Deux habitats contrastants où j’ai collecté plusieurs naïades de Caenidae : la basse Yamaska (gauche) et la haute du Loup (droite)

Pour les fins de la présente chronique, je me suis amusée à examiner où j’avais trouvé des spécimens de cette famille lors de mes études doctorales. Mon constat fut que ces petits éphémères sont effectivement ubiquistes. J’en ai collecté tant dans des sites de référence peu touchés par les activités humaines (par exemple, dans les sections boisées des hautes rivières L’Assomption, du Loup ou Etchemin), que dans des sites dégradés (notamment dans les tronçons aval des rivières Chaudières, L’Assomption, Nicolet et Yasmaka).

Les adultes, comme leurs rejetons, sont plutôt faciles à reconnaître. Je dois avouer toutefois avoir éprouvé quelques difficultés à trouver des exemples d’adultes de différentes familles d’éphémères dans la documentation que j’utilise habituellement : bien que les éphémères constituent des organismes très importants dans les études des milieux aquatiques, ils ne semblent pas être des insectes aussi étudiés dans les milieux terrestres. Ainsi, mes guides illustrés ne représentaient que quelques familles (généralement 1 à 3!) d’éphémères, alors qu’on en retrouve plus d’une vingtaine en Amérique du Nord. J’ai heureusement pu me retrancher sur la section « insectes adultes » du guide « Aquatic insects of North America » de Merritt et Cummins (1996), qui nécessitait cependant un examen plus approfondi des caractéristiques détaillées (comme les nervures sur les ailes).

Caeniidae
Les Caenidae adultes sont eux aussi distincts
Caenidae filet
De nombreux adultes se sont retrouvés prisonniers d’un filet lors d’une activité entomologique nocturne

En bref, nos Caenidae adultes sont, eux aussi, tout petits. Les photographies que j’ai trouvées sur Internet suggèrent qu’ils tendent à maintenir fréquemment leurs ailes sur le plan horizontal – ce que j’avais également noté pour les spécimens observés ici à Québec. De plus, leurs ailes sont simples, contrairement à d’autres familles d’éphémères pour lesquelles l’on peut compter deux paires d’ailes plutôt qu’une (quoique la seconde paire puisse être passablement réduite). Finalement, leur thorax est habituellement brunâtre. Bien sûr, un examen des nervures sur les ailes permet de confirmer hors de tout doute l’identité des insectes observés, mais les éléments d’identification ci-dessus vous mettront sur la bonne piste!

J’eus la chance de photographier et de filmer plusieurs individus qui nous assaillirent en grand nombre lors d’une ballade au bord du fleuve Saint-Laurent, à Québec, à la fin du mois de juin 2011. Aussitôt accrochés à nos vêtements, les éphémères avaient vite fait de muer! En fait, il s’agissait vraisemblablement de subimagos, soit des « préadultes » qui émergent de l’eau pour aussitôt trouver un support et effectuer la mue qui en fera finalement des adultes prêts à se reproduire. Je pus d’ailleurs capturer quelques mues en vidéo, dont une que vous pourrez visionner à la fin de la présente chronique.

De même, lors d’une activité entomologique au mois de juin 2015 aux abords du lac Saint-Augustin, j’eus aussi l’occasion de voir bon nombre d’individus en émergence. Ces derniers se retrouvaient pris par dizaines dans un des filets de chasse nocturne. Une araignée – probablement de la famille Clubionidae – s’affairait à en croquer le plus grand nombre possible, comme si elle était invitée à un buffet ouvert!

En outre, il semble que ces tout petits éphémères ne jouent pas seulement un rôle important dans les écosystèmes aquatiques, mais qu’ils soutiennent également les chaînes alimentaires terrestres. Ce sera un plaisir de les observer à nouveau – dans l’eau ou dans les airs – lors du retour de la saison chaude!

Vidéo 1. Naïade de Caenidae se déplaçant dans le sable à marée basse. Utiliser le mode « haute définition » pour une meilleure qualité d’image.


 

Vidéo 2. Caenidae adulte qui mue instantanément sur l’épaule de mon conjoint. Utiliser le mode « haute définition » pour une meilleure qualité d’image.

 

Pour en savoir plus

Un amour de coccinelle

Vous avez sans doute reconnu que j’avais emprunté le titre de la présente chronique à un film qui date déjà de quelques années (encore plus vieux que la personne qui écrit la présente chronique, je l’avoue!) et qui portait sur une coccinelle… motorisée! Il s’agissait de Herbie (Choupette pour la version française, de ce que j’ai appris en lisant sur Internet), la Volkswagen Coccinelle qui n’en faisait qu’à sa tête.

Coccinelle à sept points
La jolie coccinelle à sept points a la cote!
Coccinelle à sept points 2
L’on peut bien observer les trois points de chaque côté, ainsi que le point commun à la jonction des élytres

Qu’elles soient en métal ou animales, les coccinelles ont la cote, tant auprès des entomologistes aguerris que des néophytes. Jolies et colorées, les coccinelles « insectes » ne sont généralement pas considérées comme étant répugnantes contrairement à leurs consœurs araignées ou coquerelles – pour n’en nommer que quelques-unes!

Plusieurs espèces de coccinelles habitent nos plates-bandes. Outre la coccinelle asiatique multicolore (Harmonia axyridis), une espèce introduite qui est connue pour sa propension à entrer par dizaines dans les demeures à l’automne, la coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata) est sans doute l’une des plus communes. Fait intéressant que je ne connaissais pas : la coccinelle à sept points a elle aussi été introduite en Amérique du Nord en tant qu’outil de lutte biologique. Elle est maintenant si bien répandue qu’elle est devenue l’insecte-emblème de cinq états américains!

Le fait que les coccinelles adorent se mettre des pucerons sous la dent n’est pas étranger à leur introduction. Selon les sources consultées, nos petits coléoptères adultes seraient en mesure d’ingérer entre 40 à 100 pucerons par jour en moyenne. Brisson et al. (1992) précisent qu’une larve, quant à elle, se nourrirait de 200 à 600 pucerons pendant la vingtaine de jours qu’elle prend pour se développer. Efficace pour nettoyer une plate-bande infestée de pucerons, n’est-ce pas? En plus des pucerons, d’autres insectes comme les thrips, les cochenilles et les acariens figurent à leur menu.

La coccinelle à sept points se reconnaît facilement par le fait que ses élytres sont munis… d’un total de sept points! Avouez que vous n’êtes pas surpris! En fait, les élytres sont ponctués chacun de trois points distincts, auxquels s’ajoute une septième tache située au début de la jonction entre les deux élytres. En cas de doute – ou si vous ne savez pas compter! –, vous pouvez aussi baser votre identification sur le fait que cette septième tache est bordée de deux zones blanches triangulaires. De plus, la tête toute noire est munie de deux points blancs bien distincts. Le pronotum (premier segment dorsal situé immédiatement après la tête) est, lui aussi, majoritairement noir et entouré de deux taches blanches de forme plutôt carrée.

Coccinelle à sept points 4
Je retrouve souvent des coccinelles à sept points au printemps, sous la litière de feuilles
Coccinelle à sept points 3
Cet autre individu, encore terreux, a été perturbé alors que je ramassais les feuilles de mes plates-bandes

Je retrouve beaucoup d’individus de C. septempunctata dans mes plates-bandes au printemps, lorsque je ramasse les feuilles qui y étaient tombées l’automne précédent. Ceux-ci semblent avoir trouvé refuge sous l’épaisse litière de feuilles pendant la période hivernale. C’est donc un plaisir d’effectuer le nettoyage des plates-bandes chaque printemps, appareil photo à la main. Une des photographies qui accompagne la présente chronique présente d’ailleurs un individu encore couvert de particules de terre, dont je venais tout juste de découvrir l’abri!

Cette jolie coccinelle introduite en Amérique du Nord a fait couler beaucoup d’encre en Europe, où elle est connue depuis plusieurs siècles. Il semblerait que les nombreuses légendes européennes touchant les coccinelles ont en commun qu’elles seraient associées à la coccinelle à sept points. Cette dernière porte souvent des surnoms à connotation religieuse, incluant « bête à bon Dieu ». Pourquoi donc, me direz-vous?

La légende veut que ce sympathique coléoptère ait sauvé, au Moyen Âge, un homme qui allait être décapité pour un crime qu’il n’avait pas commis. Alors qu’il allait se faire couper la tête, une coccinelle vint se poser sur son coup et ne s’y laissa point déloger. Cet « incident » fut perçu comme une intervention divine et le pauvre homme fut épargné!

La coccinelle à sept points fut dès lors considérée comme un porte-bonheur par les humains – ce qui semble encore vrai de nos jours. Elle ne constitue peut-être pas un symbole de chance, cependant, pour moult coccinelles indigènes d’Amérique du Nord, dont les populations furent décimées par son arrivée. Néanmoins, la coccinelle à sept points semble maintenant ancrée dans nos terres et dans nos cœurs, jolie comme elle est! En cette journée de la Saint-Valentin, on peut se permettre de dire qu’elle est un amour de coccinelle!

 

Pour en savoir plus

Pas farouche, cette leucorrhine!

Les libellules constituent généralement de bons sujets pour ceux qui aiment prendre des clichés de divers invertébrés. Peu farouches, il est souvent possible de les observer, perchées sur des supports variables, en train de surveiller leur territoire de chasse et de reproduction.

L. proxima
Leucorrhine apprivoisée mâle photographiée près d’un étang

La libellule qui fait l’objet de la chronique de cette semaine porte d’ailleurs un nom évocateur : la leucorrhine apprivoisée (Leucorrhinia proxima).

Cette libellule, de la famille Libellulidae, semble être bien répartie au Québec, si je me fie à l’édition de l’Atlas préliminaire des libellules du Québec que j’ai entre les mains (Savard 2011). Son territoire couvre l’ensemble du Québec méridional, de l’Outaouais jusqu’en Gaspésie, et certaines observations ont été effectuées jusqu’à la hauteur de la Baie-James. Cela correspond également aux précisions de Paulson (2011), où la leucorrhine apprivoisée recouvre toute la moitié sud du Québec.

C’est à l’été 2014 que j’ai eu la chance de photographier deux mâles distincts au même endroit, soit autour d’un étang situé sur un terrain en banlieue de Sherbrooke. Ce type d’habitat est caractéristique de l’espèce, qui affectionne les milieux lentiques (à faible courant) comme les lacs et les étangs où la végétation aquatique abonde. De plus, il semble que les étangs entourés de végétation plus mature – comme un boisé ou même une forêt – constituent davantage l’habitat favorisé par cette leucorrhine.

L. proxima 2
Second mâle L. proxima
L. proxima 3
Autre vue du second mâle

Les mâles aiment se percher sur les plantes herbacées et les branches basses d’arbustes situés près de l’eau, d’où ils surveillent leur petit territoire. Une fois qu’ils ont détecté une femelle intéressée, ils fuient les abords de leur précieux étang pour s’accoupler, à l’abri, dans les strates arbustives et arborescentes avoisinantes.

Au Québec, on peut rencontrer les adultes entre les mois de mai et d’août. Les mâles se distinguent assez aisément par la combinaison de quelques caractéristiques, dont leur visage qui est tout de blanc. Il s’agit d’ailleurs d’une caractéristique propre au genre Leucorrhinia, dont le nom anglais « whiteface » est fort évocateur! J’avais justement parlé d’un membre de cette famille qui possède également cet attribut dans cette précédente chronique.

En plus du visage blanc, les mâles sont munis d’un thorax où le rouge est dominant et persiste jusque sur les premiers segments de l’abdomen. Cette couleur devient moins éclatante avec l’âge, mais perdurerait tout de même entre les ailes des plus vieux individus. De plus, la base de l’abdomen est plus pâle (blanchâtre) chez les spécimens de nos régions (pas nécessairement le cas pour ceux de l’ouest du Canada), pâleur qui recouvre une plus grande proportion de l’abdomen des individus au fur et à mesure qu’ils gagnent en maturité. Autre détail : la base des ailes comporte une petite tache de cette même couleur pâle.

Chez les femelles, l’identification est moins aisée. Selon Paulson (2011), il y a différentes formes chez les femelles (polymorphisme) : certaines ressemblent aux mâles, alors que d’autres sont dotées de jaune sur le thorax (voir cette photo tirée de Bug Guide en exemple). Ces dernières ressemblent à d’autres espèces de leucorrhines, de sorte qu’un examen plus attentif des pièces génitales est requis pour les distinguer. Néanmoins, étant donné que notre jolie libellule semble vouloir se laisser apprivoiser, vous devriez être en mesure d’en prendre de suffisamment bons clichés pour l’identifier!

Pour en savoir plus